CHAPITRE III
De l'Hypopion, ou abcès dans la chambre antérieure (1).
L'hypopion est l'épanchement, entre l'iris et la cornée, d'une matiére quelquefois purulente, et le plus ordinairement puriforme. Elle est le produit, dans.le premier cas, d'un abcés ouvert à l'intérieur, qui, presque toujours, a son siége entre les lames de la cornée; et, dans le second cas , elle est fournie, sous forme d'exsudation lymphatique, par cette membrane de la classe des | Séreuses, qui présente l'aspect d'une lame carti-
lagineuse, et qui revét la surface concave de la
(1) Grecis Yrcobdauoy quod latinis sub oculis sonat. Aétius , tetrabibl. serm. HI. hypopium 6, sub, et cóc , pus.
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cornée. Mon père, qui a découvert cette membrane (1), lui a donné le nom de capsule de l'humeur aqueuse, parce quil l'a suivie quelquefois assez loin sur l'iris, pour se croire fondé à supposer qu'elle revét la chambre antérieure et la postérieure; opinion que j'ai toujours partagée, que je conserve, malgré une autorité grave trésrécente, et dans laquelle j'ai été confirmé par ce passage de Bichat: Toute membrane séreuse représente un sac sans ouverture... (2). Ne peut-on pas ajouter qu'on lui donne un usage bien plus étendu, en supposant qu'elle contient la totalité de l'humeur aqueuse, qu'en la regardant comme s'étendant seulement sur liris, prés du bord externe de cette membrane.
On a donné le nom d’empyème de l'œil à l'hypopion, lorsqu'il est porté au dernier degré de violence, que la matière puriforme ou purulente se trouve, non-seulement devant, mais encore derriére l'iris, et qu'elle est fournie par desabces situés à la face postérieure de cette membrane, et méme au-delà de son cercle externe, derriére la sclérotique (obs. 223, tome II, p. 377.).
Un degré violent d'ophtalmie, une blessure, un coup, un vice spécifique , comme le scrophule, la syphilis, en un mot, tout ce qui dérange la circulation dans les vaisseaux déliés du globe, peuvent
(1) Lettre à M. Petit, 1767. Journ. de Méd. novembre 1770.
(2) Traité des membranes, page 77.
donner lieu à cet épanchement, sans méme, en certains cas, qu'il y aitune phlegmasie extérieure trés - -apparente. |
La cause la plus ordinaire est l'extension de la phlegmasie , des membranes extérieures aux membranes intérieures du globe. Dans ce cas, la matiére épanchée est ordinairement puriforme.
Souvent aussi un abcés de la cornée s'ouvre dans la chambre antérieure, et la matiére est alors purulente ; si l'abcés s'ouvre en dehors, il en résulte un ulcére.
Je vois bien moins souvent l'hypopion causé par la violence de l'ophtalmie, que par les fautes de régime, par l'application de topiques contraires, comme cataplasmes, pommades et lotions chaudes avec des collyres actifs, par l'usage des infusions trop fortes, sur-tout par lemploi des vomitifs pendant l'état aigu de l'ophtalmie trés-grave. L'effet des ee metis de l'estomac n'est jamais douteux lorsqu'il y a déja un commencement d'épanchement. On le voit augmenter pendant que le malade vomit, comme on le voit diminuer pendant que le sang coule par une saignée faite au pied.
-Durant la période aigué d'une ophtalmie, méme peu grave d'ailleurs, si le malade se plaint d'une grande difficulté à supporter l'impression de la lumiere; si une forte douleur à l'œil et à la tête se joint à ce symptôme, et que l’on aperçoive un nuage avec un point blanc dans la cornée, cette
RYPOPION. 289 membrane peut, d'un moment à l'autre, être ouverte, et donner issue à l'humeur aqueuse; l'ab-
s, qui se forme, peut aussi s'ouvrir dans la chambre antérieure. |
La figure 1 , planche 29 , représente le premier degré de la maladie ou l'ozyx, ainsi nommé à cause de sa ressemblance avec cette tache blanche que l'on voit à l'origine des ongles. La quantité de la matiére épanchée est augmentée dans les deux figures suivantes.
Les phénoménes qui accompagnent cette complication de l'ophtalmie ne peuvent étre les mémes dans tous les cas; ils sont soumis à une foule de circonstances.
Souvent il y a une liaison. sympathique entre l'épanchement et une douleur à la tête ( observation 214).
Lorsqu'il ne s'agit que d'un épanchement lymphatique, on le voit quelquefois remplir la presque totalité de la chambre antérieure, et la résolution sen fait lentement, mais complétement ( observation 213).
Jai vu la matière se former souvent, et se dissiper alternativement d'elle-méme chez la méme personne, et la vue se rétablir, méme dans un œil qui antérieurement avait été gravement affecté (obs. 216).
Des cataplasmes émollients , , non - seulement donnent fréquemment lieu à la formation de
l'hypopion, ou augmentent cet épanchement, mais encore préparent la rupture de la cornée, en diminuant son ressort ( obs. 218).
La matière épanchée entre l'iris et la cornée peut être aisément distinguée de celle qui s'épanche entre les lames de cette dernière membrane. Dans le premier cas, par sa pesanteur spé- cifique, elle s'amasse à la partie la plus déclive de l'oeil, en sorte que le pus seréunirait, par exemple, vers le bord externe de la cornée, si l'oeil droit, étant le siége de l'épanchement, le malade se trouvait couché sur ce cóté.
Lorsque je dessinai l'oeil de M. D”, sujet de l'observ. 219, il était couché sur son hit, avait la téte un peu élevée, et appuyée sur sa main droite ( pl. 3o, fig. 1). On voit la matiére amassée entre l'iris et la cornée au point ou cette position devait la réunir. Un dépót avait lieu entre les lames de la cornée, mais plus pres de sa face concave que de sa face convexe. Deux phénomènes bien rares se présentaient pendant la durée de cet hypopion; on voyait une petite déchirure à l'iris, et un peu de sang dans l’abces de la cornée. La figure rend littéralement ces effets, ainsi que les traces que le pus laissait apercevoir à travers cette membrane, en tombant, depuis l'abcés qui le fournis: sait, jusqu'au point où il s'amassait, et d'ou il était résorbé par la circulation perpétuelle de .Phumeur aqueuse. Ces trainées ressemblaient beaucoup; si l'on me permet cette comparaison ,
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aux rayons que l'on voit à l'horizon, lorsqu'il | pleut à l'ouest, à une certaine distance, vers l'heure du coucher du soleil.
Il est bien difficile de faire connaitre, dans un livre, les cas où il faut inciser la cornée, pour donner issue à la matière épanchée , et ceux, beaucoup plus nombreux, où lon peut, nonseulement se dispenser de cette opération, mais encore où l'on doit s'en abstenir, dans la crainte de nuire. Il n'y a que l'expérience qui puisse faire connaître exactement si l'on doit opérer, et le moment favorable à l'opération.
S'il ne s'agit que de soulager de violentes douleurs, et d'obtenir l'atrophie du globe dans le cas d'empyeme, lorsqu'on juge l'oeil perdu sans retour, il y a moins à hésiter (obs. 222); cependant les moyens généraux, notamment des saignées du pied, et des cataplasmes émollients , sont quelquefois préférables pour atteindre ce but.
Quant aux douleurs, elles sont difficiles à supporter à la vérité, mais c'est en général leur seul inconvénient. !
Depuis que j'ai recueilli l'observation 225, Je me suis souvent abstenu de porter le bistouri dans l'oeil, méme dans le cas d'empyeme.
Lorsque je crois devoir donner issue à la matiere amassée au-devant de l'iris, je suis dans l'usage de consulter le degré de vitalité resté à la cornée. Quelquefois cette membrane est tellement ramollie par les accidents qui ont précédé l'épan-
chement , que l'opération compromettrait l'art sans avantage pour le malade, dont le globe suppure ensuite presque sans aucun secours. Je n'incise jamais la cornée des enfants au-dessous de douze ans ( obs. 207).
J'ai par centaines, dans mon Journal, des observations analogues à la suivante, que l'on doit à mon collégue, M. Léveillé (1).
« Dans les premiers jours du printemps de 1806, mademoiselle D'**, âgée de sept à huit ans, était tourmentée , depuis prés de six semaines, d'une ophtalmie de l'oeil gauche. Elle avait en outre une petite fièvre assez régulière, pour laquelle elle prit une infinité de remèdes. On avait déja beaucoup fait pour son inflammation de l'oeil, lorsqu'on sapercut d'une tache blanche dans le bas de la cornée. Les purgatifs, les topiques, furent sans succes pour la faire disparaitre, et la fièvre ne cessait de tourmenter la malade. Les parents prirent le parti de faire le voyage de Paris, dont ils n'étaient éloignés que dé soixante lieues. La malade soutint trés-bien la chaise de poste; et je fus consulté dés le lendemain de l'arrivée. Je reconnus un hypopion; et je vis, en méme-temps; que le voyage avait fait du bien, par cela méme que l'on n'avait pris aucun remède, et qu'on avait
(1) Traité-pratique des maladies des yeux , par Ant. Scarpa, tome IL, page 32, 2° édit.
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fait beaucoup d'exercice. Des-lors mon indication fut facile à saisir : je fis bassiner souvent l'oeil avec du vin chaud ; je fis boire trois fois dans la journée une tasse d'apozemes de quinquina. Chaque jour on prenait l'exercice de la promenade autant que la saison le permettait. J'eus la satisfaction de voir l'appétit revenir, la fiévre disparaitre, les forces se relever, et en moins de dix jours il n'y avait plus vestige d'hypopion. Cette marche de traitement me devenait d'autant plus facile à saisir, que, malgré la rougeur de la conjonctive, il n'y avait aucune douleur; ce qui dénotait, à ne s'y pas méprendre, une atonie contre laquelle il était facile de prescrire des remédes, tels que ceux auxquels j'ai cru devoir me fixer. »
Je ne prescris rien à employer localement aux enfants qui sont dans le méme cas que celui dont parle M. Léveillé. J'emploie le traitement général le plus simple possible, et des vésicatoires entretenus avec douceur par le moyen de la pommade au garou: jai soin de les faire changer de place dés que le tissu cutané en est trop irrité, et J'évite scrupuleusement l'emploi des cantharides, qui , dans les cas d'épanchement, m'ont toujours paru produire un mauvais effet.
La cornée s'ouvre quelquefois d'elle-méme (obs. 221), et l'oeil conserve le plus ordinairement sa forme, malgré cette rupture spontanée qui est nécessairement suivie de cicatrice apparente, et souvent de désordres dans l'iris.
J'ai réussi en ouvrant la cornée ( obs. 65 eto17), et quelquefois j'ai évité de le faire dans des cas où cette incision semblait indispensable (obs. 213).
Aprés un examen réfléchi de toutes les observations que j'ai par-devers moi, je crois que l'on peut admettre dans la pratique les propositions suivantes:
Il faut s'efforcer de prévenir la formation de l'hypopion, par les moyens généraux, pendant la période aiguë de l’ophtalmie , notamment par l'emploi de la saignée du pied. ! |
S'il est formé, il faut insister sur ces mêmes moyens, tenir le malade à la diète, et ne pas se presser d'inciser la cornée, dont l'affaissement passager interrompt l'action du systéme absorbant du globe.
On ne doit jamais inciser la cornée d'un enfant très-Jeune. | |
Si on se détermine pour l'incision , il faut lui donner les deux tiers de l'étendue de celle que l’on pratique pour extraire la cataracte, et la faire àpeu-prés au méme point de la cornée. Enfin on doit moins balancer à l'exécuter, lorsque la cause de la phlegmasie de l'oeil a été transportée sur cet organe par voie de métastase, aprés avoir causé dans d'autres parties des dépóts qui se sont ouverts.
Dans les cas où j'éprouve de l'incertitude, je prends quelquefois pour guide la règle suivante, que je me suis faite pour mon usage, mais qui est susceptible d'exceptions.
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J'incise la cornée, quand la formation de la matiére a eu lieu d'abord , et qu'il s'est déclaré ensuite des douleurs par irradiations, qui semblent partir du globe et s'étendre de ce point aux bords de l'orbite, au front, au sommet de la tête, et à d'autres parties; quand, en un mot, on peut supposer que la présence de la matiére, formant corps étranger, est la cause d'accidents symptomatiques, lesquels à leur tour peuvent entretenir et augmenter l'épanchement.
Je m'abstiens presque toujours de cette opération, ou du moins je la différe long-temps, quand l'épanchement parait, en quelque sorte, la crise des céphalalgies et des douleurs qui se font sentir, avec élancements, aux environs de l'orbite, et je dirige tous mes efforts contre cette cause, qui continue à exciter de nouveaux épanchements de matiére, aprés l'évacuation qu'on en a faite, lorsqu'on procure prématurément sa sortie , c'està-dire avant d'avoir suffisamment combattu l'état de phlegmasie des parties propres et des parties externes du globe, ainsi que les autres symptómes qui accompagnent la maladie, comme l'embarras gastrique, etc. C'est sur-tout lorsque l'ophtarmie a produit un épanchement , que l'on a occasion de vérifier combien est fondé l'aphorisme du pére de la médecine. OpAhtalmid laboranti alvi profluvio corripi bonum. Cependant il faut attendre, pour saisir cette indication, que l'éréthisme soit diminué : quelquefois il est peu considérable , sur-
tout lorsque l'épanchement est moins dû à la violence de la phlegmasie qu'à l'emploi de topiques nuisibles.
Je donne ordinairement , par préférence, depuis deux jusqu'à quatre onces de tamarins dans du petit lait.
On peut y revenir après deux ou trois jours, et même plutôt, si la première dose n’a pas suffisamment évacué. On se trouve bien aussi de l'emploi des lavements laxatifs. |
On n'est point d'accord dans les consultations; les uns Yeulent ouvrir la cornée; les autres s'y opposent ( voyez tom. IL, pag. 135). Chacun juge la question d’après les Tubus dont il a eu occasion d'étre témoin. |
Il m'a paru, dans un nombre considérable de cas, que lorsqu'on a obtenu un heureux résultat de l'incision de cette membrane, c'est que le systéme absorbant n'avait point été assez désorganisé pour qu'il eüt existé un véritable danger, et dans ce cas l'œil se serait rétabli sans le secours de l'opération; quand, au contraire, l'incision à échoué, il faut sen prendre à la gravité des accidents, qui aurait suffi pour entrainer la perte de l'organe, si on n'eüt point tenté l'opération; j'ai inféré de ces observations que, dans les cas d'hypopion, on devait beaucoup plus compter et insister sur l'emploi des moyens généraux, que sur le moyen particulier de l'incision. .
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Pour combattre la phlegmasie qui donne lieu à l'hypopion et obtenir la résolution de la matiére épanchée, les saignées du pied tiennent le premier rang ; ensuite viennent celles de la jugulaire, les applications de sangsues à la paupiére inférieure, à la tempe, ou derriére les oreilles, les vésicatoires à la nuque ou entre les épaules, les laxatifs, les lavements purgatifs, la diète, d'abord austére, et tous les moyens antiphlogistiques. |
Souvent, aprés une saignée du pied et l'application à la nuque d'une forte pommade au garou, que je fais laisser en place sans pansements et sans ouvrir les vésicules qu'elle a soulevées, je me contente des moyens suivants. Un ou deux laxatifs avec la pulpe de casse, en ajoutant, s'il est nécessaire, un peu de manne; n'étuver l'œil qu'un petit nombre de fois dans la journée, à l'aide d'un linge fin ou d'une petite éponge, avec une décoction de laitue ou une infusion de fleurs de mauve presque froide; ne jamais se servir d'une œillère pour le baigner; faire tous les sacrifices nécessaires afin de se procurer de bonnes nuits; recourir méme à de nouvelles saignées du pied, si elles paraissent indispensables pour remplir cette indication, le sommeil étant une cause, comme une annonce d'amélioration; de petites promenades en voiture ou à pied, en observant de les faire lorsque le soleil est prêt à se coucher, si l'oeil est trés- sensible à
l'impression de la lumiére; un choix scrupuleux d'aliments, les mauvaises digestions donnant toujours lieu à une augmentation de l'épanchement; si le malade ne peut pas sortir, le faire passer souvent d'une chambre dans une autre; entretenir avec le plus grand soin l'action du systéme dermoide, en garantissant également le malade et d'un froid trop vif, et d'une chaleur trop forte; une chambre trop échauffée est pernicieuse , et souvent méme la cause la plus active qui s'oppose à la guérison. Il ne faut point de conversation bruyante auprès du. malade, qui doit tréspeu parler. H est de la plus grande importance d'écarter de lui tout sujet de trouble, et que l'œil éprouve plus ou moins l'action bienfaisante de l'air, seul collyre auquel je me borne souvent, comme moyen extérieur, en prescrivant seulement de plus, l'usage d'un peu d’eau commune. ll est aisé de concevoir qu'il ne s'agit ici que d'une action modérée de l'air, et non de l'impression d'un vent piquant et froid, dont il faudrait mettre l'oeil à l'abri, en le couvrant d'un linge, pendant ces courtes promenades, que je mets au nombre des moyens les plus puissants à employer pour donner de l'action au systéme absorbant, diminuer la phlegmasie du globe, faciliter les digestions, distraire le malade, le disposer au sommeil, et au total améliorer sa santé. | |
C'est en effet à l'entretien de la santé ou à son
HYPOPION. 299 rétablissement, si elle a été dérangée, que tient essentiellement la guérison ; ce qui exclut les moyens douloureux, comme pansements actifs de vésicatoires, douches sur l'oeil, etc.
C'est sur-tout chez les enfants que l'on voit promptement augmenter la maladie par le trouble qu'occasionnent, dans l'exercice de leurs fonctions, la douleur, et sur-tout les larmes qu'elle leur arrache. !
Il m'est arrivé plus d'une fois de me passer de vésicatoire, ou de me contenter du plus léger éconlement dans le traitement d'un hypopion, sous la seule condition que la mère soignát elleméme son enfant, et qu'elle le fit coucher aupres d'elle, pour éviter les cris qu'une domestique pourrait lui laisser jeter.
Lorsque l'hypopion devient chronique, et qu'aprés la disparition de la phlegmasie qui lui a donné naissance, la matière reste stationnaire, la question est à-peu-pres la méme, et j'évite autant que puesto d'inciser la cornée.
Si la matière s'est fait jour à travers cette membrane, qu'il y ait affaissement par la sortie de lhumeur aqueuse et une ouverture ulcérée, Je me garde bien d'y porter le nitrate d'argent fondu. Entrainé par de graves autorités, j'ai fait usage de ce procédé ; mais je n'en ai jamais vu de résultat favorable, soit qu'il ait été employé par moi ou par d’autres. |
Si l'ouverture spontanée de la cornée, qui a lieu
dans quelques cas, parait jusqu'à un certain point prouver en faveur de lincision de cette membrane, il y en a nombre d'autres où l'on reconnait trop tard qu'on pouvait léviter, comme, par exemple, ceux où la matière trés-visqueuse ne sort point, et alors lincision a été inutile. Jai vu, sur les deux yeux des mémes sujets, la matière sortir à un œil, et ne pas sortir à l'autre (obs. 65). A la vérité, les vaisseaux développés dans l'épaisseur de la cornée ont été ouverts et dégorgés ; mais cet avantage est plus que balancé par l'inconvénient de l'irritation, résultat de l'incision ; et par l'inconvénient plus grand de donner à la nature un surcroit de travail, et d'obhiger, pour ainsi dire, la vitalité de ces parties délicates, toutes en action pour la résorption de la matiere épanchée, à fournir encore à une cicatrice.