‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humainChapitre 13 sur 60 · MÉJEAN. BARTHES · texte numérisé non relu

MÉJEAN. BARTHES

« Chancelier de l’université de « médecine de Montpellier. »

C'est à regret qu'entrainé déja au - delà des limites que je m'étais prescrites, je ne donne point la consultation de M. Barthes : jengage les lecteurs qui seront à portée de le faire, à la lire dans le recueil des consultations de ce célébre médecin.

Seconde Consultation de mon père pour M. F***.

Le 23 septembre 1774.

L'ophtalmie considérable que M. F*** eut vers la fin du mois de mars dernier, et pour laquelle nous fümes consultés environ un mois aprés, a été autant interne qu'externe ; l'inflammation a également attaqué les parties intérieures et extérieures de l'oeil droit. Il parait qu'on a ménagé les saignées dans cette maladie, et qu'elle s'est terminée par un glaucóme; c'est-à-dire qu'il y a paralysie dans la rétine et opacité dans le cristallin, comme l'ont reconnu les médecins qui ont été consultés, dont nous avons lu attentivement la consultation. Nous ne saurions leur refuser la justice d'avoir disserté trés - savamment sur la nature de cette maladie, pour la curation de laquelle, connaissant linsuffisance de la méthode ordinaire, ils ont eu le courage d'en proposer une plus énergique, qu'ils qualifient de perturbatrice, dans le cas ou la première, par laquelle ils conseillent prudemment de commencer, serait inutile ou agirait trop lentement. Comme c'est sur cette méthode perturbatrice qu'on nous

-GLAUCÓME. 209 fait l'honneur de nous consulter, nous ne pouvons répondre à la confiance que l'on nous témoigne. qu'en disant librement ce que nous en pensons. Nous commencerons par avouer que jusqu'ici nous avons regardé le glaucóme , méme commencant, comme une maladie incurable, et que dans le cours d'une longue pratique nous ne l'avons jamais vu guérir par le secours des saignées, des délayants, des incisifs, des purgations réitérées, et des révulsifs. Aussi ne recouronsnous jamais à ces moyens avec l'intention de rappeler la vue dans un oeil attaqué de glaucóme, ou pour appaiser l'inflammation et les douleurs qui l'accompagnent ordinairement, mais seulement pour en garantir l'oeil sain.

Celse dit à la vérité que, dans les maladies désespérées, il vaut mieux recourir à un reméde douteux que de n'en employer aucun. Mais ce conseil ne regarde que les maladies qui menacent d'une fin funeste. Dans celle dont il s'agit, il n'est question que de la perte d'un œil, perte dont on pourrait se consoler, si l'autre restait sain. Or, la méthode perturbatrice proposée est non-seulement très-incertaine, mais elle nous parait fort dangereuse pour la santé en général. D'ailleurs, en supposant que les mercuriaux et les vénéneux produisissent quelque effet salutaire, cet effet n'aboutirait jamais qu'à rétablir plus ou moins la diaphaneité des milieux transparents de l'oeil , et non à guérir la paralysie de la rétine. En effet,

sil y a quelques exemples de cataractes commencantes dissipées par les mercuriaux ou par les vénéneux, ces exemples sont extrémement rares, et nous n'en connaissons aucuns de gouttes sereines, méme imparfaites, guéries par ces remedes.

Nous ne saurions adopter la méthode proposée dans la consultation qui nous a été communiquée , non plus que l'idée d'une opération, parce que la première nv pourrait jamais procurer que de faibles avantages et ferait courir de plus grands dangers au malade, et que la seconde serait absolument inutile pour le rétablissement de la vue. En effet, il ne s'agit point ici d'une cataracte simple, mais d'une cataracte glaucomatique, c'est-àdire, compliquée de paralysie dans la rétine, et à laquelle on ne peut remédier par aucune opération, ni par les mercuriaux et les vénéneux. L'extraction ou l'abaissement du cristallin ne rétablirait donc pas la vue.

Nous ne pensons pas de méme sur les autres moyens indiqués dans la consultation : ils nous paraissent convenables pour satisfaire à la premiere indication. C'est ce que l'auteur appelle méthode plus naturelle, sur laquelle on ne doit cependant pas compter pour la guérison de l'oeil affecté; mais elle peut préserver l'oeil sain. En général, nous pensons que, pour y parvenir, on ne saurait trop insister sur l'usage des délayants associés aux incisifs, sur les purgatifs administrés

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de loin en loin; et sur les exutoires, pour détourner des parties supérieures les humeurs qui s'y portent. Nous conseillons d'ajouter à ces moyens l'usage des bouillons de veau, avec le suc de centcinquante cloportes le matin et autant le soir.

Amicus plato , amicus aristoteles ; sed magis amica veritas.

Trois mois aprés, on apporta à mon pere une lettre de madame la comtesse de Mérinville, datée du château de Salvagnac, par Rabastens , en Albigeois, adressée à M. l'abbé de Gueydon, le 19 décembre 1774. Suit un extrait de cette lettre :

Questions au sujet de M. ET.

Ses yeux sont dans le méme état. Il n'y voit pas de l'œil droit. Il vous prie instamment de demander à M. Demours, s'il y a un moyen infaillible pour connaitre une goutte sereine. Il se méfie beaucoup de tout ce qu'on lui a dit ici à cet égard; il voudrait voir s'il pourrait prendre quelque assurance d'apres cet habile médecinoculiste. Je vous l'ai dit, il n'y voit presque plus de l'œil gauche; ce n'est méme que comme à travers un nuage. Il y a quatre ou cinq mois qu'il apercevait une espèce de lueur de l'oeil droit exposé au grand jour; mais aujourd'hui les rayons méme du soleil ne font presque d'autre impression sur cet œil que de le fatiguer. 1l est devenu plus petit que l’autre. La pupille, qui a pris une forme ovale du haut en bas, est couverte bien sensible-

ment d'une petite toile qui parait démontrer l'existence d'une cataracte. Depuis cinq semaines que le malade fait usage de bouillons de. cloportes, ordonnés par M. Demours, il n'y sent plus de douleur, à moins qu'il n'y touche : alors il en éprouve une qui diminue de jour en jour.

Un autre bon effet qu'il éprouve de ces bouillons, c'est qu'une petite rougeur qu'il avait autour de la cornée a diminué au point qu'elle est peu sensible.

Réponse.

Le pronostic que j'ai porté dans ma dernière consultation au sujet de la maladie de M. F** ne s'est malheureusement que trop confirmé. Il est attaqué d'un glaucóme, probablement pour n'avoir pas été assez saigné, peut-être pour ne l'avoir point été; car il n'en est pas parlé dans les Mémoires qui nous ont été communiqués. Cependant l'ophtalmie qu'il eut au mois de mars dernier, ayant été des plus violentes et des plus douloureuses, aurait exigé qu'on eüt recours à ce remède: c'est pour ne l'avoir pas fait qu'il est survenu une altération dans les milieux transparents qui se manifeste par l'espéce de toile qu'on voit dans la pupille, et une paralysie du nerf optique ou goutte sereine, dont l'existence est prouvée par la privation totale de la vue de l'oeil droit, et par la dilatation et l'allongement de la pupille. Cet oeil étant absolument perdu, il faut tout mettre en usage pour tácher de conserver le gauche,

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