CHAPITRE IV
De la procidence de lIris (1).
Pour qu'il y ait procidence ou hernie de l'iris,
(1) T3 xéonc peraxivnua, prunelle qui a changé de place. Hippocrate.
Myocephalus. Aëtius tetrabibl. serm. III. Uveæ tunicæ procidentia. oc. Actuarius, de methodo med. lib. II. Staphyloma claeus. Celse, 1. VIT, ch. VII. Cératocéle. Sauvages. Nosologie , tome II, page 180. |
PROCIDENCE DE LIRIS. Jor il faut tout-à-la-fois que la cornée ait été ouverte par un abcés ou par une blessure, que les bords de l'ouverture soient restés écartés, et qu'une irritation intérieure, une phlegmasie, une espèce de turgescence des membranes du. globe, ait poussé la membrane flottante à travers la membraue transparente, dont le tissu a éprouvé une solution de continuité; souvent, en effet, il y a fistule à la cornée, ou division accidentelle de cette membrane, et l'iris ne se présente point. Parmi les causes les plus ordinaires de cet accident, on peut compter les topiques qui ont été employés avant son apparition.
On appelle zyocéphalon, ou tête de mouche, la hernie peu considérable de l'iris, qui présente réellement cette apparence ( pl. 32, fig. 2 et 3).
On a donné le nom de Aélos à celle qui ressemble à la téte d'un clou ( pl. 33, fig. 2).
Et celui de mélon à la protubérance de l'iris accompagnée de celle de la cornée (planche 6o, fig. 2 ). | | |
L'iris ne saurait sortir à travers la cornée, ou même adhérer à sa face concave, sans que la pupille soit allongée vers ce point.
La procidence de l'iris, qui se manifeste par une petite tumeur noirátre, est donc toujours accompagnée de l'irrégularité de la pupille (voy. pl. 32, fig. » et 3; pl. 53, fig. 1; pl. 35, fig. 1 et 3; pl. 36,
fig. 1, 2 et 3). L'examen de ces figures fera mieux
connaître les différentes apparences que présente cette maladie, que tous les détails dans lesquels je pourrais entrer. La petite portion de l'iris, pincée entre les lèvres de l'ouverture de la cornée, s'atrophie et se perd peu-à-peu; mais, pendant que les fibres rongées se régénerent et que l'ouverture tend à se fermer, cette petite tumeur herniaire fait.l'office d'un bouchon, et s'oppose à la sortie de l'humeur aqueuse, dont là présence est si nécessaire dans le globe pour que la circulation se rétablisse, et que, par son action, les désordres survenus puissent étre réparés.
On est dans l'usage d'exciser liris plus ou moins pres de la surface de la cornée, et les uns appliquent ensuite des remèdes astringents, les autres cautérisent avec le nitrate d'argent fondu. Quelques praticiens emploient ce dernier moyen sans excision préalable, à laquelle ils ne recourent que lorsque la hernie est ancienne.
Aprés de nombreux essais, je me suis apercu que tout ce qui provoquait l'augmentation de la phlegmasie était nuisible, que l'on devait, sans sarréter à cet épiphénomene, s'attacher à combattre les causes qui lui ont donné naissance; en un mot, qu'il ne fallait rien faire à la hernie de l'iris, quelle que soit la cause qui lui ait donné lieu, et que les efforts seuls de la nature, lorsqu'ils n'étaient point contrariés, suffisaient pour la faire disparaitre en quelques semaines
PROCIDEXCE DE LiRIS. 303 ou en quelques mois, selôn sa situation, son volume , et la gravité des causes qui lui ont donné naissance ( obs. 230 et 269 ).
Un. domestique de Madame de Saint - F***, homme marié et d'une conduite très-réglée, eut, à l'œil droit, en août 1815, une ophtalmie à laquelle on ne put reconnaitre aucune cause évidente, comme cela arrive si souvent. La phlogose, sans ètre trés-vive, fut assez forte pour exciter des céphalalgies nocturnes; et donner lieu, le dixiéme jour, à un trés-petit abcés à la cornée, un peu au-dessous de la pupille. 1l était circonscrit; on ne voyait point de nuage autour du point quil occupait : cependant il perca la cornée, et l'iris sortit. L'oil est représenté par la figure 3, planche 32. J'ai continué à m'occuper de l'ophtalmie, sans rien faire au myocéphalon, qui a disparu peu-à-peu. 11 n'en reste qu'une adhérence presque imperceptible de l'iris à la cornée; la pupille n'est que très-peu allongée vers ce point, et la cicatrice de la cornée est à peine sensible. Jengage le lecteur à comparer avec ce résultat celui que le sujet de l'observation 230 ( pl..36, fig. 2 et 3). a obtenu par l'application du nitrate d'argent fondu. La plus forte portion de la partie saillante de l'iris est, à la vérité, destinée à étre détruite, à disparaitre, par atrophie; mais, en s'évanouissant, elle a atteint le but de la nature, qui a été de fournir, comme je l'ai dit plus haut, un bouchon passager, mais. bien utile, à
l'ouverture de la. cornée. Pour moi, une guérison obtenue par le nitrate d'argent fondu, est une guérison obtenue malgré l'emploi de ce caustique. La nature est si habile! Elle résiste avec tant d'énergie à l'action des mauvais moyens! Les occasions de faire cette réflexion ne se présentent que trop souvent.
J'ai la conviction que, lorsque la hernie a. été considérable, et que les suites en ont été fàcheuses, on n'àurait point obtenu un résultat plus favorable, quand on eüt employé, soit un des moyens en usage, soit un de ceux qui, depuis long-temps, ont été abandonnés. La sortie de l'iris, par l'effet d'une blessure très-grave, est souvent suivie de la fonte du globe, qui a lieu sans qu'il soit nécessaire d'employer aucun moyen relatif à la hernie elle-même ( obs. 270). |
Voyez un Mémoire de mon père sur l'adhérence de l'uvée ( ou iris) à la cornée , imprimé à la fin du tome I de sa traduction des Essais et Observations de Médecine de la Société d'Edimbourg.
Si un abcés à la cornéé a détruit la plus grande partie de l'épaisseur de cette membrane, on voit quelquefois le fond de l’ulcère s'élever, et donner lieu à une fausse phlyctène ou tumeur transparente formée par la hernie de la partie non rongée de la cornée. ( Voyez l'obs. 224, la pl. 34, fig. 5, et l'obs. 184)
Dans quelques cas, cette petite protubérance
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est due à la membrane seule de l'humeur aqueuse, lorsque toute l'épaisseur de la cornée a été détruite jusqu'à cette membrane séreuse, qui en revét la concavité. Une opinion d'un grand poids, contraire à cette vérité, a été émise dans ces derniers temps ; mais, quelque rare que soit cette maladie, je l'ai rencontrée un assez grand nombre de fois pour être convaincu qu'elle existe, indépendamment de ce que le corps vitré se présente quelquefois avec une transparence analogue, dans une ouverture faite à la cornée, notamment à la suite de l'opération de la dita racte par extraction.
Dans le cas de cette petite hernie transparente de la membrane de l'humeur aqueuse, la pupille n'est point ou n'est que trés-peu allongée. Quelquefois, mais rarement, je l'ouvre avec la pointe d'une lancette, et applique un bandage légèrement compressif ( pl. 57, fig. 2 ). Je m'en abstiens le plus souvent, sur-tout lorsque je craius d'augmenter linflammation de l'oeil, augmentation qui a lieu moins par la compression que par la privation de l'action de l'air.
Lorsque je ne l'ouvre point, je n'y fais rien de particulier : je me contente de redoubler de vigilance et de soins pour combattre la cause première, et écarter tout ce qui pourrait retarder la régénération des fibres rongées de la cornée, dont la reproduction fait peu-à-peu dispantre'la'vésienles ^ (i
Quelquefois une blessure, faite à la sclérotique par un instrument pointu , donne lieu à une hernie de la choroide (obs. 285). Je ne l'ai point trouvée plus rebelle que celle que forme, dans certains cas, l'iris à travers la cornée. Jen ai vu disparaitre sans aucun traitement.