‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humain (volume 2)Chapitre 60 sur 84 · OPHTALMIE INTERNE · texte numérisé non relu

OPHTALMIE INTERNE

De l'Ophtalmie interne.

Dans la marche sévére d'une nosographie, il serait d'autant plus déplacé de distinguer d'une manière tranchante l'ophtalmie interne de l'externe, que trés-souvent celle-là est une suite de celle-ci, et que l'on peut dire en général que l'inflammation des diverses parties de l'oeil est une seule maladie dont le siége seulement est différent. |

Mais, au risqué de paraître me répéter, Je dirai que, dans cet ouvrage entièrement consacré à la pratique, j'ai cru pouvoir proposer cette distinction si importante , sur-tout sous le rapport de la variété et de la gravité des effets que produit la maladie lorsqu'elle prend ce caractère qui est la cause du plus grand nombre des affections graves de la vision, affections qu'on n'a pu envisager que d'une maniére générale, et sur lesquelles on n’a eu que des notions vagues avant les importantes expériences de Bichat, et avant que ce grand homme eüt arraché à la nature le secret de la distribution de nos tissus en différents systémes. : |

On connait en effet l'ophtalmie en général ; mais comment aurait-on pu éclairer la nature des désordres. occasionnés dans l’intérieur du globe par l'injection des vaisseaux les plus déliés, quand on ne connaissait point les rapports qui existent entre les différents tissus de cet organe; quand

226 SECTION IV, CHAPITRE I, on n'avait que des connaissances imparfaites sur leur structure exacte, et que l'on manquait d'observations authentiques relatives à cet intéressant sujet? Aussi de sages auteurs, en disant de fort bonnes choses sur l'ophtalmie, se sont abstenus de suivre les effets de la phlegmasie lorsqu'elle s'étend jusqu'aux parties intérieures les plus déliées du globe, et ont prudemment gardé le silence à ce sujet. Si/nous avons, en effet, de bonnes observations relatives à l'ophtalmie dont le siége principal est la conjonctive, et si on a pu établir à cet égard une doctrine assez exacte, nous manquons d'observations sur les désordres occasionnés par l'ophtalmie interne; celles qu'on eût recueillies, et ce qui aurait pu étre dit sur leur nature , n'auraient fait. qu'augmenter l'incertitude, tant qu'on n'aurait point tenu le fil nécessaire pour se diriger dans ce labyrinthe.

D'aprés ces considérations, je demande au lecteur qu'avant de cont nuer, il veuille bien se rappeler la structure déliée des membranes et des humeurs transparentes de l'œil, examiner les planches 9, 10, 11 et 12, lire leurs explications, et consulter les observations 150, 151, 152, 155, 157, 158, 159, 161, 162, 165, 168, 193, 1744 observations relatives aux effets de l'injection pathologique de ces parties si délicates; et que j'ai éru pouvoir rapporter, en les choisissant au milieu d'une immense quantité d'analogues.

L'ophtalmie qui se borne au tissu muqueux de la conjonctive peut étre portée à un degré assez

OPHTALMIE INTERNE. 227 élevé, sans donner naissance à des accidents trèssérieux. Il arrivera bien que la partie de cette membrane qui est entiérement transparente et passe sur la cornée, deviendra le siége de phlyc- d ténes légéres, et ensuite d'ulcéres peu profonds; | un nuage assez étendu et d'une certaine épaisseur pourra méme se former par un épanchement lymphatique entre cette partie de la conjonctive et la premiére lame de la cornée; la vue sera obscurcie passagérement; je vois méme des cas où elle est entièrement éclipsée; mais l'inquiétude des malades n'est pas de longue durée, lorsque la maladie se borne au tissu de la conjonctive. Les moyens les plus simples suffisent pour la combattre, et, si on pouvait étre assuré que le mal ne passera pas d'un tissu à un autre, j'approuverais qu'on ne fit pas plus d'attention à cette maladie, malgré la perte passagère de la vision, que l'on n'en fait communément à un enrouement occasionné par une affection catarrhale de là membrane muqueuse des voies de la respiration. |

Dans un cas aussi Simple, on obtient en général une heureuse. terminaison , sur-tout lorsqu' il n'a été employé localement aucun moyen nuisible ; mais il n'arrive que trop souvent que la maladie passe d'un tissu à un autre. Si la cornée s affecte, et qu'un dépôt se fasse entre ses lames, cet amas de matiére tend à se faire jour, soit audehors, et il est alors suivi d'un ulcère plus ou

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228 SECTION 1V, CHAPITRE I; moins profond, soit au- dedans où il. s'épanche au bas de la chambre antérieure; il y augmente promptement , si le tissu séreux de la capsule de l'humeur aqueuse devient aussi le siége de la. phlegmasie. à | Si la phlogose injecte le tissu vasculaire .de l'iris et des membranes séreuses et transparentes du globe ( obs. 150), le malade voit.des mouches fixes par rapport à laxe de la vision, et est menacé de la perte de la vue. Quelquefois ces effets sont pris pour une amaurose ou goutte sereine imparfaite (obs. 151). Souvent le bord libre de l'iris contracte de petites adhérences avec la capsule du cristallin, comme on voit pl. 37, fig. 1 (obs. 152). Il faut une grande attention pour les découvrir, lorsqu'on. n'est point prévenu de leur existence. Mais pour peu qu'on spit sur la voie, on les apercoit assez aisément. Quand la maladie augmente, la pupille prend souvent une forme ovale (observation 153). yit Si l'injection du réseau vasculaire de l'iris est ‘portée à un certain degré, la pupille se rétrécit d'une manière irrégulière, et les objets paraissent autres qu'ils ne sont en effet ( obs. 154). . Lorsque les adhérences, contractées entre la face postérieure de l'iris aupres de son bord libre et la capsule du cristallin, sont légères, je suis toujours étonné de la facilité avec laquelle Pinstillation de huit en huit jours, de deux ou trois gouttes de solution aqueuse d'extrait de bella-

OPHTALMIE INTERNE. ^ 296 done guérit cette maladie ( observation 155). Trés-souvent ces phlegmasies sourdes et internes reconnaissent pour cause la diminution ou.la suppression d'une évacuation sanguine, par exemple, de celle des règles (observ: 156), d'un flux hémorrhoidal, d'une hémorrhagie nasale, etc. | Quelquefois, du tissu de la conjonctive une ophtalmie , méme légére en apparence, porte son action sur une membrane de l'intérieur du globe ( observ. 157). Jai dit plus haut que, dans cette espéce d'extension de la phlegmasie, le malade voyait souvent des mouches fixes par rapport à l'axe de la vision. Il faut bien prendre garde de les confondre avec d'autres fort communes, -et que certaines personnes apercoivent constamment (tome III, page 409). Lorsqu'on ne voit rien à l'examen de la pupille, les engorgements, causes de ces taches, doivent avoir lieu dans la membrane qui forme les cellules du corps vitré, ou dans quelques petits vaisseaux de la rétine ou de la choroide (obs. 158 et 159). Cette espéce particuliere d'ophtalmie me donne toujours beaucoup d'inquiétude, lorsque l'autre œil a déja succombé à une phlegmasie de la méme nature ( obs. 160). L'abcés dans l'iris est un accident heureusement peu commun et qui est fort grave. Il est rare, méme dans une pratique très-étendue, d'en rencontrer deux dans l'iris du méme œil (obs. 161). C'est une chose digne de remarque que, dans

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230 SECTION IV, CHAPITRE I; certaines ophtalinies internes avec nuage au milieu de la pupille, ce nuage varie beaucoup d'intensité d'un jour à l'autre, et que la vue gagne ou perd dans la méme proportion ( obs. 162 ). J'ai toujours trouvé beaucoup de difficulté à améliorer la position des malades qui avaient un désordre grave dans la cornée et un autre dans l'iris, d’où résultait le rétrécissement ou au moins le défaut de rondeur et de mobilité de la pupille, avec adhérence de la face postérieure de cette membrane à la capsule du cristallin. Cette difficulté m'a paru plus grande quand ces accidents étaient les suites de phlegmasies internes et de phlegmasies externes qui avaient eu lieu. simultanément , et non l'une aprés l'autre (obs. 163). Lorsqu'une phlegmasie de l'intérieur du globe à été portée assez loin pour avoir pu rétrécir la pupille et troubler plus ou moins la capsule du cristallin , on ne doit point se relâcher, pendant très-long-temps, des précautions nécessaires pour combattre la disposition aux rechütes que conservent ces parties délicates, et souvent, malgré la conduite la plus sage, l'espoir de conserver au moins um des deux yeux se trouve trompé (observation 164 ). 4 - Dans certains cas, la maladie reste stationnaire pendant vingt ans et plus. Je l'ai vue céder à un traitement convenable aprés avoir duré quarante ans (obs. 165).

Je remarque quelquefois que le rétrécissement

OPHTALMIE INTERNE. 231 de la pupille par l'effet d'ophtalmie interne fait voir les objets plus petits ( obs. 166).

La pupille peut étre allongée, soit par la destruction partielle de l'iris, soit par une adhérence de cette membrane à une cicatrice de la cornée ( obs. 167). Dans l'un et l'autre cas, il est avantageux pour le malade qu'il se trouve une tache sur la cornée ou dans l'intérieur du globe à la partie antérieure du corps vitré, pourvu que cette tache soit placée de maniére à corriger en quelque facon l'allongement de la pupille, et à rendre en partie à cette ouverture la forme ronde qui lui est naturelle.

J'ai quelques observations dont il résulte qu'un ou plusieurs vaisseaux sanguins plus ou moins visibles ont paru distinctement, soit sur la capsule du cristallin (obs. 168), soit sur l'iris (obs. 256 ).

L'ophtalmie aigué interne est accompagnée or-

dinairement dans son cours de la plus extréme difficulté à supporter la lumiére (obs. 169), et souvent de fièvre et d'insomnie. Je la vois quelquefois se compliquer avec des accidents ir:flammatoires de l'intérieur du crâne (obs. 170).

.. Quelquefois on aperçoit, après que la maladie a passé à l'état chronique, une espèce de protubérance de l'iris, qui s'approche de la face concave de la cornée d'une manière plus ou. moins marquée (obs. 171). |

Il n'y a peut-être point de maladie où la sai-

232 SECTION IV, CHAPITRE 1, gnée produise un effet plus évidemment avantageux que dans l'ophtalmie interne, sur-tout pendant son état aigu ou au moins peu après la terminaison de cet. état.(obs. 172 ).

. Lorsqu'un petit abcés, situé au bord libre de l'iris (obs. 173), ou sur quelque autre point de cette membrane, se termine heureusement, il reste après la guérison un point blanchátre à l'endroit où s'était fait le dépôt. z

Il y avait plus de deux ans que je n'avais eu à traiter un abcès de l'iris aussi étendu que celui pour lequel j'ai donné des soins à MB”, au mois d'octobre 1817, avec M. Mérat, alors président de la Société de médecine de Paris; nous en avons obtenu la guérison, sur-tout par des saignées du pied .et des applications de sangsues : il était situé. prés de la marge pupillaire:' qui en est restée un peu irrégulière; et cependant la vue de cet oeil est, à trés-peu de chose prés, aussi bonne qu'avant lophtalmie interne qui lui a donné naissance.

. Quant au pronostic, on peut en général dire, relativement aux. phlegmasies du globe de l'oeil, que les terminaisons n'en sont jamais funestes,

tant que linflammation se borne au tissu mu-

queux de la conjonctive, méme lorsqu'il y a obscurcissement partiel ou total de la portion qui recouvre la cornée, et que le danger augmente en proportion que cette phlegmasie envahit, 19 le issu fibro-cartilagineux de la cornée; 2» le tissu

| DU TRAITEMENT DE L'OPHTALMIE. 233 fibreux de la sclérotique; 3° les systèmes capillaires de l’intérieur du globe, et par suite les membranes séreuses et transparentes, comme la capsule de l'humeur aqueuse, la capsule du cristallin, la capsule du corps vitré ou membrane hyaloide, les lacis vasculaires de la choroide et de l'iris, et enfin le tissu méme de la rétine. Il serait superflu d'entrer dans de longs détails, pour faire remarquer que le pronostic sera d'autant plus fácheux, que la phlegmasie se sera étendue à un plus grand nombre de ces tissus, que la diathése, sous l'empire de laquelle la maladie se sera formée, sera d'une plus mauvaise nature, que les causes prédisposantes auront été plus nombreuses, et que l'on aura commis plus de fautes dans le régime et la thérapeutique.

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