‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 117 sur 154 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

crantant pins pressante que la difficulté de changer le procédé morbifique en procédé curatif est en raison de l'étendue et de l'intensité de la maladie; et que lors même qu'on parviendrait en peu de temps à compléter la cicatrisation d'un vaste ulcère, le tort qu'en éprouve la vision est irréparable.

A l'égard du traitement de cette affection , c'est une erreur grossière de croire qu'on ne peut faire concourir à sa guérison aucun remède externe avant d'avoir dissipé, ou tout au moins considérablement diminué les symptômes inflammatoires. L'expérience démontre le contraire ; elle apprend qu'il faut , avant tout , appliquer sur l'ulcère les moyens propres à diminuer l'exaltation de la sensibilité de la cornée, et à borner les progrès du travail morbifique qui tend à la détruire. Il faut donc commencer le traitement par ces moyens, et recourir ensuite aux aati-phlogistiques , si d'ailleurs l'inflammation ne disparaît pas à mesure que l'ulcère tend à sa guérison. Car il est incontestable que Uophthalmie est entretenue par l'ulcère, et non l'ulcère par l'ophthalmie (i). A la vérité,

(i) Excepté le cas où l'ulcère se manifeste dans le plus haut degré de l'ophthalmie aiguë; alors en effet la première indication est de diminuer le plutôt possible la violence de. l'inflammation.

dès que la rupture du petit abcès est effectuée les symptômes de Tophthalmie s'exaspèrent, la rougeur de la conjonctive augmente ainsi que la distension des vaisseaux sanguins ; mais l'afflux du sang dépend uniquement de l'exaltation de la sensibilité dans le point ulcéré. En effet , aussitôt que cet excès de sensibilité cesse' ou diminue, Fophthalmie diminue dans la même proportion; et, si l'ulcère vient à se cicatriser, l'ophthalmie se résout et disparaît spontanément, ou réclame tout au plus, vers la fin du traitement, l'usage d'un simple collyre astringent , continué pendant quelques jours.

Cette observation est facile à vérifier. On voit tous les jours de petits ulcères , non pas sur la cornée, mais sur les lèvres, à la pointe de la langue , au mamelon , sur le gland , qui se couvrent presque en naissant d'une couche cendrée, déterminent une inflammation autour du lieu qu'ils occupent, et produisent un sentiment de cuisson et de chaleur brûlante fort incommode. Pour dissiper cette inflammation , je m'empresse de diminuer l'excès de sensibilité de ces ulcères et de changer leur mode de vitalité; après quoi l'irritation disparaît sans qu'il soit besoin de faire usage des anti-phlogistiques proprement dit§.

Le caustique est le meilleur moyen qu'on puisse employer dans tous ces cas : il détruit immédia-

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