CHAPITRE VI
Du Glaucome.
Observation 367.
Rabastêns, en Albigeois, le 26 avril 1774.
Mémoire. — M. F***, d'une constitution sèche, d'un tempérament vif, d'une imagination ardente, ayant eu de tous temps la vue très-courte, mais bonne, y a éprouvé de la confusion après des applications constantes et des lectures longues de vieux parchemins : les objets lui ont paru comme enveloppés d'un nuage. Le repos rendit à sa vue sa première netteté, mais un nouveau travail la jeta dans l'obscurcissement. La vision est cependant devenue claire dans l'œil gauche ; mais il est survenu depuis un mois une forte ophtalmie à l'œil droit avec gonflement des paupières, accompagnée de douleurs horribles et continuelles, qui sont cependant aujourd'hui un peu calmées :
mi | si i i l i . > vu, c II \ I' l i i; i VI,
il en découle par intervalle* quelques sérosito i Le blanc <l<- l'œil conserve toujours son engorgement el sa n i \ < • rougeur inflammatoire. Liris, qui dans son étal naturel tirait sui l<- bleu-clair, .1 pus une couleur noire. La nie de cet œil est totalement perdue, et lorsque pour apercevoir les objets le malade ouvre le bon, il sent alors, comme par contre-coup, une douleur qu il rapporte au milieu ou sur la imnir de l'œil malade. Depuis deux mois il prend des iciurdcs pmpics à adoucir l'acrimonie de son sang et ;i détremper
les humeurs. Avant que l'ophtalmie se déclarât, il éprouvait dans cet œil une espèce de sécheresse suivie quelquefois de larmoiement Voulant fortifier sa vue, il lava ses yeux avec de l'eau fraîche, (-est après ces lotions que l'ophtalmie a paru : il a depuis ee temps mis en usage plusieurs eolh res tempérants, adoucissants. La tuthie entrait dans quelques-uns. Il a été purgé plusieurs fois; on entretient l'écoulement d'un vésicatoire entre les épaules, et le mal est toujours opiniâtre. 11 est d'ailleurs sujet à de violents maux de tête, et cependant il tient une conduite des plus réglées. On appréhende que le malade ne perde cet œil. Quel moyen peut-on employer pour le conserver? La saignée à la temporale ou l'application des sangsues pourront-elles être utiles?
Réponse.
L'ophtalmie dont l'œil droit de Monsieur est
attaqué depuis un mois est portée à un si haut degré de violence, que la vue du bon oeil paraît menacée , puisqu'il pourrait se former des glaucomes, que le brouillard survenu avant l'inflammation n'a que trop annoncés. Il s'est dissipé, à la vérité, par le repos; mais, comme il a reparu y sa disparition passagère n'est pas de nature à dissiper l'inquiétude qu'il doit naturellement inspirer. Il est étonnant qu'il ne soit fait aucune mention de saignée dans le Mémoire qui contient l'exposé de cette maladie, quoiqu'il y soit parlé des autres remèdes qu'on a employés pour la combattre. Serait-il possible qu'on en eût négligé un qui était si fort indiqué, à raison de la violence de l'inflammation et des douleurs horribles et continuelles dont elle a été accompagnée ? Si cela était, il faudrait nécessairement y avoir recours, à moins qu'à la réception de la présente tous ces symptômes n'eussent presque entièrement cessé. Si on a déjà tiré du sang, on fera une nouvelle saignée de la jugulaire, et le lendemain, on appliquera une quinzaine de sangsues à l'œil droit, partie à la tempe, partie le long de la paupière inférieure. Ce moyen est nécessaire pour dissiper le reste de l'inflammation qui subsiste encore aux membranes extérieures de l'œil, et pour résoudre celle dont les parties internes paraissent affectées , puisque l'œil , de bleu-clair qu'il était, a pris une couleur obscure, ce qui dénote un engorgement considérable dans l'iris,
to6 iBCTion ru, chapitbi ri,
EVfaia si lorsqu'on recevra la présente l«-v> < l< »u leurs subsistaient, et qu'on n'eut eu recours .1 aucune saignée i il faudrait commencer prompte1 inriit par celle «lu pied , et la répéter une seconde ou même une troisième lois avant d'en venir j celle de la jugulaire et aux sangsues. Il faut aussi que Monsieur prenne tous les jouis deua pintes de petit-lait clarifié, qu'il se tienne au bouillon et à l;i tisane; car il n'est pas possible qu'une pareille maladie soit exempte de fièvre.
Il est «lit qu'on l'a beaucoup purgé; les purgatifs ne conviennent qu'à la fin des ophtalmies et jamais lorsque les douleurs se font sentir. Le vésicatoire lui-même ne doit être appliqué que lorsque la détente a commencé, quand le sujet .1 l.i fibre sèche et irritable, et que son sang est inflammatoire. Si donc les douleurs et la fièvre subsistent encore, il faut supprimer le vésica» toire, employer les saignées réitérées <lu pied, celle de la gorge et les sangsues, la diète, les lavements, et les délayants antiphlogistiques, tels que le petit -lait, l'eau de poulet éniulsionm <• . l'eau de chiendent nitrée pour tisane; donner tous les soirs une ehopine d'einulsion à laquelle on ajoutera un gros de sel sédatif fait par cristallisation et une once et demie de sirop de nénuphar : une déeoction de tètes de pavots servira de collyre. Lorsque l'inflammation aura presque entièrement cessé, on purgera avec casse et manne. Cette maladie est une ophtalmie sèche.
qui n'exige pas la même quantité de purgations qu'une ophtalmie humide. Si après la disparition des accidents la vue n'est pas rétablie , on pourra alors recourir au vésicatoire entre les deux épaules , et en entretenir l'écoulement pendant six semaines, en donnant tous les jours quelque boisson délayante pour prévenir les ardeurs d'urine, et servir de véhicule au sel volatil que les cantharides introduisent dans le sang. Le petit- lait est le meilleur de tous.
JV. B. Mon père garda copie d'une longue et importante consultation qu'il reçut quatre mois après , et que l'on trouve dans le recueil des consultations de M. Barthès, publié en 18 10 par M. Lordat, vol. 1, page 1 37 jusqu'à 247. L'éditeur n'a pas omis un seul mot dans le courant de cette savante consultation ; il a seulement à la fin supprimé quatre lignes que voici, et par lesquelles se termine la copie écrite de la main de mon père :
« Le malade évitera avec soin de se livrer à de « fortes contentions d'esprit; il lui importe extrê- « mement de posséder son ame en paix; mais « nous l'aurions mal connu , si nous jugions né- « cessaire de lui donner des conseils moraux. »
« Délibéré à Montpellier, le 14 août 1774.
« Méjeajy. Barthès,
« Chancelier de l'université de « me'deeine de Montpellier, *
1 1 C i i 0 R I ' ' | < il \ i' i i i. i vi,
C'est i regrel qu'entraîné déjà au-delà des h unies que je m'étais prescrites, je ne donne point l.i consultation de M. Bartbès : j'engage l<-s lec« teura qui seront à portée de l<- faire, .< la lire dans le recueil «1rs consultations de ce célèbre médecin.
Seconde Consultation de mon père pour \1. I
I i • '. -,|,i, ni|,i , i -- ;
L'ophtalmie considérable que M. 1'" eut vers
la fin du i s de mais dernier, et pour laquelle
nous fûmes consultés environ un mois après, i été autant interne qu'externe; l'inflammation i égalemenl attaqué les parties intérieures el extérieures île l'œil droit. Il parait qu'on a ménagé les saignées dans cette maladie, et qu'elle s'est terminée par un glaucome; c'est-à-dire qu'il y a paralysie dans la rétine et opacité dans le cristallin., comme l'ont reconnu les médecins qui ont été consultés, dont nous avons lu attentivement la consultation. Nous ne saurions leur refuser la justice d'avoir disserté très - savamment sur. la nature de cette maladie, pour la curation de laquelle, connaissant l'insuffisance do la méthode ordinaire, ils ont eu le courage d'en proposer une plus énergique, qu'ils qualifient de perturbatrice, dans le cas où la première, par laquelle ils conseillent prudemment de commencer, serait inutile ou agirait trop lentement. Comme c'est sur cette méthode perturbatrice qu'on nous
fait l'honneur de nous consulter, nous ne pouvons répondre à la confiance que l'on nous témoigne qu'en disant librement ce que nous en pensons. Nous commencerons par avouer que jusqu'ici nous avons regardé le glaucome , même commençant, comme une maladie incurable, et que dans le cours d'une longue pratique nous ne l'avons jamais vu guérir par le secours des saignées, des délayants, des incisifs, des purgations réitérées, et des révulsifs.- Aussi ne recouronsnous jamais à ces moyens avec l'intention de rappeler la vue dans un œil attaqué de glaucome, ou pour appaiser l'inflammation et les douleurs qui l'accompagnent ordinairement, mais seulement pour en garantir l'œil sain.
Celse dit à la vérité que , dans les maladies désespérées, il vaut mieux recourir à un remède douteux que de n'en employer aucun. Mais ce conseil ne regarde que les maladies qui menacent d'une fin funeste. Dans celle dont il s'agit, il n'est question que de la perte d'un œil , perte dont on pourrait se consoler, si l'autre restait sain. Or, la méthode perturbatrice proposée est non -seulement très -incertaine, mais elle nous paraît fort dangereuse pour la santé en général. D'ailleurs, en supposant que les mercuriaux et les vénéneux produisissent quelque effet salutaire , cet effet n'aboutirait jamais qu'à rétablir plus ou moins la diaphanéité des milieux transparents de l'œil, et non à guérir la paralysie de la rétine. En effet, ///. 14
HO BBCTIOfl \ m , < il \ i- 1 i r. i \ i ,
s il \ i quelques exemples <!»• cataractes oommeo » .mi. s dissipées par les mercuriaui ou par l<s N( néneui , ces exemples sont extrêmement rares, et nous n'en connaissons aucuns « 1 « * gouttes reines, même imparfaites} guéries par ces re* mèdes.
Nous ae saurions adopter la méthode proposée dans la consultation qui nous a été communiquée, non plus que l'idée d'une opération, parce que la première ne pourrait jamais procurer que de faibles avantages et ferait courir de plus grands dangers au malade, et que la seconde sciait absolument inutile pour le rétablissement 'le la vue. En effet, il ne s'agil point ici d'une cataracte simple, mais (rime cataracte glaucomatique i <Yst-adire, compliquée de paralysie dans la rétine, et à laquelle on ne peut remédier par aucune opération, ni par les mercuriaux et les vénéneux. L'extraction ou rabaissement <\u cristallin ne rétablirait donc pas la vue.
Nous ne pensons pas de même sur les autres moyens indiqués dans la consultation : ils nous paraissent convenables pour satisfaire à la pre mière indication. C'est ce que l'auteur appelle méthode plus naturelle, sur laquelle on ne doit cependant pas compter pour la guérison de 1 œil affecté; mais elle peut préserver l'œil sain. En général, nous pensons que, pour y parvenir, on ne saurait trop insister sur 1 usage des délavants associés aux incisifs, sur les purgatifs administrés
de loin en loin, et sur les exutoires, pour détourner des parties supérieures les humeurs qui s'y portent. Nous conseillons d'ajouter à ces moyens l'usage des bouillons de veau , avec le suc de centcinquante cloportes le matin et autant le soir.
Amicus plato , amicus aristoteles ; sed magis arnica veritas.
Trois mois après , on apporta à mon père une lettre de madame la comtesse de Mérinville, datée du château de Salvagnac , par Rabastens , en Albigeois, adressée à M. l'abbé de Gueydon, le 19 décembre 1774- Suit un extrait de cette lettre:
Questions au sujet de M. F***.
Ses yeux sont dans le même état. Il n'y voit pas de l'œil droit. Il vous prie instamment de demander à M. Demours, s'il y a un moyen infaillible pour connaître une goutte sereine. Il se méfie beaucoup de tout ce qu'on lui a dit ici à cet égard; il voudrait voir s'il pourrait prendre quelque assurance d'après cet habile médecinoculiste. Je vous l'ai dit, il n'y voit presque plus de l'œil gauche; ce n'est même que comme à travers un nuage. Il y a quatre ou cinq mois qu'il apercevait une espèce de lueur de l'œil droit exposé au grand jour ; mais aujourd'hui les rayons même du soleil ne font presque d'autre impression sur cet œil que de le fatiguer. Il est devenu plus petit que l'autre. La pupille, qui a pris une forme ovale du haut en bas , est couverte bien sensible-
aia ibctioi v 1 1 , ( m i v i r n r vi,
ment d'une | »<-t 1 1 «- i<>ile < | m i parait démontra l'existence d'une cataracte. Depuis cinq semaine* que le malade (ait usage «l»- bouillons de cloportes, ordonnés par M. Demours, il n'j sent plus
de douleur, à moins t j ni l n'\ touche : alors il
en éprouve une qui diminue de jour en jour.
Un autre bon effet qu'il éprouve «le ces bouillons, c'est qu'une petite rougeur qu'il avait autour <lc la cornée a diminué an point qu'elle est
peu sensible.
Le pronostic que j'ai porté dans ma dernière
consultation au sujet de la maladie de M. F*** ne s'est malheureusement que trop confirmé. Il est attaqué d'un glaucome, probablement pour n'avoir pas été assez, saigné, peut-être pour ne l'avoir point été ; car il n'en est pas parlé dans les Mémoires qui nous ont été communiqués. Cependant l'ophtalmie qu'il eut au mois de mars dernier, ayant été des plus violentes et des plus douloureuses, aurait exigé qu'on eût recours à ce remède: c'est pour ne l'avoir pas fait qu'il est survenu une altération dans les milieux transparents qui se manifeste par l'espèce de toile qu'on voit dans la pupille, et une paralysie du nerf optique ou goutte sereine, dont l'existence est prouvée par la privation totale de la vue de l'œil droit, et par la dilatation et l'allongement de la pupille. Cet œil étant absolument perdu, il faut tout mettre en usage pour tâcher de conserver le gauche,
GLAUCOME. 2l3
qui est menacé... Continuer les cloportes et le petit-lait... Purgation le vingt-unième jour... Intervalle de huit jours pour recommencer, en observant la même marche.
Observation 368.
Mémoire, ier août 1804. — En 1797, M. B***, juge à G***, a eu successivement, à deux reprises, la tête subitement couverte de pous. Ces crises ont eu lieu à un mois et demi l'une de l'autre; elles ont duré chacune à-peu-près six semaines : il ne les a fait passer qu'en se peignant trèsfréquemment avec un peigne fin. Environ deux mois après la dernière de ces crises , son œil droit s'est couvert peu-à-peu du bas en haut, et s'est trouvé totalement obscurci en huit jours sans qu'il ait ressenti la moindre douleur. A la fin de la même année, il a fait un voyage à Paris pour consulter.
On a reconnu une menace de glaucome. Cette maladie a été complète à cet œil un an après... En avril 1799 l'œil gauche se chargea de petits nuages mobiles... En août 1800, larmoiement à l'œil droit, augmenté dans l'été de i8o3. Depuis six mois, et sur-tout depuis trois, les incommodités et les souffrances qu'il en éprouve sont presque journalières. Les larmes coulent avec une telle abondance du côté de l'œil perdu et par le nez , qu'on pourrait les ramasser dans un vase : cet état dure actuellement vingt -quatre heures
| i | .s i ( i i 0 H I i ' , I il \ i' i ] I i ni.
de suite; I»- jour suivant, l<- malade est an pcn m, uns fatigué Son mal eal à-peu-prcs périodique, ri ce larmoiement s'annonce toujours par une très-grande chaleur au dedans, qui s<- parti ■<" nez, au cerveau, h enfin aux yeux. M. B ** est d'ailleurs assez bien portant. Il .1 cinquante ans; s. m tempérament est bilieui et glaireux; il 1 le gem <• nerveux facile a émoui air.
Réponse.
Je conseillai un scion à h nuque pour empêcher le glaucome de se former a l'œil gauche.
<)/>'( rvation 3( i
Bordeaux , le 8 juin i j65.
Mémoire. — M. il"*, consul IV**, a Bordeaux., âge de soixante-cinq ans, d'ui teaipéramenl un
peu cacochyme, laborieux et extrêmement appliqué, est affecté de la vue, sur-tout de l'œil gauehe, dont les fonctions sont lésées depuis plus de vingt ans. Jl y a environ trois mois qu'il distinguait eneore les objets, eependant très-confusément. Monsieur fut atteint d'un phlegmon à la partie inférieure et latérale externe de la cuisse, qui se termina par la suppuration , et dont il fut guéri en peu de temps. Cette maladie a été l'époque de la perte de la vue de l'œil gauche. En examinant attentivement les yeux , on trouve les globes un peu gros, saillants, bien conformés.
GLAUCOME. 2l5
d'une couleur châtain-clair. La prunelle de l'œil gauche est un peu plus dilatée que celle du droit. On aperçoit le cristallin du premier très-opaque, un peu verdâtre (pi. 20, fig. 1); il se prononce plus que l'autre; l'iris par conséquent est trop convexe ; la prunelle conserve encore quelques mouvements, mais faibles : il distingue seulement la lumière des ténèbres. Monsieur voit très -bien tous les objets de Fœil droit; la prunelle est moins dilatée ; on y aperçoit au cristallin un commencement d'opacité; il est un peu jaune. Le malade ressent un bandeau douloureux sur la partie antérieure de la tête et sur les régions orbitaires. Il fait d'ailleurs toutes ses fonctions; l'appétit est très-bon et le sommeil de même.
Réponse.
Il s'agit d'un glaucome. L'œil gauche est perdu; le droit est fortement menacé. Souvent la perte de la vue n'est pas le terme des douleurs, parce qu'elles dépendent dune lymphe acre infiltrée dans le périoste orbitaire , dans la membrane qui revêt les sinus frontaux, et dans cette portion du péricrâne dont sont recouvertes les parties latérales et antérieures de la tète. Un séton... Ne saigner que peu à -la -fois et en cas seulement de douleurs trop fortes... Sangsues à la tempe... Fumer le matin à jeun.
N. B. La correspondance de M. H*** avec mon père a duré deux années. L'œil droit fut dans
. i 6 BSCTIOB \ i i , < ii \ i- 1 i ii i \ i ,
un danger perpétuel, el il ne fiil conservé qu'a l'aide de précautions sun ies.
( )/>.sr/\(///<>// 370.
lettre de )/ Grandj'ean alité) chirurgien-oculiste) alors « Rouen ^ d son frère t à Paris.
9 Qovbmbn 1 778.
Mon frère, M. le < thei alier de < '.'", commissaire des guerres au Havre, âgé d'environ soixante ans, a perdu l'oeil droil par un glaucome bien < ;iractérisé au mois de juillet 1777- Traversant, il y a
environ vingt jouis, par le passager d'Jionfleur
au Havre, dans un mauvais temps el par un venl froid , il s'est senti frappé à l'œil gauche comme il l'avait été au droit, et de la même fluxion d'humeurs acres, avec rougeurs au globe, tiraillements et douleurs dans toute retendue de l'orbite et du côté gauche de la tète. Les tiraillements et la douleur se faisaient sentir aussi dans le côté droit; mais depuis que je lui ai fait appliquer un vésicatoire à la nuque, le calme a été rétabli de ce dernier coté. Jeudi dernier, il avait de si grandes douleurs dans l'œil gauche, que je fus obligé le soir de lui faire faire des fumigations avec les fleurs de sureau, de mélilot, de camomille, et une tète de pavot concassée; on y a ajouté un demi-gros de camphre dissous dans une cuillerée d'eau de-vie; il a pris le petit-lait à fortes doses. Cela a diminué les douleurs; l'œil est dérougi.
Je voulais lui faire faire une saignée de la jugulaire; mais il la craint beaucoup; il paraît qu'il se déterminerait plutôt pour des sangsues. Cet œil se trouve attaqué de la même maladie que le droit, ne distinguant presque pas les objets : il pourra avoir le même sort. J'ai dit que je t'écrirais pour que tu consultes sur cette maladie M. Demours, ce que le malade a accepté. Prie M. Demours de faire la consultation.
Il est bon de remarquer que sa nourrice fut attaquée d'un vice vénérien pendant qu'elle l'allaitait; que, dans son enfance, il a eu beaucoup de maux d'yeux ; que , même à cette époque de sa vie, on lui a fait passer les remèdes; et que, par la crainte qu'il a toujours eue d'avoir quelques restes de ce vice, il a souvent depuis fait usage du mercure. Aujourd'hui il a distingué assez bien sa montre. Grandjean.
Réponse.
L'accident survenu , il y a un mois , à l'oeil gauche de M. de C***, est une paralysie de la rétine. La cause en est visiblement une transpiration répercutée par le vent froid et humide auquel il fut exposé en passant d'Honfleur au Havre , et nous avons actuellement sous les yeux plus d'un exemple de semblables maladies dépendantes de la même cause et survenues dans le même temps. La paralysie de la rétine est curable lorsqu'elle est simple, c'est-à-dire lorsqu'elle n'est accompa-
tl8 I I ' I I ' • N \ Il , < Il \ I' I I I. I \ I ,
gnée m d'inflammation à L'oeil, ni d'élancement! dans le fond de I orbite. Le pronostic en es! plus douteux, lorsque < les symptômes accompagnent l'obscurcissement de la rue et se manifestent en même temps. Comme ils dépendent d'une humeur qui s'est portée sur l'œiJ gauche, les indications <|ii<- présente une pareille maladie sont de déplacer cette humeur, et de l'évacuer par t<»u.s les moyens praticables.
La saignée est sans contredit un des moyens Les plus efficaces, et c'est celui auquel <>n aurait dû recourir d'abord. Il n'est pas de remède plus .sur dans tous les cas d'inflammation, <-i nous sommes étonnes que M. de C*** ait témoigné de la répugnance pour ta saignée «le la [oculaire, et sur-tout que cette répugnance ait prérahi sur le besoin d'un moyen si bien indiqué. Cet accident est effrayant , puisque la cécité peut en être la suite. Or, chez une personne raisonnable, la crainte de perdre la vue devrait l'emporter sur celle de la saignée. Actuellement il se pourrait bien qu'il fût trop tard, et si nous la conseillons, ce n'est que dans le cas où les douleurs de l'œil subsisteraient toujours, ainsi que 1 inflammation des membranes, et où il y aurait encore des élancements dans le fond de 1 orbite, de la pesanteur à la région du sourcil, et de l'embarras à la racine du nez.
Il n'en est pas de même des sangsues; on peut encore y avoir recours utilement , et vraisembla-
blement elles auront déjà été appliquées. Si elles ne l'avaient pas été, nous conseillons d'en poser vingt-quatre aux deux tempes, douze de chaque côté, et de les laisser saigner pendant quatre ou cinq heures. Il faudra même y revenir une seconde fois, et quarante-huit heures après, si les premières n'ont pas dissipé les accidents les plus urgents. Elles sont encore utiles appliquées au fondement pour les personnes qui sont sujettes aux hémorrhoïdes internes ou externes.
Ces saignées, soit générales., soit particulières ou locales, sont d'une nécessité indispensable dans les cas de paralysie de la rétine , accompagnée d'inflammation, de douleur, d'élancements, de pesanteur vers la partie antérieure de la tête, et d'embarras entre les sinus frontaux ; on doit les faire avant de recourir à l'émétique, que l'on donnera à une dose suffisante pour exciter quelques secousses.
Ensuite on donnera tous les jours une pinte de petit-lait aiguisé d'un tiers de grain d'émétique.
On continuera les fumigations résolutives et toniques, et on entretiendra le vésicatoire qu'on a déjà appliqué.
Nous ne croyons pas que le virus qui lui a été communiqué dès le berceau ait aucune part à cet accident , dont le vent froid et humide est la cause évidente. Ce qu'il y a de fâcheux pour lui, c'est que l'année dernière il perdit l'œil droit àpeu-pres de la même maladie, qui même depuis
10 S I < I I " H V I I , < Il A P I I I! I VI,
.1 pus l< < .11 .i. i« re d'un glaucome; mail peut-être aussi oe lut-il p.is secouru a temps et à-propos.
Observation 371.
)l< moire , iS décembre 1776. — l ne religieuse
eut, il 5 S deux ans cl demi, • lu sic putride
dans le eoiimieiM émeut de I.i« l tu 1 le il parut (|c l;i
malignité; elle est depuis un an sujette a un accidenf .1 l'« «i i gauche, qui commence par une mouche qui se place a l'extrémité <!<■ l'axe * » | » 1 1 que, et qui lui fait perdre la lumière. Il survienl après cela une douleur iits\i\e ,1 l,i partie antérieure de l'œil ; elle s'étend ensuite a tout le côté gauche de la tête. Ce symptôme se manifestait ordinairement sur les cinq heures du soir, et ne se dissipai! que dans la nuit pendant le sommeil,
et le lendemain il D \ p. naissait plus. Dans le
principe, on a employé l'émétique, les \csica-
toires, qui ont produit peu d'effet Depuis <juel- ([iio temps les accidents deviennent plus fréquents, et se réitèrent même quelquefois dans la journée, à la vente avec moins de violence et de durée; mais la vue demeure toujours éteinte à chaque accident. Il ne parait rien à l'extérieur, si ce n'est que l'œil est un peu terne et fatigué, sans aucune apparence de taie, même dans le fort de l'accès. Cette personne, depuis le dernier accident arrivé ces jours passés, a toujours eu la vue trouille , et hier les douleurs ont augmenté : il y a actuellement fluxion avec enflure. On demande
GLA.UCOME. 221
quel remède on pourrait lui faire? Elle a toujours été d'un bon tempérament et est fort saine ; elle a cependant été sujette à des hémorrhoïdes trèsfortes; quelquefois elles ont flué, mais bien rarement. Il y a dix ans qu'elle n'en a eu aucun ressentiment, sans que cependant elle ait fait des remèdes pour les dissiper. Le temps critique était alors passé ; elle a cinquante-huit ans.
Réponse.
Les fréquentes éclipses de vue de l'œil gauche auxquelles Madame est sujette de temps à autre, et qui sont ordinairement suivies de douleurs qui s'étendent sur toute la partie latérale gauche de la tête , sont autant de pas que la maladie fait vers la goutte sereine dont Madame est menacée. Une humeur qui se porte irrégulièrement vers les parties supérieures est la cause à laquelle il faut attribuer ces éclipses de vue. Elles arrivent lorsque cette humeur tombe sur les couches des nerfs optiques ; les accidents s'étendent sur les parties voisines de l'œil , même à l'extérieur, puisqu'on a remarqué en dernier lieu un peu de fluxion et d'enflure à la partie malade. On ne saurait trop se hâter d'arrêter le cours de cette maladie, soit pour rétablir la vue de l'œil gauche, soit pour garantir celle du droit. Pour cet effet, nous sommes d'avis que Madame soit saignée du bras; on lui tirera environ trois palettes de sang en quatre heures, c'est-à-dire une palette de
s l ( i i <> N \ i l , ( Il \ l' l l i. i \ i ,
deui en deux heures. Le leDdemain de cette gnée, «»ii reviendra à l'émétique. Bile prendre lea eaux de Balaru< . el on lui appliquera an vésicaton < entre les épaules.
Seconde Consultation pour la mimt malade.
i.) a i jam fer 1777-
l ).i us le premier Mémoire qui nous ;i été communiqué au Bujel de la maladie aui veux de Mad.***, il s'agissail «l'une menace de ^<mii<- se* reine , qu'il paraissait possible de détourner.
Dans le second, nous \<>\>>ns un glaucome l>i«n
caractérisé ei déjaformé, puisque la vue de cet œil est totalement éteinte. <>n ne peut attribue] 1 e changement qu'à l'inflammation qui survint vers
la fin du mois dernier, el a tOUl CC qui s'en es!
suivi depuis. Malheureusement le glaucome est
incurable, parce que dans cette maladie il \ a complication de paralysie dans le nerf optique et
d'opacité dans les milieux transparents de l'œil; et, quoiqu'on ne fasse aucune nient ion de la pupille, nous sommes persuades qu'elle doit (lie dilatée, et que si on l'examine à un jour favorable , on y apercevra quelque chose de louche qui augmentera avec le temps, et quelle finira par être blanche, comme elle l'est dans les yeux cataractes. La pupille elle-même, de ronde qu'elle est, finit ordinairement dans ces maladies par devenir irrégulière (pi. 20, fig. 3). L'œil gauche
nous paraît perdu sans ressource , et toute l'attention doit se tourner vers le droit , qui est vivement menacé du même sort, puisque la malade y sent déjà à-peu-près les mêmes douleurs qu'elle a éprouvées à l'autre.
Pour tâcher de le garantir de cet accident, nous sommes d'avis qu'on passe un séton à la nuque, et qu'on pratique le même jour un cautère au bras gauche, qu'on donne plusieurs lavements émollients avant et après ces deux opérations, qu'on fasse mettre les pieds dans Feau pendant une heure et demie le soir, et qu'en même temps Madame se mette sur une chaise -percée dans le bassin de laquelle il y aura de l'eau chaude; ce qui sera répété, matin et soir, le lendemain et les jours suivants, selon l'effet.
Si ces bains de pieds et ces bains de vapeurs n'appaisaient pas les douleurs qui se font sentir au fond de l'orbite, on en viendrait aux saignées locales, qu'on pratiquerait en appliquant une vingtaine de sangsues , tant aux deux tempes qu'aux paupières inférieures, moitié à l'oeil droit et moitié au gauche.
Si les accidents résistaient à cette première application des sangsues, on y reviendrait deux ou trois jours après , et on insistera sur ce moyen jusqu'à ce qu'on soit parvenu à dissiper les douleurs. On tentera même de rappeler les hémorrhoïdes , en mettant des sangsues au siège à plusieurs reprises, et en donnant tous les jours quel
- ' I | l ( I I (i n \ I I , i II \ I' I l l: l \ i ,
« juis grains d'une préparation quelconque d'aloèa. La auppreaaion dea béraorrhoïdes noua parait la cauae première dea accidenta aurvenua aux yeux. Il i.uii avoir l'attention, aprèa la chute <l<s sang* mus, de laiaaer couler !«• aang le plua Long-temps qu'il Bera possible, ci de l'exciter même en étu-
\.uil les pailles a\ee de l'eau chaude, OU eu 1rs
ezpoaant à un bain de \ apeur.
Cette maladie vient indubitablement du aang (jui se porte à la tète,ei dont il laui diminuer la quantité; mais J n'eal paa indifférent de le faire
de iniiies 1rs manières connuea : les aaignéea locales et celles des \aisseau\ liémoii lu >ida n \ nous
paraiaaent préférables à toutea lea autres. Le aéton ci le cautère contribueront aussi beaucoup à diminuer la pléthore, sur-tout si Madame aide I action ^*' cea remèdes par un régime un peu auatère. Ce régime consiste encore moins dans Le choix des alimenta que dans la quantité, dont elle doit retrancher toui ce qu'elle pourra, en préférant cependant Lea Légumes verts et les racines aux aliments tires des animaux, et le pain his et rassis au pain blanc et tendre. Il faut aussi qu'elle fasse le plus d'exercice qu'il lui sera possible. I ne application trop suivie au travail lui serait trèsnuisible. Elle doit par conséquent renoncer a toute espèce de broderie, tapisserie, couture, écriture ou Lecture : elle ne sortira point avant le lever ni après le coucher du soleil, parce qu'il est essentiel, quand on est dans une pareille situa-
tion , d'éviter tout ce qui peut supprimer ou diminuer l'insensible transpiration, il ne l'est pas moins d'éviter le froid aux pieds et le trop de chaleur à la tête , qu'il faut couvrir légèrement.
Comme il paraît que cette maladie a donné lieu à une grande diversité d'opinions , et que c'est la raison pour laquelle on nous fait beaucoup de questions, auxquelles on désirerait que nous répondissions très-longuement, et en motivant les raisons qui nous détermineraient pour tel ou tel avis, nous observerons que de pareilles discussions, ne pouvant contribuer au soulagement de la malade, seraient absolument inutiles et étrangères à l'objet dont nous devons être entièrement occupés. Nous n'avons pas d'ailleurs la présomption de nous établir juges de ces contestations.
Loches, le 10 octobre 1774.
Mémoire. — Il y a environ quatre ans que madame la marquise de R***, âgée de soixante-quatorze ans , devint sujette à des coliques intestinales vives et fréquentes : elle en éprouva des attaques pendant deux ans ; c'est à cette époque qu'on doit fixer à-peu-près le commencement de la maladie pour laquelle on consulte. Les coliques disparurent dans l'instant où le mal de tête, qui affecte habituellement la malade, commença à se faire sentir. L'œil gauche devint douloureux avec chaleur vive et élancements; elle ne vit plus les III. i5
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<.li|tts de « ■ i œil que comme à travers un nu épais. I e if re kndré, oculiste de Tours, fut consulté, « i < puI apercevoir dans le cristallin une cataracte naissante. La saignée, les délavants, les un imK légers, les doui purgatifs, les li;nns, fuient employés, kprès leur usage, dans une seconde visite <|u<- <ii le même oculiste, le cristallin parut clair et net; il trouva Pœil dans son état naturel, et le mouvement de la paupière comme
m l'organe eût été s:i in : la nuc, malgré cela, (Mail
toujours aussi trouble. L'œil droit n'éprouvait aucune atteinte. On croit devoir attribuer la maladie à l'humeur rhumatisante erratique, déplacée des intestins, son siège ordinaire, et déposée sur la tête, principalement sur l'œil malade. <>n tenta les remèdes convenables, et, en dernier lieu, l'application du sain-bois sur le bras, dont on a été oblige de cesser l'usage a raison des accidents qu'il occasionnait. Tous ces remèdes ont <té eni])lo\és suis effet. Depuis environ trois mois, l'œil droit est douloureux; la vue devient insensiblement trouble, comme celle de l'antre œil, et la malade ne voit plus qu'avec peine les objets, qu'elle approche même de très-près, ce qui lui fait craindre de devenir totalement aveugle.
Réponse.
11 n'est pas douteux que les maux de tète auxquels madame la marquise est devenue sujette • l < • j > u i s environ deux ans ne dépendent d'une
humeur de rhumatisme qui s'est déplacée, et qui, des intestins où elle se portait habituellement, a reflué par voie de métastase vers les parties supérieures, puisque les coliques vives et fréquentes, auxquelles Madame a été long-temps sujette, ont cessé aussitôt que le mal de tète a commencé à se faire sentir. C'est donc à la présence de cette humeur, qui affecte principalement le péricrâne, le périoste orbitaire et les nerfs optiques , qu'il faut attribuer les accidents survenus d'abord à l'œil gauche, et qui, depuis quelque temps, menacent le droit.
Le moyen le plus sûr pour dissiper ces accidents, qui pourraient conduire à la perte de l'oeil droit, comme ils ont déjà causé celle du gauche, serait sans doute de déplacer cette humeur, en la rappelant sur les intestins, ce qui vraisemblablement aurait été plus facile au commencement de la maladie qu'il ne le sera au bout d'environ deux ans. Il convient cependant de le tenter. Nous sommes d'avis qu'on donne un lavement d'eau froide , et si le premier ne rappelait pas les ressentiments de coliques, qu'on en donne un second et un troisième ; si ces lavements ne réussissaient pas, nous conseillerions d'y joindre les bains de pieds dans l'eau froide , continués pendant huit ou dix jours , répétés même soir et matin, d'abord durant un quart- d'heure , et en prolongeant à chaque fois de cinq minutes jusqu'à ce que leur durée soit d'une heure.
m « i i r> n \ i i, CH4PITB1 \ i ,
uiir les délayants, les incisifs, les purgatifs, les bains, «i i<>"s '<s moyens auxquels on b <>idinaireroeni recours poui !<.• traitement de cette maladie, ont été insuffisants pour la guérir, <t n .h mit pas même am té lea progrès; c'est le i aa <!»• tenter des moyens extraordinairea, qui ne aauraienl avoir d'autre inconvénient que <!«• renouveler les douleurs de coliques. Or ellea aéraient certainement moins à craindre que les douleurs qui se font sentir aux yeux; et, en rappelant sui les intestins l'humeur qui les occasionne, on n<pourrait que gagner pour la vue.
Telle est la méthode qui nous paraît la pins convenable, non-seulement pour arrêter les progn s de la maladie, mais même pour dissiper les douleurs des yeox et rappeler la vue à l'œil droit, dont la méthode ordinaire n'empêchera pas la perte.
Lettre du frère An mu: Dix m- à mon Père.
Mai moutiers, près Tours, le 19 octobre 177 \.
Monsieur, une dame de considération de nos cantons, Agée de soixante-quatorze ans, d'un trèsbon tempérament, sujette à des douleurs de rhumatisme dans différentes parties du corps, particulièrement à la tète, où elles se sont toujours fait sentir plus que par-tout ailleurs, s'est aperçue, il va environ un an, de mouches ou atomes voltigeants devant les objets qu'elle voulait fixer, et en même temps d'un brouillard sur ces mêmes objets. Cet
état l'effraya; elle vint à Tours me consulter. J'examinai attentivement l'œil, et j'aperçus un léger brouillard sur le cristallin , et beaucoup de lenteur dans les mouvements de dilatation et de constriction de la pupille. Cet examen me fit croire qu'il y avait un embarras dans les nerfs de l'organe immédiat; ce qui me détermina à lui conseiller une saignée du pied et une purgation, ensuite les bains domestiques, et, à la sortie de chaque bain, un bouillon fait avec le veau, les grenouilles, la chicorée, la laitue, etc., et douze à quinze cloportes dans chaque bouillon avec un gros de sel neutre. On appliqua aussi un vésicatoire à la nuque. Ces remèdes ne furent suivis que pendant quelques jours , parce que les bouillons chargaient l'estomac, et les bains incommodaient la malade ; enfin elle quitta tous remèdes , et se contenta de frotter le contour des paupières avec le baume de Fioravanti et d'en faire recevoir la vapeur à ses yeux. La tète étant toujours embarrassée , on se décida à une saignée de la jugulaire, qui fut manquée deux fois. On me fit avertir, et j'envoyai douze sangsues, qui furent appliquées et firent couler beaucoup de sang. Il y eut un peu de calme dans les douleurs et de diminution dans le brouillard, et aujourd'hui on me mande que l'œil droit, sur lequel il n'y avait encore rien eu, a commencé à s'obscurcir : elle voit un léger brouillard sur les objets. Ce même œil a plus de peine à soutenir la lumière directe
2J0 SECTION VII, CHÀPITRI \ i ,
on réfléchie. Son mol d<- tète est à-peu-pr< le MKiiu ; mais dès qu'elle s'applique, elle Bent une faiblesse el comme un vide dans la tête avec un serremenl dans les tempes; ce qui l'oblige à se mettre sur une chaise longue dans l'obscurité, et à v rester une heure el plus, pour n<- point voir de jour et ne point entendre «le bruil , afin d'être en état d'agir, d<- parler, <-i de recevoir
du monde.
Je vous ferai remarquer, Monsieur, que j'avais conseille d'appliquer le sain-bois au bras, il j ;> environ deux mois. Ce sain-bois a fait un ravag< étonnant ; il a occasionné une inflammation à tout le bras; ce qui a effrayé la malade à un point qu'elle ne veut plus entendu- parler de sain-bois, de cautère, ni d'aucun autre exutoire. Obligezmoi de donner votre a\ is.
Fr. ANDRÉ UlM I
Réponse.
Mon très-cher frère, madame la marquise deR*¥ est attaqué d'un glaucome à l'œil gauche, et si 1<
cristallin de cet œil n'est pas encore cataracte-, il ne tardera pas à le devenir; vous aperçûtes déjà du brouillard au cristallin et de la dilatation à la pupille, lorsque vous examinâtes cet œil il y a quelques mois. De ces symptômes, vous savez que l'un indique une altération dans les milieux transparents, et l'autre un embarras dans l'organe immédiat de la vue. Or cette complication
GLAUCOME. 23l
annonce toujours un glaucome, maladie quelquefois indolente, et plus ordinairement accompagnée de douleurs plus ou moins aiguës. Ici les douleurs ont été très-fortes, et se sont fait sentir, non-seulement à l'œil gauche, mais encore à toute la tète. Elles dépendent d'une humeur qui, pendant deux ans, s'est portée sur les intestins, où elle causait des coliques très -fréquentes et fort vives, et qui, depuis un pareil temps, a abandonné ces organes et s'est portée à la tête par voie de métastase.
L'indication la plus naturelle , celle qui se présente la première , est de déplacer cette humeur et de l'attirer sur les parties qu'elle a abandonnées.
Je ne sais si -on vous a communiqué la consultation que j'ai déjà donnée à ce sujet; j'en doute , puisque dans le Mémoire que vous m'avez adressé directement, vous ne me dites rien qui y ait aucun rapport. J'entrerai donc dans quelques détails; je vous exposerai les raisons qui m'ont déterminé à abandonner, dans le cas dont il s'agit, la route ordinaire. Le glaucome est une maladie incurable par les méthodes usitées. Les délayants, les incisifs, lespurgations, les bains, etc., échouent contre cette maladie. Je ne sais, mon cher frère, si vous en avez jamais vu guérir par cette voie. Pour moi, j'avoue de bonne foi n'en avoir jamais guéri , ni vu guérir aucun par la méthode ordinaire. Le fait même dont il s'agit en fournit une
> 32 BBCTI OB vir, r. u a p i t ru v r ,
preuve, puisque vous avea employé cette méthode SaDS BUCcés pour l'œil gauche , cl que c est pendant l'usage de ces remèd< s que l'œil droit
.1 con sncé ;i s'obscurcir : M l'es! aujourd bui
.-m point «l'en (aire regarder l'extinction totale comme imminente. La méthode commune loin d'être curative, n'est pas même prophylactique. 11 fuit donc en tenter une autre, et nous conduire à L'aide «lu bâton de l'expérience, quand
Je flambeau de la théorie cesse de nous éclairer.
Or la première nous apprend qu'une humeur
qui abandonne une partie pour se porter sur \i\aautre, où elle cause des accidents plus fâcheux que eeux qu'elle occasionnait à la première, doit être rappelée sur celle-ci, s'il est possible, pour faire cesser les accidents. C'est ainsi qu'on a vu une goutte sereine, ou une autre maladie causée par nue humeur de gale rentrée, guérir en faisant coucher le malade avec un galeux, pour lui rendre la gale dont on l'avait imprudemment guéri. C'est ainsi que tous les jours on guérit des maladies très-graves causées par une humeur de goutte déplacée, en attirant, par les moyens usités, cette humeur sur la partie qu'elle avait abandonnée.
Dans le cas présent, il s'agit d'une humeur de rhumatisme (c'est du moins l'idée qui se présente la première), qui, pendant deux ans consécutifs, a occasionné des douleurs intestinales très- vives et très-fréquentes, et qui, depuis un pareil temps, a entièrement abandonné les intestins j>our se
porter à la tête. Elle y a causé des douleurs trèsaiguës qui se sont étendues jusqu'à l'œil gauche, dont les fonctions ont été altérées au point que cet oeil est entièrement privé de la vue. Le péricrâne , le périoste orbitaire de ce côté , tous les muscles , et le nerf optique de l'œil qui a été le premier attaqué, sont affectés de cette humeur rhumatisante. Depuis quelques mois, et malgré les saignées, les délayants, les incisifs, les bains, et les exutoires employés conformément à la pratique reçue, cette humeur s'étend sur l'œil droit, qu'elle menace d'une extinction totale.
C'est ici le cas de tenter une autre méthode, celle, par exemple, de l'attirer sur les intestins où elle s'était d'abord logée, et qu'elle a abandonnés pour se "porter à la tète. Les lavements d'eau froide, les pieds dans de l'eau sortant du puits , me paraissent des moyens propres à remplir cette indication.
Si quid nôris rectius istis Candidus imperti ; si non , his utere mecum.
Observation 3^3.
Mémoire. — Les règles de la malade ont cessé sans accident il y a environ douze ans; il y a cinq ans qu'elles ont reparu ; cet accident n'a duré que quelques minutes , et n'a pas eu de suite. Ce n'est que depuis quelque temps que les hémorrhoïdes se sont manifestées, et elles fluent assez régulièrement depuis que l'état des yeux a exigé l'application des sangsues. La malade se plaignait, pen-
i | SECTION VII, CHA.PJTIM \i,
'l,i nt I,- h it ii , de douleurs el d'une sorte d'écart* mriii dans la tête. <m n'j lit qu'une légère atten tion,et on attribua le tout aui nerfs. Bientôl la malade sentil sa vue s'affaiblir; elle éprouva «les éblouissements à un oui;, on négligea encore les remèdes, el ce ne lui qu'à la dernière extrémité qu'on les employa. Il survint un mal de tête vio« lenl <|ui dura toute la nuii ; l<- lendemain au réveil,l'oeil était éteint, et la prunelle ôonsidérarablement dilatée. On cm recours à l'émétique, qui lui administré fréquemment et qui produisit
un lion effet n même au point que la malade distingua très-bien les traits de ceux qui l'environnaient ; et quoiqu'elle fût depuis long-temps dans Tudé se ser\ ir de lunettes , (Ile put s'en passer pendant quelques joins; mais ce phéuomène im de courte durée. On réitéra L'émétique, dont l'emploi trop fréquent effraya la famille de la malade. Le médecin qui lui donnait des soins ayant fait un voyage, elle fut obligée de se mettre en d'autres mains. On se servit alors dune eau dont l'effet fut de produire sur-le-champ de grandes douleurs, et. d'augmenter beaucoup l'inflammation habituelle. Dans ces circonstances, on fit venir un médecin-oculiste. Il ne dissimula pas qu il regardait l'œil comme perdu, et il demanda même à la malade si elle voyait bien de l'autre. Cette question L'affecta vivement; mais le pronostic n'eu était pas moins fondé. L'invasion des douleurs à l'autre œil ne tarda pas à s'opérer; les éblouissements, les brouillards succédèrent, et dans une
nuit, après un violent mal de tête, le malheur fut consommé, et la prunelle présenta la même dilatation que l'on remarque à celle du premier œil. Il y avait aussi inflammation. On recommanda l'usage de l'émétique , qui fit du bien. La malade entrevoyait quelques objets, non pas en face, mais de côté; Ce bénéfice du remède diminua successivement, et la cécité fut complète. Dans ce triste état, l'ensemble de la santé fut ébranlé. Les irritations nerveuses , les tremblements , les palpitations, la maigreur, le défaut d'appétit et de sommeil, causèrent les craintes les plus vives : on ne donna plus d'émétique que de loin en loin et avec les plus grandes précautions; mais ces accidents devinrent si habituels, qu'on fut obligé de se borner aux bains "de pieds et aux lavements, pour combattre l'inflammation qui était périodique et plus ou moins forte à proportion des douleurs de tête , où le foyer du mal paraît résider. A chaque attaque, on faisait usage de potions calmantes qui procuraient du soulagement et du repos. Les nerfs étaient encore très-mobiles la veille du départ de la malade, et elle craignait de s'exposer au voyage, dont cependant elle a bien soutenu les fatigues, et depuis qu'elle est arrivée à Paris, l'état de sa santé est aussi bon que possible, à quelques douleurs de tête près. On a établi un cautère et un séton; le premier il y a trois ans, et le second il y a dix mois; on les entretient l'un et l'autre. On avait employé aussi les vésicatoires à différentes