CHAPITRE QUATRIÈME
étendue , tous les cils se dirigeaient contre le globe de l'œil. La cornée gauche était opaque et parsemée de taches très -denses; la droite était simplement obscurcie par des nuages. On extirpa cinq fois à diverses époques les cils de ce jeune homme, et on cautérisa leur bulbe avec la potasse caustique; mais ils repullulaient toujours avec plus de force; il fut question d'emporter une portion du bord libre de$ paupières affectées. Tel était l'état de cette maladie lorsque j'entrepris de la guérir. Le jeune malade qu'on avait tant de fois inutilement tourmenté, montrait peu de docilité; je crus devoir m'assurer de lui en le faisant tenir sur un lit par des aides exercés.
À laide d'une pince je soulevai la peau de la paupière supérieure droite dans le voisinage du tarse de manière à former un pli , dont la partie la plus élevée correspondait au grand angle de l'œil, pour les raisons exposées plus haut; je l'enlevai d'un seul coup avec mes ciseaux à bec de grue. Je pratiquai la même opération sur la paupière gauche , mais avec cette différence qu'ici la partie la plus saillante du pli correspondait à sa partie moyenne. Les personnes étrangères à l'art, qui assistaient à l'opération , furent effrayées quand elles virent la peau se retirer et laisser à nu les deux paupières supérieures. Je déprimai les sourcils pourrappro-
cher les bords des deux plaies que je réunis à l'aide de bandelettes de taffetas gommeux; j'assurai cette réunion au moyen de compresses fixées par une bande sur les os malaires et sur les sourcils ; les paupières se recouvrirent entièrement. Je fis prendre au malade une émulsion dans laquelle entraient neuf gouttes de laudanum; il s'endormit peu de temps après. Je n'eus pas à me plaindre de son indocilité pendant tout le reste du traitement.
Je levai le premier appareil le cinquième jour. Le jeune malade ouvrait facilement les deux yeux ; le tarse et les cils s'écartaient assez du globe de l'œil pour ne pas l'offenser; ils n'avaient cependant pas repris tout-à-fait leur position naturelle , parce que les petites plaies suppurèrent plus que de coutume , et se couvrirent de fongosités qui s'opposèrent au rapprochement de leurs bords ; touchées à plusieurs reprises avec la pierre infernale et pansées avec l'onguent de céruse , elles se cicatrisèrent dans l'espace de quinze jours pendant les quels on vit le tarse et les cils s'éloigner progressivement du globe de l'œil et reprendre enfin leur situation naturelle. L'usage de l'onguent ophthalmique de Janin, continué pendant quarante jours, et celui du collyre vitriolique rendirent aux vaisseaux variqueux de la conjonctive toute leur tonicité; les nuages de la