‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 63 sur 154 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dit relâchement de la paupière supérieure.

.L'opération décrite dans le chapitre précédent convient encore pour guérir le relâchement de la paupière supérieure, lorsqu'il n'est pas compliqué de l'introversion des cils. Cette affection ne peut avoir de suites fâcheuses ; mais elle oblige le malade à soulever la paupière supérieure avec ses doigts , pour apercevoir les objets.

Le prolapsus de la paupière supérieure est rarement un vice congénital; il dépend le plus ordinairement de l'engorgement humoral qui succède chez les sujets d'une constitution molle, aux ophthahnies chroniques, opiniâtres, ou bien à l'application trop long-temps continuée des topiques relâchants. Cette maladie reconnaît aussi pour cause l'atonie du muscle élévateur de la paupière supérieure , quelquefois compliquée de la paralysie du nerf optique : ce dernier accident n'est pas rare à la suite des fortes contusions des paupières et de l'œil; enfin le prolapsus de la paupière supérieure peut dépendre-

du spasme du muscle orbiculaire ; mais alors il n'est que momentané (i).

Il est facile, à l'aide des circonstances commémora tives , de reconnaître si l'allongement de la paupière supérieure est congénital , ou s'il dépend d'un engorgement humoral, de l'application prolongée des émolliens, ou de ce que le malade a tenu long-temps son œil fermé et comprimé par un bandage. Pour savoir s'il y a ou non paralysie du muscle élévateur, on fait avec une pince , ou bien avec l'extrémité des doigts , un pli transversal aux téguments de la paupière supérieure tout près de l'arcade orbiculaire; si ce muscle n'a pas perdu sa contractilité , dès qu'il

(i) La paralysie du muscle élévateur qui détermine la chute de la paupière supérieure , se complique quelquefois de celle de tous, ou presque tous les muscles moteurs de l'œil; en sorte que cet organe reste plus ou moins immobile sans que le nerf optique paraisse très- affecté, puisque le malade voit distinctement les objets qu'on lui présente. Mais s'il veut élever la paupière supérieure ou mouvoir le globe de l'œil dans un sens déterminé , il exécute tous ces mouvements avec l'œil sain sans s'apercevoir de l'immobilité de l'autre. La pupille de l'œil malade reste habituellement dilatée , même sous l'influence de la plus vive lumière. J'ai plusieurs fois observé ce cas malheureux : les fonctions cérébrales étaient languissantes, et les malades ne tardaient pas à périr d'appoplexie ; l'un d'eux n'en fut frappé qu'après avoir éprouvé un strabisme soudain qui lui faisait voir les ôbiets doubles»

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est débarrassé du poids des téguments, il se contracte et soulève la paupière : dans le cas contraire l'œil demeure continuellement fermé. Quant au relâchement delà paupière supérieure qu'on voit paraître et se dissiper par intervalles, il est l'effet du spasme du muscle orbicuiaire, lequel est moins une maladie qu'un symptôme d'une autre affection spasmodique générale, comme l'hystérie, l'hypocondrie, la chlorose, l'altération de l'estomac dépendant de la présence des vers, ou de matières saburrales.

Les auteurs comptent encore parmi les causes de cette maladie , les plaies transversales de la paupière supérieure ou du sourcil; mais il me semble qu'il ne s'expliquent pas assez clairement à cet égard. S'ils n'ont voulu parler que des plaies transversales, avec désorganisation, contusion violente du muscle élévateur , ou bien avec lésion grave du nerf sus-orbitaire , il est certain que celles-ci peuvent produire le relâchement de la paupière, alors même très-souvent compliqué d'un accident beaucoup plus grave, c'est-à-dire , de la perte complète de la vue ; mais si ce qu'ils disent doit s' appliquer à toutes les plaies transversales de la paupière en général , ils sont certainement dans l'erreur; car les plaies simples qui guérissent par première intension sont incapables de produire le relâchement de la paupière: et celles qui, compliquées d'une

perte de substance, guérissent par suppuration, produiraient plutôt une affection opposée, c'està-dire lectropion. La chute de la paupière supérieure est-elle récente, produite par un simple engorgement des téguments? Existe-t-el!e chez des sujets qui ne sont ni décrépits, ni hémiplégiques? On peut espérer beaucoup de l'usage des topiques fortifiants , parmi lesquels je vanterai particulièrement l'eau fraîche, animée d'un peu d'esprit de vin, les liqueurs anodines, la teinture de cantharides et les liniments savonneux camphrés.

On combat par les antispasmodiques, l'émétique et les anthelmintiques, le relâchement de la paupière supérieure, symptômatique de l'hypocondrie, de l'histérie, du mauvais état de l'estomac.

Quant au relâchement congénital, ou dépendant d'un engorgement humoral invétéré, de l'atonie du muscle élévateur, on ne peut le guérir qu'à l'aide d'une opération. Il est vrai que dans le cas d'atonie du muscle élévateur, il est impossible de rendre au malade la faculté d'ouvrir parfaitement bien l'œil ; mais enfin , on peut le mettre en état de voir sans être obligé de soulever la paupière avec les doigts.

On guérit le prolapsus de la pa u pière supérieure comme le trichiasis : il suffit d'emporter un petit lambeau des téguments de la paupière préalablement soulevée entre le pouce et l'indicateur; mais

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