‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humain (volume 2)Chapitre 81 sur 84 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

De la Cataracte (1).

La cataracte est l'opacité du cristallin. Les anciens regardaient ce corps comme l'organe de la . vision, et la cataracte comme une membrane qui se formait entre lui et l'iris, par le desséchement d'une eau épaisse; de-là le nom de

——————— € € M —— MÀ HM n

(x) Synonymie. Hipochyma. Suffusio.

DE LA CATARACTE. 497 xaraoaxra (1), chüte d'eau. Ils croyaient que l'aigualle dont ils faisaient usage abaissait une pellicule opaque. La thérapeutique chirurgicale .de cette maladie est parvenue graduellement, au point où nous la voyons par les méditations de quelques hommes de génie, et par les applications héureuses qui en ont été faites à la pratique. ' Galien, qui était dans l'erreur commune relativement à l'organe de la vision, savait que le cristallin devenait opaque (2). Plempius (3) a dit que ce corps ne remplissait point dans l'oeil une fonction plus importante que l'humeur aqueuse, et que, si on l'enlevait pour faire prendre sa place par l'humeur vitrée, la vision continuerait à avoir lieu; mais seulement d'une manière moins distincte, parce que l'image des objets serait confuse sur la rétine, à moins que la situation de cette membrane ne ;füt changée. Il cite à ce sujet Scheiner (4). Vers le milieu de l'avant-dernier siécle, on commenca à conclure de cette remarque de Plempius que le cristallin était probablement le siége de la cataracte. Borelli, Rolfinkius; Quarré, médecin ; l'Asnier, chirurgien; Gassendi et Ro-

(1) Galen..de oculis, cap. 12, part. IV.

(2) Ibid., |. | Lis (3) Ophtalmographia, lib. III, cap. XIV, 16,5, 9. ^|

(4) Fundam. optic. lib. IIT,. part. I, docum. 3, cap. 36 et lib. 2, pag. 2, cap. 5.

hault, physiciens, voulurent propager cette vérité. Elle trouva des oppositions comme toutes les autres; Maitre-Jan et Brisseau , guidés par l'anatomie pathologique , dissipérent l'erreur. L'antériorité réclamée par Brisseau parait appartenir à Maitre-Jan. Il suffit, pour s'en convaincre, de. consulter les dates de leurs ouvrages et celles des observations qui les ont conduits aux résultats par lesquels ils ont honoré l'art de guérir. Le traité de Maitre-Jan parut en 1707, celui de Brisseau en 1709. MaitreJan rapporte qu'en 16825, en abattant une cataracte, il vit, à son grand étonnement, un corps gros, blanc, et rond, qui roulait sous son aiguille. Il se rappela la remarque de Plempius, et il reconnut qu'il abaissait le cristallin. Il fut confirmé dans cette opinion, en 1685, par un accident qui fit passer instantanément, à travers la pupille, la moitié environ d'une cataracte qu'il abattait. Enfin une femme à laquelle il avait déprimé deux cataractes, en 1691, ayant succombé à une péripneumonie cinq semiaines apres l'opération, il fit l'ouverture de ses yeux, et trouva les cristallins logés derriere la partie inférieure de l'iris.

Ainsi les uns ont soupçonné, et d'autres ont démontré que le siége de la maladie était le cristallin; mais, bii vene flit à la méthode d'opérer en enlevant ce corps, on trouvera que l'honneur en appartient tout entier à Daviel. En 1707 et 1708, Saint- Yves et Petit ont, à la vérité, retiré de la

DE LA CATARACTE. 499 chambre antérieure, en incisant la cornée, le cristallin opaque qui était passé à travers la pupille (pl.2r, fig. 2); mais Daviel a d'autant plus de mérite, qu'il a trouvé une méthode d'opérer sur la voie de laquelle on avait été mis d'une facon aussi positive quarante ans auparavant. Brisseau (t) dit : « La nouvelle maniére que propose M. Mery pour mieux réussir dans cette opération, en ouvrant la cornée et tirant la cataracte par l'ouverture, est une idée. » Il est bon d'ailleurs de remarquer que Mery, n'étant pas encore convaincu que le cristallin füt le siége de la cataracte, il n'avait entendu proposer autre chose que l'extraction d'une membrane opaque. Des auteurs plus anciens (2) paraissent aussi avoir songé à faire une ouverture à la cornée pour extraire la cataracte, dont ils ne connaissaient pas la nature (3).

Jengage le lecteur à se rappeler la structure du cristallin : l'examen de ce corps, plongé préalablement pendant quelques jours dans de l'esprit-de- vin, dans de l'eau salée, ou desséché à l'air, est trés-propr e à Jah du] e sur la nature dà la cataracte. Deje :

. Si on veut jeechie sition all à la structure du cristallin, à son'isolement dans sa capsule, à là petite quantité de lymphe ou humeur

(x) Traité de la cataracte et du glaucóme , page 246. (2) Albucasis , cap. XXIII.

éveillé, nouv. doctrine chirurg. , tome IIT, page 529. 3) Léveillé doctrine chirurg IIT, page 328 | 97i

5oo SECTION VIII, CHAPITRE II,

de Morgagni qui l'environne; à la différence de sa forme, de sa consistance, et de sa transparence, selon l’âge du sujet ( pl. 10, fig. 7, 8, 9, 10, 1t, 12,13), enfin à la nature de son enveloppe, on trouvera aisément l'explication des phénomènes que. présente cette maladie, pendant et apres sa formation, et on concevra pourquoi elle. prend des .apparences si. différentes , selon le degré auquel elle est parvenue, selon la nature de la cause à laquelle elle est due, et selon l’âge du sujet; différences qui lui ont fait donner une si.grande quantité. de noms, presque tous inutiles dans la pratique. La-cause immédiate de la cataracte est une lésion de-cette. petite portion du système 1ymphatique qui fournit au. cristallin sa nourriture en entretenant sa transparence... C'est la nécrose: de cette lentille, comme l'a dit M. Delpech. :

Il n'est : pas .commun de la voir se former spontanément avant l'époque de là vieillesse; cépendant:on en; rencontre des exemples (obs. 415, 416). M. Delpech a-fait une remarque trés-judicieuse., .én: disant qu'iliserait intéressant de vérifier si les sujets peu âgés qui en sont affectés, sans; avdir: été; exposés à:aucune des:causes accidentelles :connues;neisont pas: dans un état de vieillesse prématurée, soit:par rapport à toute la constitution, soit par rapport aux yeux seulement, et. en tenant compte, des infirmités, de la constitution primitive de,; ces organes, (1 1). J'ai

(1) Diction. des Sciences méd. tome IV, page 299.

DE LA CATARACTE. | 5or parcouru mes Journaux, et j'ai trouvé que, dans le plus grand nombre de cas, les enfants cataractés jouissaient d’ailleurs d’une bonne santé et avaient les yeux naturellement bien constitués. Il est à peine nécessaire de remarquer que les blessures qui entament la capsule du cristallin, les violences extérieures qui détruisent la circulation dans ces parties si déliées, en un mot, tout ce qui peut changer les rapports du corps lenticulaire dans le système du globe, doivent détruire sa transparence (obs. 283,288,291, 427,266; pl. 55, fig. 3). Une chüte produit quelquefois le méme effet (obs. 421). J'ai été consulté, au printemps de 1817, par un homme bien constitué, àgé de quarante-cinq ans, qui, trois mois auparavant, était tombé assis, dans sa chambre, une chaise sur laquelle il était monté ayant manqué sous lui. Des les jours suivants, il apercut. de légers nuages voltiger devant son ceil droit, et quelques semaines après, il en vit autant devant le gauche; je trouvai une cataracte déja visible à l'oeil droit, et deux petits points d'opacité dans le cristallin de l'autre. On a vu cette maladie étre la suite de fiévre (obs. 420). L'observation 418 la montre précédée d'un ictére local. C'est un: cas infiniment rare. Elle se forme le plus ordinairement dans l'espace d'une ou de deux années; mais il n'y. a rien de fixe à cet égard (obs. 426). J'ai vu des cataractes formées en grande partie devenir complétes én peu de jours, méme en une nuit. Je

vois souvent le cristallin des enfants fondre en place, lorsqu'il est devenu opaque par une piqüre ou par toute autre blessure, qui n'a pas dailleurs nui essentiellement au systéme absorbant dans le globe ( obs. 441). Je donne actuellement (1818) des soins à une petite fille de sept ans, qui a eu la cornée et la capsule du cristallin ouvertes par la pointe d'une paire de ciseaux; la cataracte qui en est résultée fond évidemment, et on s'aperçoit de mois en mois des progrès de la vue. On obtient quelquefois cette heureuse terminaison, méme lorsque la blessure a lieu aprés la puberté (obs. 427). La eataracte due à un vice spécifique diminue quelquefois au point de faire croire que la vue est préte à se rétablir ( tome III, page 348 ).

La figure r, planche 16, représente une cataracte qui, dans la marche ordinaire, commence à se former depuis quelques mois; la figure 3 en représenté une plus avancée; la figure 2, planche 18, la montre complète. Quelquefoisde bord du cristallin conserve long-temps de la transparence, et le malade voit passablement lorsque la lumière est assez modérée pour. que la pupille puisse se dilater ( pl. 22, fig. 3). Dans le prineipe de la maladie, je fais dilater la pupille par la belladone pour faire cesser toute incertitude quand le diagnostic en présente. Il se forme quelquefois une cataracte arborisée, lorsque le cristallin se tache par éclats ( pl. 18, fig. 1), comme cela lui arrive

lorsqu'il est plongé dans une liqueur acide. Cet effet tiendrait-il à ce que l'acide phosphorique porterait alors son action d'une manière très-marquée sur cette lentille? ( Foy. ci-dessus, page 42). L'adhérence de l'iris à la capsule du cristallin est un cas rare (obs. 438, pl. 19, fig. 2). Il est encore plus rare que ce corps, devenu opaque, descende spontanément derrière l'iris (tome Ill, page 395; pl«22; fig. 1), ou passe à travers la pupille dans la chambre antérieure ( obs. 449, 450; pl. 21, fig. 2). Quelquefois, la partie antérieure de la capsule devient opaque sans que le cristallin participe à cette opacité, au moins pendant les premiers temps. Cet effet rare est presque toujours le produit d'une ophtalmie interne (obs. 423; pl. 16, fig. 2). On ne rencontre pas fréquemment une cataracte augmentée de volume et protubérante à travers la pupille ( pl. 17, fig. 1). On m'amena en 1802, du pays de Liége, mademoiselle WL'**, âgée de neuf ans, qui, à la suite d'ophtalmies internes, avait deux cataractes semblables à celles que l'on voit planche 45, figure 1. La surface antérieure du cristallin de l'oeil droit proéminait légérement à travers la pupille. Le résultat d'une consultation qui eut-lieu, fut qu'il fallait attendre l’âge de quatorze à quinze ans pour tenter l'opération.

Sauvages assure avoir guéri, par l'usage de l'extrait de jusquiame, deux malades affectés de cataractes.

Des observations authentiques prouvent que cette maladie, déja reconnaissable par des M Ned sensibles, a paru céder à l'action du mercure, à celle du suc ou de la poudre de cloportes, et à d'autres moyens que l'on regardait comme doués d'une vertu incisive et capable de donner, comme on disait alors, de la fluidité à la lymphe. Les uns ont nié ces guérisons, les autres les ont affirmées, et aujourd'hui méme, dans la pratique, les senüments sont partagés relativement à la curabilité ou à l'incurabilité de la cataracte. Dans mon opinion, et d'aprés un examen attentif du relevé de mes Journaux, il me parait que ceux qui disent que les remèdes semblent, dans certains cas, arréter le progrés de la cataracte, méme la faire rétrograder, ont raison. Ceux-là ont raison aussi; qui refusent à ces moyens toute influence sur l'opacité du cristallin, méme dans son principe: Je m'explique : je vois souvent dans une pupille une opacité reconnaissable, méme pour un oeil peu exercé, rester stationnaire pendant une et méme plusieurs années. Nul doute que dans un cas semblable le médecin et le malade croiront aisément à l'influence d'un traitement (obs. 426). Jai vu méme, mais beaucoup plus rarement; une opacité déja trés-visible disparaitre, et le malade, privé de la faculté de lire, en recouvrer l'usage. Dans ce cas, la maladie a toujours eu pour moi, son siége dans un léger engorgement de la capsule, et ce sont là, je crois, les occasions

DE LA CATARACTE. 5o5 qui ont fait regarder lopacité déja sensible du cristallin comme susceptible d'étre utilement attaquée par des remédes internes et externes.

Je les regarde comme également inutiles contre la cataracte, méme commencante, non encore visible, et je pense que ceux qui croient l'avoir arrétée dans son principe n'ont eu affaire qu'à ces filaments voltigeants dont j'ai découvert le premier la nature (tome IIT,. page 409). 4

Ill y a beaucoup de maladies qui s'arrêtent dans leurs progrès, et même qui diminuent ou disparaissent tout naturellement, les unes sans l'emploi d'aucuns remèdes, les autres en paraissant céder à l'action de quelques moyens fort inutiles, souvent même nuisibles.

On en compte un grand nombre de cette espèce parmi celles qui affectent l'organe de la vision. À l'aide de la crédulité des malades, elles fournissent un aliment à la cupidité et au charlatanisme. i

De l'opération de la Cataracte par extraction.

Je me trouve ici fort embarrassé. On a tant écrit sur cette maladie en France et hors de France depuis cinquante ans,.et souvent sans citer les sources dans lesquelles on a puisé, qu'en faisant simplement connaitre le résultat de ma pratique, je pourrais paraitre avoir copié tel ou tel auteur trés-récent, tandis que j'ai des lettres dans lesquelles plusieurs m'ont fait connaitre que

c'était par inadvertance qu'ils ne m'avaient pas cité relativement à certains procédés, que en effet m'appartiennent.

Je trouve heureusement un moyen pour sortir de cet embarras, en m'acquittant d'un devoir, celui de rendre aux travaux de Richter l'hommage qu'ils méritent;sa dissertation (1) m'a seuvent servi de guide lorsque j'ai commencé à pratiquer l'opération de la cataracte. Ce que je vais dire sur l'extraction sera donc tiré en partie de cette excellente monographie, dans laquelle on a tant pris, sans citer l'auteur. Ce qui ne sera pas de Richter, sera puisé dans ma pratique journalière, et dans plusieurs mémoires que j'ai lus à la Société de Médecine de Paris; ils sont insérés dans le Jour-

nal général de médecine , de chirurgie. et de pharmacie. Je citerai d'ailleurs quelques praticiens auxquels j je me propose de faire des emprunts: Je supprimerai certains passages de Richter, et j'en changerai d'autres qui ne sont plus en rapport avec les progres de la science.

Pour exécuter cette opération, il faut être assis sur une chaise d’une hauteur ordinaire; le malade qui écarte et allonge ses jambes, doit être sur une chaise plus basse, et dans une position telle, que la lumière vienne de côté sur l'oeil à opérer. On couvre l'oeil opposé avec une compresse contenue

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(x) Observationum chirurgic. fasciculus I. De cataracte extractione. Gottingæ, 1770.

DE LA CATARACTE. 507 par une bande. S'il s'agit d'opérér l'oeil gauche, le chirurgien doit poser son pied droit sur un siége ou tout autre.corps solidement fixé, et de la hauteur à- peu- prés du siége sur lequel est assis le malade; il relève avec le pouce la paupiére supérieure, et aprés avoir poussé légérement en arrière le sourcil et le tissu cutané situé audessus, il présente à un aide intelligent le bord de cette paupière, que celui-ci fixe contre le rebord orbitaire à l'aide du doigt medius et de l'index de l'une de ses mains, en n'employant que le degré de force nécessaire, et il appuie en méme temps contre sa poitrine la téte du malade, en lui passant son autre main sous le menton ; aussitót le chirurgien abaisse, en la renversant en dehors, la paupiére inférieure avec lindex de sa main gauche, et porte le doigt medius sur le globe, entre la cornée et la caroncule lacrymale, en invitant le malade à tourner son ceil vers la fenétre qui se trouve du cóté de l'oeil à opérer. 1l prend le bistouri (voyez sa lame, pl. 14, fig. 4), comme on prend une plume à écrire, et cherche à l'angle externe de l'œil un point d'appui solide sur la tempe et la joue du malade. Il est bon dans cette position d'attendre quelques secondes, sur-tout si le malade agite excessivement son œil; mais des que l'on trouve un moment favorable, et que le globe se présente dans une situation telle à-peuprés qu'on peut la désirer, il faut, sans tarder, plonger le bistouri dans la cornée, à un tiers de |

5o8 SECTION VIII, CHAPITRE II,

ligne de distance de la sclérotique, une ou deux lignes au-dessus de lextrémité externe du diamètre horizontal de la cornée, si la saillie du globe le permet, et traverser la chambre antérieure dans un plan parfaitement parallele à l'iris, pour faire sortir la pointe de l'instrument à l'extrémité opposée de la cornée, de maniére que cette membrane soit incisée dans la moitié de sa circonférence, et plutót un peu plus que moins. Aussitót l'incision terminée, j'introduis mon listitome (pl. 14,fig. 7 et 9) dans la chambre antérieure, en tenant sa pointe tournée vers la cornée, Dès qu'elle est parvenue vis-à-vis la pupille, je la retourne en arrière pour la plonger supérficiellement dans la capsule du cristallin, et pour déchirer plus ou moins cette membrane, selon que le permet l'agitation plus ou moins forte de l'oeil ; lorsque cette agitation est presque spasmodique, je préfére à mon kystitome celui de La Faye (pl. 14, fig. 8), dont je pousse la lame deux, trois, ou quatre fois dans la pupille, en changeant, autant que possible, avant chaque coup, son inclinaison , afin que la partie antérieure de la capsule soit hachée, et ne puisse pas faire obstacle à la sortie des débris de la couche extérieure du cristallin , soit que cette sortie doive avoir lieu tout naturellement, ou qu'elle soit le fruit de l'introduction de la curette. Ten Haaff (1) coupait

(1} Journal de Vandermonde , septembre, 1761.

souvent, én passant, selon son expression, la capsule de la cataracte, avec la pointe d'un bistouri peu différent de celui de La Faye , etachevait ensuite l'incision de la cornée. Cette manœuvre semble plus difficile qu'elle ne Test, et je l'employais le plus ordinairement; j'ai renoncé à l'exécuter depuis que l'idée m'ést venue de donner à la lame d'un bistouri très-étroit une légère courbure sur son plat. Il ne m'est pas arrivé une seule fois de blesser l'iris avec. cet instrument; ses bords ne sont tranchants qu'à une ligne de sa pointe, et on est sür de son. action en le plongeant dans la pupille. Quand il souléve la cornée pour pénétrer dans la chambre antérieure , sa face convexe glisse sur l'iris, et la pointe ne peut faire aucun mal au-lambeau de la cornée. A peine le kysütome. retiré, la plus légère pression , exercée sur la partie supérieure du globe à travers la paupiére, suffit pour que le cristallin opaque présente son biseau inférieur et tombe sur la joue. On voit, pl. 19, fig. 3, la cicatrice d'une ineision de la cornée. Elle est ordinairement beaucoup plus difficile à apercevoir, lorsqu'il s'est écoulé trois ou quatre mois et que l'opération a été heureuse. M. de Wenzel, mon collégue, a fait connaitre (1) le procédé dû à son célèbre père, qui consiste à placer l'incision obliquement en

(1) Traité de la cataracte, page 74. — Manuel de l'Oculiste , ou dictionnaire ophtalmologique , tome I, page rar.

entrant un peu au-dessus de l'extrémité externe du diamétre horizontal de la cornée, et en sortant un peu au-dessous de l'extrémité interne de ce méme diamètre. Il est très-vrai, comme le dit M. de Wenzel, que la cicatrice d'une incision , ainsi dirigée, se fait trés - facilement.

Pour faciliter l’incision de la cornée, j'ai imaginé, en faveur des personnes peu exercées, un instrument composé de deux tiges de fer aplaties, qui embrassent le doigt, et qui sont terminées par une pointe recourbée, dont quelques chirurgiens font usage: on l'a fait graver dans des ouvrages modernes; mais je n'en donne point la représentation, parce que mon opinion est que chacun, après avoir exécuté un petit nombre d'opérations, parviendra à faire l'incision de la cornée sans étre aidé, soit par mon ophtalmostat , soit par celui de Pamart, soit par tout autre imaginé pour cet usage. Le bistouri de M. de Wenzel (pl. 14, fig. 3) est bii de La Faye corrigé. Il en est de méme du mien (pl. 14, fig. 4); seulement il se rapproche un peu plus du type commun : il diffère notamment de celui de M. de Wenzel,en ce que le bord supérieur de celui-ci n'est tranchant que jusqu'à la distance d'une ligne et demie de la pointe : le bord supérieur du mien est tranchant jusquà la distance de deux lignes et demie. La moindre variation devient importante quand il s'agit d'opérer sur une aussi petite étendue. J'ai trouvé que le prolongement de ce tranchant rendait plus facile

DE LA CATARACTE. Br l'exécution d'une grande incision, qu'il est toujours avantageux d'obtenir. Presque tous les nonsuccès, ou les accidents qui allongent quelquefois l'opération, viennent de ce que l'incision est trop petite. Le cristallin exprimé ne sort alors qu'à l'aide de pressions réitérées, en laissant sa couche extérieure, en allongeant la pupille, et en entrainant l'iris dans la plaie qui se trouve encore rétrécie par la présence de cette membrane. Mon opinion est que sur vingt yeux perdus aprés l'opération de la cataracte par extraction, dix-sept verraient, si l'incision, placée convenablement, avait eu une ligne de plus de longueur. Celui qui fait son incision trop petite peut difficilement introduire le kystitome destiné à ouvrir et à déchirer la capsule : il éprouve la plus grande difficulté à retirer les débris laissés par le cristallin, et il y en a précisément d'autant plus à óter que ce corps a eu plus de peine à sortir. Dans ce cas, souvent le cristallin , en entrainant avec lui l'iris, déchire cette membrane. Le choix d'un bon instrument bien acéré et bien tranchant est de la plus graride importance. Il doit être mince ,'et'il faut cependant que sa pointe soit assez ferme pour ne pas ployer au moment ou elle pénètre la cornée. Au reste, le point essentiel est que la lame ait la largeur nécessaire pour que l'humeur aqueuse ne s'écoule qu’au moment óü elle a incisé la cornée par l'effet seul de son introduction, et sans qu'on ait été obligé de la retirer. A l'instant

5r2 SECTION VILI, CHAPITRE II,

où la pointe du bistouri sort de la cornée, l'aide, qui a déja commencé à assujétir d'une maniére un peu moins ferme la paupiere supérieure , la laisse descendre à moitié, et l'abandonne tout-àfait au moment ou le bistouri sort entiérement de la chambre antérieure, de facon que le bord de la paupière parait en quelque sorte pousser en tombant, le dos de la lamie du bistouri. L'opération. doit être faite auprès d'une fenêtre treséclairée; mais il faut qu'elle soit munie de voléts, ou au moins d'un rideau d'étoffe épaisse, au moyen duquel on. puisse diminuer la vivacité de la lumière au moment où l'on sollicitera la sortie dela cataracte au travers de la pupille, qu un jour trop vif ferait contracter.

Lorsque là pupille est trop étroité pour laisser sortir le cristallin , et qu'il y a des adhérences entre la face postérieure de l'iris et la capsule, Jincise l'iris, comme faisait Daviel (1). L'événement n'est pas toujours heureux (obs. 463, pl. 45, fig. I). Apres la sortie du éristallin, il faut examiner la pupille, et passer la curette de Daviel, une, deux, ou trois fois, qui suffisent le plus communément pour faire sortir les. petits fragments de mucus que laisse la cataracte; il y en a d'autant plus que la maladie est plus récente. On trouve des fragments transparents , lorsque la couche extérieure du cristallin n’est pas encore opaque (obs. 445).

(x) Philos. transact. an. 1752 , vol. 47; pag. 532.

DE LA CATARACTE. 513 Si l'on voit à la capsule des points d'opacité, il faut en saisir les lambeaux avec de petites pinces (pl. 15, fig. 1), les tirer doucement, et les abandonner sils tiennent trop. Souvent je me contente alors de me servir du kystitome de La Faye, en introduisant, à plusieurs reprises, sa lame dans la pupille, sous différentes inclinaisons (obs. 428). On voit sur la capsule une de ces taches, pl. 22, fig. 2, le cristallin étant en place, et on en voit des traces aprés son extraction, pl. 39, fig. 3. Cette membrane est presque entierement opaque, pl, 38, fig. », et la figure 1 la représente avec une teinte jaune; c'est un cas trésrare. Sharp ne voulait pas que l'on introduisit dans l'oeil la curette après la sortie de la lentille opaque, tant il redoutait l'irritation qui résulte en effet, dans certains cas, de cette introduction, quil regardait d'ailleurs comme superflue (1). Beaucoup d'opérateurs insistent au contraire sur ce procédé (obs. 448) jusqu'à ce que la pupille soit entiérement nette, et que le malade ait vu distinctement. J'ai adopté pour règle de passer légérement la curette à deux ou trois reprises, lorsque j'apercois des débris d’un certain volume, et de ne la passer qu'une seule fois, quand la vue n'est génée que par une portioncule de mucus évidemment destinée à disparaitre par

(1) A critical enquiry in to the present state of surgery.

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