CHAPITRE QUATRIÈME. Il
portionnant l'étendue du lambeau à celle du trichiasis moins considérable de ce côté. Dès que le sang ne coula plus, j'appliquai l'appareil ordinaire, c'est-à-dire des bandelettes agglutinatives, et deux compresses fixées sur le sourcil et l'os malaire, à l'aide d'un bandage analogue au monoclus.
Je fis prendre quelques gouttes de laudanum à la malade, immédiatement après l'opération, pour favoriser le sommeil , mais il ne fut pas possible de la tenir au lit. Il ne survint aucun accident remarquable. Le troisième jour, à la levée du premier appareil , je trouvai, au grand étonnement des assistants , que la petite malade ouvrait très-bien l'œil droit, que le tarse et les cils avaient repris leur situation naturelle, et que les deux petites plaies étaient parfaitement réunies ; mais, chose singulière, les cils auparavant déviés, avaient acquis une longueur excessive , comparativement à celle des autres.
Pour compléter la cure , je couvris les deux cicatrices avec un linge enduit d'onguent de céruse, et je m'attachai sur-tout à fortifier les vaisseaux variqueux de la conjonctive , et à dissiper les nuages qui troublaient la transparence de la cornée de l'œil droit. J'obtins, dans l'espace de quarante jours, tout le succès qu'il était permis d'espérer, en insistant sur l'usage de la teinture thébaïque de la pharmacopée de Londres , de
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l'onguent ophthaknique , et du collyre vitriolique.
Dix-neuvième observation.
Lorenzo Crivelli de Montallo, âgé de vingtsix ans, d'une forte constitution, n'ayant jamais eu d'ophthalmie , se leva , l'un des premiers jours du mois de mai de l'année 1798, avec un prurit tellement incommode dans l'œil droit , qu'il ne pouvait se dispenser d'y porter continuellement la main. Cette sensation pénible, promptement suivie de l'inflammation de l'œil, s'accrut à tel point les jours suivants, que le malade craignant de perdre la vue de ce côté, se rendit à l'hôpital.
On voyait vers le milieu de la paupière inférieure, et dans une étendue de deux lignes, un écartement des cils en divers sens. Trois d'entre eux, sortant de la face interne du tarse, se dirigeaient obliquement vers le globe de l'œil, et touchaient en partie le disque inférieur de la cornée, en partie la conjonctive qui dans cet endroit présentait une tache formée , par une petite extravasation sanguine. Il n'y avait pas la moindre déviation du tarse.
Persuadé que l'arrachement des cils n'eut produit qu'une guérison temporaire , convaincu de l'insuffisance de tous les moyens proposés jusqu'à ce jour pour les ramener au-
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dehors, tels que les agglutinatifs , les ligatures, etc., observant d'ailleurs qu'il suffisait chez le malade dont je parle, de renverser légèrement le tarse en-dehors dans le court espace occupé par le trichiasis, pour écarter suffisamment les cils du globe de l'œil, sans produire aucune difformité remarquable, je pris le parti d'exciser une petite portion des téguments de la paupière..
Le malade étant assis, la tète penchée en arrière , je chargeai un aide de tendre la paupière inférieure droite , sur laquelle je fis avec une lancette, une incision longue de quatre lignes, immédiatement au-dessous de son bord libre; puis soulevant la peau avec une pince, j'en excisai un petit lambeau de forme ovale qui avait quatre lignes de long, et deux lignes et demie dans sa plus grande largeur; j'appliquai sur la petite plaie un linge enduit d'onguent digestif simple, et je fixai une compresse sur l'os malaire , à l'aide d'un bandage analogue au monoclus.
Deux jours après, à la levée du premier appareil , je trouvai la plaie réunie , et les trois cils ramenés au-dehors. Le malade se trouvait infiniment soulagé; un seul poil, le plus ion^ des trois , touchait encore légèrement la cornée : je dis légèrement , puisque le malade ne s'en plaignait pas, et que les taches de la conjonctive t.
étaient déjà presqu'entièrement dissipées. Ce jour-là et les trois suivants , je touchai la plaie avec la pierre infernale, pour détruire un peu plus de peau, et augmenter le renversement du tarse: la cicatrice était complète cinq jours après. Le cil dont je viens de parler , qui conservait encore une inclinaison vicieuse, ne touchait plus la cornée, mais restait étendu le long de la partie interne du tarse de la paupière inférieure, sans causer au malade ni larmoiement, ni douleur. Je crus avoir suffisamment atteint le but que je devais me proposer, et je permis au malade de retourner chez lui.