‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humain (volume 2)Chapitre 46 sur 84 · TUMEURS OU LOUPES AUX PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

TUMEURS OU LOUPES AUX PAUPIÈRES

fois, de deux ou trois jours l'un, avec le nitrate d'argent fondu, et la recouvrant chaque fois avec un peu d'onguent de la Mére et une petite mouche de taffetas d'Angleterre.

On peut aussi employer, pour enlever ces tumeurs, la méthode dont on se servait autrefois. Foyez tom. II, pag. 8o, obs. 33.

J'ai trouvé, mais plus rarement, des tumeurs qui ne sont pas de la méme nature que celles dont je viens de parler. Elles sont petites, pour la plu- ‘part, et adhérentes au bord du cartilage ; elles paraissent au bord interne de la marge de la paupiére, au-dessus de laquelle elles sont visibles par une légère saillie (pl. 36, fig. 1). Elles viennent plutót à la paupiére inférieure qu'à la supérieure. Je les désigne sous le nom de petits sarcómes ; on peut les toucher légérement avec le nitrate d'argent fondu; elles cèdent quelquefois assez aisément à son action; d'autres fois elles résistent longtemps. Quand les malades consentent à attendre de la nature seule leur guérison , elle ne manque jamais d'arriver à la longue. Il est rare d'en trouver de plus considérables qui déforment le cartilage auquel elles adherent (obs. 34).

Lorsque des personnes qui portent aux paupiéres des tumeurs enkystées, ne veulent point entendre parler d'incisions, et que cependant elles demandent à en étre délivrées, on peut porter sur la peau une gouttelette d'acide nitreux, à l'aide d'une paille fine, et continuer les jours

suivants. Le lendemain, ou le sur-lendemain, au plus tard, le kyste est ouvert. Avec l'extrémité d'une curette excessivement déliée, on vide la pétite plaie ou l'espèce de cavité qui résulte de cette application, et on touche de nouveau. Des qu’on aperçoit une déperdition de substance, on y insinue un peu de charpie enduite de digestif, et on continue, en observant ce que J'ai recommandé plus haut. La marche ainsi que le résultat sont les mêmes, excepté que lincision de la peau a été remplacée par deux ou trois attouchements avec le caustique.

On trouve peu de ces tumeurs qui méritent le nom d'hydatides; cependant j'en ai vu. Je n'ai jamais fait autre chose qu'une incision par la face interne de la paupière. Le kyste incisé a toujours laissé échapper aussitót la sérosité quil contenait. Je ne l'ai pas vu se remplir de nouveau. Souvent rien n'annonce, avant lopération, une matiére aussi fluide. Un jeune homme de quatorze ans avait une hydatide de la grosseur de. la moitié d'un haricot à la paupière supérieure, un peu plus haut que la partie moyenne de cette paupière, qui, étant retournée, laissa voir la tumeur. Elle paraissait dure, et comme la position forcée de la paupière la tendait, aussitôt que j'y eus plongé le bistouri, l'eau qu'elle contenait jaillit fort loin. Je ne fis rien autre chose, et le malade fut guéri.

Il ne faut point employer de caustique liquide;

si la tumeur est fort prés de la marge de la paupiere. L'emploi de ce moyen a eu quelquefois des suites fâcheuses ( obs. 35). Si on s'apercoit quil se forme, dans le tissu méme de la peau, une petite élévation qui s'annonce, dés le principe, pour être d’un mauvais caractère, et qui s'étende peu-à-peu , il faut l'emporter avec la peau, avant qu'elle ait gagné la marge de la paupière; sinon cette marge étant toujours humide, la liqueur des larmes filtre dans la tumeur squirreuse et favorise ses progrès. Ce genre de tumeur est heureusement fort rare.

SECTION IIT.

Des Maladies du Syphon lacrymal.

Je prie le lecteur de vouloir bien placer sous ses yeux la planche 3, pendant qu'il suivra ce que j'ai à dire sur ces maladies.

Mon pere avait toujours senti l'insuffisance des connaissances acquises sur les maladies des voies lacrymales. Il a constamment fixé mes réflexions sur cette partie de l'art de guérir. Je n'avais pas dix-neuf ans, lorsque, dans des lecons que je fis pour lui obéir, ou plutôt qu'il fit par mon organe , j'employai au-delà de trente têtes humaines pour présenter, sur toutes les coupes, la situauon des parties qui composent le syphon lacrymal. J'ai dit plus haut que j'avais gardé, de ces

travaux, des dessins que je me proposais de faire graver; mais que, n'ayant d'autre désir que celui de rendre la nature avec le plus d'exactitude possible, j'ai donné, sur mes dessins, la préférence aux gravures de Soemmerring, qui a pour lui les progres que l'anatomie a faits dans ces derniers temps, la supériorité de son génie, et des occasions d'exploration peu communes, Aussitót que, dans le nombre immense des personnes affligées de maux d'yeux qui venaient de toutes parts consulter mon père, il se trouvait un cas grave d'affection de la route des larmes, ce malade devenait l'objet de mes soins les plus assidus : je le suivais souvent dans l'asile de lindigence. Combien de fois des désordres graves, suites de la présence d'un polype, etc., ayant forcé des malheureux à se retirer dans un hópital, n'ai-je pas demandé aux hommes estimables, dévoués à la noble fonction de soulager ces maux, des détails sur ce qu'ils ont cru devoir faire postérieurement à mes efforts, afin d'avoir l'histoire entière de telle espèce de complication consignée dans mon Journal? Idolátre alors de l'anatomie, forcé d'ailleurs d'abandonner quelquefois les ma- Jadies des yeux pour acquérir des connaissances dans les autres parties de la médecine, jamais je n'ai.perdu de vue les affections des voies lacrymales. Elles ont toujours été l'objet favori de mes études, et j'ai redoublé de soins dans le traitement de ces maladies, pendant ces derniers

temps, où je me suis vu obligé de beaucoup élaguer de ma pratique journalière pour travailler à la rédaction de cet ouvrage.

Jai abordé l'étude de ces maladies délicates sans aucune prévention. Je n'ai point vu les faits à travers le prisme d'un systéme, et j'ai eu le bonheur de ne rien ou presque rien inventer de nouveau relatif à leur traitement. Si une méthode m'eüt exclusivement appartenu, ne serais-je pas tombé dans l'inconvénient de ne voir qu'elle, de me dissimuler à moi-méme ses mauvais résultats, et de m'exagérer ses succès ?

Javais préparé de longue main un travail sur ce qui avait été dit et fait relativement à la fis- * tule lacrymale, et j'étais prêt à le publier séparément il y a quelques années. Il est devenu inutile depuis l'excellent article Æistule, et en particulier. Fistule lacrymale , sorti de la plume iugénieuse et féconde de M. le docteur Jourdan (1). J'engage le lecteur à lire cet article avec celui Zpiphora (2) du méme auteur. Mes idées se sont souvent rencontrées avec celles du savant médecin que je cite. Tout ce qu'il a dit, je l'ai tenté. Il n'y a rien que je n'aie essayé :^ certains procédés l'ont été par moi plus de cinquante fois avec des succés variés.

1) Dictionnaire des Sciences médicales.

^ (2) Méme ouvrage.

En rendant justice aux intentions et aux travaux de tant d'hommes estimables et laborieux; qui ont inventé et exécuté les méthodes connues de traiter ces maladies, je ne A Va qu 'en tremblant de les abandonner toutes, à l'exception de celle d'Anel, et de celle de Petit, légerement amendée par moi. Je conviens toutefois que la méthode de la sonde d'or creuse, laissée en place dans le conduit nasal, et celle des mèches, m'ont souvent réussi. |

Hippocrate n'a point parlé de la fistule lacrymale ; à moins qu'il n'ait voulu désigner cette maladie, lorsqu'il a dit: Z4/vo turbata, suppressa , brevi velut culicum puncture erumpunt, et ad oculos lacrymosus abcessus devenit (1).

Les anciens ne connaissaient point les voies lacrymales : ils ne pouvaient pas par conséquent connaitre les maladies auxquelles elles sont sujettes. Aussi regardaient-ils la fistule lacrymale. comme une tumeur enkystée , ulcérée, qu'ils s'ef-. forcaient de détruire par le fer et le feu:

Voici ce que dit Celse sur cette maladie.

:« Il se forme dans l'angle qui est du côté du nez, une espéce de petite fistule qui vient de quelque vice particulier, et d'ou découle perpétuellement de la sérosité : les Grecs l'appellent aiyiore.: L'oil souffre tant qu'elle dure; quelquefois elle

(1) Coacæ Prænotiones.

MALADIES DU SYPHON LACRYMAL. 133 ronge l'os, et pénètre jusqu'à l'intérieur du nez; quelquefois aussi elle tient de la nature du carcinome. Dans ce cas, il ne faut point y toucher; car on ne ferait que précipiter la mort du malade. Elle est incurable, lorsqu'elle pénètre dans le nez; si elle n'attaque que le grand angle, il faut saisir avec un crochet la partie supérieure de l'ouverture, couper ensuite jusqu'à l'os, et emporter tout ce qui se trouve dans cette cavité; puis, aprés avoir bien couvert l'eeil, brüler l'os fortement avec un fer rouge. Lorsque l'os est attaqué de carie, quelques-uns y appliquent des médicaments caustiques, comme le verdet en poudre, pour qu'il se fasse des exfoliations plus considérables; mais ce moyen est plus lent. Aprés avoir brülé l'os, il faut traiter la plaie comme les autres brülures (1). »

Galien a eu connaissance de lexistence des voies lacrymales : le passage suivant en est la preuve.

Confluunt per hec foramina in nares omnia oculorum | excrementa et medicamenta prorsus ophtalmica... plurimi non multo post inunctionem expuerunt, alii emunxerunt ( 2).

Anel est un des premiers qui aient reconnu que la cause à-peu-près constante de la fistule lacrymale

(x) De re medicá , lib. VIL, ch. VII.

(2) De usu partium.

134 SECTION Ill,

était l'obstruction du conduit nasal. Morgagni et lui sont les premiers qui aient exactement Amos les voies lacrymales.

Jean Louis Petit a tracé, avec le talent qui le distinguait, la marche à suivre pour rétablir le cours des larmes.

Lorsque les parties qui composent le syphon lacrymal sont dans un état naturel, la liqueur des larmes, après avoir lubrifié l'oeil, passe par les points lacrymaux, le sac et le conduit nasal, pour tomber dans la narine. Elle cesse d'y passer par différentes causes.

L'embouchure (pl. 3, fig. 11 et 12) peut être oblitérée par l'adhésion des parois de la partie inférieure du canal (obs. 36). Je l'ai trouvée bouchée par une membrane (voy. ci-dessus, page 54). Elle peut aussi n'étre oblitérée que par une portioncule de matière muqueuse desséchée ( observation 37).

Dans le plus grand nonibre de cas, peut-être presque toujours, l'obstacle qui s'oppose au passage des larmes est la phlegmasie chronique d'un ou desplusieurs points de la longueur du conduit ( pl. 3, fig. 11 et 12), et le rétrécissement de son calibre, qui est un effet nécessaire de cette phlogose locale. Ces phlegmasies sourdes sont entretenues et augmentées par le séjour de la matière des larmes, qui acquiert de l’âcreté, et c est l'inconvénient auquel remédient si avantageuse ment les injections faites par les points lacrymaux.

Quoique je n'admette point, pour causes ordinaires, des brides provenant d'ulcéres cicatrisés ni des excroissances, il serait possible qu'un obstacle de ce genre se rencontrát. Jai trouvé à la partie inférieure du sac lacrymal une bande tendineuse (voyez ci-dessus, page 34).

Un des petits conduits lacrymaux peut être lésé et rétréci, ou oblitéré par une blessure (obs. 58), par un abcès (obs. 39), par une petite excroissance (obs. 40), ou par l'effet d'une phlegmasie chronique et opiniàátre (obs. 41). Hi peut encore étre dilaté outre mesure, le conduit nasal étant obstrué; cette complication est des plus rares (voyez planche 38, figure 5; et tome IT, page 2). Dans ces cas, le larmoiement existe plus ou moins, et si les deux petits conduits lacrymaux sont affectés, il est ordinairement trés-marqué ; il l'est encore plus quelquefois, mais non pas toujours (voyez ci-dessus, page 31), lorsque les deux points lacrymaux sont entièrement oblitérés : j'ai dans mon Journal une vingtaine d'exemples de cette oblitération complète, contre laquelle je conseille de ne rien tenter.

Si lobstruction est incompléte, et qu'il survienne un épistaxis, elle est augmentée pendant sa durée ( obs. 49).

Quelquefois, mais bien rarement, l'obstruction reconnait pour cause un polype dans la narine.

Soit que les larmes passent seulement dans le

136 L SECTION ILI, sac lacrymal, par la même cause qui fait monter les liqueurs dans les tuyaux capillaires, soit que l'appareil agisse à la manière d'un syphon, comme le pensait notre célèbre J. L. Petit, ou que les voies lacrymales soient douées d'une action particulière, toute affection de leurs parois, ne füt-ce qu'une phlegmasie légère, doit apporter un certain degré de dérangement à leur mode d'action. Les maladies font varier l'épaisseur des surfaces muqueuses. Bichat a vu cette épaisseur étre de plusieurs lignes dans un sinus maxillaire ( Anat. génér., 2° partie page 431). La pratique journaliére m'avait appris que le conduit nasal perd de son diamètre par l'épaississement de ses membranes, mais qu'il ne s'oblitére pas. J'ai été confirmé dans mon opinion par le passage suivant du grand physiologiste dont j'appelle à mon secours l'autorité puissante; elle m'aidera, j espere, et plus peut-étre que tout ce que je pourrais alléguer, à faire proscrire toute tentative de brülure, d'enfoncement, de perforation ou destruction de l'os unguis, et méme tout traitement trop actif, dont le but serait d'obtenir, de vive force, le rétablissement de la route naturelle, qu'on obtient tous les jours d'une sage temporisation et de l'emploi des moyens les plus simples, sous les auspices de la nature.

« Lorsque les conduits muqueux cessent d'étre parcourus par les fluides qui leur sont habituels, ils restent dans une contraction permanente :

c'est ce qui arrive aux intestins, au - dessous d'un anus contre nature. J'ai vu, dans ce cas, le caecum et le rectum réduits au volume d'une tresgrosse plume; cependant il n'y a jamais alors oblitération de leurs parois, à cause de la présence des sucs muqueux, dont le malade rend toujours une certaine quantité. L'urétre, à la suite des opérations de taille, où les urines sont longtemps à passer par la plaie, et dans les grandes fistules au périné, ou au-dessus du pubis ; les conduits salivaires, dans les plaies qui les intéressent et qui donnent issue à toute la salive; /e canal nasal, dans les fistules lacrymales, se resserrent aussi plus ou moins, mais ne s'oblitérent jamais. On sait que le conduit déférent est souvent très-long-temps sans être parcouru par la semence , et qu'il reste cependant libre... On ne doit pas perdre de vue ce phénomène, général à tout conduit muqueux; il infirme la pratique de ceux qui, croyant, au bout d'un certain temps, à l'impossibilité de rétablir dans les fistules les voies naturelles, regardent comme nécessaire d'en pratiquer d'artificielles. Non-seulement les tubes muqueux ne s'oblitérent pas, lorsqu'ils sont vides; mais méme, étant enflammés, ils ne contractent jamais d'adhérences dans leurs parois, comme cela arrive si souvent dans les cavités séreuses, dans le tissu cellulaire, etc. » (Anatom. générale, 2€ partie, page 470 ).

138 )A^$ECTTION YII,

L'épiphora est un larmoiement léger, mais habituel, incommode, et quelquefois trés-opiniátre, qui reconnait pour cause, non le rétrécissement du passage des larmes, mais un relàchement dans le tissu de la glande lacrymale, ou dans les extrémités des vaisseaux exhalants de la conjonctive, ou enfin dans les voies absorbantes en général de la liqueur lacrymale. On doit s'assurer d'abord que l'eau passe librement dans les narines, en fai sant une injection par le point lacrymal inférieur, qui est plus facile à injecter que le supérieur. Ce larmoiement peut étre l'effet d'une phlegmasie sourde de la conjonctive (voy. ci-après, sect. IV). Quand il n'est question que d'un relâchement, je vois ordinairement réussir les infusions de thé, de roses de Provins, ou d'écorce de grenade, employées froides; et, sur la fin, on se trouve bien d'ajouter un grain de sulfate de zinc sur deux onces d'une de ces infusions, pour en étuver l'oeil.

L'ambassadeur d'un grand souverain avait un épiphora de cette nature, qui avait résisté à tous les moyens indiqués comme à tous les essais. Je le guéris trés- promptement par l'usage d'une infusion de thé employée à froid.

Ordinairement le conduit nasal se rétrécit à sa partie inférieure. La liqueur des larmes, ne pouvant plus s'écouler dans le nez, reste dans le haut du canal et dans le sac; elle revient sur l'oeil, lorsque le malade appuie dans le grand angle

avec l’extrémité d’un de ses doigts. Cette incommodité est trés-commune.

Souvent en m'amenant un malade, on me consulte pour un larmoiement dont on ne s'est jamais occupé; je presse le sac, duquel sort une goutte de sérosité, et j'apprends que cette petite infirmité subsiste depuis dix, vingt ou trente ans, que jamais la personne qui m'en parle n'a consulté, et qu'elle n'en a jamais été sérieusement incommodée. Elle en est quitte pour s'essuyer l'oeil quand elle s'expose à un vent froid. Je ne conseille rien que des bains dans une ceillére remplie d'eau commune. Je me borne à donner le méme conseil, lorsque je suis consulté pour un autre cas tout aussi simple, mais auquel la complication d'une légére phlegmasie de la conjonctive, d'une petite tumeur à la paupiere, etc., à imprimé un caractére passager, dont les suites font concevoir de l'inquiétude. On peut appeler, si l'on veut, cet état le premier degré de la maladie. Le second forme ce qu'on a appelé tumeur lacrymale, hydropisie ou hernie du sac. Les larmes que les points lacrymaux y conduisent, ne pouvant s'écouler dans le nez, s'accumulent, et font effort pour le dilater. Jean Louis Petit a fait remarquer que, lorsque le conduit nasal est bouché, la seule force à-peu-prés qui oblige les larmes à passer dans les points lacrymaux est l'action des paupières. Il parait d'abord bien étonnant qu'une aussi petite force puisse dilater, et méme faire

rompre le sac lacrymal, dont les parois offrent une résistance assez considérable; on cessera d'en être étonné, dit ce grand chirurgien, si on se rappelle que les fluides qui sont poussés par un tuyau d'un petit diamètre, dans une cavité d'une certaine étendue, par exemple, dans une vessie, agissent, sur chaque point de sa surface interne, avec la méme force qui pousse le fluide à travers le tuyau, de sorte que, si ce fluide a un degré de force, et que la surface de la vessie ait mule parties égales au diamètre de l'embouchure du tuyau, la vessie sera dilatée de mille degrés, quoique la liqueur ne soit poussée que par un seul. Ainsi la force qui dilatera le sac sera à celle avec laquelle les larmes sont poussées dans les points lacrymaux , comme l'étendue de la surface intérieure du sac est au diamètre des petits conduits lacrymaux.

Les larmes alors étant retenues, forment une tumeur qui se montre au grand angle (pl. r9, fig. 3; pl. 20, fig. 1.). Elle disparait presque entièrement pendant le sommeil: c'est par erreur que Bichat a dit, dans son Anatomie générale, (2* partie, page 453), que, dans ces cas, les larmes saccumulaient dans le sac pendant la nuit. En pressant la tumeur avec le doigt, on fait sortir, par les points lacrymaux, une matre claire et visqueuse. Dans quelques cas cependant le mucus n'est pas toujours parfaitement limpide ; quelquefois il est trouble, et semble mélé avec

du lait ou de la crême; ce qui est dà, partie à l'humeur sébacée des glandes des paupières, qui est délayée par la matière des larmes, et qui passe avec cette humeur dans le sac lacrymal, partie à l'exsudation qui a lieu à la surface de cette cavité. On prend souvent cette matière blanchátre ou jaunátre, qui reflue par les points lacrymaux, pour du pus, et on prononce à tort qu'il y a ulcération. Sur cent conduits obstrués, cette dernière complication a lieu à peine dans un seul, et, lorsqu'elle existe, la matière est d'un jaune quelquefois verdàtre : presque toujours dans ce cas elle a plus ou moins de fétidité.

Jean Louis Petit a fait remarquer que l'hydropisie du sac lacrymal est mal nommée, parce que l'humeur n'est point sortie de ses couloirs. Cette maladie mérite plutót le nom de rétention de larmes, eu égard au rapport qu'elle a avec la rétention d'urine. En effet, les petits conduits lacrymaux déposent les larmes dans le sac lacrymal, comme les uretéres déposent les urines dans la vessie. D'un autre cóté le conduit nasal est pour les larmes ce que l'urétre est pour les urines, et comme l'obstruction de l'urétre cause la réten-. ton des urines dans la vessie, de même l'obstruction du conduit des larmes empéche cellesci de couler dans la narine, et les retient dans le sac lacrymal (pl. 19, fig. 3; pl. 20, fig. 1).

! La maladie est parvenue à son troisième degré, lorsque la matière muqueuse, cessant de s'écou-

ler sur l'oeil ou par la narine, quand on presse le sac, fermente dans l'intérieur de cette cavité, et fait effort pour rompre son tissu (pl. 20, fig. 2), en excitant des douleurs d'autant plus fortes pendant les premiéres nuits, que cet organe est recouvert et assujéti dans sa position par un tissu cellulaire trés-serré, qui résiste et ne cede qu'à un effort considérable, accompagné de douleurs à l'endroit où la rupture se prépare et dans les environs de l'orbite. C'est l’ankilops.

Le quatrième degré, qui est l'egilops (pl. 20, fig. 3), existe lorsque le sac a enfin cédé , ainsi que la peau qui le recouvre; la matière retenue s'écoule alors par louverture, et les douleurs cessent subitement; c'est alors que le malade a le chagrin d'entendre prononcer les mots de fistule lacrymale, de carie des os, et concoit l'appréhension de conserver toute sa vie un écoulement visible et dégoütant; mais ces craintes ne tardent point à s'évanouir, à l'aide des moyens les plus simples, et par le bienfait des efforts de la nature, lorsqu'ils ne sont point contrariés.

Le traitement de la fistule lacrymale m'est devenu extrémement familier par l'attention que jai toujours donnée à cette maladie, par les notes que j'ai gardées des faits dignes de remarque, et par la quantité considérable de personnes que j'ai habituellement à traiter, en comptant celles qui, non encore entièrement rétablies, ou redoutant

des rechütes, viennent de temps à autre, et

quelquefois très-long-temps après que tout traitement est terminé, me demander de m'assurer de leur état. Je puis attester que quarante - sept fois, et peut-être plus, sur cinquante, il n'arrive rien au-delà des désordres que je viens. de décrire; que, méme dans ces cas d'exceptions, c'est moins la maladie qui donne lieu à des accidents plus graves, qu'une complication dont souvent elle n'est elle- méme qu'un effet, comme, par exemple, lorsqu'un polype ou une carie vénérienne lui a donné naissance : on sent alors que ce n'est point la maladie, mais sa cause qu'il faut attaquer.

Anel a imaginé une sonde d'un si petit volume (pl: 14, fig. 14), qu'elle peut, étant introduite par un des points lacrymaux, passer de la paupiere dans le nez, en traversant le sac lacrymal et le conduit nasal. Sa grosseur est, à peu de chose pres, égale dans toute son étendue, et n'excède guère celle. d'une soie. de sanglier. Son extrémité est terminée par un renflement à peine sensible. |... .

Anel se proposait de détrüire, avec cette sonde, tout obstacle léger qu'elle rencontrerait dans son trajet. Je préfère le stylet que lui a substitué Méjean (pl. 14, fig. 2). Pour l'introduire par le point lacrymal supérieur, j'écarte de l'oeil le bord de cette paupière avec le pouce; mais s'il doit entrer par le point lacrymal inférieur, je renverse la paupiere par le moyen du doigt index.

Je prends ensuite le stylet avec l’autre main, et, soit que je l'introduise dans l'un ou dans l'autre des points lacrymaux, je le dirige du cóté du sac lacrymal, dans lequel je ne le fais pénétrer qu'en deux ou trois temps, le retirant à chaque fois d'une demi-ligne, et tendant bien la peau des paupières du côté du petit angle. Lorsque je sens la paroi latérale interne du sac avec lextrémité du stylet, que, par conséquent, je suis bien sür qu’il est parvenu dans cette cavité, je le reléve, en l'approchant du sourcil, et je l'enfonce de haut en bas, suivant la direction du conduit nasal, en prenant toujours bien garde de ne rien forcer. Il entre de seize à dixsept lignes, et sa pointe s'arréte sur le plancher du nez.

Jai, pendant quelque temps, introduit par le point ihid une corde à boyau excessivement fine, que je laissais une heure, pour dilater le petit conduit avant d'introduire le stylet. J'ai renoncé à cette précaution.

Je vois assez souvent la simple introduction de la sonde d'Anel, ou du stylet de Méjean, suffire, et le passage rester libre dés le premier moment. M. Houzelot, chirurgien en chef de l'hospice de Meaux, m'adressa, le 23 janvier 1817, M. D'**, affligé d'un larmoiement occasionné par une obstruction du conduit nasal. Le point lacrymal inférieur était doublé de diamètre; la narine était sèche; l'injection fàite par ce point

revenait par le supérieur. Aussitót le passage du stylet par le point lacrymal inférieur, l'eau coula librement dans la narine, et le conduit, depuis cette époque, n'a pas cessé d'étre libre.

J'exhorte celui qui n'aura pas encore fait cette opération délicate, à avoir sous les yeux, pendant qu'il l'exécutera , la planche 3, et je lui conseille, lorsqu'il trouvera une résistance trop marquée, de retirer le stylet d'une demi-ligne, d'une ligne, ou méme de deux ou trois, selon l'endroit auquel il sera parvenu.

Anel a encore imaginé une seringue ( pl. 15, fig. 3) dont la canule est un tuyau d'or extrémement délié; au moyen de cette seringue, on fait, par les points lacrymaux, des injections dont le but est d'empécher que le conduit nasal ne s'obstrue de nouveau, aprés avoir été désobstrué.

Pour injecter, il faut se placer en face du malade, et abaisser la paupière inférieure avec le doigt index d'une main ; de l'autre, avec laquelle on prend un point d'appui sur la joue, on introduit ordinairement dans le point lacrymal inférieur une ou deux lignes du petit tuyau d'or qui forme la canule de la seringue. Je suis dans l'usage d'en introduire à peine une demi-ligne, et souvent moins. Jy trouve l'avantage que si la paupière échappe par l'effet d’un mouvement brusque et involontaire, on ne risque pas d'irriter, d'excorier méme le contour du point lacrymal, au moment ou 1l s'éloigne de la canule.

Le)

146 SECTION ili,

Jai vu de graves accidents arriver à la suite d'une aussi petite blessure. Un malade qui sinjectait lui-méme a manqué de perdre les deux yeux par l'effet de.l'ophtalmie que cet accident lui occasionna (obs. 42). J'emploie l'eau commune pour les injections. J'ai essayé de tout : rien ne m'a paru aussi convenable. Il est bon de la filirer, ou de la laisser reposer dans un vase avant de la puiser avec la seringue.

La tumeur lacrymale disparait pendant la nuit: le matin on ne la voit point ou que trés-peu. Les vaisseaux absorbants ont tout repris; mais l'action de l'air faisant couler les larmes sur l'œil, elles entrent dans le sac lacrymal, qui s'emplit de nouveau.

Lorsque la tumeur lacrymale se vide dans la narine par l'effet de la pression exercée à l'aide du doigt, il faut injecter, avec de l'eau, soit tous les jours, soit tous les deux ou trois jours. Il suffit de remplir cinq à six fois le sac et de le vider autant de fois. 11 ne s'agit que d'y entretenir de la. propreté , en écartant les matieres dont une partie, moins ténue que le reste, peut séjourner, fermenter, et donner lieu à des accidents ultérieurs. Les engorgements les plus opiniâtres de ce genre sont ceux qui se forment à la suite de la petite vérole chez les enfants. Cependant on en guérit par de simples injections ( obs. 44), ou du moins on les soulage assez, pour que la maladie, ramenée à un degré inférieur, ne donne plus aucune inquiétude.

J'engage le lecteur à lire le Mémoire de M. Papen (observ. 43). Ce Mémoire, si bien fait, me dispense d'entrer ici dans les détails relatifs aux symptómes qui accompagnent ordinairement , chez les enfants, la formation de cette maladie.

On la trouve quelquefois compliquée avec des phlegmasies de la conjonctive; ce qui a lieu plus souvent chez les enfants. Je l'ai vue chez des frères et des soeurs (obs. 45), et l'observation 39 offre un cas où elle semblait transmise héréditairement.

Elle passe d'un cóté à l'autre, mais assez rarement. Par exemple, il y a douze ans, j'ai opéré, du côté gauche, Madame D''*. Le conduit est très-libre, le droit s'étant obstrué, j'y ai placé ma sonde en février 1817. Elle y est restée quatre mois, et le conduit est bien rétabli ; la soeur de cette dame a été opérée, il y a six ans, avec le méme succés, et pour la méme maladie, par un de nos plus grands chirurgiens; leur père avait subi autrefois la méme opération.

Lorsque le malade est éloigné des secours, et ne peut pas se faire faire des injections, ce qui est trés-ordinaire, il faut lui conseiller de se baiguer l'oeil, pendant trois ou quatre minutes chaque fois, dans une ceillére ou petite baignoire destinée à cet usage, ou dans tout autre vase convenable. L'eau est ce qu'il y a de mieux pour ces bains. Le malade doit auparavant presser le sac laerymal, pour le vider.

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