CHAPITRE DIXIÈME. lL\*ù
tcment les extrémités des nerfs dans le point ulcéré , et fait cesser l'excès de sensibilité dont il est le siège ; il convertit la surface cendrée de l'ulcère et l'humeur acre qui en découle , en une croûte , ou plutôt en une escarre qui, semblable à l'épiderme , modère l'impression des parties voisines sur l'ulcère même ; il change son mode de vitalité , détermine le développement des bourgeons charnus , et la cicatrisation s'opère.
Pour cautériser l'ulcère de la cornée , la pierre infernale est préférable à tous les autres caustiques. Pour s'en servir , on la taille comme un crayon, et, après avoir écarté les paupières et bien fixé la supérieure au moyen de l'élévateur de Pellier (i), on touche l'ulcère, en ayant laprécaution d'appuyer suffisamment pour produire une escarre assez épaisse. S'il se dissout une petite quantité de nitrate d'argent avec les larmes, on fera promptement des douches de lait dans l'œil.
Pendant la cautérisation, le malade ressent une vive douleur, mais il en est amplement dédommagé par le calme qui succède à l'application du caustique. En effet , le sentiment de cuisson qu'il éprouvait cesse comme par en-
(i) PI. III, fig. i.
chanteraient; la sécrétion des larmes et la distension des vaisseaux de la conjonctive diminuent; le malade meut sans peine le globe de l'œil et les paupières; il supporte une lumière modérée, et peut enfin goûter les douceurs du repos. Tous ces avantages durent tant que l'escarre se maintient adhérente à la surface de l'ulcère.
Dès qu'elle vient à tomber, ce qui arrive vers le troisième ou le quatrième jour après la cautérisation , les premiers symptômes de la maladie se réveillent , et principalement la sensation de chaleur et de cuisson dans le point ulcéré, le larmoiement, la difficulté de mouvoir le globe de l'œil et les paupières, et l'aversion pour la lumière; mais ces symptômes sont beaucoup plus modérés que dans le principe.
ïl faut retoucher l'ulcère de la cornée avec le même caustique, et répéter encore cette opération s'il efct nécessaire , c'est-à-dire si l'ulcère est trop sensible et s'il continue à faire des progrès. Lorsque les choses suivent leur cours naturel, à la chute de chaque escarre, la sensibilité morbifique de l'œil se trouve diminuée, l'ulcère paraît moins grand et moins profond qu'auparavant, et change son aspect livide et cendré contre la couleur d'une légère lavure de chair, indice certain qu'il marche à