CHAPITRE PREMIER
Plus de la moitié des taches qui paraissent SE TUPHT AR RN PRIME es e E RT! NES VINE
(1) Où iv xéon; cicatrice sur la prunelle. Nip, ày2ss, eivíà:c ; nuages qui paraissent sur les yeux, taies, cicatrices blanches qui rendent la vue trouble, HrrrocnAmE.
Acvxpara. ÁvÜpxecig Corneæ tunica, Actuarius de meth. med, lib. IT.
Albugo, ou taie; leucoma , ou cicatrice. -
avoir leur siége dans la cornée, sont formées ou dans le tissu de la portion de la conjonctive qui recouvre cette membrane, et à laquelle on a donné le nom d'adnata, ou immédiatement audessous, entre cette lame mince et superficielle et la lame externe de la cornée. Il suffit d'une phlegmasie assez ordinaire, pour que les ramifications des vaisseaux qui n'admettent que la !ymphe la plus transparente, en passant de la conjonctive dans l'adnata, cédent à l'effort du sang, et recoivent des liqueurs moins tenues. Quelquesuns de ces vaisseaux se déchirent, d’où résultent de petits épanchements plus ou moins marqués, qui peuvent porter obstacle à la vision. $i la phlegmasie s'est étendue au tissu fibreux de la sclérotique, dont les vaisseaux passent à la cor. née, on en est averti par des douleurs. plus fortes, et il se forme quelquefois un dépót plus ou moins considérable et plus ou moins profond, dans cette derniére membrane, par l'effet d'un épanchement lymphatique entre ses lames. La phlegmasie, parvenue jusqu'à la membrane séreuse qui revét la face concave de la cornée, donne souvent lieu à un épanchement presque toujours lymphatique, et quelquefois purulent, dans la chambre antérieure. J'ai remarqué que celui qui est dû à un principe arthritique est ordinairement lymphatique. Si le tissu muqueux de la conjonctive est le seul siége de l'inflammation, et que la portion qui recouvre la cornée soit. vivement in-
jectée , il s'y forme trés-souvent des taches ou engorgements plus ou moins étendus. Je ne saurais trop répéter que toutes celles désignées communément comme taches de la cornée, qui se dissipent facilement et trés-vite, ont leur siége, ou dans cette lame externe, ou immédiatement au-. dessous d'elle. La conjonctive, qui jouit, comme la peau, d'une grande vitalité, et qui est exposée à l'action de l'air et au mouvement continuel des paupières, est aisément et promptement débarrassée des obstructions qui lui surviennent. Mais les engorgements qui se forment dans la cornée, qui ont un siége plus profond entre ses lames élastiques, unies entre elles par un tissu fibreux semblable, trés-court et trés-serré, résistent bien plus long-temps aux efforts de l'art et à ceux plus puissants de la nature. Si la tache n'intérese que la membrane superficielle, on aperçoit une légère élévation, en examinant le globe obliquement. On suit souvent, à l'oeil nu, des vaisseaux sanguins qui passent dans la tache, et on les voit plus aisément à l'aide d'une loupe. L'œil reste exposé à des rechütes , lorsque le sang a ainsi franchi les limites qui lui ont été assignées. Les malades ne doivent rien négliger pour mettre un terme à cette affection, et éviter tout ce qui pourrait donner lieu à des rechütes, qui, en général, tendent à augmenter de gravité.
268 SECTION V, CHAPITRE d
Les dépóts qui se forment entre les lames de la cornée sont précédés de symptómes inflammatoires plus graves. Ils menacent de s'ouvrir soit en dehors, et d'étre suivis d'un ulcére;soit en dedans, et de donner lieu à un épanchement dans la chambre antérieure. Si la phlogose augmente, ou que des remèdes contraires soient employés, le désordre s'étend d’un tissu à un autre. Je vois souvent des taches de la cornée dans lesquelles on.suit de petits vaisseaux sanguins sans rougeur à la conjonctive, et qui durent un assez grand nombre d'années (obs. 176), en augmentant à la plus légère phlegmasie de l'œil.
. On trouve, dans.le deuxième volume des Communications médicales de Londres, l'histoire de deux enfants chez lesquels la cornée acquit un degré assez considérable d'opacité sans inflammation préalable. M. Ware rapporte plusieurs cas de ce genre dans son Traité de l'Ophtalmie. Jen ai vu un assez grand nombre, suite du travail de la dentition (obs. 177, 178); j'en ai vu aussi chez des adultes, mais plus souvent chez les femmes que chez les hommes ( observations 179, 180). | : Lorsque l'albugo empéche le malade de voir, on a fait quelquefois l'abrasion de la lame ou des lames externes de la cornée. C'est une mauvaise opération (observ. 182, 183). )
La section des vaisseaux que l'on voit passer
TACHES DE LA CORNÉE. 369 sur la cornée est'un bon moyen (obs. 185, 186); mais il y a des cas ou l'on en fait une application nuisible, sur-tout si on prolonge l'opération et si on scarifie trop sur la cornée ( obs. 183).
Je me contente le plus souvent de tirer un peu de sang de la face interne de la paupière inférieure (obs. 187). Lorsque je me détermine à exciser ces vaisseaux, Je m'attache à les enlever tous; car si on. en laisse un seul, comme ces vaisseaux lient des anastomoses avec leurs ramifications, le sang du tronc passe dans des branches voisines, qu'il dilate; et, apres quelques jours, on en voit presque autant, au point qu'on serait tenté de croire que ce sont les mémes, si l'on n'était guidé dans cet examen par l'anatomie pathologique.
Quelquefois il reste des vaisseaux aprés la disparition presque totale de l'obscurité : il est rare qu'il n'en reste qu'un seul (obs. 188. Foy. pl. 28, fig. 3). | | ^d
Rien de plus commun que de rencontrer chez les enfants, des éruptions dartreuses (obs. 189) ou autres, particuliérement à la tête, avec des taches ou albugos dans l'épaisseur de la cornée.
ll y a des cantons où il règne habituellement des ophtalmies produites par une cause externe, et, par suite, beaucoup dé maladies de la cornée. Je conseille ordinairement un changement de résidence; il suffit le plus souvent pour diminuer et quelquefois pour guérir entièrement la ma-
ladie. L'espéce d'ophtalmie, source féconde de ces désordres, est endémique en Égypte (observation 191). |
Lorsqu'une injection d'eau pure ou de mercure a bien réussi sur le cadavre , la transparence de la cornée en est altérée, et c’est un phénomène trés-curieux. J'ai vu. quelquefois cet effet produit sur le vivant, à la suite d’une espèce d'injection lymphatique, résultat d'une violente irritation. L'observation 190 est une des plus extraordinaires dont j'aie eu connaissance en ce genre.
Lorsqu'une tache déja ancienne vient à s'ulcérer, je me trouve bien, pour calmer l'irritation qui accompagne presque toujours cette complication , de faire appliquer une sangsue à la face interne de la paupière inférieure (pl. 26, fig. 1. Il est bon d'y revenir le lendemain et le sur-lendemain (obs. 192 ). |
Un œil a pu servir pendant plus de cinquante ans, quoique la cornée eüt été le siége d'albugos, lorsque la malade n'avait que sept ans; que cette membrane n'eüt jamais été dans un état complet de pellucidité, et qu'avant et aprés l'époque de l'accomplissement de ces cinquante ans, elle eüt été engorgée de nouveau ( obs. 193). On tirera de cette observation des inductions pour des pronostics d'affections graves de la cornée.
Il est peu de vice particulier qui donne naissance à plus de taches de la cornée que le vice
scrophuleux, sur-tout chez les enfants ( obs. 194.) Dans ce cas, les moyens généraux sont à-peu-prés | les seuls utiles (voyez à ce sujet les extraits de trois consultations à la suite de l'obs. 97). Je ne prendrai pas sur moi de décider si la liqueur qui a jailli du corps d'une araignée a été la cause de là violente ophtalmie qui engorgea la cornée dans la presque totalité de son étendue ( observation 195). |
On ne saurait trop insister auprès des malades pour les déterminer à ménager, sous tous les rapports, l'œil qui leur reste, lorsque l'autre a été perdu ou gravement affecté par des taches sur la cornée, ou quelque autre désorganisation importante ( obs. 196).
Au reste, il est trés-ordinaire de rencontrer des personnes qui ont une ou plusieurs taches sur les cornées, et qui voient pendant toute leur vie d'une maniére passable, sans éprouver de rechütes sérieuses ( obs. 197, 198). Chez mademoiselle Del*** qui fait le sujet de la première de ces deux observations, la pupille, naturellement large, paraissait, par une espéce de bienfait ou d'effort salutaire de la nature, portée un peu plus du cóté du grand angle que dans l'état ordinaire.
Lorsque la cornée s'engorge dans toute son épaisseur, souvent l'ophtalmie et son effet .résistent long-temps à tous les moyens que l'on emploie (obs. 199). |
Le tissu de la cornée des enfants étant plus lâche, cette membrane s'engorge bien plus aisé-
ment que chez les adultes; mais aussi elle recou vre assez promptement sa transparence, souvent méme dans des cas qui paraissaient désespérés (obs. 200). Il est difficile, dans une pratique étendue , de ne pas se trouver quelquefois trompé dans son pronostic, et ce n'est qu'après plusieurs erreurs de ce genre, qu'on reconnait l'imprudence de condamner, comme sans ressource, des yeux d'enfants dont les cornées étaient en si mauvais état, qu'on croyait n'en devoir plus rien attendre. La condition expresse pour obtenir quelquefois des guérisons inespérées , est qu'on n'ait rien fait de directement contraire. Heureux si la devise des premiers consultés a été: Dans le doute, abstiens-toi. I] vaut mieux en effet ne rien faire du tout, et laisser agir la nature, que de risquer de contrarier ses efforts salutaires. AIRES Lorsque la cornée d'un œil est tachée depuis long-temps, et à plus forte raison récemment, on ne doit rien négliger pour combattre l'ophtalmie, méme légère, qui survient à l'autre œil; mais si la cornée de ce dernier s'affecte, 1l existe le plus grand danger. ll faut redoubler de surveillance, et ne pas perdre de vue qu'il y a plusieurs raisons pour que cette cornée devienne le siége d'engorgements graves ; d'abord, la sympathie qui existe entre la cornée de l'oeil sain et celle de l'oeil affecté; ensuite, les dispositions du sujet et les causes prochaines qui étant habituellement les. mêmes , produisent fréquemment des effets
analogues ( obs. 201 ).
Parmi les moyens nuisibles à la guérison des taches de la cornée, on peut compter les collyres employés trop chauds (obs. 202 ), les cataplasmes et les substances irritantes, qui rendent souvent trés-longues et trés-difficiles à détruire des taches qui se seraient guéries plus aisément si elles avaient été abandonnées aux seuls efforts de la nature j favorisés par les frictions que les paupiéres exercent sur la cornée. |
Les taches qui se trouvent vers Île centre, ou à la moitié inférieure de la cornée, sont celles qui génent le plus la vision : elles la génent moins à un jour médiocre, parce qu'alors la pupille se . dilate, et que les rayons lumineux peuvent entrer autour de la tache ( obs. 197).
Souvent le traitement le mieux dirigé ne peut pas empêcher qu'aprés le rétablissement il ne reste une tache à la cornée ( obs. 203 ji
Il ne faut pas regarder comme une tache le cercle d'un blanc - bleuátre qu'on: voit au bord externe de la cornée des vieillards : il y en a qui sont fort étendus, sur-tout à leur partie: supérieure ( pl. 64, fig. 1).
. Je conseille de ne rien faire aux taches qui sont
petites , peu profondes, récentes, et qui déja sem-
blent avoir diminué par la seule action puissante
du système absorbant. Plus de la moitié de celles
pour lesquelles on me consulte se trouvent dans
cette classe. Quand il me semble convenable de "f 18
les attaquer, je ne connais dans ma pratique que les nioyens suivants : i
1? Les bains de l'oeil, à l'aide d'une ceillére; dans l’eau de Balaruc naturelle; l'oeil doit rester ouvert dans ce bain pendant quatre, cinq et quelquefois dix minutes, selon la grandeur et l'épaisseur de la tache, et la manière dont l'oeil supporte le remède, qui en général ne cause aucune irritation. C'est le moyen qui me suffit le plus ordinairement. Je conseille aussi l'usage de l'eau de mer, puisée par un temps calme; mais je ne lui donne point de préférence sur l'eau de Balaruc: Je prescris l'une ou l'autre, selon que les malades sont plus à portée de se la procurer. Le plus souvent je vois autant d'effet de l'usage de leau commune, dans une pinte de laquelle on a fait fondre un gros, et quelquefois deux, de muriate de soude fossile.
2? De légères scarifications faites tous les trois ou quatre jours, avec l'extrémité d'une lancette, à la face interne de la paupière inférieure. Il suffit que la conjonctive qui la revét soit superficiellement entamée, et qu'il sorte deux ou trois gouttes de sang (voyez l'obs. 187 ).
3? L'excision de quelques vaisseaux avec une partie de la conjoncuve.
Pour exécuter cette opération, je fais assujétir les deux paupiéres par un aide, et, aprés avoir soulevé avec une petite pince à disséquer, une
portion de la conjonctive, je l'enléve.d'un coup de ciseaux courbes sur le plat ( pl. 15, fig. 16). 1l n'y a rien de particulier à faire aprés cette opération trés-simple, à laquelle cependant je recours rarement; il suffit, lorsqu'elle est terminée, de couvrir l'oeil le reste de la journée avec une compresse sèche, qu'on óte le soir au moment du sommeil, pour ne plus la remettre.
4° Lorsque la tache de la cornée a son siége entre les lames de cette membrane, et que la lymphe extravasée est en assez grandé quantité pour que l'on aperçoive une légère élévation à sa surface (pl. 24, fig. 1 et 5), j'aime beaucoup mieux passer obliquement dans trois, quatre ou cinq points de cette tache, la pointe d'une lancette aigué ou d'un bistouri de méme forme. 1l ne faut pénétrer que trés-peu, et faire baigner l'œil aussitôt aprés et pendant le cours des jours suivants, dans de l'eau de Balaruc naturelle un peu tiede. Des taches dans lesquelles l'œil, armé d'une loupe, n'apercevait pas de vaisseaux rouges, donnent du sang par l'effet de ces légeres et utiles scarifications, qu'il est bon au surplus de ne point prodiguer, et par lesquelles la moitié, à peine, de l'épaisseur de la cornée se trouve entamée. , |
Je n'ai recours à ce dernier procédé que lorsque le dépót n'est accompagné d'aucune irritation remarquable, et ces cas sont extrémement rares.
590 ^. SECTION V, CHAPITRE I, IY Des Abcès de la Cornée (x).
On a désigné ceux qui sont superficiels sous le nom de pustules. Le siége le plus ordinaire de ces petites tumeurs est le tissu méme de la conjonctive. Il s'en forme sur la partie de cette membrane qui recouvre la sclérotique; plus rarement sur sa portion connue sous le nom d'adnata , qui recouvre la cornée. Les unes conüennent du pus (pl. 31, fig. 3), d'autres de la sérosité (pl. 31, fig. 2). Ces dernières sont des hydatides ou phlyctènes : on en trouve quelquefois, mais peu souvent, de cette derniére espéce sur la cornée (pl. 25, fig. 1). C'est le plus ordinairement à l'endroit de l'union. de la cornée avec la sclérotique que parait la pustule. Dans la pratique, on peut s'en tenir à la distinction suivante.
Si ce petit phlegmon a son siége dans aolet ou dans le tissu cellulaire qui unit cette. partie de la conjonctive avec la lame externe de la cornée, c'est un accident de péu d'importance; si le dépót a lieu entre les lames de la cornée, si méme seulement cette membrane a été intéressée dans le tissu de sa lame externe, cet abcés menace de désordres ultérieurs. Ce. n'est que dans ce dernier càs que la maladie prend u un caractère de gravité. | TANT TET.
(1) Œuxraivdee. Hippocrate.
Tous ces petits furoncles, plus ou moins superficiels, présentent une grande quantité de variétés, à-peu-prés comme les papules du tissu cutané, les dépóts qui se forment dans le tissu cellulaire, les aphtes, etc. Leur forme et leur marche varient comme les causes spécifiques qui leur donnent naissance: mais, dans la pratique, ils peuvent étre tous considérés comme menacants. plus ou moins l'intégrité du globe et la transparence de la cornée, puisqu'ils peuvent donner lieu à la rupture de cette membrane. On les désigne sous le nom d'abcés, de pustules et : de dépôts. Les enfants sont plus exposés que les adultes à ces accidents. L'irritation à laquelle ils donnent lieu est généralement plus marquée ,dans la partie de la conjonctive qui les avoisine.
Quelquefois un petit point, d'un blanc-jaunátre, qui forme un faible. dépót, peut à peine étre apercu.
On voit assez souvent l’adnata s'engorger sur le bord de la cornée, en forme de croissant, dans le voisinage de l'irritation. La teinte qu'elle prend est blanche, tirant plus ou moins sur le jaune (pl: 25, fig. 1). D'autres fois plusieurs dépóts se forment (pl. 23, fig. » ). |
Il ma paru que, lorsque la conjonctive seule était intéressée , on tirait un grand avantage des purgatifs légèrement drastiques, et de tous les moyens qui peuvent déplacer lirritation de
278 SECTION Y, CHAPITRE 1, la membrane muqueuse de l'oeil, pour l'attirer sur celle des intestins.
L'analogie de ces affections avec les aphtes a été remarquée par le professeur Hymli, de Brunswick. |
« Quand, dit-il, l'aphte ou l'esquinancie était très-fréquente ici, j'ai aussi trouvé plusieurs peütes vésicules commençant par une inflammation de la sclérotique, et aussi quelquefois, mais plus rarement, de la cornée. Une fois, j'ai vu toute une famille affectée de cette maladie. C'était une véritable affection catarrhale, et dans quelques cas ces vésicules disparaissent par les purgatifs, quelques-unes par les lavernents, le camphre et l'antimoine, sans aucune application locale, excepté celle des mucilagineux. Je crois que c'est précisément la méme maladie que les aphtes du canal intestinal, de la couronne du gland, ou d'autres continuations trés-amincies de la peau. Celles de la cornée deviennent pires, si elles sont ouvertes, et, si elles s'ouvrent d'elles-mémes, elles forment des ulcéres. Elles séchent généralement par le moyen du borax et du vitriol blanc; mais, si elles sont négligées, elles causent quelquefois des ulcères considérables, qui se prolongent ét laissent des lésions à la cornée. »
Sans l'immortelle découverte de Jenner, j'aurais eu à parler bien au long des abeës qui surviennént à la cornée aprés la petite vérole (obs. 204). J'en parlerai peu, bien persuadé
ARCÉS DE LA CORNÉE. 279 que cette affreuse maladie ne tardera pas à disparaitre entiérement, au moins chez les nations civilisées. Quel service rendu à l'humanité! A aucune époque l'art de la médecine n'a été nommé à plus juste titre un art divin. Le Journal de mon père et le mien sont remplis des désordres effroyables que la variole occasionnait aux yeux. Il est trés-facile d'y remarquer que déja le nombre de ces accidents avait diminué d'une maniére sensible à l'époque où la pratique de l'inoculation de cette maladie avait pris faveur.
Quelque complet que soit en apparence le rétablissement de la cornée, aprés les abcés dont elle à été le siége, il me parait qu'il reste une légère différence d'organisation dans sa texture, et que c'ést à cette imperfection réelle, quoique peu apparente, que l'on doit attribuer le retour d'accidents analogues, auxquels l'oeil reste exposé pendant assez long-temps. $1 les traces sont plus apparentes, ces rechütes arrivent plus aisément, et si la maladie a laissé de profondes empreintes, elle se reproduit à la plus légère occasion ( observations 205, 206 ).
Lorsque l'abeés est formé entre les lames superficielles de la cornée, et que la matière en est purulente, il forme une légère saillie (pl. 24, fig. 1 et 2 ) qui augmente quelquefois, et alors on a moins à redouter de le voir s'ouvrir dans la chambre antérieure, pour donner lieu à un hy-
280 SECTION V, CHAPITRE I, popion ; mais il s'ouvre en dehors, et il est suivi d'un ulcére plus ou moins profond.
Je préfère, pour le traitement des abcès de la cornée, les moyens généraux aux moyens employés localement.
Je suis trés-sobre de ceux-ci; je prodigue ceux-là.
Je-n'épargne point les saignées du pied pour combattre les abcés, méme les plus superficiels. Un exutoire me parait presque toujours indispensable, ainsi que quelques applications de sangsues: mais si le tissu méme des lames de la cornée est intéressé, alors, selon la gravité du dépôt, j'ajoute, sans retard, la saignée de la jugulaire, un vésicatoire plus ou moins large entre les deux épaules, ou un séton à la nuque, et des purgaufs doux, mais répétés. Leslavements laxatifs sont d'un haue secours. "d
Quant aux moyens extérieurs, doit-on faire l'ouverture de tout dépót, soit de sérosité, formant phlycténe, soit de lymphe puriforme, formant pustule, soit de véritable pus, formant abcés? Cette question ne peut être résolue que par une réponse conditionnelle. Ce serait un moyen avoué par la théorie et par la pratique, si l'irritation plus ou moins considérable, qui accompagne presque. toujours ces sortes de dépóts, n'apportait pas un obstacle, souvent trés-évident, à l'exécution. de cette légére et facile opération ; mais c'est déja
beaucoup d'obtenir du malade, qui souffre avec peine l'impression de la lumiére, qu'il laisse examiner l’état de son œil. /
La premiére condition requise pour l'exécuuon de l'incision serait une extrême légèreté dans la main, et une grande habitude d'exécuter les opérations les plus délicates. L'oeil s'agite prodigieusement lorsqu'il existe un abcès dans la cornée; si, dans un mouvement brusque du globe, la pointe de la lancette ou du bistouri piquait les parties voisines de la pustule , l'inconvénient qui en résulterait, ne tarderait pas à se manifester par l'accroissement de l'irritation, et de l'effet de. cette irritation, auquel on avait dessein de remédier. Heureusement la maladie parcourt fort bien ses périodes sans qu'on ait recours à une opération.
Soit que la matiére se trouve entre les lames de la cornée, soit qu'elle se trouve épanchée entre cette membrane et l'iris, je ne porte jamais l'instrument dans l'eil d'un trés-jeune enfant ( obs. 207).
Si on veut faire une incision, il faut au moins choisir un moment favorable, par exemple, l'instant où lirritation paraitra diminuée ou suspendue. Aussitôt la petite incision terminée, l'inflammation augmente passagèrement ; mais aprés cette ouverture artificielle, óu celle qui est due aux seuls efforts de la nature, les douleurs s'appaisent, et on apercoit un ou plusieurs ulcéres.
Des Ulcéres de la Cornée (1).
Ceux qui seront curieux de connaître les noms que l’on donnait autrefois aux ulcères de la cornée, selon la forme qu'ils affectaient et l'apparence qu'ils présentaient, peuvent consulter Aétius et Actuarius. Notre illustre Ambroise Paré donne une longue et soigneuse nomenclature des maladies des yeux, mais elle est aujourd'hui devenue inutile, au moins en trés - grande partie. |
L'ulcére de la cornée est une destruction partielle, soit de l'adnata, soit d'une ou de plusieurs lames de la cornée. On remarque des variétés dans sa forme, son étendue, sa profondeur, ses apparences et sa gravité , comme on en distingue dans l'intensité et les causes des ophtalmies qui lui ont donné naissance, et dans la marche qui à été suivie par l’abcès dont il a été précédé.
L'ulcére Ht est tres- superficiel est ordinaireiuent prompt à à disparaitre. I ven a cependant
(1) Képne Qxeci, ulcère de la prunelle; óc0axuc9 Oxocts ulcere de l'oeil. Hippocrate.
Argemon. Ulcusculum partem nigri occupans. Aëtius, tetrabibl. serm. III.
Do20gtov. KoD.o1a. Ertravu. Ok. N:o9£oy. Actuarius, de rer: med. lib. IT.
ULCÈRES DE LA CORNÉE. 283 qui, même très-peu étendus, et à peine visibles, tant ils sont peu profonds, montrent beaucoup d’opiniâtreté ( obs. 2312): leur existence est prolongée par la lecture et toute espèce d'application. Ils sont plus opiniâtres, lorsqu'il existe une prédisposition par l'affaiblissement d'un cil ou des deux yeux, et lorsque ces organes sont sujets à des fluxions ( obs. 208 ).
Ils se reproduisent, et quelquefois ne disparaissent pas entièrement dans les intervalles, lorsqu'il existe un principe spécifique, méme peu marqué (obs. 211); à plus forte raison lorsque ce principe est d'une nature très-prononcée, par exemple, dartreux (obs. 209, 210). Une variété assez remarquable, est que les uns paraissent enduits d'une matière blanchâtre semblable à de la craie mouillée , et qu'ils ont les bords légèrement baveux, tandis que d'autres ont leurs bords trésnets, et que leur fond présente la méme transparence que les parties saines de la cornée. Celui qui est situé au bord supérieur de la cornée est très-difficile à guérir, parce qu'il est à-peuprés constamment à l'abri de l’action utile de lair, et toujours mouillé par la liqueur de la glande lacrymale, dont les conduits excréteurs souvrent à la face interne de la paupière supérieure, trés-peu au-dessus de la partie de l'oeil occupée par cette espèce d'ulcére. Il prend quelquefois une forme demi-circulaire ( pl. 26, fig. 1), et, aprés sa guérison, j'ai vu souvent, pendant
284 SECTION V, CHAPITRE II, une rechüte, se former un hypopion suivi de la perte de l'oeil. PES . On trouve quelquefois un ulcère long, superficiel et étroit, qui paraît diviser la cornée en deux parties inégales. Voici la manière dont on peut calculer sa formation. | « On sait que la liqueur lacrymale coule constamment, que le mouvement continuel de la paupiére supérieure, hors le temps du sommeil, l'étend, pour des usages connus, sur toute la surface du globe, avant qu'elle soit absorbée par les points lacrymaux. Il n'en est pas de méme: quand nous dormons. Cette liqueur, pour parvenir aux points lacrymaux , est obligée de couler alors dans un canal triangulaire, formé intérieurement par la jonction des paupières et le globe de l'oeil. La cornée peut être considérée comme la base de ce canal triangulaire, du moins en forme-t-elle la plus grande partie. ( Foyez planche 13, au trait, y). Eo « On voit, par cette structure, que, pendant le sommeil, la portion de la cornée qui sert en partie à former la base du canal que doit enfiler la matière des larmes pour atteindre l'embouchure des points lacrymaux, est la partie de tout le globe de l'oeil la plus exposée à l’action de cette matiere. S'il arrive donc que la liqueur lacrymale soit chargée de sels ácres, capables de corroder le tissu de. la cornée, il ne faut pas s'étonner que l'ulcére qui en sera l'effet, suive,
sur cette membrane, la direction du canal triangulaire, qu'il soit long, étroit, et situé transversalement à une ligne ou environ au-dessous du centre de la cornée, sur-tout si les paupières sont tendues et enflammées.
« Il suit de ces réflexions que, pour éviter un semblable accident, il est bon en général d’avertir le malade de se coucher sur le coté opposé à celui de l'oeil affecté, afin que, pendant le sommeil, les larmes séjournent moins dans le canal triangulaire, et soient, par leur propre poids, plutót déterminées à entrer dans les points lacrymaux (1). »
Je renvoie au chapitre précédent, relativement aux moyens généraux à employer. Je ne prescris pour collyre qu'une infusion légére de fleurs de sureau ou de mélilot, avec addition d'un demigros de miel rosat pour un demi-septier, et je conseille de ne point tourmenter les enfants lorsqu'ils se refusent à ces lotions, parce que les larmes qu'on leur ferait verser leur nuiraient plus que le collyre ne leur ferait de bien.
Les fibres rongées de la cornée se régénérent tout naturellement; il ne s'agit que décret ce qui pourrait Réuble le travail de la nature, en combattant d’ailleurs la cause de la maladie, Du qu'elle est connue.
(1) Pierre Demours , traduction des Essais et observations de médecine de la Société d'Edimbourg , tome I.
Ces fibres entamées, dans un ulcère de la cornée, laissent suinter, par l'extrémité rongée, une liqueur lymphatique qui se durcit à l'air, et forme, en se desséchant, une concrétion blanche et opaque, matiére de la cicatrice qui succéde à ces ulcéres. Lorsqu'on emploie des collyres dessicatifs, on racornit les extrémités des fibres rongées, et elles perdent pour toujours leur iransparence.
( Foyez les obs. 208, 209, 210, 211, »3o, 231,
232 , et les planches 23, fig. 3; 26, fig. 2.)