CHAPITRE TREIZIÈME. 2Û,C
fique de l'hypopion , l'infusion de fleurs de mauve appliquée sur l'œil; mais on sait maintenant que tous les topiques émollients , secondés par l'usage des antiphlogistiques généraux , produisent les mêmes effets. L'eau tiède simple a le même avantage. « Une jeune fille, dit le célèbre Nannoni , fut frappée dans l'œil par un épi de blé. 11 en résulta une inflammation à la suite de laquelle il se forma un épanchement de pus blanc, qui représentait une demi-lune, derrière la cornée, mais il était impossible de savoir si la matière de cet épanchement existait entre les lames de la cornée, ou dans la chambre antérieure. On me demanda s'il était possible de lui donner issue à la faveur d'une incision. La malade se plaignait de fortes douleurs dans l'œil et dans le front. Je déclarai , en présence de M. Luily et de plusieurs élèves, que ces douleurs n'étaient pas l'effet de la présence du pus, mais de la cause qui l'avait produit. Cette cause était évidemment une inflammation que l'introduction de l'air atmosphérique dans l'intérieur de l'œil n'aurait pas manqué d'aggraver , si l'on eût perforé la cornée. L'événement justifia mon diagnostic : des fomentations d'eau tiède sur l'œil et sur le front ayant calmé l'irritation, le pus disparut. Ces moyens tout simples, qu'ils sont, ont si souvent réussi que je ne saurais trop les recommander.
3oO MALADIES DES YEUX.
Telle est l'heureuse issue de l'hypopion, toutes les fois qu'on invoque à temps les ressources de l'art, et qu'on parvient à calmer l'ophthalmie dans sa première période. Mais lorsque rien ne peut en arrêter la marche , soit parce qu'elle est trop violente , soit parce qu'on a mis trop de lenteur dans l'administration des moyens curatifs, il arrive quelquefois que l'albumine épanchée dans la chambre antérieure *de l'œil est tellement abondante que l'obscurcissement de la cornée est très-long-temps à se dissiper. J'ai vu nombre de fois , spécialement parmi les pauvres , des malades qui, mal traités ou négligents à demander du secours, conservaient l'hypopion long-temps après la terminaison de la première période de l'ophthalmie , parce que ces malheureux s'exposaient trop tôt à l'impression de l'air,sous prétexte qu'il ne leur faisait éprouver aucune incommodité. Il est évident que, dans le second degré de l'ophthalmie, la résolution de l'hypopion ne peut s'obtenir ni par les mêmes moyens , ni avec la même promptitude que dans le premier. L'abondance et la consistance de l'humeur épanchée, l'atonie des vaisseaux de l'organe malade , tout indique que la nature a besoin d'un certain temps pour opérer la dissolution de cette humeur , et pour la mettre en état d'être absorbée avec l'humeur aqueuse qui se renouvelle sans cesse. Mais l'art doit seconder