‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 77 sur 154 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

De UOphthalmie.

Il y a deux sortes d'ophthalmie : l'une aiguë , produite par une cause stimulante , et dépendant d'un surcroît d'action dans îa partie affectée; l'autre chronique , entretenue par l'atonie des vaisseaux capillaires de la conjonctive. Les médecins arabes appelaient la première ophthalmie chaude , et la seconde ophihalmie froide.

Cette distinction est la base du traitement, L'ophthalmie aigué réclame impérieusement le& anti-phlogistiques généraux et locaux , tandis que Toplithaîmie chronique exige les topiques astringents et corroborants, auxquels on joint l'usage interne des toniques lorsque la faiblesse est générale, comme il arrive quelquefois.

Indépendamment de cette première considération, il faut savoir que, quelque bien traitée qu'elle soit, Tophtlialmie aigué laisse presque toujours dans la conjonctive et dans les parties adjacentes un reste d'inflammation chronique ou asthénique, suite de la distension qu'ont éprouvée les vaisseaux capillaires de l'œil , ou

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l'effet de l'exaltation de la sensibilité qui, persistant après la chute de l'inflammation, appelle incessamment sur l'organe de la vision un afflux continuel de sang et de lymphe. Cet afflux peut en imposer aux médecins sans expérience, jusqu'à leur faire croire qu'il reste encore un certain degré d'irritation, quoiqu'elle soit entièrement dissipée (i).

On sent toute l'importance de ces observations pour déterminer exactement, au lit des malades, l'espèce et la période de l'ophthalmie, le choix et la dose des mojeus curatifs. J'ai presque toujours remarqué que les médecins, habiles à saisir le moment où l'ophthalmie passe

(i) Quelque tien guérie qu'on la suppose, l'inflammation laisse toujours dans les organes qu'elle occupait une prédisposition telle que la plus légère cause suffit pour rappeler la même maladie. L'ophthalmie dispose à Tophthalï-nie, l'angine à l'angine, etc. On a cru pendant long-temps nue ce phénomène dépendait de l'atonie qui succède à Finilammation; mais cette explication ne peut convenir qu'au plus petit nombre de cas. S'ils sont plus faibles à la suite des phîegmasies , les tissus organiques sont aussi plus sensibles , plus irritables ; et c'est à l'exaltation de ces deux propriétés qu'il faut rapporter la facilité qu'ils ont à s'enflammer de nouveau. Sous ce rapport, dit M. ïommasini? l'inflammation fait exception à cette loi de l'habitude qui veut que les impressions soient d'autant moins ressenties qu'elles se renouvellent plus souvent. {JDeWinfiainrrtazïone e délia febre continua.) {Note des traducteurs^)

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de l'état aigu à l'état chronique, en obtiennent promptement la guérison , en substituant aux topiques émollients les astringents et les corroborants; au lieu que ceux qui, trompés par les apparences, insistent sur les anti-phlogistiques, prolongent indéfiniment l'engorgement des vaisseaux capillaires et la rougeur de la conjonctive. Ainsi , quoique tous les charlatans puissent se vanter d'avoir guéri des ophthalmies rebelles avec leur eau merveilleuse , ils n'en sont pas moins des imposteurs qui trompent le public, en lui vendant leur secret comme un spécifique infaillible contre tous les cas d'ophthalmie ; car, je le répète, il existe une si grande différence entre les deux périodes de cette maladie, que le collyre, qui est habituellement efficace dans la première, est très-nuisible dans la seconde. Hoffmann a dit à ce sujet: Ausirn dicere plures visu privari ex imperitiâ applicandi topica, quàm ex ipsâ morbi vi ac magnitudine ( i ). Ces paroles sont spécialement applicables à l'ophthalmie (2).

(1) Dissertât, de eiroribus vulgaribus circa usum lopicorurn in praxi , § 7 .

(2) Considérée en elle-même, abstraction faite des causes dont elle provient, l'oplithalmie présente, selon M. Scarpa, deux périodes tellement distinctes qu'elles répondent à deux états opposés de l'organisation , la sthénie et l'asthénie, L'une et l'autre de ces périodes sont marquées par des

Pour rendre ces principes généraux encore plus clairs, et pour en faciliter l'intelligence aux jeunes chirurgiens, je crois devoir entrer dans

symptômes différents; l'une et l'autre réclament des moyens curatifs différents.

Quoique essentiellement pratique , cette distinction n'est pas admise de tous les médecins ; il en est qui se refusent à croire qu'une maladie change ainsi de nature, et passe en quelques jours de l'irritation à l'atonie. Toutefois ils conviennent de la nécessité de varier le traitement de Tophtlialmie, mais ils ne se fondent pas sur les mêmes motifs. Ainsi la question est au fond moins importante qu'il ne semble, car qu'importe après tout, qu'on diffère en théorie, si l'on s'accordesur les moyen s cura tifs ? Persuadés que l'inflammation est toujours identique à elle-même, depuis son origine jusqu'à sa fin, dans l'état aigu comme dans l'état chronique, les partisans de la nouvelle doctrine italienne ne donnent aux médicaments que des propriétés qui s'accordent avec l'idée qu'ils se font de la nature de l'ophthalnne. C'est ainsi qu'ils admettent que le sulfate de zinc, l'acétate de plomb, l'oxide rouge de mercure, l'alcool, l'eau de roses, etc., sont des contre- stimulants des phlegmasies des yeux, parce qu'ils ne peuvent concevoir que si ces moyens étaient stimulants, comme on le croit généralement, ils guérissent une maladie d'irritation. Mais il est évident qu'ils supposent ce qui est en question.

C'est ce qu'ont bien senti les partisans de la nouvelle doctrine française; mais ils n'ont pas été beaucoup plus heureux dans leurs explications. Convaincus d'une part que l'irritation fait le fonds de l'ophthalmie dans toutes ses périodes, et que les médicaments que nous venons d'énumérer sont excitants, les uns disent vaguement que ces moyens agissent

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