CHAPITRE SEPTIÈME
Lorsque l'ophthalmie dépend de la présence d'une cause particulière ayant son siège dans les yeux mêmes, il est évident que la première chose à faire est de détruire cette cause. J'ai dit
arriver que cette affection se présente avec des circonstances telles, qu'on soit obligé de recourir à ce même médicament. Ainsi l'opium produit quelquefois de très - bons effets dans certaines phlegmasies ; telles sont celles qui s'accompagnent d'une douleur atroce, sur-tout si cette douleur n'est point en rapport avec les symptômes de la phlogose : telles sont encore les inflammations qui occupent des organes très-sensibles et très- irritables. C'est pour cette raison que les narcotiques conviennent dans l'ophthalmie, après la chute des symptômes inflammatoires trop violents. Aussi l'opium entre-t-il sous diverses formes dans la plupart des collyres. P. Franck dit positivement que la solution vineuse d'opium produit d'excellents effets lorsque la sensibilité de l'œil est portée à un certain degré : Sed et ipsum opium in vino solutum egregios hic effectus habuisse conspectum est. Hinc vel tincturœ thebaicœ , vel laudani liquidi duas, tresve guttulas, semel in die, oculo instillare convenit: quo dolores quidcm per brève tempus augentur; sed vi remedii tum excitante, tum sedante, melius interdum, quàm remedio quovis alio , tum in acuta, tum in chronica affectione prœmissis in Ma venœ sectionibus , auferuntur. (De curandis hominum morbis. Mediolani 181 3, tom. II, p. 78.) M. Boyer lui-même remarque que, dans les ophthalmies chroniques, lorsque les toniques ne font qu'irriter l'œil, et que d'ailleurs le malade est d'une constitution très-sensible, c'est presque toujours par une cause inhérente à l'œil que l'ophthalmie est entretenue ; et dans ce cas il est nécessaire de recourir aux topiques sédatifs combinés avec les fortifiants, tels que les vapeurs
en partie dans les chapitres précédents quels sont les moyens propres à remplir cette indication; ce* qui me reste à dire sera développé dans ceux qui suivent. Je me contente en ce moment d'exposer les résultats de l'expérience sur le traitement de l'ophthalmie chronique , entretenue par les vices généraux les plus communs.
Je noterai d'abord comme un fait digne de fixer l'attention, que toute ophthalmie chronique, quelle que soit d'ailleurs sa nature, scrophuleuse, vénérienne, scorbutique etc., affecte la membrane interne des paupières et plus particulièrement leurs bords et les glandes de Meïbomius, tandis que l'ophthalmie aiguë, de quelque cause qu'elle provienne, occupe de préférence la portion de la conjonctive qui recouvre l'hémisphère antérieur du globe de l'œil.
Il n'est point de spécifique connu contre les scroph'ules. Aussi le traitement de l'ophthalmie produite par cette diathèse est-il assez borné; il est plutôt négatif que positif; car il consiste bien plus à faire connaître au malade ce qui lui serait nuisible, qu'à lui prescrire les choses qui
anti-spasmodiques et alcooliques , et le laudanum liquide. En même temps, on administre à l'intérieur le quinquina , la valériane , etc. Traité des mal. chirurg. , tom. V, p. 382.
( Note des traducteurs. )
'CHAPITRE SEPTf È M K. r ÇH^
lui seraient réellement utiles. Tout ce qui est débilitant favorise l'ophthalmie scropbuleuse : les saignées, les purgatifs-salins, les aliments difficiles à digérer comme les chairs dures, salées, fumées, grasses, les végétaux crus, les fruits acerbes, les excès d'étude, la vie sédentaire, l'habitation des lieux humides et marécageux, les fréquentes variations dans la température de l'atmosphère, etc. Au contraire tout ce qui fortifie agit avec plus ou. moins d'efficacité contre la diathèse scropbuleuse , et diminue d'autant l'influence qu'elle exerce sur les yeux, pourvu toutefois que les symptômes inflammatoire* soient modéré*. Mais parmi les toniques, le quinquina mérite une distinction particulière; on le donne en poudre, en infusion à froid, en décoction simple ou aiguisée avec la teinture volatile du gayac (i), en électuaire associé avec le cinabre d'antimoine et la gomme de gayac (2),
(1) Mec. decoct. cort. peruv. une. IX.
Jquœ melis, une. I.
Divisez en trois parties : le malade en prendra une le matin , l'autre à midi , et la troisième le soir ; ajoutez à chaque prise quatre ou cinq gouttes de teinture de gayac , pour un enfant de dix ans.
(2) Mec. chin. chin., une. II.
Cinnab. an timon., une. I. Gumrni gayac , une. semis. Syrup. cort. autant., q. s.f. electuar.
ou mélangé avec l'extrait de ciguë (i). L'éthiops antimonial d'abord à la dose d'un demi-grain par jour, puis à celle d'un, deux, trois et jusqu'à vingt grains, pendant cinquante jours consécutifs et plus encore; l'eau seconde de chaux coupée avec le bouillon de poulet par parties égales , prise tous les matins à jeun , ensuite matin et soir pendant quelques mois; un régime approprié et soutenu, sont encore des moyens auxquels on peut recourir utilement. Enfin, il convient aussi de faire prendre des bains de mer aux scrophuleux , et de les faire frictionner sur tout le corps, matin et soir, avec des flanelles sèches. Mais, je le repète, les toniques ne conviennent qu'après la résolution des obstructions des viscères abdominaux où réside le foyer prin-
A prendre à la dose d'une demi - cuillerée à café, trois fois le jour, pour un enfant de dix ans.
(i) De tous l^s moyens préconisés contre Fophthaïmie scrophuleuse rebelle, ceux dont j'ai retiré les plus grands avantages , dan* l'intervalle des récidives de printemps et d'automne, chez les enfants de cinq ou sept ans, sont la rhubarbe à la dose de vingt- quatre grains, tous les jours, pendant cinq semaines, et puis le quinquina à la dose d'un scrupule associé avec un demi-grain d'extrait de ciguë : le tout répété deux ou trois fois le jour, et continué pendant autant de temps que la rhubarbe.
J'augmente graduellement la dose de l'extrait jusqu'à six, grains par jour.