CHAPITRE PREMIER. 3l
sans traverser l'os unguis ; il sera certain qu'il ne s'est pas égaré, si l'instrument glisse contre une surface lisse après avoir rencontré un léger obs-
ture; on enlève la canule, désormais inutile, on noue ensemble les deux extrémités du fil , et on les roule sur une épingle qu'on fixe au bonnet du malade. Quelquefois ii est impossible de faire paraître le ressort dans la narine; cela peut tenir à la mauvaise situation de la canule , dont il iaut toujours avoir soin de tourner le biseau en dedans pour que ce ressort ne se recourbe pas dans le méat inférieur; mais dans quelques cas la main la plus exercée ne pourrait en venir à bout; il faut alors adopter un autre procédé. Desault enfonçait ordinairement un fil dans la canule jusque dans la fosse nasale à l'aide d'un stilet fourchu, puis recommandait à son malade 'de se moucher fortement, la bouche et la narine du côté opposé à la maladie étant fermées; souvent le fil sortait à l'instant, entraîné par la colonne d'air; le plus souvent cependant le malade était obligé de se moucher à plusieurs reprises; quelquefois même il ne parvenait à chasser ainsi le fil que dans le courant de la journée. M. le professeur Boyer le saisit ordinairement avec beaucoup de facilité , à l'aide d'un petit crochet mousse. Le surlendemain de l'opération, on remplace le fil de chanvre par un fil de soie roulé sur une carte, et assez long pour servir pendant tout le traitement. A l'extrémité de ce fil , on attache une mèche couverte de cérat, longue d'un pouce et demi, qu'on conduit dans le canal nasal, jusqu'à la partie supérieure du sac lacrymal ; on la retire le lendemain à l'aide d'un fil qu'on a toujours soin d'attacher à son extrémité infe'rieure, et on la remplace par une autre mèche un peu plus grosse; on renouvelle ce pansement tous les jours, ou tous les deux jours, en augmentant progressivement le volume de la mèche, jusqu'à
tacle, si sort extrémité supérieure correspond un bord supérieur de l'orbite, enfin s'il demeure
ce que le canal nasal soit suffisamment dilaté. Lorsqu'on juge que la guérison est complète, on retire la mèche, mais on laisse le fil quelque temps encore pour la réintroduire de nouveau, si la maladie récidive. La cure exige au moins six semaines , souvent trois mois , et quelquefois un temps beaucoup plus long.
M. le professeur Dupu^tren a adopté une manière bien différente d'opérer la tumeur et la fistule lacrymale. Il se contente de plonger un bistouri dans îe sac lacrymal, et de placer à demeure dans le canal nasal une petite canule cylindrique taillée en biseau à son extrémité , inférieure et garnie à son extrémité opposée d'un petit rebord qui prévient sa chute dans la narine ; quelques secondes suffisent pour l'exécution de cette opération , et trois ou quatre jours pour la guérison du malade. Ce résultat est brillant sans doute; mais n'a-t on pas à craindre que la canule ne s'obstrue, qu'elle ne remonte et ne détermine l'ulcération du sac et des téguments ? ne peut-elle pas d'ailleurs être la source d'une irritation continuelle des voies lacrymales? Cette opération aurait plus que toute autre besoin de la sanction réitérée de l'expérience; car la théorie dépose hautement contre elle. Les esprits exacts croiront en effet difficilement à la possibilité de remplacer un conduit vivant par un tube inerte ; l'idée première de cette opération n'appartient pas à M. le professeur Dupuytren ; c'est Foubert qui paraît en avoir été l'inventeur ; elle fut combattue par Louis (voyez les Mémoires de l'Académie de Chirurgie), et semblait condamnée à rester dans l'oubli, lorsque MM. Delpech (Précis des Maladies chirurgicales) et Dupuytren ont entrepris delà faire rentre? dans le domaine de l'art. (Note des Traducteurs.'
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fixe dans sa situation; au contraire, quand on traverse l'os unguis ( et il est plus facile de commettre cette faute que ne le pensent les jeunes chirurgiens), on sent l'instrument glisser contre une surface inégale, l'extrémité supérieure s'éloigne du sourcil , en se dirigeant en avant, et le stylet conserve dans tous les sens une mobilité remarquable.
Il est impossible de déterminer avec précision l'époque à laquelle on peut retirer le stylet, sans s'exposer au danger de voir renaître la maladie; cela dépend de la suppression plus ou moins prompte du flux palpébral , et du temps que met le sac lacrymal à revenir à ses dimensions premières (1), et le reste des voies lacrymales à reprendre son action naturelle.
On peut dire en général que plus on tarde à retirer le stylet, plus la guérison est assurée; je l'ai bien rarement fait porter moins d'une an-
(i) Lorsqu'au lieu du petit stylet, conducteur des larmes, je faisais porter pendant long-temps à mes malades une grosse tente de plomb (pi. 8 , fig. io) j'attribuais le resserrement du sac lacrymal à la pression qu'exerçait sur lui la partie supérieure de cette tente; mais l'expérience m'a convaincu depuis , que la même chose arrive lorsqu'on emploie un trèspetit stylet; le resserrement du sac dépend donc moins de la compression qu'il éprouve , que de l'élasticité et de la vitalité de ses membranes, ainsi que de la disparition de l'humeur puriforme qui le remplissait.
née; il n'est pas difficile d'obtenir des malades la docilité nécessaire, parce que la présence de cet instrument ne cause ni douleur, ni difformité , sur-tout si l'on a l'attention de donner à son extrémité supérieure la couleur des téguments; il est utile et même indispensable de le retirer deux fois par semaine pour enlever le mucus qui le recouvre et pour prévenir le dépôt d'une incrustation terreuse , comme cela est arrivé chez le sujet de l'observation n° 8.
Le flux palpébral puriforme est parvenu à sa troisième période quand il y a distension , atonie du sac lacrymal, ulcération, fongosités de sa membrane interne, et de plus une ou plusieurs fistules communiquant dans son intérieur (i). Heureusement cet état qu'on pourrait nommer avec raison fistule lacrymale se rencontre rarement dans la pratique , parce que si les malades consentent à négliger un larmoiement commençant, ils s'empressent de réclamer les secours de l'art aussitôt que l'œil s'embarrasse d'une abondante sécrétion de larmes
(i) Il arrive quelquefois que le sac s'enflamme , suppure et s'ouvre à l'extérieur sans avoir été très - distendu, et sans qu'on aperçoive d'ulcérations fougueuses dans sa cavité; dans ce cas, on peut supposer que la maladie n'est encore qu'à sa deuxième période , et la traiter comme nous l'avons indiqué plus haut.