CHAPITRE PREMIER
le sac n'avait pas éprouvé de dilatation sensible, je ne m'occupai que de détourner la fluxion, de corriger la sécrétion morbide des paupières, et de fortifier en même temps les vaisseaux variqueux qui parcouraient leur surface interne. J'ordonnai à la malade de prendre, plusieurs fois par jour, une livre de petit lait, avec addition d'une drachme de crème de tartre et d'un demi-grain d'émétique. Cette boisson ne fatiguait pas l'estomac, et déterminait chaque jour une selle abondante, et souvent deux. Je commençai d'introduire entre les paupières du côté droit une petite quantité de l'onguent de Janin , préparé selon sa formule ; mais telle fut , dans cette circonstance, l'action stimulante de ce médicament, qu'au bout d'une heure les paupières étaient enflammées et énormément tuméfiées , quoiqu'on eût fait sur elles de fréquentes lotions avec du lait. Pendant la durée de cette inflammation, c'est-à-dire, pendant quatre ou cinq jours , le flux palpébral disparut complètement, et de quelque manière qu'on pressât le sac lacrymal , il ne sortait par les points lacrymaux que des larmes pures. Quand l'inflammation disparut, on vit renaître le flux palpébral. Je revins à l'usage du même onguent que j'avais rendu moins actif en doublant la dose de l'axonge ; la quantité que j'employais matin et soir égalait en volume un grain et demi de fra-
ment; mais je commençais toujours par pousser dans les voies lacrymales une injection d'eau de plantain animée d'un peu d'alcool. Trois ou quatre fois par jour la malade faisait elle-même couler dans l'œil quelques gouttes du collyre vitriolique. A peine ce traitement fut- il suivi pendant trois semaines , qu'on remarqua de la diminution dans le flux palpébral; déjà ce n'était plus qu'une simple mucosité qui troublait les larmes , l'aile droite du nez était dans son état naturel , la membrane interne des paupières devint successivement lisse et pâle , les glandes de Meïbomius s'affaissèrent , et les vaisseaux variqueux qui les parcouraient reprirent leur calibre ordinaire. Je suspendis l'usage du petit lait. Vers le quarantième jour , en comprimant le sac lacrymal, on ne faisait plus sortir que des larmes pures par les points lacrymaux. Les injections passaient dans la narine avec toute la facilité possible ; cependant les larmes trouvaient encore quelque obstacle dans leur cours , car si la malade s'exposait à un air un peu frais , ou si elle lisait à la lumière , elle était forcée de s'essuyer l'œil plusieurs fois ; je ne pouvais attribuer ce symptôme à l'atonie du sac, atonie qui selon toutes les apparences n'existait pas ; mais comme la malade se plaignait toujours de quelque embarras de la membrane pitui» taire , je pensai qu'il y avait un léger resser-