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reprises; mais on les a supprimes à cause de l'irritabilité des nerfs : on croit devoir ajouter que dans l'intervalle de la perte des deux yeux, la malade éprouvait une diminution sensible dans l'odorat el le goût. Il existe depuis la cécité complète un phénomène singulier, et qui a lieu régulièrement. C'est que sans rien distinguer, et en plein jour, comme dans les ténèbres, il se présente pendant vingt-quatre heures, aux yeux de la malade, un brouillard blanc, auquel le lendemain succède un brouillard noir, et cette alternative n'a jamais manqué.
IV. B. J'ai vu cette malade : ses glaucomes étaient complets et incurables.
Saint-Sébastien, le 2 septembre 1770.
Mémoire. — M***, âgé de vingt ans, d'une complexion assez robuste, étant, il y a dix mois, à suivre ses études à l'université de Valladolid, éprouva un petit embarras au milieu de l'œil droit, tantôt d'un côté et tantôt de l'autre; cela augmenta et se termina en forme d'un rideau, et le tout sans aucune douleur. Actuellement il voit une espèce de brouillard, et le matin à son réveil, il lui semble voir des objets confus et d'une teinte rouge; pendant le reste de la journée, ce rouge se change en jaune , en vert. De temps à autre, il se présente devant lui des étincelles de
feu , et puis après il ressent au globe de l'œil affligé quatre ou cinq élancements douloureux, mais passagers, en sorte qu'il n'en voit presque rien.
En l'examinant, on observe que la pupille a perdu à-peu-près tout son ressort, et par conséquent se trouve dilatée et ne se contracte presque pas. Le cristallin a perdu sa transparence et est devenu trouble : le malade n'a fait aucun remède, et attend avec impatience le sentiment de M. Demours pour se faire traiter. Il n'a eu aucune maladie à laquelle on puisse attribuer celle dont il est fait mention. Son œil gauche se trouve dans son état naturel, quoiqu'il lui semble qu'il n'ait pas la vue aussi parfaite «qu'il l'avait auparavant: cependant on nepeut apercevoir aucun changement dans toutes les parties qui composent cet œil.
Il semble, suivant le récit du père du malade, que son fils a eu depuis son enfance la vue faible. A l'âge de trois ou quatre ans , il eut la petite vérole et peu-après la rougeole; on remarqua alors que la prunelle de l'œil droit était plus dilatée que celle du gauche. Cet enfant était déjà myope, disposition héréditaire dans sa famille. C'est à l'âge d'environ dix-neuf ans que les accidents à l'œil droit se sont manifestés à Valladolid, ville exposée à des brouillards fort épais et presque continuels, et dont le climat très -froid est bien différent de celui de Saint - Sébastien , où l'air
SU lin \ I I . c II \ I' l I ;. I \ I ,
■ •si doux (i tempéré. Son séjour •■ Valladolid n'a été que de ^< |>i à huit mois. Il est d'un tempéra in.'iii sanguin el bilieux, plu toi Bec que replet
Réponse.
I e jeune homme pour lequel on consulte est attaqué d'un glaucome, c'est-à-dire d'une maladie compliquée de paralysie «!<' la rétine el d'opacité dans le cristallin. L'embarras qu'il ressentit d 'abord au milieu de l'œil droit el qui changeait de place , qui , eu s'étendant , forma nue espèce de rideau auquel Buccéda nu brouillard; enfin une confusion dans la vue qui l'empêche de distinguer les objets, sont à la vérité des signes communs à la paralysie de l'organe immédiat de la vue et a l'opacité du cristallin; mais les <<>nleurs rouge, jaune ci verte, les étincelles qui semblent passer devant l'oeil affecté, et 1rs élancements douloureux que le malade y ressent, annoncent le mauvais état de la rétine : ce qui est encore confirmé par la perte du ressort et la dilatation de la prunelle. Quant au cristallin, il n'est pas douteux qu'il ne soit aussi altéré dans son organisation, puisque les personnes de l'art qui l'ont examiné ont remarqué qu'il avait perdu sa transparence naturelle, et qu'il était devenu trouble. 11 résulte de cette complication un glaucome, comme nous lavons déjà dit, maladie trèsgrave et très-difficile à guérir, lors même qu'elle
GLAUCOME. 23q
commence, et qui est incurable lorsqu'elle a parcouru ses premiers temps, et qu'elle est parvenue à celui que les médecins appellent l'état.
Deux saignées du pied à vingt -quatre heures d'intervalle; une de la jugulaire; douze sangsues à la tempe droite; un séton à la nuque, et point de travail.
Observation 370.
Etat de la vue de Madame M*** de Clermont en Auvergne.
Le 2 septembre 1761.
L'œil droit est attaqué de cataracte et d'atrophie, le gauche de spasme dans la rétine; elle entrevoit encore un peu de ce dernier : il lui semble qu'elle regarde à travers un vase de verre plein d'eau dans laquelle seraient confondues quantité de parcelles colorées de vert, de bleu, de violet, de jaune, de blanc, de rouge, etc. Ces parcelles de temps en temps se brouillent, passent et repassent les unes devant les autres, semblent ensuite se déposer au fond du vase, où elles restent quelque temps, se confondent de nouveau, pour passer à plusieurs reprises devant l'œil; ce qui arrive très-fréquemment, et n'empêche pas la malade de distinguer les objets à travers toutes ces particules brillantes , luisantes ou colorées , et de se conduire très -librement. Cet œil a son volume naturel, et la prunelle en est fort noire et presque immobile.
2 ]o SECTION VII | i iiAi'iim-: ▼!,
Réponse.
Le lait d'ânesse; les demi-bains; et exposer l'œil, matin el .soir, à la vapeur du cale à l'eau ou de L'eau chaude.
N. B. Le nerf optique de l'œil droit était probablement déjà un peu diminué de volume. II y a lieu de croire que les milieux transparents du gauche ne tardèrent pas à être désorganisés.
Observation 3^(i.
Avignon, le 14 mai \~~jC).
Mémoire. — Madame la marquise de B***, âgée d'environ soixante-dix ans, d'un tempérament bilieux el sanguint exempte de tout vice dans le sang, avait joui dune santé parfaite pendant le cours de sa vie, à l'exception d'une douleur de migraine habituelle dont elle éprouvait des attaques fréquentes. Le siège de la migraine avait été constamment la moitié droite de la tète ; chaque attaque, même la plus longue, n'avait jamais audelà de vingt-quatre heures, et ne laissait aucune impression sur l'œil de ce côté, qui s'est conservé jusqu'à-présent parfaitement sain.
Il y a trois ou quatre ans que madame éprouva une attaque de migraine du côté gauche, qui commença par la sensation incommode que produirait une paille sur le globe de l'œil. Cette sensation augmentant par degrés, la douleur de mi-
graine se décida sur tout ce côté de la tête, et elle fut terminée du soir au lendemain ; mais elle fut suivie d'une légère ophtalmie, qui céda en peu de jours à une saignée. Madame prit ensuite un minoratif, et fut mise, pour un temps convenable, à l'usage d'un bouillon altérant avec quelques écrevisses.
Environ un an après cette première attaque de migraine du côté gauche, Madame en éprouva une seconde, qui fut en tout conforme à la première, à l'exception que le sentiment de la paille sur le globe de l'œil n'eut pas lieu. L'ophtalmie qui survint fut un peu plus considérable que celle qui avait suivi la première; Madame commença à apercevoir un changement dans la fonction de cet oeil gauche, sans que cependant sa vue fût diminuée. Elle continua à lire et à distinguer tous les objets, dans le plus grand détail, avec la même facilité que de l'œil sain; mais à une clarté vive, telle que la lumière d'une lampe ou d'une bougie , elle en voyait le lumignon comme un fagot allumé , autour duquel était un cercle .de feu rayonnant. Le seul vice extérieur qui se manifesta à cet organe fut un commencement de dilatation contre nature dans la prunelle, qui, privée de son ressort, ne pouvait plus, par sa constriction, modifier les rayons de lumière. Cet état a persisté sans aucune variation, jusqu'à une troisième attaque de migraine survenue , il y a environ quinze jours, à la suite d'un catarrhe qui durait
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La migraine e1 l'ophtalmie qui la suivi! furent à -peu -près comme les deux précédentes; mais les Mules en ont été plus fâcheuses et plus marquées. La dilatation «le la prunelle, commencée depuis la seconde attaque, esl devenue excessive: le I)(»kI de cette ouverture se trouve retiré presque jusqu'aux attaches de l'iris. I a peu d'épaississement dans l'humeur vitrée répand cuire l'organe et l'objet une espèce de brouillard plus ou moins épais qui varie connue l inflammation dont l'œil est encore affecte; car, quoique la rougeur de la conjonctive soit presque entièrement dissipée. Madame ressent cependant encore, de temps en temps au iuud de l'œil, comme un reste de tiraillement et de pesanteur qui est pins que Suffisant pour entretenir une certaine confusion dans les humeurs, auxquelles on aperçoit un peu de louche dans le fond du globe, mais sans opacité décidée. La pupille, élargie, parait noire au premier examen.
La variation et les vicissitudes qui se répètent sensiblement à cet égard, plusieurs fois dans la même journée, ont été au point qu'un de ces jours derniers, Madame distingua pendant quelques heures tous les objets avec détail. Elle ne veut pas omettre dans ce Mémoire que, lorsqu'elle a été saignée au bras gauche pour une incommodité quelconque , elle en a toujours res-
GLAUCOME. a/j3
senti une impression fâcheuse sur l'œil de ce côté , aujourd'hui malade. Le médecin consulté doit être instruit que depuis la seconde attaque de migraine jusqu'à -présent, il n'a été employé aucun moyen pour le rétablissement de la prunelle affectée, attendu que Madame a laissé totalement ignorer son état aux personnes préposées à la conduite de sa santé.
Gastaldy, Médecin.
Réponse.
La maladie dont Madame de B*** est attaquée, et qui est décrite dans le Mémoire qui nous a été envoyé, est un glaucome commençant. La dilatation excessive de la pupille (pi. 27, fig. 1) qu'on a remarquée à l'œil gauche est telle, que le cercle de l'iris est presque entièrement effacé; l'existence de cette maladie est encore prouvée par le brouillard que Ton voit dans les humeurs de l'œil et par d'autres symptômes, comme des douleurs profondes, quelquefois sourdes, d'autres fois très-vives, qui se font sentir à l'œil, et qui sont accompagnées d'étincelles de feu et de cercles, ou d'éclairs lumineux. Madame éprouve de plus la sensation passagère de couleurs vives et variées, qui se succèdent rapidement les unes aux autres, telles que le rouge, le vert, le jaune, etc. La suite ordinaire de ces symptômes est la perte totale de la vue, et l'opacité du cristallin, à la-
) | | !, 1 ( I I <• 1 Y I r , C M I I' I I I I VI,
quelle m joint Bouvent dans la suite la fonte du corna vitré.
(cite maladie est incurable, et il sérail inutile
<le rien tenter pour prévenir la eérilé de Cet œil,
qui vraisemblablement n'est pas fort éloignée. Tout ce que mais avons a conseiller en pareil cas se réduit aux moyens de garantir l'autre de
la même maladie, dont il pourrait bien être menacé, quoiqu'il soit actuellement en très-bon état, et qu'il ait jusqu'ici résisté aux impressions de
l'humeur qui, depuis si long-lenips, a donné lieu aux migraines auxquelles Madame a été sujette. Le plus sûr de ces moyens est le cautère, qu'on fera à la nuque. Du reste, si à la suite d'une nouvelle attaque de migraine il survenait quelque inflammation à l'œil droit, il faudrait, sur-lechamp, faire une saignée au pied, et recourir aux délayants et aux purgations.
\. B. Mon père le plus souvent, dans les cas semblables, ordonnait le séton à la nuque; moyen que j'ai adopté, et dont l'efficacité prévient souvent la perte de l'œil sain, qui s'affecte le plus ordinairement après l'extinction totale du premier attaqué. Ce moyen est inutile, et il n'est plus temps d'y recourir, si on attend pour l'employer que le malade ait aperçu du second œil de L'arc-en-ciel autour de la lumière ou du brouillard le matin à son réveil , même à plusieurs jours d'intervalle et sans que l'état de la pupille
paraisse changé, la vue d'ailleurs restant bonne dans les intervalles.
Observation 377.
Troyes, le 20 janvier 1767.
Mémoire. — Madame de B***, religieuse , âgée de cinquante-deux ans, a toujours joui d'un tempérament assez bon dans sa jeunesse , n'étant point sujette aux maladies, et ayant toujours observé, sans aucune altération de sa santé, les règles de l'état qu'elle avait embrassé. Elle était sujette de temps en temps et assez fréquemment à des boutons dartreux, qui se manifestaient à la peau en différentes parties du corps, et annonçaient une humeur âcré et visqueuse.
Dans le courant de l'année 1766, elle a essuyé les différents accidents qui accompagnent le temps critique, et elle a perdu totalement ses règles dans le cours de l'été de cette année. Après cette époque, les boutons dartreux paraissaient de temps en temps à la peau, et elle eut, à la fin de l'année 1766, une fièvre putride qui a duré près de quatre-vingts jours, et, à la suite, une convalescence qui a été très-longue.
En décembre dernier, elle a été attaquée d'une autre maladie qui est l'objet de cette consultation ; une fièvre violente l'a prise avec une douleur de tête insupportable et une autre très- aiguë dans tout le bras gauche , sans qu'il parût rien à l'ex-
i 1 1 î .s i < i 1 1 1 % \ i i , * 1 1 m • i i i i vi,
térieur. <>n la saigna quatre à cinq f • «i^ «lu bi l.i douleur <!<• tête a toujours continué; mais celle du bras i cessé tout-à < « mj» , et la malade est <!<• venue aveugle par une paralysie des nerfs « * | » 1 1 — ques l es yeux ont été douloureux; ils ont pleuréj et i! ni est sorti une cm claire et acre: il paraissait un léger engorgement sanguin autour de la cornée et même sui la conjonct i\ e.
On a fait deux saignées «lu pied, une <\<- la
gOrge «I une à la Innporale. < .oinnir Ii t i . \ i < -.
(jui était la maladie essentielle, continuait avec beaucoup «le chaleur, on a ajouté L'émétique dans
1rs |)MisS(His; on ;i purgé à ] ilusini i s rcjiri^cs, (|
les vésicatoires ont été appliqués à la nuque. Us n'ont produit aucun effet, à raison «!«■ la chaleur fébrile; mais peu -à -peu cette fièvre, qui tenait • le la nature des fièvres humorales et putrides,
est parvenue à son déclin, <l«' sorte qu'aujourd'hui la malade u"eu a plus. Les symptômes af- Ûigeants de cécité lui restent. Les yeux ne sont plus rouges : en les examinant, on voit que la pupille est prodigieusement dilatée et n'a aucune action; les humeurs de l'œil paraissent un peu confuses; la malade ne voit ni la clarté d'une bougie ni celle du soleil: mais par-fois, en tournant le dos au jour, elle entrevoit, de l'œil droit, des meubles, les couleurs d'une robe; de sorte que, dans certaine position, il paraîtrait que l'œil droit n'est pas tout à-fait perdu.
On peut regarder cet accident comme un trans-
GLAUCOME. v 247
port de l'humeur qui , au commencement de la maladie , s'était jetée sur le bras gauche , et depuis sur les nerfs optiques. On demande à M. Demours ce qu'il pense de cet état. On croit qu'un séton à la nuque ne peut que soulager, si la suppuration peut rappeler l'humeur à l'extérieur. Est-il encore possible que cette humeur, qui s'est portée tout récemment sur les nerfs optiques, puisse en être retirée par différents traitements?
Jannard, M. M.
Réponse.
M. Jannard peut tenter quelques moyens généraux, même le séton; mais il s'agit de deux glaucomes : la maladie est sans ressource.
Mémoire. — M***, âgé de quarante ans, d'un tempérament sanguin et un peu tourné à la mélancolie, mais vigoureux et bien constitué, né d'un père myope et ayant les yeux naturellement convexes, a eu, pendant son enfance, de fréquentes fluxions sur cet organe. A l'âge de huit ou dix ans, il s'aperçut que sa vue, très -bonne d'ailleurs , commençait à se raccourcir. Vers sa quatorzième année, il reçut un coup de poing sur l'oeil gauche, dont il perdit sur-le-champ la vue , qui lui revint cinq ou six heures après ; mais au bout de quelques jours, il aperçut de-
I B C T 1 0 B \ h. ' ii \pnnr vi,
^ mi . .t oeil un nuage en forme de toili objets lui parurenl doubles, et dans Pespace d'environ drus mois, il en perdit entièrement I u^ tans autre accident Depuis ce malheur, il voyait tu- Im.ii de l'oeil droit; mus la rue \ devint insensiblement plus courte, et il la sentait eitrémement fatiguée lorsqu'il s'appliquait un certain temps à la lecture; il lui semblait même quelquefois voir comme une mouche voler devant lui. \ I de vingt-six à vingt-sept ans. il éprouva nne vive agitation morale après avoii passé quelque temps à tire plus que de coutume; peu de jours après,
il lui parut par intervalles dans les nus. et siiitOUt le soir a la chandelle, une obscurité sons la forme d'un rond noir qui lui cachait les ob places du côté du grand angle, pendant qu'il voyait <listiu( temenl les autres. Cependant ce qui était blanc lui paraissait jaune au grand |our; mais ce dérangement ne l'empêchait pas de lire. Pour remédier à cet accident, on le saigna au bras et on lui lit quelques autres remèdes. Immédiatement après la saignée, ce nuage cessa d'être noir; il devint permanent et couvrit tout l'œil, de manière que Monsieur ne put plus lire. A table, les assiettes placées sur sa gauche lui semblaient se remuer; quelques jours après, le nuage s'éclaircit encore davantage : Monsieur vit plus distinctement et de plus loin; il pouvait lire; mais les objets lui paraissaient plus petits qu'ils n'étaient; ce qui ne dura que cinq ou six jours, et
il fut bientôt réduit à l'impossibilité de lire, ne voyant même que confusément les grosses lettres, et ne pouvant distinguer les autres objets, à moins qu'ils ne fussent d'une certaine grosseur. Tous ces accidents, que nous venons de détailler, arrivèrent sans que Monsieur ressentît aucune douleur de tète, ni aucun des maux qui précèdent ou qui accompagnent les maladies de l'intérieur de l'œil, et sans qu'il puisse être soupçonné d'y avoir donné lieu par aucun excès de débauche. Quant à l'état de cet œil, il ne paraissait nulle altération dans ses humeurs. La pupille était près du double de ce qu'elle pouvait être dans l'état naturel ; on la voyait cependant se resserrer et se dilater, suivant qu'on en approchait ou qu'on en éloignait une bougie allumée, ou lorsque lui ayant fait fermer les paupières , on les lui faisait ouvrir promptement; mais ses mouvements étaient trèslents. Les plus habiles médecins de Montpellier, que Monsieur alla consulter, décidèrent que c'était une goutte sereine imparfaite, et ordonnèrent l'usage de plusieurs remèdes propres à adoucir et à diviser le sang, et de quelques topiques; mais Monsieur n'en retira aucun avantage ; ce qui le détermina à tenter de se faire abattre la cataracte qui paraissait à l'œil gauche, quoiqu'on ne lui eût donné que de légères espérances de la réussite. L'opération fut bien faite, mais n'eut aucun succès, et les humeurs se trouvèrent confondues. Il a passé environ douze ans depuis le temps dont
a5û SECTÏ09 \ i i , CHAPITRE VI,
nous \( h.. us <lt parler, h ce qui lui est resté <1<vue à l'œil droit sufnl à peine pour distinguer les couleurs les plus frappantes. Il lui est de plus survenu à oe1 œil, depuis environ sepl a huit ans, une tache <!<■ couleur cendrée, traversée d'une ligne noire «pu occupe la moitié inférieure de l.i prunelle. Lorsqu'on Lut tourner l'œil de Monsieur, comme pour lui foire regarder entre
ses pieds, celle tache parait descendre plus l>;is (pie le cercle de la prunelle, et par conséquent descend dans l'humeur vitrée.
De l'exposition qui vient d'être faite, il semble qu'on peut conclure qu'il y a un caractère d'ép.iississc ment dans le sang du malade, qui, joint à la faiblesse des petits vaisseaux, a donne lieu au dérangement de sa vue. Cela paraît encore confirmé par l'endurcissement qui lui est survenu depuis quelques années de deux glandes au cou et d'une autre sous l'aisselle, qui ont résisté aux plus puissants résolutifs.
Réponse.
Cette maladie est sans ressource : il y a dissolution de l'humeur vitrée de l'œil droit, dans laquelle se plonge partiellement la lentille désorganisée lorsque le muscle abaisseur agit.
Observation 079.
Tours, le ir>. octobre 1779.
Mémoire. — Mademoiselle Pr*¥* est âgée d'en-
GLAUCOME. a5l
viron quarante-trois ans, d'une complexion maigre et délicate, d'un tempérament lymphatique, ayant toujours eu ses règles aux époques ordinaires, pendant trois ou quatre jours seulement. Il y a trois mois qu'elle fut prise d'une fièvre continue et en même temps d'une ophtalmie simple , spécialement à l'œil gauche. Son chirurgien la saigna deux fois au bras, et lui appliqua les vésicatoires derrière les oreilles. Ces moyens ne lui procurèrent point de soulagement : quelques jours après , on mit un vésicatoire entre les épaules , qui excita une suppuration abondante. Au bout de dix ou douze jours, on ordonna la saignée du pied, qui, loin de soulager, développa un mal de tête affreux. On en fit une seconde : à peine fut -elle faite que la malade tomba dans un état de faiblesse qui fut suivi d'une espèce d'anéantissement général. Le mal de tête, loin de diminuer, ne devint que plus violent; les yeux parurent alors comme éteints, conservant encore un peu d'inflammation. On fit porter un plat rempli d'une décoction émolliente sous le visage de la malade pour que les yeux en reçussent la vapeur. On n'employa ce moyen que cinq fois; il causait toujours des faiblesses qui allaient presque jusqu'à faire perdre connaissance à la malade, qui ressentait ensuite aux yeux les douleurs les plus aiguës. Le mauvais succès de ce traitement détermina à appeler d'autres secours, et voici l'état où fut trouvée la malade par celui qui l'a suivie depuis ce moment jusqu'à-présent.
a5a s i i i m R vu, CHAPITRE VI,
La fièvre étail continue avec un redoublement
dans les \ ingt-quatre heures; la suppuration du
vésicatoire établi cuire Les épaules était très -abondante; l'œil gauche avait un glaucome parlait, et la cornée en était terne comme l'est celle (l'un
oeil morl ; l'n-il droit menaçai! de tomber dans le même état. Le premier soin lui <lc réparer un peu les forces de la malade, et de faire sur les jreui l'application d\\\i collyre légèrement tonique et fortifiant. Au bout de quelques jours, elle fut purgée avec deux onces de manne. Le lendemain, la fièvre diminua; le sommeil fut moins agité; les douleurs de tète et des yeux devinrent moins vives. Six jours après, nouvelle purgation a\ec un Léger minoratif, qui produisit le meilleur effet. A cette époque la fièvre cessa presque totalement ; les douleurs de tête et des yeux diminuèrent de jour en jour; l'œil droit repric de la vivacité, et la malade vit les objets assez distinctement. On fit un cautère à la jambe, afin de supprimer le vésicatoire du dos : la malade ne pouvait plus le supporter à cause des souffrances qu'il lui causait. Après une convalescence de trois semaines, pendant lacpjelle on aurait encore purge la malade, sans la résistance des parents, elle fut attaquée d'un vomissement violent pendant douze heures, qui continua trois ou quatre jours, avec une fièvre assez aiguë et dévoiement.
La diète, les boissons adoucissantes, les lavements, furent employés. Le sixième jour, la malade fut en état de prendre lipécacuanha , et
quelques jours après un minoratif. Cette seconde attaque la jeta dans un tel état de faiblesse générale, qu'elle ne vit plus que très -peu de l'œil droit. Comme les humeurs de l'œil étaient dans l'état naturel , la faiblesse de l'organe , vu celle du corps , ne devait pas alors étonner. La malade fut mise à l'usage des ophtalmiques fortifiants, tels que les spiritueux, les esprits volatils et aromatiques: les poudres céphaliques et légèrement sternutatoires ont été employées en même temps. L'œil a repris un peu de force ; mais depuis quatre jours que les règles ont paru, après un mois de retard, la malade se plaint d'un affaiblissement dans sa vue qui l'inquiète beaucoup, malgré que l'on ne doive l'attribuer qu'à cette cause. Actuellement elle ne ressent aucune douleur ni à la tête ni aux yeux. Dans l'obscurité de la nuit elle voit une espèce de clarté. Son appétit est bon ; le sommeil est naturel : la suppuration du cautère est soigneusement entretenue. La pupille de l'œil droit est trèsdilatée.
Réponse.
Employer des toniques; éviter les débilitants à l'intérieur et à l'extérieur; le vin de quinquina à la dose d'une once avant le dîner.
Toulon, le 22 janvier 1777.
Mémoire. — Une demoiselle, âgée d'environ
I BECTIOS VII, CHAP1TH1 \ i ,
cinquante- trois ans, d un tempérament forl \il, »! ayant été très sanguine , chargée depuis lo temps du soin «I une maison et s'en affectant beaucoup, forl sujette aui vapeurs et à d es de
migraine, ayant écrit el calculé pendant tout l'hiver dernier, se plaignait d'une douleur au bras depuis près d'un an, et en avait aussi ressenti ;ni mois d'avril dans plusieurs parties du corps; il s'j joignit une violente migraine. Elle se coucha, selon sa coutume, ayant l.i tête f • * i f basse. Dans cette position, elle sentit 1»- sang se poricc trois fois à la tête avec une chaleur insupportable; elle dormit ensuite. Le lendemain, à son réveil, les douleurs qu'elle avait au corps étaw ni dissipées; mais elle souffrait beaucoup de la tête et ne voyait rien de l'œil droit. <>n v trouva une légère inflammation el la prunelle fort dilatée. On travailla à combattre cet accident, et pendant les remèdes, c'est-à-dire environ quatre jours après, la même maladie gagna l'œil gauche. Les saignées furent répétées, de suite qu'on en fit au bras, au pied, et à la jugulaire. On lui appliqua un vésicatoire à la nuque, ries sangsues aux angles des yeux, et elle fut purgée. Pendant quelque temps, on lui fil prendre tous les matins un lavement, et, après, un pédiluve.
Les choses restèrent clans cet état pendant trois semaines, et la malade commença à voir de l'œil gauche, qui avait été le dernier malade, et quinze jours après elle vit de l'œil droit, el par consé-
quent des deux, mais confusément. Depuis, sa vue fut en augmentant, au point qu'elle se rétablit presque entièrement, bien que la prunelle restât dilatée.
Cet état dura environ deux mois, au bout desquels la malade , ayant passé de temps en temps des nuits entières sans dormir, sa vue recommença à s'affaiblir; son insomnie augmentant, occasionna une irritation considérable ; ses yeux s'enflammèrent de nouveau, et sa vue s'affaiblit de plus en plus , principalement à la suite de clartés qui commencèrent alors à lui apparaître, qui l'incommodèrent fréquemment, et qui ne la quittaient jamais sans diminution notable de sa vue.
Ces nouveaux accidents ayant fait craindre à la malade une cécité très -prochaine, lui irritèrent les nerfs à un tel point qu'elle passait souvent des semaines entières , et même des quinzaines, sans dormir. On lui fît prendre alors des bains ; on lui appliqua de nouveau des sangsues, ainsi que des vésicatoires ; on lui ordonna un régime humectant et rafraîchissant; mais ses spasmes ayant continué et même augmenté, la vue a toujours continué à baisser, de façon que depuis le mois d'octobre dernier elle ne voit plus rien , bien que ses yeux paraissent dans le même état où ils étaient dans le principe de la maladie, c'est-à-dire ayant la prunelle fort dilatée, et de temps à autre un léger degré d'inflammation.
• »(i 8ECTI0K VII, C1IAPITA1 \ I .
Il \ b à-présent enviroo quatre mois qu'on i>< lui Lui aucun remède suivi , à cause de L'étal où s.s spasmes la mettent : ils vont toujours eu augmentant, et font craindre que sa tête ne se dé Borganise tout -à-fait Cependant elle mange ■< son ordinaire, et son corps ne dépérit point : elle dort depuis environ deux mois pendant trois <>ii quatre heures, chaque nuit, su lieu que pendant Long-temps «'Ile n'avait dormi que fort peu.
Réponse.
La maladie pour Laquelle nous sommes consultes présente tous 1rs carat tères d'un glaucome.
Les clartés dont Mademoiselle a eu si souvent lieu de se plaindre, ainsi que les inflammations qui se sont manifestées d'abord à I oeil droit et peu-à-peu au gauche, paraissent démontrer l'existence de cette maladie; une nouvelle pleuve résulte de la dilatation des pupilles, et sur-tout des violentes douleurs de tête qui ont succédé à celles que Mademoiselle ressentait auparavant en différentes parties du corps. Ces dernières ayant cessé tout-à-coup, l'humeur qui les causait s'est portée par voie de métastase à la tête, et de- la sur les couches des nerfs optiques. Il faudra qu'on examine de nouveau les deux yeux en leur faisant recevoir le jour un peu obliquement, et qu'on observe l'état des milieux transparents. Peut-être y apercevra-t-on déjà quelque chose de louche qui serait la confirmation du glaucome; et si cela
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était, nous serions d'avis qu'on renonçât à tous remèdes, parce que le glaucome est incurable. Si, au contraire, les milieux transparents paraissent dans leur état naturel, on peut tenter encore quelques remèdes pour tâcher de rappeler la vue. Si les douleurs de tète subsistent, on reviendra aux sangsues appliquées aux tempes, et aux ventouses scarifiées aux deux épaules. Si ces saignées locales ne dissipaient pas le mal de tête et l'inflammation aux yeux , nous serions d'avis qu'on appliquât quatre ou cinq sangsues au siège. Cette maladie , dépendant d'une inflammation de la rétine accompagnée d'une tension spasmodique des filets nerveux de cette membrane , ne cédera ni aux bains, ni aux pédiluves, ni aux humectants seuls, et n'exige point des saignées ordinaires, qui , dans l'état actuel des choses et à raison de l'affaissement qu'elles occasionnent aux vaisseaux, pourraient causer une atonie funeste aux fibres de l'organe immédiat de la vue et en empêcher le rétablissement.
Après ces saignées locales faites dans l'espace d'une semaine , ce qu'il y aurait de mieux à faire serait de revenir aux vésicatoires. Il faudrait en appliquer un à la partie postérieure du cou et un au bas d'une des cuisses, et on les entretiendrait pendant six semaines et même plus long-temps, si la vue paraissait gagner un peu. Mademoiselle fera usage du petit -lait avec addition de suc de cerfeuil. Deux fois par jour, elle avalera un petit
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morceau de sucre sur lequel on versera trois gouttes d'éther vitrioiique. Elle en | »r tnd i ;i un Le matin une beure après le dernier verre «K- petitl;ui , ri l'autre Le soir en se mettant au lit.
Comme ses ycui soul sujets à de 1« ^<i <s inflammations, noua croyons qu'elle doit éviter tous lc.s collyres spiritueux , el s'en tenir à nue simple infusion de fleurs de mélilot , dont elle se servira tiède pour étuver ses yeux cinq ou six fois par joui Lorsqu'ils seront rouges; elle n'y mettra rien lorsqu'un ne le seront plus.
Deuxième Mémoire.
Toulon, le 17 février 1777.
L'examen des yeux uY mademoiselle*** nous a fait apercevoir les vaisseaux sanguins de l'un et de L'autre globe engorgés d devenus variqueux; la prunelle est excessivement el inégalement dilatée, de manière que le petit bord de l'iris, qui forme cette ouverture, se trouve, à la partie supérieure, très-rapproehé du grand bord ou bord externe; tandis qu'à la partie inférieure les deux bords sont plus éloignés. L'humeur aqueuse et le cristallin sont transparents. Le corps vitré nous a paru un peu blanchâtre et plombé. Ayant vu souvent Mademoiselle, nous pouvons parler de l'état des milieux transparents dans les différents temps de sa maladie. Vers le premier période, lorsque l'inflammation de la rétine et de toutes les par-
ties auxquelles se distribue l'artère ophtalmique faisait la maladie principale, toutes les humeurs paraissaient troubles et confondues, comme elles paraissent dans toutes les inflammations un peu vives et qui durent depuis quelques jours. Lorsque les symptômes inflammatoires diminuèrent, les humeurs parurent reprendre leur transparence; mais après plusieurs jours d'insomnie, l'éréthisme de la rétine s'annonça par de grandes clartés passagères, dont la malade se plaignait, soit que les yeux fussent fermés ou qu'ils fussent ouverts. L'humeur vitrée commença à paraître un peu blanchâtre et trouble, et c'est alors que la vue a baissé de plus en plus.
Hutre , Manne , Rey.
Réponse.
Les nouvelles observations qu'on nous a communiquées au sujet de la maladie aux yeux de mademoiselle*** nous confirment dans l'opinion que nous nous en étions formée d'après le premier exposé. Tous les remèdes sont inutiles quant au rétablissement de la vue , ce qui n'exclut pas ceux qui pourraient être nécessaires, soit pour dissiper l'engorgement des vaisseaux de la conjonctive, soit pour calmer les céphalalgies, soit enfin pour empêcher que la tête ne se dérange entièrement, comme on paraît l'appréhender. Nous pensons au reste qu'on ne doit employer que les plus indispensables.