‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humain (volume 2)Chapitre 69 sur 84 · CHAPITRE VIII Du rétrécissement de la pupille , ou synizesis · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII Du rétrécissement de la pupille , ou synizesis

Le premier degré de cette maladie a été appelé myosis. On a réservé le nom de synizesis au dernier degré, qui est l'occlusion complète de la pupille; je ne vois dans cette affection qu'une lésion plus ou moins grave du tissu vasculaire de l'iris; elle reconnait pour cause la plus ordinaire un engorgement dü à une phlegmasie interne, souvent plus lymphatique que sanguine. Par l'effet de cette espèce d'injection , l'ouverture dela pupille diminue d'abord, et disparait ensuite peu-à-peu.

Je trouve communément cette affection compliquée d'adhérences plus ou moins considérables, soit de la face postérieure de l'iris, soit de son bord libre, avec la capsule du cristallin (pl. 19, fig. 2538; 2 1,2539; hig. 15 45 ; fo ; 49, fig. 14 62 Mis. 25 03,fig.n et B)

[iis bn MEroncEs ne sont pas toujours files d à apercevoir; il faut souvent une vue .trés- bonne et trés-exercée pour les voir. J'exhorte ceux qui en soupconneront l'existence à examiner la pu-

(X) Kdpot ai outxpérepat paivoyrat, yovias éyouou, prunelle qui paraît plus petite ou plus large, ou qui a des angles. Hi».

ici. Paul. Aegineta , lib. III, cap. 22.

Xoyttnow , svnizezis. Woolhouse.

RÉTRÉCISSEM. DE LA PUPILLE, OU SYNIZESIS. 351

pille à un jour favorable, et à plusieurs reprises.

La diminution du diamètre de la pupille est quelquefois un symptôme d’une névrose du nerf optique ou de la rétine : dans ce cas, l'affection nerveuse est ordinairement sthénique. Alors l'excès de la sensibilité donne lieu à ce retrécissement, espèce d'effort de la nature, destiné à écarter le trop grand nombre de rayons de lumière nuisibles par leur impression sur des parties qui sont dans un état de phlogose, ou affectées de spasme (pl. 39, fig. 2). Foyez aussi tome II, page 463. Au commencement d'une ophtalmie aigué vive, le retrécissement trés- marqué de la pupille est un signe qu'il y aura chémosis (pl. 27, fig. 3).

La pupille peut, dans cet état, conserver quelques mouvements de contraction et de dilatation (tome II, pag. 461 ).

Lorsque la cause est une phlegmasie chronique des membranes internes du globe, il ya un danger continuel d'augmentation, soit pendant la durée de l'inflammation, soit par l'effet des rechütes , toujours à craindre aprés sa disparition ( tom. IL, pag. 451; pl. 37, fig. 1; pag. 457).

Je vois quelquefois la maladie se former pendant la période aiguë d'une inflammation de l'iris (pl. 63, fig. 2 et 3), ou par l'effet d'abces dans cette membrane, à la suite d'une vive phlegmasie (pl. 37, |

Les sujets qui onf la pupille plus ou moins rétrécie, ont assez communément un peu d'opa-

cité dans le cristallin, et plus ordinairement à sa capsule seule. Ils voient mieux à un jour modéré, parce qu'une lumiére vive augmente encore ce rétrécissement. Cependant pour qu'ils distinguent passablement bien les objets, il leur faut un jour pur; ils voient beaucoup plus mal, lorsque le ciel est nébuleux.

Je ne connais point d'effet plus certain et plus subit que celui que produit sur cette maladie l'insüllation de la solution aqueuse d'extrait de la belladone, lorsque les adhérences ne sont pas trop fortes (voyez plus haut page 260).

On doit, pendant son usage, employer tous les autres moyens qui peuvent concourir à combattre la cause de cette lésion organique.

Souvent on n'est consulté que pour l'effet qui existe apres l'entiére disparition des phlegmasies ou des blessures qui ont occasionné le rétrécissement de la pupille. Dans ces cas, je vois ordinairement le seul usage externe de la belladone, répété de quatre en quatre jours pendant un an et plus, élargir la pupille, sinon complétement, au moins suffisamment pour améliorer sensiblement l'état de la vue. Si le rétrécissement est trés-

marqué; si plusieurs points de la marge pupil- .. laire de l'iris sont adhérents à la capsule du cristallin; sil existe quelques points d'opacité vers le centre de cette capsule ou du. corps lenticulaire, l'effet est plus équivoque; mais, en insistant, on finit par obtenir un changement en mieux.

SECTION VL Lésions du Globe par causes externes (x).

Une contusion sur le globe a lieu le plus ordinairement à travers le tissu de l'une ou de l'autre paupiére, ce qui amortit la violence du coup. Quelquefois cependant le globe est immédiatement frappé, sans que, malgré l'excessive rapidité de leurs mouvements, ces voiles mobiles aient pu parer le coup. Cet accident peut étre léger en apparence , et avoir des suites funestes, tandis que d'autres fois il est immédiatement suivi de désordres et de symptómes inquiétants qui se dissipent facilement.

Madame J***, âgée de trente-six ans , bien constituée, reçut en juillet 1817, sur l'œil gauche, un ballon de sept pouces de diamétre, lancé avec une trés-grande force. Les douleurs furent des plus violentes à l'œil , et sur- tout autour de l'orbite. Nous pensàmes, M. Jacquemin, son médecin, et moi, que le rebord orbitaire avait porté la plus grande partie de l'effort, vu le volume assez considérable du corps contondant, et que les douleurs du globe lui étaient moins propres que sympathiques de la contusion recue par le périoste du rebord orbitaire à travers le tissu cutané qui ne

es

(1) Ovbarude ébonyos, œil rompu. HrereocsaTE.

presentan aucune trace de lésion. Nous prescrivimes cependant une saignée du pied et l'application des sangsues à la tempe gauche. Les douleurs dans lorbite, accompagnées, le matin au réveil, de la sensation d'un moucheron qui se serait introduit entre les paupières, ont duré prés de deux mois, avec quelques intervalles, et n'ont disparu entiérement que peu-à-peu.

Des désordres organiques, graves en apparence, occasionnés par une contusion, se dissipent quelquefois tres- -promptement (tom. Il ; pag. 502 , et pl. 49, fig. 2). D'autres fois, le ré Ent d'abord satisfaisant, est suivi d'une phlegmasie chronique, et enfin tees epis II ; pag. 467, 474 ).

Un corps dur , une balle, par exemple, en frappant l'oeil avec bolo vas occasionne souvent une ecchymose interne , qui fait que le malade apercoit les objets teints en rouge ( tom. IL, pag. 464). La pupille se dilate peu aprés, et cette dilatation augmente dans les jours suivants ; il s'y joint dans quelques cas un peu d'irrégularité (bid. ). La vue se soutient assez long-temps, de maniére à étonner, lorsqu'il n'y a d'abord qu'une dilatation par mydriase simple (observation 291). Le sujet de cette observation avait eu de plus une lésion dans l'organisation du cristallin, puisque bientôt après il se forma une cataracte. M. H*** (tom. IL, p. 471), n'eut d'abord qu'une pue mydriase par l'effet d'une boule de terre qu'on lui lanca en jouant, et

dans laquelle se trouvait une petite pierre. Il conserva, pendant près de cinq mois, la faculté de lire, à l'aide d'un carton percé d'un petit trou; ensuite le cristallin devint opaque, la rétine se paralysa , et, par suite, l'oeil fut désorganisé.

Au nombre des accidents graves en apparence, mais légers en réalité, on peut mettre de petits désordres superficiels (tom. II, pag. 487), occasionnés par des contusions peu graves.

Il est d'autant plus important d'apporter la plus grande attention aux suites d'une forte contusion ou d'une blessure faite à l'un des yeux, que dans plusieurs cas, on a vu l'autre oeil s'affecter sympathiquement aprés la perte du premier (tome IL, page 491 ).

Madame P***, marchande de vins, d'une faible complexion, ayant reçu un soufflet d'un homme ivre, perdit l'œil gauche par une amaurose. Un mois apres l'extinction totale de cet œil, en juillet 1811, elle vint me consulter, ne voyant presque plus du droit, dont la pupille avait pris une forme allongée : c'est cet oeil. qui a servi de modéle pour la figure 5, planche 48. Le passage d'un séton à la nuque et l'emploi des moyens les plus indiqués n'ont fait que suspendre les progrés de la maladie : elle est aveugle et retirée dans un hospice. AUS AU |

Peut-étre n'eut-elle point de contusion sur le globe, mais seulement sur le nerf maxillaire. Un coup vif sur ce nerf, au-dessous de l'orbite, ex-

356 SECTION Vi,

cite une sensation lumineuse semblable à celle qui résulte d'un coup sur l'oeil méme.

On sait que la cornée est d’un tissu très-solide, qui lui permet de résister long-temps, même d'échapper aux désordres les plus graves, et sou- vent aux impressions des topiques les plus contraires. On a une nouvelle preuve de la fermeté de la structure de cette membrane, lorsqu'on la voit résister à un corps contondant, dont la force est telle, que l'iris, pressée par elle et: par l'humeur aqueuse, est détruite dans une partie de son étendue (tome II, page 489; pl. 44, fig. 1). La saignée de la Lente et l'application de petites sangsues sur la conjonctive tuméfiée sauvent quelques yeux sur la conservation desquels il semblait d'abord qu'on ne: pouvait pas compter (tom. IT, pag. 499). L'indication qui se:présente, quelle que soit la gravité des accidents, est toujours de les combattre sans: relâche par les saignées, la diéte, et tous les moyens antiphlogistiques; car, si on est obligé de renoncer à l'espoir de conserver la vue, on doit au moins dissiper les douleurs, et pourvoir à la forme de loœil qui reste quelquefois long-temps dans un état d'irritation chronique, et dont le prompt rétablissement est d'une si grande importance pour l'intégrité de l'œil sain. |

Si l'on veut réfléchir à la structure des parties externes et des parties propres du globe, on trouvera. aisément quels sont les désordres qui peu-

vent résulter d’une contusion ou d’une blessure, selon la direction, la violence et la nature du coup, et selon la partie offensée.

On voit quelquefois le cristallin déplacé par l'effet d'une contusion (tom. II, pag. 489, 5or ; pl. 5o, fig. 2 et 3; pl. 51, fig. 1 et 2). Si cet accident a lieu chez un enfant, le corps déplacé fond ordinairement peu-à-peu, et disparait entiérement. Chez un adulte, il faut le retirer par une incision faite à la cornée; mais, pour exécuter cette opération, il est bon d'attendre que l'irritauon de l'oeil soit beaucoup diminuée.

Si le coup a rompu le globe, la tuméfaction des paupières et de la conjonctive est considérable, et on ne peut songer à conserver la vue (tome II, page 488, 500, 516).

Lorsque la sclérotique est contuse, excoriée, ou divisée, elle forme quelquefois une protubérance; la pupille est presque toujours plus ou moins dilatée, et la vue est ordinairement perdue (tome IT, page 489; pl. 5o, fig. 1; page 494;

pl bo fie, 2

Une simple piqüre de cette membrane peut laisser la vue intacte, si elle n’a pas pénétré trop avant, et que les moyens antiphlogistiques indiqués aient été. employés à- propos (tome II,

page 494; 495 )..

Ta piqüre non pénétrante de la cornée. excite . ordinairement une forte irritation, qui: cède à. des applications de sangsues ( tome 11, page 503).

Si l’instrument a ouvert cette membrane et éntamé la capsule du cristallin, il se forme une cataracte (tome IT, page 496) qui souvent, chez les jeunes sujets, disparait par l'action du systéme absorbant. On voit ce résultat chez les enfants du premier âge plus fréquemment que chez ceux qui approchent de la puberté; cependant il a. encore lieu quelquefois aprés cette époque (tom. HT, pag. 564).

Lorsquun instrument tranchant a divisé la cornée et l'iris, et que le cristallin est déchatonné, il se déplace quelquefois et s'approche de la cornée. Il contracte des adhérences avec la marge pupillaire de l'iris. Cette membrane s'avance vers la face concave de la cornée, en adhérant aux lévres de la blessure, et empéche ainsi que le cristallin, qui prend de l'opacité dés les jours suivants, ne tombe au bas de la chambre antérieure, rétrécie par cette adhésion. Une petite portion de l'iris sort dans quelques cas, et la choroide peut paraitre; mais cette hernie rentre d'elle-méme à mesure que la plaie se cicatrise (tome II, page 476; pl. 53, fig. 3). Le cristallin se présente quelquefois au moment du coup, entre les lèvres de lincision faite à la cornée (tome IT, page 485; pl. 53, fig. 2). La vue peut se rétablir apres sa sortie, et devenir aussi bonne, à l'aide d'un verre convexe, qu'elle l'est ordinairement après l'extraction de la cataracte (tome IT,

page 486 , 487).

La cicatrice qui succède à une blessure de la cornée est quelquefois si peu visible, qu'on a de la peine à l'apercevoir (tome II, page 482); d'autres fois elle est apparente, mais ne gène point ou presque point la vision, méme lorsqu'il y a eu procidence de l'iris et que la pupille est restée allongée (tome II, page 480; pl. 48, fig. 2; page 481; pl. 36, fig. 15 page 482; pl. 36, fig. 3).

L'ouverture simple de la cornée, sans lésion de l'iris, donne très-souvent lieu, sur-tout chez les enfants, à des dépóts dans là chambre antérieure (tome II, page 481). En général, je ne les trouve pas rebelles.

L'œil est presque toujours perdu lorsqu'un corps étranger a été introduit dans le globe, soit à travers la cornée (tome II, page 490), soit à travers la sclérotique (tome IT, page 493; pl. 54, fig. 2). Dans l'un et l'autre cas, il y a ordinairement paralysie de la rétine et opacité du cristallin, suites d'une blessure aussi grave. Dans le premier cas, il survient quelquefois des épiphénoménes qui attirent inutilement l'attention ( tome II, page 498). On ne doit songer qu'à détourner le raptus du sang, qui a lieu vers l'oeil blessé. Lorsqu'l est évident que l'on ne peut méme en conserver la forme, je. ne connais que des cataplasmes émollients, des saignées du pied, et la diéte, qui doit étre trés-austére dans les premiers jours. On peut éviter d'inciser la sclérotique (tome II, page 518) ou tout autre mem-

360 : : ‘SECTION VI, brane tuméfiée. Tout ce qui est frappé de désorganisation s'atrophie par les efforts de la nature aidés de quelques cataplasmes émollients.

Une femme de trente-six ans, assez replete, enceinte de six mois et demi, se laissa tomber, étant montée sur une chaise. Un clou à crochet fixé dans un mur perca la paupière inférieure et le globe de l'oeil droit : elle éprouva des accidents | qui eurent beaucoup d'analogie avec ceux qui survinrent aux sujets des observations 290 et.305. Trois saignées du bras, des cataplasmes de mie de pain et de lait, et une diéte modérée , suffirent pour les carin Je l'a1 vue dix ans apres: elle ne portait point d'oeil d'émail ; mais le globe était resté assez atrophié pour qu 'elle püt en dite usage. | Un grain de plomb qui pénètre à travers la sclérotique paralyse toujours l'oeil; je n'ai vu d'exception que pour le sujet de l'observation 297.

On doit avertir ceux qui ont un œil perdu par cette cause (tome II, page 509), méme lorsque le erain de plomb a seulement désorganisé le globe en le frappant (tome II, page 504), de se servir avec les plus grands ménagements de l'ocil sain, attendu que cet organe court continuellement le danger de s'affeeter. |

L'amaurose, qui se forme TN lorsque le grain de plomb a atteint vivement le globe sans y pénétrer (tome IL, page 505, 506), est incurable. Elle est probablement due à la pression

vive et instantanée qui, à travers les parties constituantes du globe, produit un dérangement dans l'organisation de la rétine. |

Lorsque le grain de plomb pénètre, il est presque toujours invisible, et entraine ordinairement la fonte du globe. Il n'y a rien de plus rare que de le voir dans l'œil à travers la cornée ( tome II, page 508).

M. Del", àgé de vingt- -neuf ans, bien constitué , reçut dans l'oeil droit, le 22 Tuillet 1817, un grain de plomb de la grosseur de celui que l'on voit pl. 56, fig. 3, et qui vint à lui, par ricochet, apres avoir frappé sur un terrain couvert de cailloux. Cet accident eut lieu à trente lieues de la capitale : il était sept heures du soir. M. Del*** partit sur-le-champ, et arriva à Paris le 23 à dix heures du matin. Je fus appelé avec M. Lebreton fils. Les douleurs étaient excessives. Nous trouvàmes la cornée terne et un commencement de chémosis, qui nous empécha de reconnaitre si le grain de plomb avait pénétré dans le globe; mais, dés le lendemain , nous en fümes assurés par la rapide augmentation de tous les accidents. Malgré deux saignées faites le 235, la première au ré à onze heures du matin , Hare au pied, à dix heures du soir, linsomnie, les douleurs aigués, le gonflement des paupières et de la conjonctive, ne cessèrent de faire des progrès. Nous ne pümes voir l'œil depuis le 24 au matin jusqu'au 3r. Le 24 au soir, on appliqua dix sang-

sues à la tempe et autant à la paupière inférieure, et on lui passa un séton à la nuque. L’oœil fut couvert de cataplasmes émollients. Il s'entr'ouvrit le rer août; le 3, il sortit un grain de;plomb de l'intérieur du globe avec un fragmentjde la cornée. Le globe s'atrophia ensuite aisémeïsh et M. Desjardins, émailleur, remédia à la difformité par le moyen d'un œil d'émail. On ne saurait croire jusqu'à quel point de perfection a été corrigée, par cet habile artiste, celle du sujet de l'observation 304, malgré la gravité de sa blessure. UE

Dans certains cas, aprés des blessures occasionnées par des grains de plomb, la vue se conserve imparfaitement pendant quelque temps (tome IT, page 512). Je n'ai jamais cru que, dans ces cas rares, le plomb eüt pénétré dans le globe, et méme, à ma connaissance, ce peu de vue ne s'est Jamais soutenu.

Quant aux moyens thérapeutiques à employer dans le traitement des désordres qui font le sujet de cette section, je renvoie aux observations citées: on prendra, par leur lecture, une idée de la marche à suivre, selon l'espéce de l'accident que l'on aura à traiter.

Des Névroses de l'organe de la vision.

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