CHAPITRE IV
De V irritation de Vœil causée par le contact des cils,
V-jette maladie connue sous le nom de trichiasis, se présente sous deux formes distinctes ; dans la première les cils se dirigent en arrière sans qu'il y ait aucune déviation du tarse ; dans la deuxième c'est le renversement du tarse qui change la direction des cils et les porte contre le globe de l'œil. La première forme de cette maladie est rare; je ne lai vue qu'une seule fois et encore n'y avait - il que quelques cils dont la direction fut changée; la deuxième espèce de trichiasis, est celle qui se rencontre communément dans la pratique; elle est complette si le tarse est renversé dans toute sa longueur; incomplette s'il ne l'est que dans une portion de son étendue , et cette portion est le plus ordinairement celle qui correspond à l'angle externe de l'œil. Quelquefois le trichiasis n'affecte qu'une paupière, d'autrefois les deux paupières du même œil, et, dans quelques cas , il se remarque sur les deux yeux à la fois.
A ces deux espèces de trichiasis dont je viens
de parler, les auteurs en ajoutent une troisième qu'ils nomment distichiasis , et qu'ils supposent produite par une double rangée de cils; mais cette troisième espèce n'existe pas réellement; et ceux qui l'ont admise , ont mal observé ia disposition naturelle des cils, décrite depuis long-temps par Albinus{\) et par Winslow (2). En effet quoique ces petits poils paraissent disposés sur une seule ligne, si l'on remarque attentivement leur racine, on verra qu'ils naissent sur deux ou trois rangs et même sur quatre à la paupière supérieure; leur situation est d'ailleurs fort irrégulière ; ils sont pour ainsi dire pêle-mêle. On conçoit d'après cela qu'il est facile de prendre ceux qu'on voit s'écarter des autres et se diriger en sens contraire, pour une rangée surnuméraire, tandis qu'il n'y a rien d'insolite ni dans leur nombre , ni dans leur origine.
Il n'est pas facile de déterminer avec précision la cause du trichiasis qui ne dépend pas de l'introversion du tarse ; on l'attribue généralement aux ulcères de ce dernier qui déterminent la chute des cils, et aux cicatrices qui empêchent ceux qui repullulent de prendre la direction des premiers ; mais il faut convenir que cette cause n'est pas la seule , puisque j'ai
(ï.) Acad. Annotât., lib. 111 , cap. vu.
(a) Exposa, nnat. Traité de la Tête , § 278.
f)3 CHAPITRE QUATRIÈME.
vu des malades chez lesquels deux ou trois cils se dirigeaient contre le globe de l'œil sans que le tarse présentât ni ulcération, ni cicatrices.
Quant à moi je pense que les cicatrices qui se forment quelquefois sur le tarse , produiraient plutôt la seconde espèce de trichiasis que la première ; car les petits ulcères qu'elles remplacent , ont ordinairement le caractère rongeant; si on les néglige, ils détruisent une portion de la conjonctive ; puis à mesure qu'ils se cicatrisent ils se resserrent sur eux-mêmes, ,et tirent par -conséquent en dedans le tarse et les poils qu'il soutient. Ces petits ulcères n'occupent pas toujours toute l'étendue du bord libre des paupières; on ne les voit quelquefois que sur une longueur de deux ou trois lignes, tantôt sur le milieu du tarse , tantôt vers l'angle externe de l'œil; aussi n'observe-t-on souvent, après leur cicatrisation , que la déviation des cils seulement qui croissent sur le point qu'ils occupaient; enfin dans tous les cas de trichiasis incomplet produit par des cicatrices du bord libre des paupières on voit clairement, avec un peu d'attention, que le tarse et les cils n'ont éprouvé de déviation que dans le point primitivement occupé par les ulcérations, et si l'on renverse les paupières, on trouve dans la pâleur , la rigidité et les callosités de la portion de conjonctive correspondante , la cause évidente du renverse-
ment du cartilage tarse , et de l'introversion des cils contre le globe de l'œil.
Il est encore d'autres causes capables de produire les mêmes effets ; les vieilles ophthalmies qui s'exaspèrent de temps en temps, comme font ordinairement celles qui sont dues au vicescrophuleux, à la variole, tiennent pendant long-temps la peau des paupières dans un état de distension et d'œdématie auxquelles succède, plus tard, un relâchement qui permet au cartilage tarse, privé d'un appui suffisant, de s'incliner vers le globe de l'œil, de se replier en dedans et d'entraîner les cils dans la même direction. On voit encore quelquefois, indépendamment du relâchement de la peau , le même effet résulter du ramollissement du cartilage tarse luimême occasionné par une abondante et longue sécrétion puriforme des follicules de Meïbomius; ce cartilage devient incapable de se soutenir et de conserver sa courbure naturelle ; il s'affaisse en arrière et entraine contre le globe de l'œil les cils qui le recouvrent.
Toutes ces causes assez souvent simultanées, coexistent encore quelquefois avec les cicatrices du tarse. Quelques auteurs (i) assurent que le trichiasis peut quelquefois dépendre de la con-
(i) Bell System of surgery^yol. III, pag. 276.