‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 67 sur 154 · CHAPITRE SIXIÈME. I2Q · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME. I2Q

et ses conséquences les plus fâcheuses telles que nuages, ulcères de la cornée, etc.

La deuxième espèce d'ectropion produite par la rétraction de la peau des paupières ou des parties voisines est un résultat ordinaire des rides profondes que laisse la variole confluente, des brûlures , des excroissances cancéreuses , des kistes qu'on enlève sans ménager convenablement la peau, des charbons malins, en un mot, de toutes les plaies des paupières ou des parties voisines, compliquées d'une perte considérable de substance. Chacune de ces causes suffit pour resserrer, et raccourcir la peau , la tirailler en bas ou en haut, et renverser le bord libre des paupières. En même temps survient ordinairement un autre accident non moins grave, je veux parler du boursouflement de la conjonctive. Cette membrane, bien que légèrement découverte , exposée sans cesse au contact de l'air et des corps étrangers, s'engorge promptement et se recouvre de fongosités, qui recouvrent une partie du globe de l'œil, compriment la paupière, et portent même souvent son bord libre jusqu'au niveau de l'arcade orbitaire. Au reste les inconvénients qu'entraînent ces deux espèces d'ectropion sont absolument les mêmes : j'ajoute que toutes les fois que la maladie est ancienne et invétérée, la conjonctive boursouflée devient dure et comme calleuse.

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Quoique la membrane interne des paupières paraisse également tuméfiée dans l'une et l'autre espèce de cette maladie, néanmoins le diagnostic est toujours facile. En effet dans la première , la peau ne présente ni cicatrices ni brides , et si l'on étend la paupière avec l'extrémité du doigt on voit qu'elle couvrirait facilement le globe de l'œil si la conjonctive ne l'en écartait pas, tandis que dans la deuxième espèce, outre les cicatrices et les brides que l'on voit sur la peau, la paupière conserve sa position vicieuse ou ne s'étend qu'incomplètement; quelquefois même le dégât des téguments est tellemint considérable que son bord libre adhère à la circonférence de l'orbite.

On voit clairement, d'après le parallèle que je viens d'établir entre ces deux espèces d'ectropion, qu'elles ne sont pas également susceptibles de guérison , et qu'il existe même des cas de la deuxième espèce contre lesquels la chirurgie est tout-à-fait impuissante. Pour guérir un ectropion qui ne dépend que du boursouflement de la conjonctive , il suffit d'emporter une portion de cette membrane, et l'art ne manque pas de moyens pour arriver à ce but; mais il est impossible de remédier parfaitement à la deuxième espèce de cette maladie qui reconnaît pour cause principale une perte de substance de la peau des paupières ou des parties voisines : on parvient

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seulement à corriger plus ou moins bien ses effets selon l'étendue de la perte de substance, et l'on abandonne comme incurables les cas dans lesquels le bord libre de la paupière adbère à la circonférence de l'orbite. Si nirnium palpebrœ deest, dit Ceîse, nu lia ici restituere curatio potest (i). On aura la mesure du succès qu'il est possible d'obtenir, en observant jusqu'à quelle hauteur la paupière peut s'élever sur le globe de l'œil : il est impossible à l'art de la reporter audelà de cette limite.

Je reviens au traitement de la première espèce de cette affection. La maladie est-elle récente , n'y a-t-il encore qu'un léger boursouflement de la conjonctive; le renversement ne peut s'étendre beaucoup au-delà de deux lignes, et pourvu qu'on n'ait pas affaire à des vieillards chez lesquels la flaccidité des paupières rend cette affection tout-à-fait incurable, on obtient facilement la guérison en cautérisant la conjonctive avec la pierre infernale. Cette légère opération se pratique de la manière suivante : on renverse la paupière malade avec la main gauche, et on i'essuie avec un linge fin; on promène ensuite fortement la pierre infernale dans toute Féten^due de la tumeur, de manière à produire une escarre; pour que le malade éprouve le moins

(i)Lib. VII, cap. 7.

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de douleur possible, il faut qu'un aide s'empresse au moment où l'opérateur retire la pierre infernale , d'appliquer sur l'escarre un pinceau trempé dans l'huile : autrement le caustique dissous par les larmes se répandrait sur le globe de l'œil. Si, malgré cette précaution, quelque portion se dissout et incommode le malade , on lave l'œil à plusieurs reprises avec du lait récemment trait. On répète la cautérisation pendant plusieurs jours consécutifs, afin de détruire entièrement les fongosités superficielles de la conjonctive, surtout dans le voisinage du tarse. Des lotions avec l'eau simple, ou bien avec l'eau d'orge et le miel rosat, suffisent pour faire suppurer et cicatriser la plaie. L'ectropion s'efface progressivement à mesure que la cicatrice se forme, et le bord libre de la paupière reprend sa position naturelle.

Cette méthode curative, ai-je dit plus haut, ne s'applique avec avantage qu'aux seuls cas dans lesquels l'ectropion est récent et léger. Lorsqu'il est ancien et considérable, je ne connais qu'un moyen sûr pour le guérir; ce moyen consiste à enlever toute la partie fongueuse de la conjonctive en effleurant la face interne du muscle palpébral ; il est clair que je ne parle ici que de l'ectropion de la première espèce. Le malade étant assis, la tète un peu renversée en arrière,

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