CHAPITRE ONZIÈME
à-dire dépouillée delà conjonctive, dans le lieu qui correspondait au siège du ptérygion : phénomène d'autant plus remarquable que je n'ai jamais pu détacher la conjonctive de la cornée au-delà du siège de cette affection. S'il existe plusieurs ptérygions sur le même œil , à diverses distances- l'un de l'autre, la conjonctive paraît flasque et variqueuse sur autant de points , et ces points correspondent au siège même des ptérygions; tandis que le reste de cette membrane qui recouvre le blanc de l'œil paraît uni et tendu, et complètement exempt de varices. Il est digne de remarque que le ptérygion , quelle que soit d'ailleurs son étendue et son siège , se manifeste constamment sous la forme d'un triangle dont la base regarde le blanc de l'œil, et la pointe est tournée vers la pupille. Ce phénomène dépend très -probablement des adhérences de la conjonctive, qui deviennent plus intimes à mesure qu'on s'approche de la cornée. En effet, il doit résulter nécessairement de cette disposition, que les progrès du ptérygion iront toujours en diminuant du blanc de l'œil vers la pupille, et que cette maladie, rencontrant d'autant plus de résistances qu'elle s'approche du centre de la cornée , prendra forcément la forme triangulaire. Au reste, le phénomène est constant, et Forestus l'a noté
comme tel : Non cooperit (pterygium) oculum nisi in forma sagittœ (i).
La forme de cette affection est un de ses caractères tellement essentiels qu'elle suffit pour faire distinguer le vrai ptérygion du faux, ou de toute autre excroissance molle, roussâtre de la cornée. En effet, il se développe quelquefois sur cette membrane des fongosités analogues, par leur couleur et par leur consistance, au ptérygion, quoique dans le fond elles en diffèrent essentiellement , puisqu'elles consistent dans une dégénérescence de la substance même de la cornée. Mais, outre que ces excroissances s'élèvent presque toujours bien plus que le ptérygion, elles affectent toujours une forme irrégulière, tuberculeuse, sans jamais représenter un triangle dont le sommet regarde le centre de l'oeil , comme le fait le ptérygion.
Le ptérygion se laisse facilement soulever avec des pinces, et c'est encore un de ses traits caractéristiques ; car il n'est point d'excroissance qui présente ce phénomène, tant elles sont adhérentes au fond qui les supporte. Ce caractère rend le traitement du ptérygion infiniment simple, tandis que ce n'est qu'avec la plus grande difficulté qu'on parvient à détruire
(i) Oper. med. lib. XI. obs. 6.