‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humain (volume 2)Chapitre 82 sur 84 · I. ANAND à · texte numérisé non relu

I. ANAND à

l'action du système absorbant. Lorsque la section de la cornée est suffisamment grande, il est rare que la pupille soit embarrassée par des débris remarquables du corps opaque, qui sort entier, et le plus souvent en conservant sa forme naturelle. Depuis qu'au moyen de mon kystitome, je puis, à mon gré, détruire sans aucun risque et dans une grande étendue, la partie centrale de la capsule du cristallin, avant d'extraire ce corps, je n'éprouve que bien rarement le besoin. d'introduire la: curette au - delà d’une seule fois; c'est en effet cette partie antérieure de la capsule qui le plus souvent, en reprenant sa place par son élasticité naturelle, après la sortie du cristallin, met à l'abri de l'action de la curette le peu de mucus qu'il laisse aprés lui, et oblige à introduire plusieurs fois cet instrument; manceuvre qui fatigue beaucoup l'organe, et souvent sans atteindre le but qu'on se propose.

Richter a vu que, dans ce cas, les débris laissés dans la pupille, apres d'inutiles tentatives, fondaient le plus ordinairement. Maitre - Jan dit : «Pour l'ordinaire ils diminuent et disparaissent dans la suite (1). » Des auteurs plus anciens avaient remarqué cet effet.

La cataracte peut étre adhérente à la face postérieure de l'iris (pl. 19, fig. 2), et ces cas sont trés-rares ; lorsque je les rencontre, je passe quel-

(1) Traité des Maladies de l'oeil, partie I, chap. XIII.

quefois, entre l'iris et le cristallin, la curette tresdéliée dont se servait Daviel pour cet usage, d'autres fois, je lui préfère la pointe de mon kystitome ( obs. 438). Dans les cas encore plus rares où le cristallin adhére, soit à sa propre capsule, soit au corps vitré, Richter a imaginé d'ébranler ce corps en le piquant avec une aiguille à coudre ordinaire, emmanchée. M. de Wenzel a fait ployer en fit de crochet la pointe d'une tige aiguë pour saisir ce corps, lorsqu'il se plonge dans le corps vitré (1). Si l'on compare ce dernier instrument avec celui dont je me sers (pl. 14, fig. 5), on verra que le mien est celui de Richter, auquel j'ai fait donner une courbure qui m'a paru rendre son usage plus commode; je m'en sers pour saisir le cristallin lorsqu'un mouvement brusque et spasmodique des muscles du globe a fait sortir un flot de corps vitré. Mon intention, en l'employant, est d'éviter une nouvelle perte de cette humeur : elle aurait lieu alors, si on pressait le globe pour faciliter la sortie de la cataracte, qui, dans ce cas, se plonge dans le corps vitré. Il ne m'arrive presque jamais de m'en servir pour ébranler et détruire de prétendues adhérences; je ne saurais trop répéter que la difficulté que l'on éprouve à faire sortir le cristallin, et que l'on attribue à des adhérences , vient de ce que lincision de la cornée est trop courte

(1) Dict. ophtalmologique , pl. 10, fig. 25.

ou de ce qu'elle est mal placée. L'humeur vitrée peut aussi s'écouler en partie, soit à la suite du cristallin , soit en laissant ce corps derrière l'iris, lorsque l'aide chargé d'assujétir la paupière supérieure en appuie trop fortement la marge sur le bord orbitaire, notamment sur le tronc ou quelques ramifications du nerf frontal, et encore lorsqu'il ne suit point avec cette paupiere la lame du bistouri de maniére à l'abandonner aussitót que cet instrument est sorti. de la cham- ‘bre antérieure. La sortie de cette humeur, lorsqu'elle n'a pas lieu en trop grande quantité, n'est suivie d'aucun accident fâcheux, et la vue se rétablit trés- bien; mais il est bon d'éviter ce qui peut faire contracter les muscles de l'oeil.

On reproche à la méthode par extraction que le bistouri peut blesser liris, et on ajoute que cette blessure est toujours accompagnée de danger. L'expérience prouve que ces deux assertions sont également peu fondées; car il suffit d'un peu d'attention pour éviter de toucher l'iris, et sa lésion, lorsqu'elle a lieu, est communément exempte d’un grand inconvénient. Un bon moyen de l'éviter est de procéder avec douceur, et d'avoir un aide qui ait déja tenu la paupiére supérieure un certain nombre de fois avec intelligence. Cette condition est, à mes yeux, une des plus importantes pour le succès de l'opération. On a proposé de placer l'incision de la cornée à un quart de ligne de la sclérotique; d'autres ont

indiqué cette distance à une demi-ligne, et méme à une ligne. J'ai remarqué qu'en observant, autant que possible, la distance d'un tiers de ligne, on ne touchait jamais l'iris. L'allongement ou l'élargissement de la pupille, aprés l'opération, n'est pas non plus un inconvénient remarquable; il arrive souvent qu'elle reste allongée vers le bord inférieur de la cornée, lorsqu'il y a eu une procidence de l'iris à la suite de l'opération. Cette procidence a pour cause la plus ordinaire une compression exercée par une bande trop serrée; quelquefois elle est due à un coup, et d'autres fois à la maniére dont l'incision de la cornée a été exécutée, soit relativement à une forme vicieuse qu'on lui aura donnée, soit par rapport au point de cette membrane oü elle aura été pratiquée. On ne reconnait en général cet accident que plusieurs jours aprés l'opération , lorsque la petite portion d'iris pincée entre les lèvres de la plaie yd séjourné pendant un certain temps et y est collée. L'oeil présente alors presque toujours l'aspect suivant : la pupille, allongée par en bas, est située au-dessous du centre de l'iris; la partie inférieure de cette membrane formant une espèce de pli sort de la cornée, dont les levres sont écartées l'une de l’autre et présentent l'apparence d’une petite tumeur. La plaie faite à cette membrane est au reste presque toujours bien cicatrisée dans les autres points de son étendue; et, par une conséquence naturelle , la chambre est le pius

ordinairement remplie d'humeur aqueuse. Si on essaie alors de repousser l'iris dans l'œil, on la trouve d'une consistance plus ferme que dans son état naturel, moins sensible, et tellement agglutinée à l'incision de la cornée, qu'on ne saurait l'ébranler. La portion saillante de l'iris est d'abord un peu sensible au mouvement des paupiéres; mais bientót elle éprouve sans douleur l’action de l'air, méme celle d'un instrument avec lequel certaines personnes peu exercées essaient de la repousser dans la chambre antérieure : l'irritation et le larmoiement qui accompagnent la procidence de l'iris tiennent moins à la sensibilité de la portion sortie de cette membrane, qu'au tiraillement éprouvé par les nerfs ciliaires (pl 16, fig. r, o. q.; fig. 2, n. p.5 fig. 2, n. n.). Je suis dans l'usage de ne rien prescrire contre la procidence de l'iris, soit qu'elle succede à l'opération de la cataracte ( obs. 446), soit qu'elle provienne de toute autre cause ( voyez ci-dessus, page 3o» ). On voit cette membrane remonter peu-à-peu, la tumeur qu'elle forme diminuer, et l'incision de la cornée, grossière et comme béante, éprouver par gradations un tel changement, qu'à peine on en apercoit les vestiges. Le malade en est quitte pour la trés-légére difformité qui résulte d'un allongement peu marqué de la pupille , allongement qui, loin de nuire à la vision, facilite souvent cette fonction. Dans un petit nombre de cas, les objets paraissent d'abord autres qu'ils ne sont réelle-

ment, mais ce symptôme ne tarde pas à disparaître (voyez ci-dessus, page 228). Une phlegmasie interne qui s'étend à l'iris fait quelquefois rétrécir la pupille. J'ai dit plus haut (page 260) que l'instillation de quelques gouttes d'une solution aqueuse d'extrait de belladone remédiait puissamment à ce dangereux rétrécissement, auquel on ne connaissait autrefois d'autre remède que la tentative incertaine d'une ouverture dans l'iris, procédé auquel on est obligé de recourir quand l'occlusion est déja ancienne (voyez ciaprés le chapitre de la pupille artificielle ).

Il faut une habitude d'autant plus grande pour distinguer avant l'opération si la capsule du cristallin est opaque, que ce cas est infiniment rare: si on croit reconnaître l'existence de cette complication, il faut détruire, autant que possible, la partie antérieure de la capsule avant d'extraire le cristallin ( obs. 428).

Ou dit ordinairement que la cataracte est müre, lorsqu'elle a la couleur d'une perle, et que, par son opacité complète, elle óte entierement la vue au malade. On la regarde alors comme ayant acquis une solidité parfaite; on dit au contraire qu'elle n'a pas encore acquis sa maturité, quand elle est d'une couleur laiteuse et qu'elle n'óte pas au malade la faculté de distinguer les objets : celle-là passe pour étre molle. Une opinion assez répandue est qu'elle est toujours molle, lorsqu'elle commence, et qu'elle acquiert graduellement de

la dureté en se formant et en mürissant. L'expérience prouve que l'ancienneté de la cataracte ninflue pas sur sa fermeté, et que c'est une erreur de croire qu'elle devient plus dure à mesure qu elle vieillit. Ce que je dis est si vrai, que certaines cataractes trés-anciennes s'allongent comme

un fragment de gelée en passant à travers la pu- | pille, tandis que d'autres qui ne datent pas d'une année, sont trés-dures. La différence méme de leur couleur ne donne point de renseignements certains. La couleur perlée passe pour indiquer leur maturité; cependant on trouve des cataractes de cette couleur sans aucune consistance; tandis qu'on est étonné de la fermeté de quelques autres qui, étant d'un blanc de lait, avaient été regardées comme n'ayant point encore acquis leur maturité.

Ceux qui opérent la cataracte par dépression ont fréquemment à gémir de cette incertitude. Souvent, en déprimant une cataracte, à laquelle ils avaient reconnu tous les signes d'une maturité certaine, ils la trouvent molle et peu propre à étre abattue; ils refusent au contraire d'en déprimer une autre qui aurait bien soutenu l'effort de l'aiguille, parce qu'ils redoutent sa couleur laiteuse ou quelque autre signe qui les induit en erreur. Ces difficultés n'arrétent point ceux qui pratiquent l'extraction, puisqu'on peut extraire la cataracte müre ou non. Cependant il faut avouer que la cataracte molle, soit par sa nature,

DE LA CATARACTE. bot

soit par le défaut de consistance de la couche extérieure du cristallin non encore opacifiée, sort à la vérité assez facilement dans le plus grand nombre de cas, et souvent sans qu’on soit obligé de comprimer le globe, parce qu'elle laisse derrière l'iris cette couche extérieure; mais que l'opération se prolonge beaucoup aprés sa sortie, parce que, pour en retirer les débris, on est obligé de porter dans l'oeil, à plusieurs reprises, la curette de Daviel, dont l'introduction répétée ne saurait avoir lieu sans inconvénient : on peut ajouter que, malgré le peu de consistance de sa couche extérieure, la cataracte non encore formée est, assez ordinairement, plus volumineuse que celle qui l'est entièrement, et que, par une conséquence naturelle, elle dilate davantage la pupille en la traversant, ce qui fatigue l'iris; mais ces inconvénients sont, en général, légers, et ne présentent rien de sérieux.

La cataracte n'a pas toujours PdolleridHr la couleur qu'on lui voit avant de l'extraire. Souvent alors on trouve jaune celle qui présentait la couleur d'une perle. Presque toutes ont dans leur centre un noyau de forme à-peu- prés lenticulaire, plus dur et d'une couleur plus obscure que le reste du cristallin. Faudrait-il en conclure que l'opacité et l'endurcissement de ce corps commencent dans son centre? mais presque toujours, lorsque la cataracte se déclare, on remarque dans la pupille un nuage répandu assez uniformément.

On a établi pour régle (1) que l'opération ne doit pas être pratiquée lorsqu'un seul œil est affecté; on s'est fondé sur ce que le malade ne verrait pas aussi-bien de l'œil opéré que de l'œil sain: le premier, en effet, ayant besoin d'étre aidé par un verre convexe, ne pourrait pas agir, avec le second, simultanément et d'une manière égale.

Cette régle serait inattaquable, si on était sûr que le second œil dût rester intact; mais i| arrive rarement qu'une cataracte par cause interne se borne à affecter un seul oeil; comme elle passe presque toujours à l'autre plus ou moins promptement, ce dernier, aprés l'opération, éprouve le besoin d'un verre convexe, et ce moyen artificiel sert alors aux deux yeux. On peut, au reste, ne point opérer tant quil y a un oil sain; mais il est bon de le faire aussitôt que le second s'affecte, pour que le malade ne tombe pas dans la cécité. |

Les deux yeux étant en état d'être opérés le méme jour, on a demandé s'il était plus avantageux de prendre ce parti, que de remettre la seconde opération aprés le rétablissement du premier œil? La réponse exige une distinction. La double opération est plus avantageuse à celui qui lexécute : elle augmente pour lui la chance de rendre la vue à son malade, et s'il. n'est pas sür

ri i M a —— — a ————— ————— ——

(r) Warner. Cases of surgery , pag. 62.

DE LA CATARACTE. 593 de sa main, il voit sa réputation à l'abri; car il est extrêmement rare que les deux yeux succombent aprés une opération aussi simple, lorsqu'elle a été exécutée selon les régles connues. Mais il est, selon moi, plus avantageux pour le malade de n'étre opéré que d'un cil à-la-fois; car, en opérant les deux, on voit quelquefois aprés l'opération, des accidents, survenus d'abord à un ceil et bornés à ce seul organe pendant plusieurs jours, s'étendre enfin à l'autre par sympathie. Je vois dans ce moment un homme bien constitué, à qui un chirurgien a extrait le même jour deux cataractes. L'opération a été suivie d'un chémosis, qui a occasionné l'atrophie de l'œil gauche, et a déterminé une inflammation vive sur le droit, dont la cornée est couverte de taies; la pupille est oblitérée, et la chambre antérieure n'existe plus. Cet homme est aveugle complétement et sans ressource. Il aurait été probablement plus avantageux pour lui de subir l'opération d'abord à un œil, et ensuite à l'autre, à quelques semaines d'intervalle. | Lorsque le premier œil a été opéré sans succes par dépression, je suis dans l'usage d'opérer l'autre par extraction : si, au contraire, l'emploi de cette derniére méthode n'a pas été heureux , j'abaisse le cristallin de l’autre œil, et, par cette marche, je ne vois jamais aucune influence fàcheuse de la premiére opération sur la derniére. Je dois ajouter, pour étayer l'opinion que jai

52A SECTION VIII, CHAPITRE Ii,

adoptée, qu'en opérant un seul œil, on recommande au malade de se coucher sur le cóté opposé, et que les larmes passent alors plus aisément dans les narines par les voies lacrymales ( voy. ci-dessus, pages 284 et 285). Cette situation

est tellement favorable, que je vois souvent des malades intelligents, opérés par extraction, attribuer leur guérison au soulagement que cette situation leur a fait éprouver. Or, quand on a opéré les deux yeux, on ne peut la prescrire en faveur d'un œil qu'aux dépens de l’autre, sur lequel la liqueur lacrymale, dont la sécrétion est alors si abondante, demeure plus long -temps, macère la cornée, sur-tout les lèvres de lincision, et soppose à leur réunion.

Si jai rarement des échecs dans l'opération de la cataracte, je l'attribue en grande partie au soin que je prénds de faire coucher le malade sur le côté opposé à celui de l'oeil opéré, ou , lorsque jopére les deux yeux, de le faire coucher sur le cóté opposé à celui de l'oeil qui parait le plus disposé à devenir le siége de quelques accidents.

On peut, au reste, opérer les deux yeux au méme instant, quand le malade le désire vivement et que tout fait présager un heureux succès.

Il faut attendre l’âge de la puberté pour opérer les aveugles de naissance, et encore il est bon qu'ils demandent d'eux-mémes à étre opérés.

La cataracte est quelquefois de famille. J'ai opéré un jeune homme aveugle de naissance qui

DE LA CATARACTE. 525 avait trois frères aveugles plus jeunes que lui, dont les cataractes étaient aussi congéniales.

On n'a point encore atteint le but qu'on se proposait, quand on a bien exécuté l'opération ; il reste ensuite à exercer une surveillance non moins importante et non moins difficile, en combattant les symptómes qui peuvent survenir, et dont le traitement mal dirigé est une source fréquente des plus graves accidents. Le premier symptóme qui se manifeste est une inflammation de l'oeil; si elle est violente et longue, elle peut détruire entièrement la vision; moins forte et passagére, elle peut encore la troubler plus ou moins, mais toujours d'une maniére inquiétante; en sorte qu'il est mieux de prévenir cette phlegmasie que de la combattre. On ne doit pas toujours attribuer les accidents à la méthode employée; il est facile de reconnaitre qu'ils sont dus plutót à la négligence de celui qui a fait l'opération , soit qu'il ait pu les prévenir ou les faire promptement cesser, soit qu'il ait consenti à opérer des malades mal disposés, soit enfin que l'opération n'ait pas été faite avec la légéreté nécessaire. Presque tous les symptómes qui se manifestent aussitót apres font assez connaitre qu'ils sont dus à une tension du systéme nerveux. Ainsi, il arrive souvent que le malade éprouve une langueur, une tristesse inexplicables pour lui; il ressent des coliques ou des tensions douloureuses dans diffé-

rentes parties du corps: il est ébranlé par des horripilations; l'oeil opéré s'agite violemmient sous la compresse qui le couvre; une petite fièvre est suivie d'inflammation de l'œil, et parait moins l'effet que la cause de cette inflammation, au point que le degré de la phlogose est proportionné à celui de la fièvre dont elle a été précédée. Ce mouvement fébrile, qui se déclare presque toujours la nuit, est léger la premiere, un peu plus fort la seconde, et trés-marqué la troisiéme, avec douleur à l'oeil, chaleur et anxiété. l'inflammation se manifeste ordinairement aprés ce troisième accès; mais quelquefois la douleur de l'oeil se déclare aussitót apres le premier. Il est certain que, plus les accidents du systéme nerveux 'sont nombreux et graves immédiatement apres l'opération, plus la fièvre et la phlegmasie qui la suivent ont d'intensité. Un moyen assuré d'empécher le développement de ces symptómes alarmants est de prévenir l'irritation nerveuse, ou de la faire promptement cesser.

Il est quelquefois facile de reconnaitre la cause de lirritation du systéme nerveux, lorsque les malades , tourmentés par l'appréhension d'un défaut de succès, et agités, pendant les jours qui précédent l'opération , par des craintes toujours croissantes, sur-tout à son approche, ne s'y soumettent que pâles, tremblants, et prêts à perdre connaissance; ce qui arrive à quelques - uns,

DE LA CATARACTE. 527 méme avant qu'on ait pratiqué l'incision de la cornée. Richter a entendu parler d'une femme qui expira pendant l'opération ; aussi les accidents sont-ils plus fréquents chez les sujets d'une consutution irritable, d'un tempérament et d'une ame faible, chez ceux sur-tout qui ne parlent de l'opération qu'avec effroi : il m'arrive souvent de faire assister ces malades timides à une ou plusieurs opérations de cataracte la veille du jour ou le jour méme qu'ils doivent la subir; Je vois toujours que cela les tranquillise, et produit sur eux un effet tel, qu'ils se laissent opérer avec le plus grand calme. J'ai toujours regardé la grande confiance du malade dans celui qui doit l'opérer, comme le gage le plus assuré du succés. Au reste; moins le malade est timide, plus il y a d'espoir d'un heureux résultat ; moins il montre de résolution, plus là chance est hasardeuse. Par une conséquence naturelle, il arrive plus souvent des accidents aux femmes qu'aux hommes, à la suite de l'opération. Non-seulement les sujets fortement constitués que l'on regarde comme plus disposés à l'inflammation , n'éprouvent pas une plus forte irritation , mais encore les accidents sont moins graves chez eux, tandis qu'ilsle sont beaucou p plus chez les malades d'une constitution débile. On est étonné de la facilité avec laquelle se rétablissent certaines femmes de la classe indigente, adonnées aux boissons spiritueuses, qui portent souvent sur leur visage

des preuves évidentes des excés auxquels elles se livrent, et qui ressemblent à des hommes par leur habitude extérieure.

Le tempérament lymphatique forme une disposition peu favorable à la prompte formation d'une cicatrice solide. J'ai opéré par extraction aux deux yeux, en aoüt 1817, Madame L'"*, de l'Aigle, àgée de soixante-quinze ans, qui présentait toutes les apparences de la constitution la plus faible, la plus lymphatique, et la moins favorable à un heureux succés. Le rétablissement ne fut complet qu'un mois apres les opérations, qui avaient été trés-heureuses. La malade portait au cou, depuis trente-cinq ans, une de ces tumeurs vulgairement désignées sous le nom de goitre; maladie à laquelle M. Alibert a donné le nom de thyro-phraxie à plusieurs lobes, et quil, a représentée d'une maniere si parfaite (1). Il a examiné cette malade aprés le rétablissement de sa vue, et il m'a engagé à faire ici mention d'un effet que je n'avais pas encore eu occasion de remarquer. Parmi les divers symptómes qu'amenérent la caducité et la constitution particulière de la malade, le plus marqué fut un larmoiement abondant, qui durait encore même apres le rétablissement complet de la vue des deux yeux: pendant sa durée, la tumeur a perdu un quart environ de son énorme volume.

REOR Meg nos te nent LL EUER

(x) Nosologie naturelle, 8° famille, genre V, planche D.

Un moyen assuré de prévenir les accidents qui peuvent résulter de l'opération de la cataracte, c'est de ne point négliger de préparer le malade lorsque cette précaution parait indiquée : une: saignée faite la veille ou la surveille suffit ordinairement pour en assurer le succès ; j'ai l’habitude d'ordonner une seconde saignée du pied quelques heures aprés l'opération, ou d'y faire appliquer des sangsues. Je remarque que le malade éprouve aussitót aprés un calme qui présage presque toujours la réussite. Cette saignée provoque le sommeil, souvent nul ou fort agité, sur-tout pendant la première nuit: je m'absuens de faire saigner les sujets faibles et ceux qui ont le système nerveux trés- irritable. Il est bon d'interdire aux malades, pendant les huit jours qui précédent l'opération, le vin, les ragoüts, et tout ce qui peut porter de l'irritation . sur les solides, ou accélérer la circulation des liquides. Ils. doivent alors vivre de légumes et d'aliments rafraichissants : les pédiluves, deux ou trois lavements émollients, quelques onces d'huile d'amandes douces, données à deux jours de distance, produisent toujours un bon effet. Je fais donner de trois en trois heures, aussitót apres l'opération , une tasse de bouillon fait avec la moitié d'une poule et deux livres de veau, et, dans les intervalles, une tasse de décoction légère de chiendent édulcorée avec du sirop de groseilles.

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Dans la nuit qui suit l'opération, je donne en deux doses, à deux heures d'intervalle, une demionce de sirop de Diacode. Si le sommeil survient, et qu'il n'y ait aucune tension spasmodique, on peut supprimer la seconde dose, et quelquefois méme les deux. Le lendemain ou le surlendemain,le bouillon de veau est remplacé par un léger bouillon de boeuf; mais s'il y a de l'irritauon, je fais continuer lusage du bouillon de veau. Tout ce qui peut porter de l'activité dans la circulation, et, par une conséquence naturelle, exciter de la chaleur dans l'oeil opéré, doit étre soigneusement évité, sur-tout les premiers jours. Une garde exercée et attentive est trés-utile pour faire observer le régime prescrit. Le troisiéme jour, je.permets une petite quantité de soupe, que l'on augmente le quatriéme; on peut donner des légumes le cinquième et le sixième; et de la volaille le septième, ainsi que dans le cours des trois ou quatre jours suivants. Le malade ne doit reprendre sà nourriture ordinaire que par gradations, et en choisissant scrupuleusement ses aliments, jusqu'à ce qu'il supporte sans aucune difficulté l'impression de la lumière.

Il est trés-important de faire connaître au malade que les clignotements des paupières sont extrémement nuisibles, 1? pendant la rapide incision de la cornée; 2° pendant la destruction de la partie antérieure de la capsule; 3? pen-

DE LA CATARACTE. 53r dant les pressions trés-légéres que l'on doit exercer avec le pouce sur le globe, à travers la paupière supérieure , pour provoquer la sortie de la cataracte : ces clignotements, toujours accompagnés de mouvements du globe, font alors rentrer le corps opaque; il sort avec la plus grande facilité, lorsqu'on peut obtenir du malade de ne pas agiter l'oeil ni les paupières pendant quelques secondes. Ces agitations nuisent encore beaucoup pendant l'emploi de la curette.

Aussitót que le cristallin est sorti, et que l'on a passé tres-légèrement deux ou trois fois la curette entre la cornée et l'iris, il faut laisser tomber du front sur les yeux une double compresse de linge trés-fin, retenue par une bande si làche, que le malade puisse, si on le lui permettait, entr'ouvrir les yeux en la relevant. Peu d'heures aprés, le léger engorgement qui survient l'en empêche assez ; il doit porter, lorsqu'il en éprouve le besoin, une petite éponge fine au grand angle de l'oeil, pour absorber la sérosité qui n'est point reprise assez vite par les points lacrymaux; il imbibe cette éponge dans une tasse d'eau animée de quelques gouttes d'eau-de-vie : ce mélange ne doit pas étre employé chaud, mais à la température de la chambre. Souvent je mets fin à des accidents qui ont une apparence de gravité, en faisant supprimer le lendemain la bande et les compresses , et en laissant l'oeil libre, mais dans

une profonde obscurité. Mon usage constant est de ne jamais provoquer l'ouverture des paupières ; J'attends toujours que le malade ouvre spontanément l'oeil opéré; ce qui a lieu ordinairement du septième au dixième jour, quelquefois du quatrième au septième. Des douleurs trés-fortes sont souvent accompagnées d'accidents fort légers; d’autres fois les douleurs sont peu marquées, et la cornée cependant tombe en suppuration. Le malade ressent le plus souvent, quelques heures aprés l'opération, une douleur assez vive, qui dure une heure ou deux, et disparait pour se faire sentir de nouveau dans le cours de la nuit pendant le méme iutervalle, aprés lequel elle. se dissipe pour ne plus revenir, méme lorsque la rougeur de l'oeil augmente. Quand il y a des accidents, la douleur est plus forte pendant la durée des nuits. Dans certains cas, les symptómes ne se manifestent que du quatrième au septième jour : aussi ne doit-on, qu'après ce dernier terme, se relâcher des précautions indiquées. La cicatrice de la cornée est faite le second ou le troisième jour de l'opération ; elle parait d'abord blanche, légérement gonflée, et grossière; mais elle éprouve un tel changement avec le temps, qu'elle ne laisse presque aucune trace. Lorsque la phlegmasie est. portée à un degré inquiétant, on en diminue l'intensité par l'application des vésicatoires appliqués à la nuque ou derriére les oreilles. J'ai été quelquefois consulté pour des

DE LA CATARACTE. 533 ophtalmies opiniâtres qui avaient succédé à des opérations de cataractes bien faites, et j ai cru reconnaitre que ces accidents venaient de ce qu'on avait couvert l'eeil trop long-temps, et de ce quil avait été comprimé. |

Aprés le succés le plus complet, il survient quelquefois des symptómes qui inquiètent le malade, mais qui souvent n'ont aucune suite. Parmi ces symptómes, on remarque différentes anomalies dans la vision (obs. 422 ) jusqu'à ce que l’organe soit fortifié par l'exercice. ;

Il est des cas rares où la pupille conserve de la mobilité, quoique la rétine soit insensible; et dans d'autres, aussi peu communs, l'iris ne donne aucun signe de sensibilité à l'impression de la lumière, quoique l'organe immédiat de la vue en conserve plus ou moins. Lorsque , dans un de ces cas douteux, une cataracte se forme, le pronostic en est extrémement incertain. Si on se détermine à tenter l'opération, on doit alors à la confiance du malade et à l'honneur de l'art, l'aveu bien prononcé que l'on ne peut pas répondre du résultat (obs. 43o, 431, 432 , 439 ) Quelquefois la complication provient d'une ophtalmie interne ( obs. 433, 442» ) Jai vu , mais rarement, une amaurose plus ou moins parfaite avant ou apres l'opération (obs. 429 , 434 , 435).

En recueillant avec soin des observations nombreuses, j'ai reconnu, contre l'opinion commune,

que l'ancienneté de la cataracte n'est pas une cause d'adhérence (obs. 436, 443, 444). C'est donc inquiéter inutilement les malades que de les menacer d'adhérences, s'ils tardent à se faire opérer. | |

Je suis dans l'usage de ne rien prescrire localement pour combattre les accidents qui surviennent à la suite de l'opération. Ils se dissipent par les seuls efforts de la nature ( obs. 447 ).

J'ai fait une quantité immense d'opérations de cataractes, notamment lorsque j'ai été appelé hors de Paris; j'en fais un grand nombre habituellement, et jamais je n'ai rencontré celle qui a été désignée par quelques auteurs sous le nom de cataracte noire.

Jai vu la pupille trés- nette aprés l'ouverture de la capsule et la sortie d'une petite quantité de mucus laiteux. On a dit que, dans des cas semblables, ou aprés l'enlévement de la partie antérieure de la capsule devenue opaque, le cristallin sain pouvait rester transparent, et on en a cité des exemples. Les malades chez lesquels, à l'ouverture de la capsule, la pupille m'a paru noire aprés la sortie d'un peu de mucus, avaient leur domicile fort loin de Paris, et je n'ai pas été assez heureux, malgré mes recherches, pour apprendre s'ils avaient pu lire sans le secours d'un verre convexe. La saine théorie répugne à cette supposition ; il me semble donc que, dans ces cas, le cristallin avait dà étre liquéfié et absorbé.

J'ai opéré par extraction les deux yeux de Madame L'"*, supérieure des religieuses de l'Hótel- Dieu de Soissons. La cataracte de l'oeil droit ne présenta rien de particulier. Il ne sortit de la pupille du gauche qu'un mucus faiteux ; mais Madame L*** a fait usage d'un verre à cataracte pour l'un comme pour l'autre de ses yeux.

M. Feigneau, âgé de cinquante ans, bien constitué, qui était receveur du droit d'octroi à Hall, prés Bruxelles, lorsque je lui fis à Paris, en 1806, l'opération de deux cataractes , vit très-bien de E et de l'autre œil aussitôt après l'ouverture des capsules et la sortie d'une petite quantité de mucus laiteux. On m'a dit récemment qu ll lisait sans le secours de verres convexes. J'ai échoué dans les informations que j'ai fait prendre; son domicile est changé et inconnu aux personnes que jai employées; s'il jouit vraiment de cette faculté, ou si d'autres en ont joui dans des cas semblables, comme on l'a dit, voici la maniére dont on pourrait expliquer ce phénomène. Le cristallin, ayant été liquéfié et absorbé dans sa capsule, à l'exception de la goutte de mucus laiteux que produisit la piqüre de cette membrane, l'humeur aqueuse ne pourrait-elle pas en avoir rempli la cavité dont la petite ouverture, faite un peu latéralement, aurait laissé une circulation libre à l'humeur aqueuse? La présence de ce fluide tiendrait la capsule étendue, et les rayons lumineux seraient réfractés par cette espéce de

lentille formée par l'humeur aqueuse et la capsule, dont je n'ai jamais détruit la partie antérieure dans ces occasions rares. On peut encore supposer que le corps vitré pousse dans la pupille la capsule restée à- peu- prés entière, qui forme ainsi une sorte de lentille. Cette derniére supposition parait mieux fondée sur la structure des parties.

J'ai vu sortir quelquefois le cristallin opaque enfermé dans sa capsule qui avait conservé sa transparence ( voy. tome III, page 442). C'est un cas si rare, que j'en avais entendu nier la possibilité par des personnes qui avaient quelque habitude de cette opération.

Lorsqu'on trouve le cristallin passé à travers la pupille dans la chambre antérieure ( obs. 449), il faut le retirer en faisant une incision à la cornée: c'est un cas bien rare; mais il est encore moins commun de voir ce corps opaque descendre derrière liris dans le corps vitré, et laisser un accès libre aux rayons de lumière jusqu'à la rétine (tome III, page 395).

Quand le corps vitré a été désorganisé, j'ai vu des cas ou le cristallin passait quelquefois dans la chambre antérieure, et repassait ensuite derrière l'iris ( obs. 450).

De l'opération de la Cataracte par dépression.

Avant que le célebre professeur de Pavie ett porté l'opération par dépression au point de per-

Pt ndis teni

fection auquel nous la voyons aujourd'hui, notamment par la construction heureuse de son aiguille, je n'abaissais le cristallin qu'avec quelque répugnance, et. seulement dans des cas de complications, par exemple, lorsque le malade avait le conduit nasal obstrué, les paupiéres malades, ou des taches sur la cornée (tome III, page 574). Depuis la publication de l'ouvrage dont ce grand chirurgien a enrichi l'art de guérir, je fais moins de difficulté de déprimer par sa méthode le cristallin opaque, et j'ai étendu le nombre des cas où je l'emploie. Je m'y détermine quelquefois, lorsque le globe est très-enfoncé, dans l'orbite, ou la cornée trés - petite ; quand l'oeil a éprouvé autrefois des phlegmasies, ou qu'il existe, soit un principe spécifique, soit des céphalalgies (tome III, page 373), et souvent méme enfin sur un simple desir du malade. Il m'arrive de déprimer le cristallin à un œil et de l'extraire à l'autre. F'exhorte ceux qui commenceront à pratiquer cette opération à se rendre familières l'une et l'autre méthode, pour se mettre en état d'exécuter la dépression , au moins dans certaines occasions, notamment, comme je l'ai dit plus haut, lorsque l'extraction aura été faite sans succès au premier œil. Mais, en thèse générale, je ne dois pas laisser ignorer que l'extraction me parait préférable, et que, lorsque rien nindique spécialement la dépression , il faut extraire. J'ai vu souvent des hommes de l'art,

qui n'avaient aucune opinion formée à ce sujet, se prononcer sans hésitation pour l'extraction, aprés avoir vu pratiquer, d'une maniere également heureuse, l'une et l'autre méthode, et par la seule application. des connaissances théoriques nécessaires à l'examen auquel ils se livraient. Ce que l'on a dit pour et contre chacune d'elles est si connu, que je me dispenserai de le rappeler ici. J'engage ceux qui voudront opérer par dépression à ne pas le faire sans avoir lu et médité le chapitre XV du célébre auteur auquel je les renvoie (1): on ne peut connaitre son procédé qu'en méditant la totalité de ce chapitre , auquel on trouverait difficilement un seul mot à changer. Il ne me semble pas permis, depuis sa publication, de commencer à abattre des cataractes sans l'avoir appris par cœur, et sans avoir pesé l'importance des préceptes qu'il. renferme.

Je m’abstiendrai de parler de la Aératonixis, .ou de la dépression de la cataracte en faisant pénétrer laiguille à travers la cornée, parce que je ne crois pas à l'efficacité de ce procédé. J'en avais jugé autrement, et j'ai rapporté, dans le Journal général de Médecine, de Chirurgie et de Pharmacie, rédigé par M. Sédillot, des exemples de succés; mais j'ai reconnu depuis, que la réussite aurait été probablement plus complète par la méthode de l'extraction. On a puisé dans mon

(1) Traité-pratique des maladies des yeux.

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