II. — Cystite chez la femme
La cystite est moins fréquente chez la femme que chez l'homme, ce que les dispositions anatomiques expliquent mal ; car si la rareté des rétrécissements, l'absence de la prostate écartent certaines causes, d'autre part, la brièveté de l'urètre, la richesse de la flore bactérienne vulvaire exposent la femme plus que l'homme aux infections exogènes spontanées par voie u ré traie.
Etiologie. — Les cystites chez la femme sont les unes comparables à celles de l'homme, comme la cystite blennorragique, les autres dues à des causes propres à la femme. Nous n'envisagerons ici que ces dernières.
Les polypes de l'urètre, l'urétrocèle, un rétrécissement, un calcul enclavé, mais surtout une urétrite blennorragique ou non, sont les causes de cystite que l'on peut relever chez la femme au niveau de l'urètre.
Plus importantes, comme causes prédisposantes et occasionnelles, sont les affections génitales. Il existe une sorte de solidarité vasculaire (Monod) entre l'utérus et la vessie qui reçoivent l'un et l'autre leurs artères des hypogastriques, et dont les plexus veineux communiquent largement; la vessie est souvent comprimée, tantôt par le col, tantôt par le corps de
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l'utérus suivant les déviations de cet organe. Pendant la menstruation, la vessie est congestionnée, ce que manifestent une légère augmentation de la fréquence des mictions, à l'état physiologique, et une exacerbalion des s\ mptùmes, à l'état pathologique. Elle est prédisposée à la cystite dans une certaine mesure pendant les troubles congestifs dus à la ménopause, mais surtout pendant la grossesse et après l'accouchement. La grossesse intervient par la congestion vésicale, par la compression : la dilatation des veines et l'hyperhémie cervicale sont révélées parla cystoscopie ; d'après Monod, la moitié des femmes enceintes présentent des troubles de la miction, et la cystite a été rencontrée par lui 15 fois sur 124.
Après l'accouchement, la cystite est assez fréquente; on l'a expliquée par une fissure du col (Voillemier), par une ulcération de la muqueuse. A l'occasion du traumatisme qu'exerce sur la vessie et sur l'urètre le passage de la téte foetale, l'infection frappe d'autant plus facilement la vessie que la brièveté de l'urètre n'oppose pas un obstacle suffisant à son ascension ; en outre il existe souvent une rétention passagère qui augmente la réceptivité de la vessie et favorise la pullulation bactérienne ; le cathétérisme, survenant dans ces conditions, infecte souvent la vessie.
Après les opérations sur les organes génitaux, on observe des conditions pathologiques semblables. L'opération est suivie d'une congestion pelvienne à laquelle la vessie participe ; souvent la rétention d'urine survient, par cause réflexe, et aidée par la position horizontale, la distension vésicale peut atteindre un haut degré; la vessie est donc en état de réceptivité et la moindre faute d'asepsie dans le cathétérisme vient l'ensemencer.
Dans les déviations utérines où la vessie est comprimée, ou gênée dans son expansion, dans les affections inflammatoires de l'utérus et des annexes oii elle participe à la congestion utérine et pelvienne, dans les tumeurs, fibromes, cancers, hématocèle, etc., qui compriment le corps de la vessie, l'entraînent pendant leur ascension vers l'abdomen, ou compriment l'urètre au point de produire parfois la rétention complète d'urine, la vessie se trouve toute prédisposée à l'infection. Celle-ci la menace d'ailleurs plus directement par l'infection des Emphatiques pelviens, par les sécrétions purulentes qui se déversent dans le vagin et baignent le méat urétral, parfois par l'irruption dans la vessie du pus collecté à son voisinage.
Enfin l'origine rénale de l'infection est peut-ôtre plus fréquente encore
que chez l'homme : l'urelèrc peut être infecté par contact avec une salpijigite, par exemple, et les produits septiques descendent dans la vessie. Ailleurs il s'agit d'une infection primitive du rein, telle que la tuberculose.
Dans la vieillesse, la cystite devient très rare chez la femme; en effet, la période d'activité et de morbidité de l'appareil génital est terminée. Quant à la sclérose vésicale sénile, capable de produire une rétention plus ou moins comparable à celle des prostatiques, elle se rencontre rarement et expose peu à l'infection mais plutôt à la cystalgie.
Sym]3lômes et marche. — Parmi les cystites de la femme, beaucoup ne sortent pas du cadre symptomatique général des cystites aiguës et chroniques. La plupart sont localisées au trigone, comme le montre la C3'stoscopie.
Celles qui accompagnent les affections inflammatoires et les déviations utérines ont une tendance marquée à la chronicité; la persistance de la cause génitale entraîne en effet la persistance de la cystite; en outre, la résistance à l'infection de la paroi vésicale en totalité se trouve diminuée, d'où la possibilité de cystites interstitielles, à marche rebelle. Ces lésions une fois constituées survivent à la guérison de l'affection génitale causale.
Pendant la o-rossesse, on voit certaines cystites léo-ères o-uérir facilement par le traitement ; d'autres sont plus persistantes et menacent le rein d'une infection ascendante. Enfin certaines formes sont particulièrement intenses : telles sont la cystite membraneuse et la gangrène de la paroi vésicale. La cystite post-partum peut revêtir aussi ces formes graves.
Diagnostic. — Bien des cas de cystalgie des femmes sont en réalité des inflammations chroniques, et nous verrons que la tuberculose peut être souvent incriminée; le diagnostic de cystite se fait par la recherche des leucocytes dans le dépôt de l'urine centrifugée, et par la CN'^stoscopie qui montre des lésions du col vésical et du trigone, parfois très peu intenses. Mais nous ne pouvons ranger dans les cystites à l'exemple des auteurs allemands (Zuckerkandl, Heymann, etc.), les cas de cystalgie où la cystoscopie ne révèle qu'une vascularisation exagérée du trigone; il y a congestion vésicale, non inflammation, et les altérations métaplasiques de l'épithélium décrites en pareil cas par les auteurs ne sont pas essentiellement inflammatoires.
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