‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humain (volume 2)Chapitre 78 sur 84 · LS C · texte numérisé non relu

LS C

De la Presbytie.

On a donné le nom de presbytes (1) à ceux qui ne peuvent voir distinctement les petits objets qu'en les éloignant de leurs yeux, d'un, de deux, et méme de trois pieds.

La théorie de la myopie jette le Mis grand jour sur celle de la vue longue. Cette incommodité vient de ce que la réunion des rayons qui partent d'un objet placé prés de l'oeil se fait audelà de la rétine.

Les causes qui rendent cette réunion trop tardive sont: 19 le peu de convexité de la cornée et d'une ou des deux surfaces du cristallin , de sorte que leur courbure forme une portion d'une grande sphère; »° la trop petite distance de la cornée et du cristallin, ou d'une de ces deux parties à la rétine; 3° la diminution de la force réfractive des corps diaphanes de l'oeil ; 4? la trop grande proximité des objets; 5° le rétrécissement de la pupille. :

Chacune de ces causes en particulier, et à plus forte raison leur réunion, fait que les rayons qui partent des objets placés près de l'œil s'unissent trop tard, et ont leur foyer derrière la rétine :

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(x) Synonymie. Presbyopia. Visus senilis de mpéaêue vieillard ; amblyopia dissitorum. ' |

PRESBYTLIE. | | 463

d'ou il résulte que la vue ne peut étre distincte; car la pyramide lumineuse est coupée par la rétine avant que les rayons se soient réunis au sommet du cóne. Donc chaque point de l'objet peint une tache sur la rétine, comme il arrive chez les myopes, avec cette seule différence que la tache est formée par les rayons qui ne sont point encore réunis, et que, dans les myopes, les rayons sont déja réunis et épanouis pour la seconde fois.

Les presbytes parfaits voient distinctement les menus objets à la distance de trois pieds; tandis qu'ils voient confusément ceux qui sont plus pres. Les individus qui sont moins presbytes éloignent à la distance d'un pied les livres quils veulent lire. Ordinairement les presbytes ne distinguent point les objets qui sont placés au-delà du point où leur vue peut atteindre sans être altérée, parce quil ne suffit pas, pour voir distinctement les objets, que les rayons qui en partent s'unissent exactement sur la rétine; ce qui a lieu chez les presbytes à l'égard des objets méme les plus éloignés; mais il faut que la quantité de rayons qui par tent d'un objet soit d'autant plus grande, que la sensibilité de la rétine est moindre. Or, dans les vieillards la rétine est un peu moins sensible que dans les jeunes gens; et si les objets sont plus éloignés, il en part un moins grand nombre: de rayons : donc ce nombre ne peut suffire pour que la vision soit claire et distincte. Les rayons

qui partent d'un objet et qui tombent sur une surface donnée, sont d'autant moins nombreux, que le carré de la distance de l'objet est plus grand. Ainsi il part moins de rayons d'un objet placé à deux, trois, quatre ou neuf pieds de l'oeil, que d'un autre objet placé à un pied de distance de cet organe. Ce même objet placé à quatre pieds envoie donc la moitié moins de rayons.à-peu-pres, que s'il n'était éloigné que de trois pieds.

Quand le principe de la presbytie est dans la petitesse de la pupille, ce qui arrive souvent, l'oeil recoit d'autant moins de rayons d'un objet donné, que le carré du diamétre de la pupille est plus petit, de sorte que si ce diametre est moindre du double, et que la distance de l'objet soit deux fois plus grande, le nombre des rayons qui entreront dans la pupille sera seize fois moindre. Les presbyios sont donc obligés d'éloigner. les objets à une certaine distance, et non Bre de peur que la vision ne soit obscure : ils ne peuvent pas aussi les approcher plus qu il ne faut, parce que les rayons se réuniraient plus loin audelà de la rétine, et la vision serait encore plus confuse; car les presbytes ne voient que par des rayons parallèles ou convergents, qui sont envoyés à la pupille, et jamais par des rayons divergents. Or, plus l'objet est prés de l'oeil, plus les rayons deviennent divergents et nombreux, parce que ceux qui partent das objets qui sont placés près de l'organe de la vue y entrent en plus

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grand nombre que ceux qui viennent d'un corps éloigné.

Les presbytes ont besoin d'une grande lumière pour voir distinctement les objets; les myopes au contraire n'ont besoin que d'une faible clarté pour pouvoir lire. La raison en est que les premiers sont obligés de compenser par plus de lumiére les défauts qui résultent pour eux de la diminution de sensibilité de leur rétine, du rétrécissement de leur pupille, et de l'obligation où ils sont d'éloigner les objets pour les bien distinguer. |

Le globe jouit évidemment, à un certain degré, de la faculté de s'accommoder à la distance de l'objet. On peut s'apercevoir. de ce changement; ainsi, par exemple, si on examine d' un seul oeil un objet éloigné de quelques pas, et qu'un autre trés-petit soit approché dans la méme ligne, à quelque distance de l'oeil; il se fait dans cet organe, pour voir le dernier objet, une révolution dont on s'apercoit aisément. On en a donné diverses explications, parmi lesquelles la seule qui paraisse satisfaisante, lorsqu'on tient le scalpel, est celle qui assigne pour cause à cet effet de la plus savante dioptrique, l'allongement du globe par l'action. des deux muscles obliques, et son raccourcissement par l'effort des quatre muscles droits qui agissent en tirant sa partie antérieure vers le fond de l'orbite. Si le globe doit étre allongé pour que la rétine, en s'éloignant de la cornée

et du cristallin, se trouve précisément au point où se fait la réunion des rayons de lumière, les muscles obliques agissent probablement seuls; si l'axe de l'œil doit être raccourci, pour que l'extrémité du pinceau optique parvienne jusqu'à la rétine, les quatre muscles droits, en se contractant, procurent au globe un léger aplatissement qui rapproche de cette membrane la cornée et le cristallin. | ki

La cause de la presbytie est la diminution de ce dernier effet, et sur-tout l'aplatissement du cristallin.

Le raccourcissement de l'axe du globe devient plus difficile chez les vieillards, parce que la sclérotique perd de sa souplesse ; mais ce qui prouve que cette cause de la presbytie n'est pas la seule, c'est que l'on rencontre de temps à autre dans la pratique cette incommodité chez des jeunes gens: elle se joint quelquefois à d'autres affections des yeux, et ne laisse pas alors que d'étre inquiétante.

On ne peut la corriger que par l'usage des verres convexes; mais on ne saurait trop recommander à ceux qui en éprouvent le besoin, de ne point se háter de passer d'un numéro faible à un plus fort; il résulte de trop de précipitation À ce sujet, qu'on ne tarde point à ne plus trouver de verres assez convexes. Ce conseil est surtout applicable aux jeunes gens dont le cristallin saplatit prématurément, ou méme n'a jamais eu une convexité suffisante ( obs. 365, 364 ).

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Quelquefois la presbytie se déclare long-temps avant l’âge ordinaire; mais c'est une chose extrémement rare que de voir cet effet produit chez un myope (obs. 365).

J'ai vu cette incommodité se compliquer avec. d'autres symptómes, etse manifester assez promptement pour donner les plus vives inquiétudes ( obs. 366 ). à

Le duc d'Aiguillon avait naturellement un bil myope au plus haut degré, et l'autre excessivement poesis

Il n'est pas trés-rare de rencontrer des vieillards qui, aprés un long usage de verres convexes, ont recouvré subitement la faculté de lire à l'oeil nu.

Jai vu un bon juge en ces matières faciliter sur lui-méme cette révolution, en se tenant pendant dix ans aux mémes verres convexes, les remplaçant ensuite , à l’âge de quatre-vingts ans, par d'autres plus faibles, contre l'usage ordinaire , et enfin, depuis l’âge de quatre-vingt-six ans jusqu'à celui de près de quatre- vingt- treize, lire chaque jour, plusieurs heures de suite, sans aucun secours artificiel.

Du Glaucóme (1).

Nous voici arrivés à la plus grave de toutes les maladies de l'organe dé la vue; je n’en excepte pas même lhydrophtalmie, ai! elle n'affecte toutefois quun des deux yeux.

Ce mot a eu différentes acceptions : il a désigné long-temps l'opacité du cristallin. Lorsque l'on eut reconnu que cette lentille était le siége de la cataracte, le nom de glaucóme étant resté sans signification , chacun s'en empara, et l'employa pour désigner tantót l'altération du corps vitré, compliquée consécutivement de celle du cristallin, tantót une affection de la rétine, qui lui aurait donné une teinte particulière.

On connait aujourd'hui dans la pratique, sous le nom de glaucóme, une maladie incurable, qui est accompagnée essentiellement, et ur.

avec beaucoup de diversité, soit d'une partie seulement; soit de la totalité des symptómes suivants : |

Le malade apercoit d'abord un PRET EN d'un seul œil : le glaucóme diffère en cela de l'amaurose, qui attaque souvent les deux yeux simultanément. Ce brouillard se dissipe quelquefois, et

(1) Synonymie. DIAiaxoy«, de glaucus, qui est de couleur verdâtre. Voyez, pour la pupille, la fig. x , pl. 20.

GLAUCÔME. 469 reparait alternativement, tantôt dans la même journée, à des heures plus ou moins régulières, tantôt. à plusieurs jours ou méme plusieurs semaines d'intervalle. Il se manifeste. par-fois au réveil sous la forme d’une poussière répandue dans la chambre, et disparait lorsque le malade a pris quelques EE V la lumière d'une bougie parait couverte d'un nuage léger représentant un cercle bordé par les couleurs de l'arc-en-ciel. Il faut bien prendre garde de confondre ce dernier symptóme avec un autre qui lui ressemble, qui n'est accompagné d'aucun danger, et que l'on éprouve lorsque l'on a sur l'ceil une petite quantité de sérosité lacrymale, qui a délayé un peu de la matiére huileuse des glandes des paupiéres.

Lorsque le malade apercoit déja, soit, à son réveil, le brouillard dont j'ai parlé, soit, aux lumières, l'arc-en-ciel que j'ai désigné, il n'y a plus de reméde.

On ne doit alors agir que dans l'espoir SUAE pêcher la maladie de passer à l'autre œil, s'il est encore sain, et il ne faut avoir d'autre but, si la méme maladie a occasionné la perte du premier œil, que de s'opposer aux complications prêtes à se joindre à la cécité.

Lorsque le malade aperçoit d'un seul œil et le” brouillard et l'arc-en-ciel, il se plaint de pesanteur autour du globe, de céphalalgie sus-orbitaire, et de ne pouvoir sans fatigue se servir de l'oeil sain ; les douleurs augmentent et s'étendent à l'os

de la pommette , aux environs de l'orbite, et surtout au sommet et au derrière de la tête: la vue se trouble de plus en plus; elle s'éteint; on apercoit, à travers la pupille dilatée, une teinte, le plus ordinairement couleur d'eau de mer dans les commencements (pl. 0, fig. r), qui change ensuite à mesure que la diósotga ibdtipis du corps vitré et du cristallin augmente (pl. 2i, fig. r), et à laquelle se joint ensuite plus ou moins d'irrégularité dans la forme de la pupille ( pl. 20, hig. 3).

Des vaisseaux variqueux, d'un rouge légérement noirâtre, paraissent dans la conjonctive, et sur-tout dans la selérotique. Hs sont quelquefois accompagnés pendant plusieurs mois d’une simple dilatation de la pupille avant que l'on apercoive aucune opacité dans les milieux transparents (pl. 20, fig. 2) : le globe devient dur au toucher. | i |

Lorsque l'attaque est brusque, les douleurs sont quelquefois insupportables et reviennent par crises, pendant la durée desquelles le malade est abattu et ne peut point prendre d'aliments. La digestion est accompagnée alors d'un sentiment pénible dans les parties affectées, et, dans certains cas, la méme sensation résulte du besoin de prendre des aliments. le:

Tant que cette affreuse maladie n'a point passé de son état aigu à un état chronique, on doit trembler pour l'œil sain, qui ne doit d'ailleurs

GLAUCÓME. 471 étre regardé, à aucune époque, comme à l'abri de la méme désorganisation , tant à cause de ses liaisons sympathiques avec l'oeil frappé, que par rapport à l'union des deux nerfs optiques sur la selle tureique.

Lorsque le glaucóme est subit, il peut étre considéré en quelque sorte comme une apoplexie du globe.

Lorsqu'il se développe avec lenteur, il a d'abord beaucoup de ressemblance avec l'amaurose. Aussi peut-on ie définir : |

Une amaurose à laquelle se joint une affection dans le système nerveux et dans les systèmes vasculaires sanguin et lymphatique, tant des parues voisines de l'œil que du globe lui-même, et qui est suivie de désorganisation du corps vitré et d'opacité du cristallin.

Je ne rencontre jamais cette maladie chez les jeunes gens.

Au lieu d'entrer ici dans un grand détail au sujet des variétés qu'elle présente, j'aime mieux donner un plus grand nombre d'observations à son sujet dans le tome III. Je crois que par leur lecture et à l'aide des figures citées, on connaitra aussi-bien sa nature, qu'en l'observant dans la-pratique, où heureusement elle n'est pas tréscommune. '

Relativement aux moyens à employer contre elle, je renvoie à la thérapeutique de l'amaurose, avec laquelle elle a tant d'analogie, en ajoutant

seulement qu’elle est incurable, dès qu'elle est reconnaissable par des:signes sensibles, sur-tout lorsqu'un œil en est déja affecté. C'est une chose toujours pénible pour moi d’être obligé d'avertir que tel malade, qui voit à lire aisément, méme dans de petits caractères, avec le seul œil qui lui reste, mais en éprouvant déja quelques symptómes à cet oeil, ne verra pas méme la lumiere du soleil six mois après, et éprouvera de plus autour des yeux, sur-tout dans les variations de l'atmosphère, des douleurs qui. se prolongeront pendant long-temps, et peut-étre jusqu'au terme de sa vie. J'ai toujours éprouvé quelque desir de faire fondre le premier oeil attaqué , dans l'espoir de sauver l'autre. Je ne l'ai pas encore fait; j'ai eu connaissance que cette tentative a été exécutée, et qu'elle n'a pas mis le second œil à l'abri, quorque l'opération eût été faite, lorsque celui-ci était encore trés-sain. Saint-Yves avait pensé que l'on pourrait faire, dans les cas semblables, l'extirpation du globe pour préserver l'autre.

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