‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humainChapitre 12 sur 60 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Du Glaucóme.

Observation 367.

Rabastens, en Albigeois , le 26 avril 1774.

Mémoire. — M. F***, d'une constitution sèche, d'un tempérament vif, d'une imagination ardente, ayant eu de tous temps la vue trés-courte, mais bonne, y à éprouvé de la confusion aprés des applications constantes et des lectures longues de vieux parchemins : les objets lui ont paru comme enveloppés d'un nuage. Le repos rendit à sa vue sa première netteté, mais un nouveau travail la jeta dans l'obscurcissement. La vision est cependant devenue claire dans l'œil gauche; mais il est survenu depuis un mois une forte ophtalmie à l'œil droit avec gonflement des paupières, accompagnée de douleurs horribles et continuelles, qui sont cependant aujourd'hui un peu calmées :

il en découle par intervalles quelques sérosités. Le blanc de l'oeil conserve toujours son engorgement et sa vive rougeur inflammatoire. L'iris, qui dans son état naturel tirait sur le bleu-clair, a pris une couleur noire. La vue de cet œil est totalement perdue, et lorsque pour apercevoir les objets le malade ouvre le bon, il sent alors, comme par contre-coup, une douleur qu'il rápporte au milieu ou sur la cornée de l'ceil malade. Depuis deux mois il prend des remèdes propres à adoucir l'acrimonie de son sang et à détremper les humeurs. Avant que l'ophtalmie se déclarát, il éprouvait dans cet œil une espéce de sécheresse suivie quelquefois de larmoiement. Voulant fortifier sa vue, il lava ses yeux avec de l'eau fraiche. C'est aprés ces lotions que l'ophtalmie a paru : il a depuis ce temps mis en usage plusieurs collyres tempérants, adoucissants. La tuthie entrait dans quelques - uns. Il a été purgé plusieurs fois; on entretient l'écoulement d'un vésicatoire entre les épaules, et le mal est toujours opiniátre. Il est d'ailleurs sujet à de violents maux de téte, et cependant il tient une conduite des plus réglées. On appréhende que le malade ne perde cet ceil. Quel moyen peut-on employer pour le conserver? La saignée à la temporale ou l'application des sangsues pourront-elles être utiles?

Réponse.

L'ophtalmie dont l'œil droit de Monsieur est

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attaqué depuis un mois est.portée à un si haut degré de violence, que la vue du bon œil parait menacée, puisqu'il pourrait se former des glaucómes, que le brouillard survenu avant l'inflammation n'a que trop annoncés. 1l s'est dissipé, à la vérité, par le repos; mais, comme il a reparu, sa disparition passagére n'est pas de nature à dis-

siper l'inquiétude qu'il doit naturellement inspi-

rer. Il est étonnant qu'il ne soit fait aucune mention de saignée dans le Mémoire qui contient l'exposé de cette maladie, quoiqu'il y soit parlé des autres remédes qu'on a employés pour la combattre. Serait-il possible qu'on en eüt négligé un qui était si fort indiqué, à raison de la violence de l'inflammation et des douleurs horribles et continuelles dont elle a été accompagnée? Si cela était, il faudrait nécessairement y avoir recours, à moins qu'à la réception de la présente tous ces symptômes n'eussent presque entièrement cessé. Si on a déja tiré du sang, on fera une nouvelle saignée de la jugulaire, et le lendemain, on appliquera une quinzaine de sangsues à l'oeil droit, partie à la tempe, partie le long de la paupière inférieure. Ce moyen est nécessaire pour dissiper le reste de l'inflammation qui subsiste encore aux membranes extérieures de l'œil, et pour résoudre celle dont les parties internes paraissent affectées, puisque l'œil, de bleu-clair quil était, a pris une couleur obscure, ce qui dénote un engorgement considérable dans l'iris.

Mais si lorsqu'on recevra la présente les douleurs subsistaient, et qu'on n'eüt eu recours à aucune saignée , il faudrait commencer promptement par celle du pied, et la répéter une seconde ou méme une troisiéme fois avant d'en venir à celle de la jugulaire et aux sangsues. Il faut aussi que Monsieur prenne tous les jours deux pintes de petit-lait clarifié, qu'il se tienne au bouillon et à la tisane; car il n'est pas possible qu'une pareille maladie soit exempte de fièvre. |

1l est dit qu'on l'a beaucoup purgé; les purgatifs ne conviennent qu'à la fin des ophtalmies et jamais lorsque les douleurs se font sentir. Le vésicatoire lui- méme ne doit étre appliqué que lorsque la détente a commencé, quand le sujet a la fibre séche et irritable, et que son sang est inflammatoire. Si donc les douleurs et la fiévre subsistent encore, il faut supprimer le vésicatoire, employer les saignées réitérées du pied, celle de la gorge et les sangsues, la diéte, les lavements, et les délayants antiphlogistiques, tels que le petit-lait, l'eau de poulet émulsionnée, l'eau de chiendent nitrée pour tisane; donner tous les soirs une chopine d'émulsion à laquelle on ajoutera un gros de sel sédatif fait par cristallisation et une once et demie de sirop de nénuphar: une décoction de tétes de pavots servira de collyre. Lorsque l’inflammation aura presque entiérement cessé, on purgera avec casse et manne. Cette maladie est une ophtalmie sèche,

GLAUCÔME. 207 qui n'exige pas la même quantité de purgations qu'une ophtalmie humide. Si après la disparition des accidents la vue n'est pas rétablie, on pourra alors recourir au vésicatoire entre les deux épaules, et en entretenir l'écoulement pendant six semaines, en donnant tous les jours quelque bois- son délayante pour prévenir les ardeurs d'urine, et servir de véhicule au sel volatil que les cantharides introduisent dans le sang. Le petit. lait est le meilleur de tous.

N. B. Mon père garda copie d'une longue et importante consultation qu'il recut quatre mois apres , et que l'on trouve dans le recueil des consultations de M. Barthès, publié en 1810 par M. Lordat, vol. r, page 157 jusqu'à 247. L'éditeur n'a pas omis un seul mot dans le courant de cette savante consultation ; il a seulement à la fin supprimé quatre lignes que voici, et par les-

quelles se termine la copie écrite de la main de mon pére :

« Le malade évitera avec soin de se livrer à de « fortes contentions d'esprit; il lui importe extré- « mement de posséder son ame en paix; mais « nous l'aurions mal connu, si nous jugions né- « cessaire de lui donner des conseils moraux. » -

La)

« Délibéré à Montpellier, le 14 août 1774.

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