‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 10 sur 154 · GH A. PITRE. PREMIER · texte numérisé non relu

GH A. PITRE. PREMIER

ne voit plus, ou l'on ne voit que très-peu de cette humeur visqueuse se ramasser dans le sac lacrymal, et refluer par les points lacrymaux. La maladie fût -elle parvenue à sa dernière période, si les paupières deviennent le siège d'une ophthalmie intense , ou participent à un érysipèle de la face, dont l'effet, comme celui de toutes les inflammations aiguës, est de supprimer toutes les sécrétions dans les parties qui en sont atteintes, à l'instant cesse l'accumulation des larmes dans le sac lacrymal; mais elle reparaît aussitôt que l'inflammation diminue , et que la sécrétion morbide dès paupières et des glandes de Meïbomius recommence. Je me suis assuré plusieurs fois que les mêmes phénomènes se répètent alternativement après une inflammation artificiellement excitée dans la conjonctive par l'application d'une substance fortement irritante. J'ai de même observé que l'on guérit constamment et sans retour le flux palpébral puriforme dans son principe, c'est-à-dire avant que le sac lacrymal ait éprouvé aucune lésion dans sa structure , en corrigeant la sécrétion vicieuse des paupières et des follicules de Meïbomius , et en détergeant les voies lacrymales à l'aide d'injections d'eau simple, poussées par les points lacrymaux.

Que si malgré toutes ces considérations ,

quelqu'un persiste à croire que la source de cette humeur puriforme , se trouve dans le sac lacrymal plutôt que dans les paupières, je le prie de suspendre son jugement, et de considérer que la membrane interne du sac est semblable à celle qui tapisse les sinus frontaux et ethmoïdaux, mince, dépourvue de follicules sébacées, pouvant bien exhaler une mucosité ténue , mais incapable de sécréter cette matière onctueuse et gluante qui se mêle aux larmes en si grande proportion (i).

A la vérité, il peut se mêler à la matière puriforme qui passe dans le sac lacrymal, une petite quantité de cette mucosité ténue qui lubrifie sa membrane interne : mais cela suffit-il pour affirmer que c'est dans ce réservoir que se forme la plus grande partie de l'humeur qui le remplit? Si le sac lacrymal s'enflamme, suppure et s'ouvre au dehors, sans doute on en voit sortir une matière trouble mêlée de larmes , mais cette matière est un véritable pus provenant d'une ulcération de la membrane interne du sac , et qui ne ressemble nullement à cette humeur onctueuse qui constitue le flux palpébral : celui-ci n'a que les apparences du pus.

(1) L'auteur n'eût sans doute pas fait cette objection, s'il avait vu, comme Bichat , la membrane enflammée d'un sinus maxillaire épaissie de plusieurs lignes. (Voyez VAnatomie générale, deuxième partie, page 4^9-)

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