CHAPITRE IT
Du traitement de l 'Ophtalmie.
Pour éviter les répétitions, je prie le lecteur de vouloir bien suivre ce que je vais dire du traitement de cette maladie, en comparant chaque article avec l'article correspondant du chapitre précédent. J'ai pensé que cet avis pourrait m'éviter de nouveaux renvois aux observations et aux planches. Une note indiquera la page où est l'article analogue. Ce que j'ai à dire se rapporte également aux phlegmasies des glandes des paupières.
234 SECTION IV, CHAPITRE II, L'ophtalmie angulaire (1) a de l'analogie avec la phlogose que l'on remarque au tissu cutané autour d'une papule; le petit dépôt qui excite cette légére phlegmasie, en se formant dans le tissu cellulaire au-dessous de la conjonctive , et quelquefois dans le tissu méme de cette membrane,,est ordinairement si peu considérable, que le plus souvent il ne demande aucune attention, à moins que l'intensité de la maladie ne dépasse les bornes ordinaires; et alors quelques applications de sangsues suffisent. Je dirai ici une fois pour toutes, qu'en parlant d'applications de sangsues près de l'oeil, j'entends qu'on doit les mettre, moitié à la paupière inférieure le long des cils, et. celles-là doivent être les plus petites, et moitié à la tempe, près de l'œil; mais jamais à la paupière supérieure, ni à la tempe, plus haut que la commissure externe des paupiéres. On peut les 4nettre aussi derriére l'oreille. Le choix du lieu doit, au reste, étre laissé à la personne chargée du traitement. Je me trouve souvent trés-bien d'en fairé placer une à la face interne de la paupière inférieure ( pl: 26, fig. 1). 1l faut pour cela choisir une des plus petites. Elle ne reste en place que trois ou quatre. minutes, et le sang s'arréte peu-après sa chüte. Je n'ai jamais éprouvé d'inconvénient de ce moyen, et j'en tire tous les jours les plus grands avantages. La méme sang-
(1) Voyez ci-dessus page 187.
DU TRAITEMENT DE L'OPHTALMIE. 235 sue dont la piqüre exciterait une douleur assez vive, si on la posait sur la face externe de la paupiére, n'en excite aucune, si on la met à la face interne. En général, il ne faut appliquer, près de l'œil, que des sangsues d'une grosseur moyenne. S1,'dans quelques occasions où le danger est pressant, on en applique de trés-grosses, il faut les éloigner du bord des paupiéres, et les placer à la tempe.
L'addition d'un vésicatoire n'est indiquée que dans le cas où la maladie présenterait de l'opiniáireté et aurait une ou plusieurs rechütes.
Le degré de l'ophtalmie peut être léger, et la maladie parcourir, sous une forme aigué, des périodes qui. ont une espèce de régularité. Il ne faut point négliger ce degré de la phlegmasie , si l'impression de la lumière fait éprouver une sensation douloureuse au malade; il faut alors recourir à une saignée du pied. Quand ce symptóme n'existe pas, je suis dans l'usage de n'employer que les moyens les plus simples parmi ceux que je vais indiquer à l'article du traitement de l'ophtalmie aigué violente. Je la vois tous les jours parcourir ses périodes sans aucun traitement, et ne point laisser de trace de son existence; mais je ne saurais recommander trop de vigilance, au moins pendant les trois ou quatre premiers jours, si la maladie est simple et idiopathique; et, si elle est le produit d'une diathése particulière, on ne doit point se relâcher de cette surveillance pendant tout le temps de l'augmentation. Quel-
quefois, en effet, les symptómes dont la réuniori
parait d'abord constituer une ophtalmie: aigué
légére ne sont que les prodromes du plus hor-
rible chémosis : je dois avouer que j'y al été i» lus d'une fois.
L'ecchymose (1) se dissipe en quatorze jours sans aucun secours. ll n'y a rien à faire, ni à l'intérieur, ni à l'extérieur. | 3
L'oedéme (2) ne demande aucun moyen particulier ; on peut cependant faire étuver l'oeil avec une RE de sureau ou de mélilot.
Les infüsions que je prescris sont en général mt AE US à la température de l'oeil, c'est-à-dire à un degré tel que cet organe n'éprouve, par leur application, aucun sentiment de chaleur ni de froid. Je suis dans l'usage aussi de donner au malade le choix de ces infusions, ou de l'eau commune à la méme température, en sorte que; si l'infusion dont il fait usage excite de la cuisson, il peut alors lui substituer de l'eau simple qui réussit presque toujours. Dans quelques cas, on se trouve bien de l'employer un peu froide, c'est-à-dire à la in ése d'une chambre habitée.
Je trouve quelquefois sous l’épiderme de la conjonctive, une ou deux gouttes de l’eau la plus limpide. Parmi ces tumeurs, les unes sont pleines, comme celle que l'on voit pl. 31r, fig. 2; les autres Bass Loc MUR ac Lola c ect c ad oua LR NR at:
(t) Voyez ci-dessus, page 190.
(2) Voyez ci-dessus, page 191.
DU TRAITEMENT DE L'OPHTALMIE. 237 sont moins tendues, et, dans celles-ci, la sérosité varie par les mouvements des paupiéres : ces phlyctènes, qui durent dans quelques cas depuis plus d'un an, sont à peine entamées à l'aide d'une paire de ciseaux courbes sur le plat (pl 15, fig. 16), qu'elles n'existent plus. Elles sont de la méme nature que les petites hydatides de la marge des paupières. Voyez plus haut, page r 19.
De l'Ophtalmie aiguë, ou. Chémosis (1).
Tout ce que j'ai à dire relativement à l'ophtalmie violente aigué, se rapporte aux cas accompagnés quelquefois de chémosis, où l'oeil est menacé de dépót dans l'épaisseur de la cornée et la chambre antérieure, ét souvent de désorganisation.
Ophtalmiam solgit venc sectio (2).
Je prie le lecteur de vouloir bien ne regarder ce que je vais ajouter, que comme un faible commentaire de cette sentence d'Hippocrate. Elle renferme ce qu'il importe le plus de savoir dans le traitement de l'ophtalmie accompagnée de danger pour. la: vue. | :
De même qu'il serait dangereux d'attendre une terminaison spontanée des fiévres intermittentes pernicieuses, ce serait compromettre l'existence du sens le plus précieux que de confier aux seuls efforts de la nature une violente ophtalmie ac-
(1) Voyez ci-dessus, page 19r.
(2) Hip. Morb. vulg. lib. II, VI, 26.
238 SECTION IV, CHAPITRE II, compagnée d'une grande partie des symptómes décrits à l'article correspondant du chapitre précédent. . T |
J'ai adopté pour principe de faire saigner dans toutes les pblegmasies de Fœil, lorsque la présence d'une lumiére modérée excite un sentiment de douleur. La saignée du pied pour commencer est préférable à toutes les autres, méme à celle de la jugulaire, qui vient, en rang d'utilité, 1mmédiatement aprés, et peut méme la remplacer. Je fais faire le plus souvent la saignée du pied, ainsi que celle du bras, ea deux temps, à une heure ou environ d'intervalle. Autrefois on abusait peut-être de la saignée; aujourd'hui il me semble qu'on la ménage trop. On ne doit point en étre économe dans les cas d'ophtalmie grave. Je prodigue les saignées du pied et de la jugulaire, lorsque linflammation est portée au point de faire craindre un abcès dans la cornée, surtout lorsqu'il y a des douleurs par élancements dans le globe, dans l'orbite et dans la téte. On ne saurait alors trop insister aussi sur la diéte. Comment peut-on redouter pour le malade un peu d'affaiblissement, lorsqu'il s'agit pour lui d'un sens presque aussi précieux que la vie elle-méme? Tant que le danger existe, le malade ne doit prendre aucune autre nourriture qu'un bouillon de veau et de poule, de trois en trois heures. On peut donner, dans les intervalles, une tasse d'eau d'orge, et accorder des panades aux enfants et aux malades avancés en áge.
DU TRAITEMENT DE LOPHTALMIEF. 239 Aucune saignée n'est plus facile à exécuter que celle de la jugulaire, et cependant, tous les jours, on hésite à la pratiquer. Je vois si souvent des yeux sauvés par l'effet de cette facile saignée , que je ne saurais trop recommander aux jeunes chirurgiens qui auront à la pratiquer de ne point redouter son exécution ; l'évanouissement dont elle est fréquemment suivie ne doit exciter aucune inquiétude, et n'est pas de longue durée: ils peuvent étre assurés qu'au moment où le malade reprendra connaissance, son œil ou ses yeux seront dérougis de plus de moitié; cependant la rougeur reparait six ou sept heures après, mais non pas au méme degré. Seulement, il faut avoir soin de mesurer l'évacuation du sang sur les forces du malade, sauf à y revenir le lendemain matin, soit en faisant une nouvelle piqüre, soit en introduisant la téte d'une épingle dans celle qui existe, aprés avoir remis la ligature qui doit consister dans un cordonnet semblable à celui auquél les femmes pendent certains bijoux à leur cou, ou, tout simplement, en une ficelle. Pour pratiquer cette saignée, on doit placer le cordonnet ou la ficelle au bas du cou, la tordre, en la tirant en devant, et la faire tenir par le malade ou par un assistant. Les jugulaires ne tardent pas à paraître. Aprés une demi-minute ou environ, il faut appuyer le pouce sur la jugulaire, quinze ou seize lignes au-dessus de la ficelle, en tendant légérement la peau, et plonger la lan-
240: SECTION IV, CHAPITRE II, cette dans le milieu de la veine de bas en haut, et un tant soit peu obliquement, en faisant monter sa pointe dans la cavité du vaisseau. La lame doit étre saisie avec fermeté à l'endroit le plus éloigné de sa pointe, prés de son union avec la chappe. i
Je choisis cet endroit de mon ouvrage pour faire ma profession de foi relativement aux effets : des applications de médicaments sur les yeux, et je dois dire qu'à l'exception d'un petit nombre de cas, je les ai, dans tous les autres, rejetés de ma pratique depuis plus de quinze ans, notamment dans le traitement de l'ophtalmie. Je n'en excepte ni les infusions trop compliquées et trop fortes, ni les remèdes secrets, dont la vogue est due à l'empirisme, et non à une expérience éclairée. Je prie ceux qui voudront continuer à traiter par les méthodes recues , les ophtalmies aigués violentes accompagnées de danger pour la vue, de vouloir bien essayer de suivre la marche que je vais indiquer, et d'en comparer les résultats avec » ceux qu'ils auront obtenus en agissant différem- | ment. NEU | Il est difficile de tracer une marche qui doit recevoir tant de modifications des circonstances accessoires : cependant voici, en général, celle que je suis, lorsqu'il s'agit d'une violente ophtalmie chez un homme adulte, de force moyenne; cette marche, que l'on pourra modifier. selon l'àge et le plus ou moins de force du sujet, selon
le degré d'intensité de la. maladie, et selon les inquiétudes plus ou moins grandes que pourront donner son extension à certains tissus, ou des lésions organiques déja survenues, ne différera pas essentiellement, malgré la différence de sexe, malgré celle de l'époque de la maladie à laquelle on aura été appelé, et malgré des complications générales plus ou moins importantes, ou l'existence de diatheses: particulières que l’on combattra d'ailleurs. Il. est cependant trés-important de s'informer: exactement de l'époque de l'invasion, et d'évaluer les perturbations que la phlegmasie peut avoir éprouvées dans sa marche par l'emploi de remmédes contraires, source la plus commune de. ses complications. |
Je débute ordinairement par une saignée du pied, que je fais exécuter en deux temps, à une heure d'intervalle ou environ. Le lendemain, j'en fais. faire une seconde, à moins que l'intensité de la phlegmasie n'ait éprouvé une diminution. S'il y. a quelque motif pour éviter la saignée du pied, je la fais remplacer par la saignée du bras ou par des applications de sangsues sur le pied. Je fais tirer du sang de la jugulaire le troisième jour, et; dans certains cas, je reviens à cette saignée le quatrième jour ; l'inflammation: est bien grave, lorsque, le cinquième, je suis obligé de faire appliquer sept ou huit sangsues à la marge de la paupière inférieure, et dix ou douze à la tempe. Quelquefois j'en fais appliquer autant le sixieme
JT. 16
242 I VSECTION IV, CHAPITRE TI, jour derrière l'oreille, du côté de l'œil malade : ou moiüé-d'un côté et moitié de l'autre, si les deux yeux sont affectés. |
Lorsque la. jugulaire ne peut point étre: ouverte , parce qu'elle est trop petite, ou parce que le tissu; adipeux là dérobe à la vue, je fais appliquer les sangsues sur son trajet; mais il s'en faut de beaucoup que leur effet soit; aussi avantageux: L'ouverture de l'artére témporale, qui n'est guère pratiquée aujourd'hui, a le grand inconvénient de donner trop de sang ou de n'en pas donner assez, et d'entrainer après elle, dans le voisinage de l'oeil affecté, le besoin d'une compression , qui incommode beaucoup le malade. En effet, pendant le cours d'une ophtalmie grave; on ne saurait supporter la moindre gêne autour dela tête, et dans les cas ou l'artériotomie parait produire le plus d' effet, les saignées du pied réitérées en au-raient probablement produit autant. Je fais souvent appliquer les ventouses scarifiées au ‘haut des épaüles, pres des vertébres cervicales. Rien de si facile que l'emploi de cet. utile moyen, en se servant du scarificateur à ressort et de : la pompe; instruments que Jai, qui sont si familiers en Allemagne et en Angleterre, et que je suis bien étonné de ne pas voir entre. les mains de tous nos chirurgiens. S'il survient des rechütes importantes pendant la durée de l'ophtalmie, on peut avoir recours de nouveau à la saignée du pied ou aux sangsues. Il n'est pas nécessaire de dire
DU TRAITEMENT DE L'OPHTALMIE. 242 que, s'il y a eu disposition aux hémorrhoides, elles doivent étre appliquées à la marge de l'anus, et que, sil y a suppression ou diminution des regles, on peut les appliquer à la vulve. Dans ces deux cas, elles remplacent avantageusement la saignée du pied, dans tout le cours de la maladie.
Je ferai ici une remarque importante, c'est que les rechütes sont fort dangereuses, en ce qu'elles font l'effet: de coups de pistons poussant les liqueurs plus avant dans des vaisseaux très-déliés et déja dilatés; et, comme les douleurs et l'augmentation des accidents auxquels elles donnent lieu, se font sentir particulierement pendant la nuit, il faut avoir recours à une nouvelle émission de sang, le soir méme de la rechüte, ou, si on a eu le malheur de manquer ce moment, ne pas attendre plus tard que le lendemain soir. Rien n'est plus important que de donner au malade une nuit tranquille, et la saignée faite le soir procure ordinairement cet avantage Inappréciable. Je ne saurais trop répéter que souvent on épargne une saignée mal-à- propos.
S'il y a un danger imminent, je suis dans l'usage de faire appliquer entre les deux épaujes un large vésicatoire , aussitôt apres la premiere saignée. Si le dangér est moins grand, il suffit d'en appliquer un, soit à la nuque, soit derriere l'une ou l'autre oreille, soit derriére chacune; si on redoute l'irritation, on peut éviter le lendemain d'enlever l'ébiderme. soulevé, et panser
244 | ^ SECTION IV, CHAPITRE II, par-dessus avec une forte pommade au garou , que l'on recouvrira d'un cataplasme fait avec la farine de graine de lin. Ce cataplasme, en ótant aux vésicatoires leur inconvénient, ne diminue rien de leur effet avantageux, qui est trop grand pour qu'il.soit. permis d'en négliger l'emploi, à moins. de très-fortes raisons. Au reste, les pansements subséquents doivent étre faits avec douceur, et il est bon que le malade ait à sa disposition un emplâtre tout préparé, qui puisse être appliqué dans l'intervalle d'un pansement à l'autre, s'il survenait trop d'irritation : il faut au moins l'autoriser, dans ce cas, à recourir à un autre pansement, qui aurait lieu, soit avec le beurre et la poirée, soit avec un cataplasme, soit méme avec ces deux moyens réunis.
:$i on a cru pouvoir temporiser, on OHIO pas, dans les différentes périodes de la maladie, d'avoir recours au vésicatoire, lorsque la nécessité s'en fera sentir. ;
Tant que les menaces de dépôt dE la cornée et d'épanchement dans la chambre. antérieure existent, je m'abstiens de donner l'émétique. J'ai ya, souvent le dépôt ou l'épanchement se former trés-peu d'heures aprés le vomissement; cependant, lorsque le malade a eu deux nuits haus ce qui arrive ordinairement dans les cas trésgraves du neuvième au douzième jour, je me trouve bien de faire prendre, dans de l'eau de veau, quelques cuillerées d'une solution de deux
grains. de tartrate de potasse antimonié et de deux gros d'un sel neutre, en recommandant au malade d'observer une demi-heure au moins d'intervalle entre les doses de cette boisson, et de suspendre ou au moins de retarder, s'il se sentait des dispositions à vomir. Lorsque ce moyen procure des évacuations bilieuses par bas, ce qui arrive le plus ordinairement, on remarque aisément son effet avantageux sur la maladie; il devient indispensable, et on peut le donner un peu plutót, lorsque la complication d'embarras gastrique n'est point équivoque. Une purgation douce le sur-lendemain vient à l'appui de son bon effet.
Il arrive si ordinairement que la source des ophtalmies se trouve dans le canal alimentaire, que, lorsque je n'ose donner le tartrate de potasse antimonié, méme en lavage, je ne manque jamais de solliciter des évacuations par d'autres moyens. Voici ceux que j'emploie ordinairement: Tamarins dans du petit-lait ou dans du bouillon aux herbes; lavements laxatifs de manne grasse ou de miel commun , dans une décoction de carottes avec deux ou trois gros d'un sel neutre; souvent, dans la classe peu aisée; les lavements avec une cuillerée d'huile et un gros ou deux de sel commun. Le bouillon suivant Miucure toujours un bon effet.
Faites bouillir dans une pinte d'eau, jusqu'à réduction d'un quart, un quarteron de veau et deux navets; ajoutez, en retirant du feu, une
once de manne... A prendre le matin pendant plusieurs jours d suite. Si on substitue au veau le collet de mouton, le malade ne sent point le goût de la manne. On obtient assez ordinairement une évacuation suffisante, sans irritation, en donnant quatre onces de tamarins et deux onces de manne dans une chopine de petitlait, et faisant prendre ensuite depuis un jusqu à trois gros d'un sel neutre dans trois verres d'eau de veau. |
Pour lotions, une décoction légère de laitue, dont le malade se servira à un degré tel, qu'il n'en sente presque point la chaleur. Il ne baignera point son œil dans une ceillére, mais il se bornera à étuver les paupiéres, quatre ou cinq fois par jour, avec une petite éponge ou un morceau de linge fin, en se contentant d'appuyer légèrement vers le grand angle pour absorber les larmes qui en découlent.
Je suis dans l'usage, dès que les accidents diminuent, de ne plus rien prescrire ; et, aussitôt que le malade peut supporter l'impression de la lumière, je conseille une sortie à pied ou en voiture. J’attache tant d'importance à ce moyen simple, qu'il m'arrive quelquefois, lorsque cette impression n'est pas encore supportable , de faire sortir le malade à la chüte du jour.
Il ne faut que des panades ou de la soupe aux herbes, lorsqu'on commence à prendre de la nourriture, et ne passer aux légumes et aux
viandes blanches qu'à condition de revenir à la diéte, en cas de rechütes. | Quoique, dans cette maladie, je redoute l'effet des cataplasmes sur l'œil, cependant l'irritation est quelquefois si considérable, que je consens à un cataplasme émollient peu volumineux, appliqué sur l'extrémité externe du sourcil, de maniere à ne pas empêcher la liberté des mouvements des paupières. Les astringents, méme les plus doux, recommandés dans le déclin de la maladie, ne réussissent point ordinairement, et, à cette époque, l'eau pure un peu froide est ce qui produit le meilleur effet; niais on ne saurait trop insister auprès du malade pour qu'il évite soigneusement tout ce qui pourrait donner lieu à de nouvelles rechütes, notamment les mauvaises digestions. Je conseille assez souvent aux personnes sujettes à des ophtalmies périodiques, de boire le matin à jeun un ou deux verres d'eau. Le cé- Jébre Desault, sujet dans sa jeunesse à des ophtalmies dont il ne pouvait pas se débarrasser, consulta mon pére, qui le mit à l'usage de boire tous les matins à jeun trois chopines d'eau , auxquelles il ajouta de lui- méme, aprés quelque temps, un verre de vin, parce quil vomissait l'eau pure. Ce moyen la guéri. J'insiste sur la nécessité de faire respirer le grand air aux malades affectés de maux d’yeux : le bon effet n'est jamais équivoque ; il m'a toujours semblé dû, partie à la plus grande perfection de lacte de l'hématose, partie à l'impression utile de l'air sur l'organe.
De l'Ophtalmie des Enfants (x),
Pour lophtalmie des petits enfants au-dessous d'un an, il faut faire couler le derrière d'une oreille ou même des deux, et leur donner un peu de sirop. de chicorée ou de fleurs de pécher, de manière à entretenir un léger dévoiement; ne rien injecter entre les paupières de l'enfant, mais seulement les nettoyer avec une extréme douceur, à l'aide d'une éponge fine ou d'un linge trempé dans une légere infusion de fleurs de sureau , que l'on emploiera un peu dégourdie, mais non pas chaude. Il faut, avant tout, éviter de le faire pleurer, le sortir un peu, si le temps le permet, avertir la nourrice de ne pas injecter de son lait dans les yeux du petit malade, ce qui relâche et dispose encore à l'engorgement. On peut mettre un vésicatoire derriere le cou, si celui appliqué derrière l'oreille s’enflamme ou ne rend point; mais je répète qu'il faut, avant tout, éviter de faire crier l'enfant. S'il devait trop souffrir et beaucoup pleurer, il vaudrait mieux se priver de ce moyen. si avantageux, ou. ne l'appliquer que pour le laisser en place, en le couvrant deux fois par jour d'une feuille de bette ou poirée enduite de beurre; pansement qui, sans exciter de douleurs,.suffit souvent à cet âge pour établir
(1) :Voyez ci-dessus , page 197.
un petit suintement , dont l'effet est d'appaiser lorage excité aux yeux. Si l'enfant n'est sevré que depuis peu, quand il aurait plus d'un an, il faut le rendre à sa nourrice, ou, à défaut, lui en donner une autre. Jai la conviction d'avoir sauvé bien des yeux par l'observation de cette pratique, que je tiens de mon pére et de M. Baudelocque. ll importe de recommander qu'on ne mette aucun cataplasme sur les yeux, déja si disposés à l'engorgement. :
Chez les enfants un peu plus àgés, de trois, de quatre et de cinq ans, il ne faut pas se háter de supprimer le vésicatoire aprés les ophtalinies graves. Dans l'inflammation de la cornée, lorsque les enfants de trois à douze ou treize ans ne peuvent supporter l'impression de la lumiére la plus faible, et tiennent les yeux fermés malgré eux, le cataplasme de laitue est souvent utile, ainsi que les lotions avec de l'eau saturée d'une certaine quantité d'extrait aqueux d'opium.
Jai un grand nombre d'observations qui prouvent le bon effet de ce dernier moyen dans cette espece d'ophtalmie. Je me plais à citer par préférence celle que mon collégue M. Delondre a lue dans une de nos derniéres séances de la Société académique de Médecine ( 1). On lui amena une petite fille de dix ans, qui, par l'effet de la
(1) Voyez Journal général de Médecine, de Chirurgie, et de pharmacie , tome LVIII, page 114.
250 SECTION IV, CHAPITRE II, plus forte irritation, suite de la peute vérole, avait les yeux si hermétiquement fermés depuis plus d'un an, qu'on les croyait entièrement perdus, et qu'on.se disposait déja à la faire entrer dans un hospice comme aveugle et incurable.
M. Delondre trouva les pupilles trés - rétrécies et une exaltation prodigieuse de la sensibilité des rétines. 1l ordonna pour lotions une dissolution d'extrait aqueux d'opium, dans la proportion de deux gros pour une pinte d'eau; on en imbiba des compresses, qui furent appliquées sur les paupières pendant la nuit. L'effet de ce remède fut si prompt, qu'au bout de huit jours les paupieres s'entr'ouvraient.On doubla alors la dose del'opium; le quinziéme jour du traitement, l'enfant ouvrit les yeux et fut complétement guérie dans l'espace de quelques semaines. M. Delondre m'a dit qu'il avait su des parents, six mois aprés son entière guérison, qu'elle n'avait pas éprouvé la plus légere rechüte de sa maladie. - On est toujours étonné, dans cette variété de l'ophtalmie , de voir les sangsues, les saignées, les vésicatoires n'amener aucun changement. Parmi les moyens employés à l'intérieur, les boissons rafraichissantes et les purgatifs un peu drastiques paraissent seuls produire un bon effet. Je donne le jalap dans du lait sucré de deux jours l'un, en proportionnant la dose à l’âge de l'enfant.
DU TRAITEMENT DE L'OPHTALMIE. 251 De l'Ophtalmie, suite de couches (1).
La marche à suivre pour le traitement de l'ophtalmie chez les femmes est à-peu-prés la méme; seulement il ne faut pas perdre de vue les indications qui peuvent dériver des gestations ou de leurs suites et des mouvements du sang.
De l'Ophtalmie par pléthore sanguine (2).
Lorsque des malades, d'une constitution évidemment pléthorique et sanguine, ont éprouvé des ophtalmies inquiétantes, je suis dans l'usage de leur conseiller de se faire saigner deux fois, dans le courant de chacune des années suivantes, et de se soumettre, avant et aprés chaque saignée, à quelques précautions générales.
De l'Ophtalmie par principe scrophuleux (3).
L'ophtalmie scrophuleuse ne peut se traiter que par les moyens généraux. Ceux que j'emploie le plus ordinairement sont, l'élixir de gentiane, mais sur-tout le sirop antiscorbutique dépuratif de M. Portal, dont voici la recette (4):
(x) Voyez ci-dessus, page 2or.
(2) Voyez ci-dessus , page 202.
(3) Voyez ci-dessus, page 203.
(4) Observations sur la nature et le traitement de la phtisie pulmonaire , tome IL, page 386.
« Prenez racine de gentiane, demi-once; racine de garance, et quinquina , de chaque, deux gros; raifort sauvage, demi-once; cresson de fontaine, et cochléaria, suffisante quantité; muriate de mercure sur-oxidé, deux grains. |
« On fait bouillir les racines avec le quinquina dans deux livres d'eau réduites à une; on passe la décoction; on ajoute une livre et demie de sucre ou de cassonade; on clarifie avec deux blancsd'oeufs; on fait cuire le mélange en consistance de sirop; on le passe.
« D'une autre part, on pile dans un mortier les feuilles de cresson, de cochléaria, et la racine de raifort; on exprime, pour avoir six onces de suc que l'on filtre à froid; on ajoute onze onces de sucre réduit en poudre grossiere ; on chauffe au bain-marie, et on ajoute ce sirop au premier.
« Enfin l’on fait dissoudre le muriate de mercure dans un gros environ d'alkool, et on le méle exactement au sirop. M. Portal ajoute :
« Tels sont les ingrédients du sirop antiscorbutique dont j'ai fait un si grand usage, et telle est la méthode de le préparer, que M. Bouillon- Lagrange a proposée. »
De lOphtalmie par principe scorbutique (1).
Jemploie à- peu- prés les mémes moyens pour
(1) Voyez ci-dessus, page 205.
combattre la diathése scorbutique : lorsqu'une ophtalmie me:parait due à cette cause, j'ajoute des sucs d'herbes, dans la saison.
De l'Ophtalmie par principe syphilitique (1).
Je traite la maladie connue sous le nom d'ophtalmie gonorrhoique, comme l'ophtalmie aiguë violente. Lorsqu'on donne trop tôt les remèdes spécialement destinés à combattre la cause de ces dangereux accidents, on expose le malade à éprouver des redoublements d'irritation, dont l'effet est souvent de déterminer des désordres organiques et méme la destruction de l'ceil. Cependant, le plus grand danger une fois passé, on peut commencer à donner, à faibles doses, dans une décoction d'orge, la solution de muriate de mercure sur-oxygéné, et peu-afrès passer aux frictions, si on les juge nécessaires; mais en les éloignant d'abord, n'employant pour les faire que de petites doses d'onguent mercuriel, et en évitant soigneusement la salivation: Si l'approehe sen faisait sentir, il faudrait suspendre l'emploi du mercure et purger doucement. :
Lorsque les accidents sont les effets d'une blennorrhagie supprimée, je fais mettre sur-le-champ une sonde dans le canal de l'urétre. Il faut, autant que possible, recourir trés- promptement à ce moyen.
mtt. e rre m eei
(1) Voyez ci-dessus, page 205.
De l'Ophtalmie par principe goulteux ou | arthritique (x).
L'ophtalmie qui reconnait pour cause la diathèse goutteuse, lorsqu'elle est violente, m'a paru devoir être traitée par les moyens que Je viens d'indiquer à l’article chémosis; jajouterai qu'il faut redoubler de surveillance, comme pour l'ophtalmie blennorrhagique, et qu'on ne doit s'en relâcher que, lorsqu'apres l'emploi des pédiluves sinapisés et autres moyens connus, on est parvenu à attirer l'irritation arthritique sur une autre parte. | b
Ce qui me réussit le plus ordinairement pour | combattre une ophtalmie causée par cette espèce particulière de diathèse, c’est de faire appliquer sur le pied six à huit sangsues assez près l'une de l’autre. Je compte encore plus sur le gonflement qu’elles excitent, que sur l'évacuation de sang qu'elles procurent; je veux dire, sur le désordre opéré localement dans le tissu cutané par leurs morsures, et sur la congestion qui a lieu au-dessous, dans les tissus cellulaire et adipeux, que sur l'évacuation produite dans les systémes vasculaires (voyez tome III, page 445); ensuite, je les fais appliquer en grand nombre, et souvent quatre ou cinq fois en cinq ou six jours, à
TR NUM MMINSA Uo
(1) Voyez ci-dessus , page 207.
DU TRAITEMENT DE L'OPHTALMIE 95% la paupière inférieure et à la tempe. J'en ai fait mettre, dans des occasions où le danger était pressant, jusqu'à trente, bien entendu que leur nombre doit étre proportionné à leur grosseur, à la force du sujet et à la gravité de la maladie.
De l’Ophtalmie par rétrocession d'éruptions CEY.
Sous le rapport thérapeutique, on ne doit point oublier que, pour combattre les ophtalmies | dues à des principes spécifiques , il faut rappeler le vice vers la partie sur/ laquelle il se trouvait avant lophtalmie, et jajouterai que, si cette cause a donné naissancé à des furoncles ou à un dépôt quelconque. qui s'est ouvert ou a menacé de; s'ouvrir, il y a le plus grand danger qu'un effet analogue soit produit à la cornée ou dans l'intérieur du globe, par l'impression de ce vice particulier. S'il s'agit du déplacement si fréquent du siége de cette dépuration qui a lieu à différentes époques de l'enfance, abandonne souvent le cuir chevelu, et, porte son action sur les yeux, wood suite de la suppression des poux, je fais ordinairement remettre sur la tête un certain nombre de ces insectes (voyez tome II, page 30). Ce moyen m'a procuré de grands succès, et je l'ai fait répéter, lorsque les premiers ne pullulaient pas, chez des enfants qui n'en avaient jamais eu.
(1) Voyez ci-dessus , page 208.
B 256 . SECTION IV, CHAPITRE II, Le séton passé derriére le cou est souvent utile dans les ophtalmies qui sont sous l'influence d'un vice spécifique. ?
De l'Ophtalmie , suite de fièvres (1).
Si , pendant l'usage du quinquina et lorsqu'une fievre commence à Re pi à son action, il se déclare une ophtalmie, il est bon de suspendre l'usage de ce moyen puissant, au. moins jusqu'à ce qu'on se soit assuré du caractère A. prendra la maladie. |
De l'Ophtalmie compliquée (2).
Le séton est spécialement indiqué pour combattre une ophtalmie d'une certaine intensité, lorsque des lésions organiques ont eu lieu antérieurement, et, à plus forte raison, si elles ont laissé des traces. x
De 0: Mit par l'impression de l'a air i Ge
« La purgation (4) convient dans l'óputlmie annuelle et épidémique, et,'dans quelques cas, la saignée est nécessaire pour combattre les douleurs. Les ventouses appliquées aDpres des veiiües
(1) Voyez ci-dessus , page 209. | | im (2) Voyez ci-dessus , page 210.
(3). Voyez ci-dessus, page 211.
(4) Hippocrate, de visu. | ,
sont utiles : vivre de pain en petite quantité, et boire de l’eau; que le malade d’ailleurs se tienne dans les ténébres, loin de la fumée, du feu, et des autres corps resplendissants.
« Le cataplasme est inutile, s'il n'y a pas de douleurs. Il ne faut de long-temps regarder avec attention ; car l'œil est excité au larmoiement, lorsqu'il ne peut s'acquitter de ses fonctions à une lumiére vive; mais il n'est pas bon non plus de tenir long-temps les yeux fermés, sur-tout si la fluxion est accompagnée de chaleur. »
L'ophtalmie catarrhale qui régne assez souvent à Paris, sous une forme épidémique, est, en général, bénigne. Il est évident qu'elle est soulagée par le transport de l'irritation sur la membrane muqueuse du canal alimentaire. Je conseille ordi- nairement alors des bouillons laxatifs. Si on craint des infiltrations, qui arrivent cependant assez rarement, on peut établir, pour quelques jours, un petit vésicatoire derriére une oreille, le transporter derriére l'autre, et ensuite sur la nuque. Lorsque la rougeur est vive et accompagnée d'une irritation. considérable , l'infusion de. fleurs de mauve dans du lait réussit souvent pour tout remede.
M. Larrey ( Relation de Ü Expédition de l'armée d'Orient, page 52), a vu réussir, dans une ophtalmie épidémique, les saignées locales, telles que les mouchetures. Sur plus de trois doni malades, pas un seul n'a perdu la vue.
De l'Ophtalmie, effet des substances ácres (1).
Quand l'ophtalmie causée par l'impression de substances âcres est considérable, il faut insister sur les applications de sangsues, ou, encore mieux, sur les saignées de la jugulaire (voyez tome II, page 225).
De l'Ophtalmie , effet de corps étrangers (2).
Lorsqu'un malade affecté d'ophtalmie se plaint que cette maladie est l'effet de l'impression d'un corps étranger, il est bien important d'examiner l'oeil, notamment la cornée et la face interne de la paupiére supérieure, pour s'assurer que cette cause d’irritation ne subsiste plus. Les saignées du pied, si les accidents sont graves, peuvent
être regardées comme spécifiques (3).
Le malade doit s'assujétir à ôter ou à faire óter les cils dont la déviation donne naissance à une ophtalmie par irritation extérieure. Le seul instrument convenable pour cette légère et facile opération est la petite proces que l'on voit pl. 15,
fig. 1.
(1) Voyez ci-dessus, page 216.
(2) Voyez ci-dessus, page 217.
(3) Voyez ci-dessus, page 222.
De l'OpAtalmie , effet du feu (1).
Si le feu a exercé son action sur les paupières et le globe de l'oeil, il est trés-important, en employant d'ailleurs les moyens généraux, de ne pas couvrir l'oeil de cataplasmes ; ils ne feraient, en reláchant, que favoriser le développement des accidents, suites trop ordinaires de la phlegmasie qui succède à cette action destructive. Il faut dans ces cas ne pas songer seulement à l'état des paupiéres, mais bien plutót au globe méme, et particulièrement à la cornée, qui court des dangers, sur-tout pendant les premiers jours.
De l'Ophtalmie, effet de contusions ou de blessures (2).
Toute contusion qui donne des inquiétudes sérieuses, et qui est suivie de douleurs assez fortes dans le globe, exige la saignée et les boissons rafraichissantes.
On doit en dire autant lorsque ces accidents sont occasionnés par une blessure. Si elle est d'une certaine gravité , il faut insister sur les saignées du pied, suivies des applications de sangsues à la paupière inférieure, à la tempe et derriére l'oreille. Un vésicatoire, dans les cas de
RE ÉTAT DOME XP Em CONT IT DL M DS qoc rer m e e I EE DINE PIACIUTO DERI URSINI DER EVE NO T
(1) Voyez ci-dessus, page 223.
(2) Voyez ci-dessus, page 224.
contusion ou de blessure, est souvent utile. Il est toujours convenable de l'établir chez les enfants, pour peu que leur blessure ait de gravité; ce moyen déplace l'irritation, dont l'effet est souvent d'appeler, sur la partie blessée, quelquesunes de ces dépurations qui se font dans le premier.áge, et qui, avant l'accident, ne donnaient aucun signe d'existence.
De l'Ophtalmie interne (1).
J'ai lu à la Société de Médecine de Paris, il y a treize ans, un Mémoire ayant pour titre : Application des effets de la belladone au traitement de plusieurs maladies des Jeux. Il est inséré dans le Journal général de Médecine, de Chirurgie et de Pharmacie, auquel je renvoie le lecteur. Quelques auteurs d'ouvrages imprimés hors de France ont puisé dans mon Mémoire, et dans un autre que jai donné au méme Journal, en aoüt 1800, sur une pupille artificielle. En reprenant mes idées , jespére qu'on ne m'accusera point de plagiat.
Je donnerai ici le précis de mon Mémoire sur l'emploi de l'extrait de belladone. i
. « Je. vais communiquer à la Société ce que j'ai déja obtenu de résultats certains, depuis prés de trois ans que je m'occupe, sans relâche, d'ob-
(1) Voyez ci-dessus, page 226.
server chaque jour de quelle utilité peut être la dilatation artificielle de la pupille dans différentes maladies des yeux.Je commence par assurer qu'il ne subsiste aucune trace de cet effet au bout de quelques jours, qu'il m'est arrivé, dans un tresgrand nombre de cas, d'avoir recours à ce moyen tous les deux, trois ou quatre jours, pendant un an et plus, et que jamais je n'en ai observé de mauvais effets.
« Parmi les maladies de l'organe de la vue qui peuvent occasionner la cécité, le rétrécissement de la pupille est une des plus graves. Cette lésion est presque toujours le produit d'une in- flammation interne, ou au moins d'une infiltration, d'une espèce d'injection, souvent sanguine, quelquefois lymphatique, soit de plusieurs membranes intérieures du globe, soit de l'iris seule. La pupille se trouve alors resserrée, et son bord est souvent adhérent à la capsule du. cristallin d'une manière plus ou moins marquée. Lorsque ce rétrécissement ne subsiste que depuis peu de mois, et que la cause en est dissipée, l'instillauon. de l'extrait de belladone, répétée tous les trois ou quatre jours, réussit constamment, si les adhérences ne sont pas trop fortes ni l'occlusion trop complète. Sans négliger d'ailleurs les remédes indiqués, je me sers familièrement de ce moyen pour combattre les maladies de ce genre qui se présentent à moi, et je lui attribue plus de vertu qu'à tous les autres ensemble. Il. faut
262 SECTION IV, CHAPITRE Il,
une partie d'extrait de belladone et trois ou quatre parties d'eau E etc. »
Je me rappelle qu'à l'époque à laquelle ce Mémoire fut publié, le sieur B'**, âgé de vingt-sept ans, vint me consulter. Il avait eu les deux yeux brülés, et était aveugle depuis un an. L’œil droit était. fondu : on voyait sur le gauche, au centre de la cornée, une large cicatrice; en examinant latéralement l'iris, on s'apercevait que la pupille était rétrécie, et que son bord, dans un point sur-tout, était adhérent à la capsule du cristallin. L'instillation de la solution aqueuse d'extrait de belladone le mit en état d'aller seul, le soir méme, voir des illuminations. Cet homme, devenu PARET à Étampes, a joui depuis et jouit encore d'une assez bonne vue. L'obscurité de la cornée a diminué graduellement.
Depuis que j'ai recueilli cette observation, je n'ai vu aucune guérison plus frappante que celle du beau-frére d'un de mes collégues à la Société de Médecine de Paris, M. de L"'*, âgé de quarante-deux ans; il avait perdu la vue dans le cours d'une grave ophtalmie aiguë. L'oeil droit avait été frappé d'amaurose complète, et est resté nul; le gauche eut la cornée entièrement blanche, et la pupille rétrécie. L'instillation dont je viens de parler, continuée de huit en huit jours pendant plusieurs années, a remis la pupille dans son état naturel. La cornée a repris sa pellucidité, à l'exception du centre, qui a conservé
DU TRAITEMENT DE L'OPHTALMIE. 263 un peu d’obscurité, malgré laquelle M. de L*** voit bien, méme à lire, en approchant seulement le livre un peu plus qu'il ne faisait avant de perdre la vue. Nous n'avons employé aucun autre reméde que ces instillations. Pendant prés d'un an,le malade n'a pu lire qu'avec le secours d'un verre convexe.
J'exempte rarement le malade d'un séton, lorsque les deux yeux sont affectés, et qu'une phlegmasie interne a géné les importantes. fonctions de l'iris, ou produit quelque autre lésion dans l'intérieur des globes.
Je redoute, dans ces cas particuliers et si graves, l’action des cantharides. Si on veut avoir recours à un vésicatoire, il faut l'entretenir avec la pommade au garou.
Autant je suis dans l'usage de beaucoup donner à l'expectation dans le. traitement de la plupart des maladies des yeux, et de ne conseiller que des remèdes simples et en petit nombre, autant j insiste ordinairement sur tous les moyens indiqués par la thérapeutique, pour combattre les phlegmasies intérieures et leurs effets. On doit redoubler encore d'activité, de surveillance et de soins, sil s'agit du second œil, et que le premier ait été perdu ou gravement affecté par la méme cause. | 1
Dans les cas où le malade se refuse au séton, je conseille l'application, derriére le cou, d'un morceau de potasse caustique de la grosseur d'un
petit pois. L'escarre qui en résulte doit avoir un pouce et plus de diamètre. |
On panse avec du beurre et des feuilles de bette. Cet écoulement, qui est très-abondant, sur-tout du dixième au trentième jour, dure six semaines, et peut être entretenu au-delà, en mélant avec le beurre un peu de pommade au garou à dater du huitième jour qui suit la chüte de l'escarre, c'est-à-dire un mois environ aprés l'application de la potasse caustique. CI
Il est presque indispensable, en supprimant lexutoire établi, de faire pratiquer; à l'un des bras, un cautére, que le malade doit. garder pendant au moins six mois après le parfait rétablissement du jeu des pupilles. Dans ces phlegmasies dangereuses et dans le traitement de leurs effets, voici les moyens que j'emploie le plus familiérement.
Les saignées du pied, celles de ja jugulaire, les sangsues prés des yeux, les ventouses scarifiées au bas du cou et aux deux cótés de la colonne vertébrale , les incisions superficielles de quelques vaisseaux sur la conjonctive, sur la cornée et sur la face interne de la paupière inférieure. Il suffit, pour pratiquer ces dernières, de promener la lancette très-légèrement sur la conjonctive, en renversant la paupière inférieure avec un doigt, et en assujétissant la paupière supérieure avec un autre doigt de la même main. Chaque fois que l'on pratique cette facile opération, il suffit
d'obtenir trois ou quatre gouttes de sang de la face interne de la paupière, et une ou deux de la conjonctive, prés de la cornée, au-dessous et à un des cótés de cette membrane, mais jamais au-dessus de son diamétre transversal. Outre ces saignées, auxquelles on peut revenir dans le cours du traitement, et quelquefois méme dans la seule intention de prévenir des rechütes, les exutoires sont indispensables, ainsi que les boissons délayantes , les laxatifs doux, les demi-bains tièdes, les lavements, et le régime le plus exact. C'est une bonne précaution que celle de faire porter au malade une paire de lunettes vertes, garnies de taffetas de la méme couleur : leur teinte doit étre moyenne, c'est-à-dire entre la plus foncée et la plus claire. |
Aliérations organiques, effets de Phleemasies.