CHAPITRE IV
De la Myopie.
Observation 3Go.
28 janvier 1754.
Consultation pour une dame âgée de vingt-sept ans, qui a le cristallin de l'œil droit plus convexe que celui du gauche, de manière qu'elle ne peut lire que de très-près de cet œil, quoiqu'elle voye
MYOPIE. l8l
les plus petits caractères; mais seulement ceux qui sont clans la direction de l'axe optique; car les lignes au-dessus et au-dessous lui apparaissent à travers un brouillard; l'œil gauche est bon, et il ne parait rien extérieurement au droit.
L'indisposition dont l'œil droit de Madame est affecté dépend d'un excès de nutrition du cristallin qui le rend plus convexe que celui de l'œil gauche; il en résulte nécessairement que cet œil ne peut voir distinctement que les objets qui en sont fort proches, et que le point de vue est différent pour les deux yeux. Mais il se joint à ce vice de conformation, des brouillards qui empêchent d'apercevoir les objets qui ne sont pas dans la direction de Taxe optique, en sorte que Madame, en lisant, n'aperçoit que d'une manière très-confuse les lignes qui sont au-dessus et audessous de celle qu'elle lit, tandis qu'elle voit fort bien celle-ci, puisqu'elle peut distinguer les plus petits caractères.
Cette maladie , qui est une véritable myopie accidentelle, pourrait, en faisant des progrès, se terminer par la perte de la vue de cet œil et devenir une cataracte d'une mauvaise espèce. Le brouillard à travers lequel Madame voit déjà tous les objets qui ne sont pas dans la direction de l'axe optique semble annoncer un commencement d'altération dans le cristallin, auquel on ne saurait trop tôt remédier...
JS. B. Suivent quelques prescriptions fort sim>
i S | s i ( i m n \ I I , r II \l- I i i: l IV,
pies. Cciic dame était sujette a crachei le sang, ee qui lui était arrivé dans sa toiture en venant i Parts, pour consulter.
Observation 36 1 ■
Lyon i 1<" 29 mai 1 778.
Mémoire. — M. I . âgé de quarante-cinq ans, naturellement un peu myope, a été élevé très-durement. Il a souvent fatigué ses yeux en lisant 1 l,i clarté de la lune, ci en s'appliquanl ;i choisir l.s différentes qualités de sons, objet de son commercé, depuis l'âge «le quinze ans. II a toujours été maigre, vif, très-sensible , et nu peu mélancolique. Jamais il n'a été sujet à la migraine ni à d'autres douleurs dé tête.
A doute ans, il recul un coup sur l'œil droit
qui lui lit perdre sur-le-champ la nie, et qui fit naître une inflammation suivie d'une cataracte
qui est blanche et nette, sans aucun vice particulier. La pupille de cet (cil, un peu plus dilatée que celle de l'œil gauche, se contracte par l'impression de la lumière. L'œil n'est point douloureux; Monsieur en distingue les couleurs lorsque l'autre est fermé.
A trente -sept ans, il reçut un coup de' balle dans l'œil gauche, qui s'enflamma et dont la vue resta perdue pendant deux jours. 11 parut rétabli de cette inflammation et continua devoir aussi bien qu'il le faisait précédemment. Mais à la fin d'avril 1777, ayant écrit cinq lettres, il s'aper-
MYOPIE. l83
eut subitement d'un brouillard flottant qui gênait sa vue sans l'éteindre. Depuis cette époque il n'a cessé d'apercevoir ce brouillard, qui a toujours été le même. Monsieur a été obligé d'approcher davantage les objets qu'il voulait voir avec attention. Sa myopie est augmentée; il croit encore voir, quand il fixe un objet, un corps circulaire de différentes couleurs , comme l'arc-en-ciel.
En examinant cet œil gauche avec soin, à la clarté du jour et à celle d'une bougie, on n'aperçoit aucune différence entre sa situation actuelle et son état sain ; l'iris paraît très-sensible à l'impression de la lumière.
Monsieur a pris inutilement des bains généraux, des bains de jambes, trois ou quatre purgations, des sternutatoires, du petit-lait avec les cloportes; les vapeurs alcalines volatiles n'ont servi à rien. Un cautère au bras gauche suppure peu, et n'apporte depuis onze mois aucun changement.
Réponse.
Il résulte de l'exposé qui nous a été communiqué au sujet de la maladie des yeux de M. T***, qu'il a l'œil droit affecté d'une cataracte , et que le gauche l'est depuis environ un an d'un brouillard flottant qui n'éteint point la vue , mais la rend confuse. Ce brouillard étant l'accident qui inquiète le plus le malade et l'objet essentiel de la consultation , il faut en établir l'étiologie , et
[84 1 1 ' i ; 0 I \ i i , < n \ i> i ru i r v,
nous attacha a en connaître la nature, à en dé* « ouvrir l.i cause, «i ;« déduire, «les réflexions que nous ferons but L'une el sur l'autre, quel peut en être le pronostic, et quelles sont les indications curativea qu'il présente.
Nous observerons :
i" Qu'il s'esl manifesté subitement après on travail fatigant des yeux.
<" Qu'il est reste depuis treize mois dans le
même état.
3° Qu il n'a produit aucune altération apparente dans les milieux transparents de L'œil, puisqu'on n'aperçoit dans celui-ci, examiné ayee soin* aucune différence d'avec L'état naturel, et que l'iris conserve toute la liberté de ses mouvements.
4° Que le malade est naturellement un peu myope.
5° Que depuis l'apparition de ce brouillard, qui n'est point fixe, il s'est aperçu que sa vue est devenue plus courte qu'elle ne l'était auparavant.
Telles sont les données d'après lesquelles nous avons à en déterminer la nature. Or, en considérant que ee nuage est mobile, qu'il n'a point augmenté depuis sa première apparition, qu'il n'oppose à la vue qu'un obstacle plus importun que nuisible , qu'il n'altère en rien la transparence des milieux de l'œil, et n'est reconnaissable par aucun signe sensible, nous croyons pouvoir en conclure que c'est un de ces fantômes qui dé-
MYOPIE. l85
pendent moins d'un engorgement dans quelqu'une des parties de l'œil, que de quelque inégalité dans la convexité du cristallin, à l'occasion de laquelle les rayons de la lumière sont réfractés irrégulièrement. C'est à une semblable cause que nous croyons devoir attribuer le brouillard que Monsieur aperçoit sur les objets, brouillard qui doit être flottant, paraître et disparaître, s'approcher ou s'éloigner de l'axe optique, selon que les rayons qui tombent sur la partie irrégulière du cristallin y parviennent plus ou moins directement, plus ou moins obliquement.
Telle est la nature et la cause prochaine de ce symptôme, dont la cause éloignée est une humeur surabondante, qui, par l'effet d'un travail fatigant pour les yeux , s'est portée subitement sur le cristallin, l'a un peu grossi, en a. augmenté la convexité, et a même formé, à cette convexité, la petite éminence dont nous venons de parler.
La preuve de cette augmentation de là convexité du cristallin est l'augmentation de la myopie , qui en dépend , et l'une et l'autre supposent nécessairement une surabondance d'humeur.
Quant au pronostic de ce brouillard, qui depuis treize mois est dans le même état, il résulte que, puisqu'il ne dépend d'aucun engorgement réel dans quelqu'une des parties de l'oeil , et qu'il ne vient que dune irrégularité dans la convexité d,u cristallin, il est plus inquiétant que dange-
[86 .S I ( I I < i \ \ I I , ( Il \ !• | | |; | [y
rem , 1 i qu'il n'annonce ni catarai te ni obstrue tion dans la rétine; nous croyons poinroir an* noncer <jm il est plutôt de nature • diminuer avec le irnijis qu'à augmenter, en supposant néanmoins i|n il ne surriendra tien qui s«»ii < ■;§ j >;i ] » J <• de causer des accidents d'un autre genre.
Pour mieux faire comprendre la formation do ce brouillard, nous proposerons de faire l'expéi ience suivante.
( >n cherchera un carreau de Titre où il ^ ait un bouillon ou une petite bulle; on placera i quelque distance derrière cette huile un*- feuille de papier écrite ou imprimée, et on portera les yeux sur la bulle d'air ou le bouillon, et on verra <jiie les lettres qui j répondront paraîtront tortues, entrecoupées ou obliques, ce «jm donnera une idée suffisante de ce que peut produire une inégalité équivalente dans la convexité (\u cristallin. A l'égard de la surabondance d'humeur qui se porte sur le cristallin, elle doit augmente! la myopie dans un œil déjà myope, et rendre les lunettes convexes inutiles Lorsqu'elle arrive a un œil presbyte, phénomène dont on rencontre quelques exemples. Pour ce qui concerne les indications curatives, elles doivent avoir pour objet de délaver les liquides, en donnant du ressort aux solides, d'évacuer des parties supérieures, et d'entretenir la liberté de la transpiration.
Les eaux minérales ferrugineuses rempliront la première indication ; une pipe d'eufraîse en