CHAPITRE TREIZIÈME. 2f
malades qui, parvenus à la seconde période de l'ophthalmie, supportent cet amas de matière dans la chambre antérieure, avec la plus grande indifférence , et sans se plaindre d'aucun des symptômes qui caractérisent le premier degré de l'ophthalmie. C'est à cette époque, ainsi que je le disais tout-à-1'heure, que les progrès de l'hypopion s'arrêtent, et que la matière qui le forme commence à être absorbée, si toutefois rien ne s'y oppose.
Ceux qui n'ont pas des connaissances bien précises sur les maladies des yeux, croiront peut-être que le moyen le plus sur et le plus expéditif de combattre l'hypopion devenu stationnaire, est d'inciser la cornée dans sa partie inférieure, afin de donner une prompte issue à la matière de l'épanchement. Telle est en effet la doctrine la plus généralement enseignée dans les écoles. Mais l'expérience a démontré nonseulement que cette opération est rarement suivie de succès, mais encore qu'elle peut occasioner des accidents plus fâcheux que l'hypopion lui-même, quelque soin qu'on mette à se conformer aux préceptes de Richter (i). Ce célèbre chirurgien veut qu'on laisse sortir lentement et presque d'elle - même la matière de
(1) Observ. chirurg. Fasciculus primus, cap. XII.
l'épanchement, au lieu de lui donner issue toutà-coup, et d'en favoriser l'écoulement par des pressions et des injections répétées. Mais, quelque petite que soit l'ouverture faite à la cornée, l'expérience a prouvé qu'elle rappelle souvent l'inflammation, et provoque un nouvel épanchement. Ajoutez que, si l'écoulement se fait goutte à goutte, l'évacuation complète est lente à se faire, et, pendant ce temps, les lèvres de la plaie restent écartées, suppurent, s'ulcèrent, et la sortie de la matière de l'hypopion est suivie de celle de l'humeur aqueuse et de la hernie de l'iris. Aussi la section de la cornée n'a-t-elle souvent d'autre résultat que de changer l'hypopion en un ulcère compliqué delaprocidencedel'iris, et quelquefois de celle du cristallin lui-même (1). A la vérité, dans quelques cas particuliers, la matière de l'hypopion s'est fait jour avec succès par une crevasse spontanée de la cornée ; mais on aurait tort de s'autoriser de ces exemples pour préconiser l'ouverture artificielle de cette membrane: Car l'expérience a démontré qu'il existe une grande différence entre l'ouverture spontanée
(1) Richter dit, dans le même endroit : Aliquando ve/ô cùm operationem hypopii post opTithalmiam vehementem orti instituerem, accidiiui incisa corne a , et elapso humore aqueo 7 lens crutallina in cameram oculi anteriorem prolaberelur . et dilatato corneœ vulnusculo eximi ex oculo deberet,