‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 124 sur 154 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Du Ptérjgion.

yjN désigne sous le nom de Ptérjgion une petite membrane contre nature, dont la forme est triangulaire (i), et la couleur d'un rouge cendré. Elle commence ordinairement vers l'angle interne de l'œil, près la caroncule lacrymale, et s'étend de proche en proche jusque sur la cornée: elle s'accompagne d'une altération notable de la vision.

Quoique cette petite membrane provienne le plus souvent de l'angle interne de l'œil , on la voit cependant, dans quelques cas, partir de l'angle externe (2), et dans d'autres, de l'hémisphère supérieur ou inférieur du globe de l'œil luimême. Au reste, quelle que soit son origine, elle a toujours la. forme d'un triangle dont la base a son siège sur le blanc de l'œil et le sommet sur la cornée, plus ou moins distant de

(1) PI. If, fig. 3 a.

(2) Pi. II, fig. 3 b.

-iGà MALADIES DES YEUX.

son centre et de la pupille. Dans quelques cas rares, on rencontre deux et même trois ptérygions sur le même œil. Plus ou moins éloignés les uns des autres, ils sont distribués sur la circonférence du bulbe de l'œil, de manière que leurs sommets se dirigent vers le centre de la cornée , dont ils détruisent entièrement la transparence, si malheureusement ils vont jusqu'à se réunir. C'est, ce me semble, à cette complication que les anciens médecins ont donné le nom de pannicule. ,

A proprement parler , Y ophthalmie chronique variqueuse avec relâchement et épaississement de la conjonctive, le nuage de la cornée et le ptérygion , sont trois maladies qui ne diffèrent entre elles que par le degré d'intensité. En effet, toutes les trois consistent dans une distension plus ou moins considérable des vaisseaux de la conjonctive , compliquée d'atonie et d'épaississement de cette membrane. Mais, dans l'oplithalmie chronique, la dilatation des veines et le relâchement de la conjonctive se bornent au blanc de l'œil ; dans le nuage , les vaisseaux variqueux s'étendent jusque sous la lame de la conjonctive qui tapisse la cornée; et dans le ptérygion , non-seulement les varices se prolongent jusque sur la surface de la cornée, mais la conjonctive qui recouvre cette membrane acquiert une épaisseur extraordinaire.

C H A P l T RE ONZIÈME. ^65

De là vient que, dans le principe, on serait tenté d'attribuer le ptérygion au développement d'une nouvelle membrane sur la cornée, tandis qu'il est formé réellement par la lame la plus déliée de la conjonctive dégénérée , par l'effet de l'inflammation, en une tunique opaque, et parsemée de vaisseaux sanguins variqueux. Ainsi, ce n'est point une nouvelle création qui constitue le ptérygion ; mais il consiste dans une dégénérescence des membranes naturelles de l'œil» Et la preuve , c'est que le traitement du nuage convient également au ptérygion commençant, c'est-à-dire qu'au lieu d'enlever la figure triangulaire représentée par ce dernier sur la surface même de la cornée, il suffit de l'emporter avec l'instrument tranchant sur les confins de cette membrane avec la sclérotique, comme si l'on avait simplement à détruire la communication des troncs veineux avec leurs racines dont la dilatation constitue le nuage de la cornée.

Le ptérygion serait aussi fréquent que l'ophthalmie chronique variqueuse , si la conjonctive n'était pas naturellement plus dense et plus compacte sur la cornée que dans le reste de son étendue, et si les vaisseaux sanguins n'étaient eux-mêmes plus déliés et moins susceptibles de distension dans cet endroit que dans les autres. De là vient que îe ptérygion est rare en corn-

paraison de l'ophthalmie dont nous parlons. Néanmoins, si les vaisseaux de la lame transparente de la conjonctive adhérente à la cornée cèdent une fois à l'impulsion du fluide qui les pénètre , s'ils deviennent variqueux , le tissu cellulaire dont ils sont environnés s'engorge insensiblement, et la portion de conjonctive dont nous parlons se transforme en une membrane pulpeuse et roussâtre qui constitue le ptérygion.

J'ai dit que le ptérygion consiste dans une dégénérescence de la conjonctive; en effet, toutes les fois que l'oeil se tourne vers le siège de la maladie, on a remarqué qu'il se forme sur la surface du ptérygion des plis qui correspondent parfaitement à ceux de la conjonctive, et que ces plis s'effacent simultanément lorsque l'œil se porte dans le sens opposé. Cette assertion devient encore plus évidente quand on considère qu'il est très-facile de soulever simultanément avec des pinces le ptérygion et la conjonctive qui lui correspond.

Je me suis convaincu, sur le cadavre, qu'on enlevait le ptérygion (j) avec la même facilité sur le blanc de l'œil et sur la cornée, et que cette membrane restait parfaitement à nu, c'est-

(1) PLU, %. 4 a. b.

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