CHAPITRE QUATRIÈME, i l
du tarse renversé ; j'excisai ensuite à l'aide d'une pince et d'un bistouri , une portion ovalaire de peau dune largeur proportionnée à l'étendue du renversement , et je rapprochai les bords de l'incision au moyen de quelques bandelettes de dyachilon. La plaie suppura; je fus obligé de la toucher plusieurs fois avec la pierre infernale , et le tarse et les cils reprirent complètement leur situation naturelle.
Maigre l'usage assidûment répété pendant un mois de l'onguent ophthalmique et du collyre vitriolique , je ne pus rétablir qu'en partie la transparence des deux cornées, tant était grande la consistance de l'humeur épanchée entre les lames de ces membranes. Peut-être aussi l'âge avancé de la malade contribua-t-il à rendre la cure incomplète , car elle avait près de 60 ans; elle pouvait néanmoins distinguer les couleurs et le pourtour des corps. Elle quitta l'hôpital fort contente de ne plus éprouver les douleurs que lui causait son trichiasis.
Dix-huitième observation.
Mademoiselle R.... de Rovescala, jeune fille de neuf ans, d'une constitution scrofuleuse, contracta la gale, étant encore à la mamelle. A l'âge de sept ans elle fut atteinte dune ophthalmie rebelle qui se fixa sur les deux conjonctives pal-
Il4 MALADIES DES ÎEIJX.
pébraîes : l'œil droit était plus fortement affecte que l'autre; il y avait aussi de ce côlé des ulcérations sur la partie interne du tarse et sur quel-? ques points de l'union de la sclérotique avec îa cornée. Après s'être inutilement soumise pendant deux ans à l'usage d'une fouie de médicaments locaux et généraux , la petite malade perdit presque entièrement la faculté d'ouvrir Tceil droit. Des deux côtés les tarses étaient calleux, couverts de croûtes et de chassie, mais ceux de l'œil droit étaient de plus renversés en dedans conjointement avec les cils ; toutefois le trichiasis de la paupière inférieure n'était que partiel et occupait sa partie externe. Le frottement des cils sur l'œil droit était tellement incommode que la malade ne pouvait s'empêcher d'y porter continuellement la main. Je la plaçai sur une table dans une position horizontale , la tête un peu relevée et fortement assujettie par des aides habiles et spécialement par M. Gianni, chirurgien distingué de cet hôpital; je soulevai entre mes doigts les téguments de la paupière supérieure droite , de manière à former un pli plus large en dehors qu'en dedans, que j'excisai d'un seul coup avec des ciseaux bien affilés; j'emportai de cette manière une portion ovalaire de la peau qui bordait le bord libre du tarse. Je répétai la même opération sur la paupière inférieure droite , en pro-