CHAPITRE ONZIEME
sanguins variqueux , et derrière laquelle on aperçoit encore liris. Tant que le ptérygion est dans cet état , il n'est pas nécessaire de dépouiller la cornée de son enveloppe naturelle : il suffit, comme dans le traitement du nuage, de rompre la communication entre les racines des veines variqueuses et leurs troncs. Or, pour remplir cette indication , il ne faut que pratiquer une excision semi - lunaire de la conjonctive, à la base du ptérygion commençant , comme on fait dans le traitement du nuage. Après cette opération , le ptérygion se dissipe, ou se convertit en un léger obscurcissement de la cornée. Le plus souvent il est en effet bien moins considérable que celui qui résulte d'une cicatrice ordinaire. Dans ses observations de chirurgie, Arcrell dit avoir guéri par cette méthode un ptérygion commençant. Je m'en suis servi moi-même plusieurs fois avec succès ; mais j'ai cru plus convenable d'en parler en détail dans le traitement du nuage de la cornée que dans celui du ptérygion , par des motifs que j'ai exposés plus haut, et notamment parce que l'état morbide de la conjonctive excède peu dans ces circonstances l'état où se trouve cette membrane , lorsqu'elle est seulement nébuleuse. Et voilà pourquoi, dans les cas de ptérygion commençant , on peut espérer d'en arrêter les progrès , en employant à temps des
topiques astringents, capables de rétablir les vaisseaux de la conjonctive dans leur état naturel : tels sont entr' autres la pommade antiophthalmique de Janin, et la teinture thébaïque, dont j'ai donné plus haut la formule.
Trente-huitième Observation.
Antoine Cantoni, de Casorati, paysan, âgé de dix-neuf ans, vint à la clinique, le 12 novembre 1795,, affecté d'une ptérygion qui s'étendait de l'angle externe de l'œil droit jusqu'auprès de la pupille.
Le iL\ du même mois, le malade étant assis, je saisis le ptérygion à une ligne et demie de son sommet, et l'enlevai d'un seul coup de ciseaux; je saisis ensuite la base et l'emportai de la même manière, en donnant à la section la figure d'un croissant , tourné vers la circonférence de la cornée.
Les jours suivants, comme il ne survint aucune tuméfaction sensible de l'œil ni des paupières, le malade ne fit usage que des lotions d'eau de mauve, et couvrit l'œil d'un plumasseau de charpie sèche, assujetti par un tour de bande.
La plaie diminua de jour en jour jusqu'au 10 décembre, où la cicatrice était complètement achevée. On remarqua qu'elle était plus éloignée de la pupille que le sommet du ptérygion.