CHAPITRE TREIZIÈME. 2C
désignent la matière de l'épanchementsous le nom de pus; mais il me semble que c'est détourner ce mot de sa véritable acception , puisque la matière à laquelle ils l'appliquent ne provient ni d'un abcès, ni d'une ulcération, mais d'une simple transsudation lymphatique de la face interne de la choroïde et de l'uvée, qui sont affectées d'inflammation. Au reste , il en est de même de toutes les membranes du corps : ainsi la dure-mère, la pie-mère? le péricarde, la plèvre , le péritoine, etc., lorsqu'ils sont gravement enflammés, se couvrent d'une couche de matière glutineuse 7 très-analogue à celle qui constitue l'hypopion. Soutenir qu'il n'existe aucune différence essentielle entre le véritable pus et l'albumine sécrétée par les membranes enflammées, c'est avouer que le pus peut se former sans abcès et sans ulcération.
Les symptômes qui laissent craindre qu'il ne se forme un épanchement d'albumine dans l'intérieur de l'œil sont ceux de l'ophthalmie aiguë, portés à leur plus haut degré d'intensité : l'engorgement excessif des paupières, la rougeur et la tuméfaction de la conjonctive, comme dans le chémosis, une chaleur brûlante avec une douleur vive et lancinante dans l'œil, le sourcil et à la nuque, la fièvre, l'insomnie, l'appréhension de la lumière la plus faible, la constrictiou de la pupille.
Aussitôt que l'hypopion commence à se former, on aperçoit au fond de la chambre antérieure une petite ligne jaunâtre en forme de croissant, qui s'accroît à mesure que l'humeur sécrétée par les membranes internes enflammées traverse la pupille. Cette ligne s'étend par degrés et finit par cacher toute la circonférence de l'iris en commençant par sa partie inférieure. Tant que la période inflammatoire de l'ophthalmie persiste, l'hypopion ne cesse de faire des progrès; mais il s'arrête et se dispose à diminuer dès le commencement de la seconde période.
Cette seule observation suffit pour faire sentir combien il importe d'étouffer Fophthalmie dans son premier degré, si l'on veut s'opposer aux progrès de l'hypopion. On ne saurait donc trop se hâter de saigner le malade , et même de pratiquer l'excision de la conjonctive dans les cas de chémosis; ensuite on a recours aux doux résolutifs, à l'application des vésicatoires à la nuque , aux sachets d'herbes émollientes , et autres moyens du même genre , indiqués au chapitre de Y Ophthalmie . Le succès du traitement s'annonce par la diminution de la chaleur et de la fièvre, le retour du sommeil, un sentiment de bien-être, la facilité de mouvoir le globe de l'oeil, et l'état stationnaire de l'hypopion. Il n'est pas rare de voir, sur-tout parmi les pauvres , des