CHAPITRE TREIZIÈME. 3oi
la nature en ranimant le ton des vaisseaux de toute espèce qui entrent dans la composition de l'œil : or, pour remplir cette indication, il faut plus ou moins de temps , suivant l'âge et la constitution du malade.
Éloigner tout ce qui pourrait rappeler l'inflammation, ranimer le ton de la conjonctive pour dissiper les restes de l'ophthalmie, exciter l'action des vaisseaux absorbants : telle est la triple tâche que doit s'imposer le médecin. Il commencera d'abord par introduire, entre les paupières et le globe de l'œil, quelques gouttes du collyre vitriolique , tempéré par le mucilage de semences de coing, pour apprécier le degré de sensibilité de l'œil. Si ce moyen produit une trop forte irritation , il sera remplacé par des sachets de fleurs de mauve, saupoudrés de quelques grains de camphre; et, par intervalles, il sera fait usage des vapeurs aromatiques spiritueuses, indiquées au chapitre de l'ophthalmie ; enfin , on renouvellera l'application d'un vésicatoire à la nuque; et, dès que l'extrême sensibilité de l'œil sera calmée, on reprendra l'usage du collyre vitriolique, d'abord simple, puis animé avec quelques gouttes d'esprit de vin camphré. Si l'on observe attentivement ce qui se passe pendant ce traitement, on verra qu'à mesure que l'ophthalmie chronique se dissipe, et que l'action du système absorbant se réveille , la masse d'albumine qui forme
l'hypopion commence par se diviser en plusieurs parties, se délaie, diminue, et finit à la longue par disparaître complètement.
On ne peut pas toujours se promettre le même succès dans le traitement de l'hypopion, lorsque l'épanchement s'est fait en peu de temps , et qu'il est tellement abondant qu'il remplit les deux chambres, les distend et comprime plus ou moins fortement la cornée. Malgré les secours de l'art les mieux appropriés, ce cas est souvent suivi d'accidents plus graves que l'hypopion luimême ; je veux parler de l'ulcération, du trouble et de la rupture de la cornée : accidents dont la cause prochaine tient moins à la nature de l'humeur de l'hypopion qu'au degré de pression qu'elle exerce sur la cornée. John Hunter ( i ), à qui nous devons des observations importantes sur ce point de pathologie chirurgicale, a fort bien remarqué que les substances étrangères introduites dans une partie quelconque du corps humain, bien qu'elles ne soient pas nuisibles par elles-mêmes, tendent toujours à se porter à l'extérieur, et que le même degré de pression qui ne produit aucun effet, lorsqu'il agit de de- . hors en dedans, détermine l'ulcération de la
(i) A treatise on the bloocl * s inflammation , and gun-shot wounds.