‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 9 sur 154 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

dans sou intérieur , et quelquefois carie de l'os

unguis.

La plus grande partie de l'humeur puriforme qui reflue avec les larmes, ne se forme pas dans le sac lacrymal lui-même, comme le croient ceux qui n'ont sur la maladie dont il s'agit que des notions incomplètes ; elle provient de la face interne des paupières, d'où elle passe à travers les conduits lacrymaux dans le sac lacrymal qui la renvoie par ces mêmes conduits toutes les fois qu'il est comprimé. Cette humeur est sécrétée par la conjonctive palpébrale, et sur-tout par la portion de cette membrane qui tapisse la face interne de la paupière inférieure. Elle vient plus particulièrement encore des glandes de Meïbomius , et indique par son acreté l'état morbide de ces follicules. Cette affection reconnaît le plus souvent pour cause la diathèse rhumatismale, le vice schrophuîeux, une métastase varioleuse , )a répercussion des éruptions dartreuses, sur-tout de celles du visage, l'application d'un irritant quelconque sur les paupières, l'action contagieuse d'un miasme, tels que ceux qui produisent Fophthalmie purulente des enfants, et 1'ophthahnie vénérienne des adultes, etc. Plus ou moins altérée dans sa structure et dans ses fonctions, la conjonctive palpébrale verse abondamment cette mucosité limpide, qui, jointe à la matière sébacée que secrètenties follicules de

Meïbomius, forme la plus grande partie de l'humeur visqueuse qui recouvre l'œil et les paupières (i).

Pour se convaincre de cette vérité, il suffit de renverser les paupières affectées, l'inférieure surtout, et de les comparer .avec celles du côté sain, on trouve constamment la conjonctive palpébrale plus rouge que dans, l'état naturel ; elle est comme veloutée tout le long du tarse ; le bord libre des paupières est parsemé d'une foule de vaisseaux variqueux; les follicules de Meïbomius sont plus saillans , plus gorgés que' dans l'état naturel, et paraissent souvent ulcérés^ quand on les examine à l'aide d'une lentille. La membrane interne des paupières du côté sain est au contraire d'un rouge pâle; sa surface est unie; le bord libre des paupières n'est pas gonflé ; on n'y voit point de vaisseaux variqueux, et les glandes de Meïbomius ne sont pas plus apparentes que dans l'état naturel.

La membrane interne des paupières qui revêt cet aspect velouté dont nous venons de parler, sécrète abondamment un fluide semblable à une lymphe visqueuse qui , se mêlant à la matière versée par les follicules de Meïbomius,

(î) Rodolfo Veîirens appelle celte maladie épiphora sebacea- Voyez les Additions aux Etudes médicales de BoërhaY'e , par Haîïeï\

constitue cette humeur puriforme qui descend continuellement dans le sac lacrymal par les conduits lacrymaux, le remplit et le soulève sous la forme d'une tumeur.

En effet, videz le sac lacrymal , lavez l'œil et la conjonctive palpébrale, de manière à faire disparaître jusqu'aux moindres traces de l'humeur glutineuse qui les recouvre; une demi -heure après, renversez les paupières, vous trouverez sur leur face interne, et surtout sur celle delà paupière inférieure, une nouvelle couche de mui cosités et de matière sébacée jaunâtre : or trèssûrement cette matière ne vient pas du sac lacrymal, mais bien de la eonjonctive et des follicules de Meïbomius. Que la membrane interne des paupières, devenue rouge, veloutée fongueuse puisse changer son action naturelle, et sécréter une abondante mucosité, c'est ce que prouve cette espèce de flux puriforme , produit de la virulence de la matière gonorrhoïque , que le malade transporte quelquefois sur ses yeux , en les frottant imprudemment avec ses doigts *f<^ couverts de pus. On voit bientôt dans ce cas se développer une inflammation qui attaque à-lafois l'œil et les paupières; la membrane interne de celles-ci se tuméfie, devient rougeâtre, veloutée, et fournit abondamment une matière visqueuse, jaunâtre, semblable à celle qui coule de l'urètre dans la blennorrhagie, L'humeur mu /

queuse, provenant de la membrane interne des paupières et des follicules de meïbomius, qui constitue, dans les cas ordinaires, le flux palpébral puriforme, n'est pas versée en aussi grande abondance que dans l'ophthalmie gonorrhoïque; cette sécrétion morbide n'est pas non plus toujours précédée d'une inflammation aiguë de la conjonctive; mais le plus souvent elle se forme à la suite d'une opbtbalmie chronique. La matière puriforme, qui coule lentement, produit un larmoiement incommode, parce qu'une partie se répand sur l'œil , tandis que le reste absorbé par les points lacrymaux, descend et s'accumule dans le sac lacrymal, d'où il revient par les conduits lacrymaux , quand on comprime ce réservoir (i).

Une nouvelle preuve que, dans ce cas, le sac lacrymal ne fait que recevoir les larmes et l'humeur puriforme que lui transmettent les paupières malades, c'est que, si cette sécrétion morbide diminue et se supprime accidentellement, ou par l'effet de quelques applications répercussives ; on

(i) Il est clair que, dans ce cas, le canal nasal n'est pas Jibre; autrement les larmes comprimées dans le sac passeraient plus facilement dans la narine que dans les conduits lacrymaux. Nous verrons que M. Scarpa lui-même ne peut se refuser d'admettre quela membrane interne du canal nasal est ordinairement engorgée dans ce cas; mais il regarde cet engorgement comme un effet consécutif. (Note des Traflucteurs.) ■ ■ . - t V- v

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