GLAUCOME
qui est menacé... Continuer les cloportes et le petitlait... Purgation le vingt-uniéme jour... Intervalle de huit jours pour recommencer, en observant la méme marche.
Observation 368.
Mémoire, 1° août 1804. — En 1797, M. B", juge à G""*, a eu successivement, à deux reprises, la téte subitement couverte de pous. Ces crises ont eu lieu à un mois et demi l'une de l'autre; elles ont duré chacune à-peu-prés six semaines : il ne les a fait passer qu'en se peignant trésfréquemment avec un peigne fin. Environ deux mois apres la dernière de ces crises, son oeil droit s'est couvert peu-à-peu du bas en haut, et s'est trouvé totalement obscurci en huit jours sans qu'il ait ressenti la moindre douleur. A la fin de la méme année, il a fait un voyage à Paris pour consulter.
On a reconnu une menace de glaucóme. Cette maladie a été complète à cet oeil un an apres... En avril 1799 l'oeil gauche se chargea de petits nuages mobiles.. En aoüt 1800, larmoiement à l'oeil droit, augmenté dans l'été de 1803. Depuis six mois, et sur-tout depuis trois, les incommodités et les souffrances qu'il en éprouve sont presque journalières. Les larmes coulent avec une telle abondance du côté de l'oeil perdu et par le nez, qu'on pourrait les ramasser dans un vase.; cet état dure actuellement vingt-quatre heures
de suite; le jour suivant, le malade est un peu moins fatigué. Son mal est à-peu-prés périodique, et ce larmoiement s'annonce toujours par une très - grande chaleur au- dedans, qui se porte au nez, au cerveau, et enfin aux yeux. M. B° est d'ailleurs. assez bien portant. ll a cinquante ans; son tempérament est bilieux et glaireux; il a le genre nerveux facile à émouvoir.
A éponse.
Je conseillai un séton à la nuque pour empécher le glaucóme de se former à l'oeil gauche.
Observation. 369.
Bordeaux, le 8 juin 1765.
Mémoire. — M. H***, consul D"*, à Bordeaux, agé de soixante-cinq ans, d'un tempérament un peu cacochyme , laborieux et extrémement appliqué, est affecté de la vue, sur-tout de l'oeil gauche, dont les fonctions sont lésées depuis plus de vingt ans. Il y a environ trois mois qu'il distinguait encore les objets, cependant très-confusément. Monsieur fut atteint d'un phlegmon à la partie inférieure et latérale externe de la cuisse, qui se termina par la suppuration, et dont il fut guéri en peu de temps. Cette maladie a été l'époque de la perte de la vue de l’œil gauche. En examinant attentivement les yeux, on trouve les globes un peu gros, saillants, bien conformés,
A GLAUCÓME. 215
d'une couleur chátain-clair. La prunelle de l'oeil gauche est un peu plus dilatée que celle du droit. On aperçoit le cristallin du premier trés-opaque, un peu verdàtre (pl. 20, fig. 1); il se prononce plus que l'autre; l'iris par conséquent est trop convexe; la prunelle conserve encore quelques mouvements, mais faibles : il distingue seulement la lumière des ténèbres. Monsieur voit trés- bien tous les objets de l'oeil droit;la prunelle est moins dilatée; on y apercoit au cristallin un commencement d'opacité; il est un peu jaune. Le malade ressent un bandeau douloureux sur la partie antérieure de la téte et sur les régions orbitaires. Il fait d'ailleurs toutes ses fonctions; lappétit est trés-bon et le sommeil de méme.
Réponse.
1l s'agit d'un glaucóme. L’œil gauche est perdu; le droit est fortement menacé. Souvent la perte de la vue n'est pas le terme des douleurs, parce qu'elles dépendent d'une lymphe âcre infiltrée dans le périoste orbitaire, dans la membrane qui revêt les sinus frontaux, et dans cette portion du péricráne dont sont recouvertes les parties latérales et antérieures de la téte. Un séton... Ne saigner que peu à-la-fois et en cas seulement de douleurs trop fortes... Sangsues à là tempe... Fumer le matin à jeun.
N. B. La correspondance de M. H*** avec mon pére a duré deux années. L'oil droit fut dans
216 SECTION VII, CHAPITRE VI, un danger perpétuel, et il ne fut conservé qu'a l’aide de précautions suivies. |
Observation 370.
Lettre de M. Grandjean ainé, chirursien-oculiste, alors à Rouen, à son frère, à Paris.
9 novembre 1778.
Mon frère, M. le chevalier de C**, commissaire des guerres au Hâvre, âgé d'environ soixante ans, a perdu l'oeil. droit par un glaucôme bien’ caractérisé au mois de juillet 1777. Traversant ; il ya environ vingt jours, par le passager d'Honfleur au Hàvre, dans un mauvais temps et par un vent froid , il s'est senti frappé à l'oeil gauche comme il l'avait été au droit, et de la méme fluxion d'humeurs ácres, avec rougeurs au globe, tiraillements et douleurs dans toute l'étendue de l'orbite et du cóté gauche de la téte. Les tiraillements et la douleur se faisaient sentir aussi dans le cóté droit; mais depuis que je lui ai fait appliquer un vésicatoire à la nuque, le calme a été rétabli de ce dernier cóté. Jeudi dernier, il avait de si grandes douleurs dans l'oeil gauche, que je fus obligé le soir de lui faire faire des fumigations avec les fleurs de sureau, de mélilot, de camomille, et une téte de pavot concassée; on y à ajouté un demi-gros de camphre dissous dans une cuillerée d'eau de-vie; il a pris le petit-lait à fortes: doses. Cela a diminué les douleurs; l'oeil est dérougi.
GLAUCÓME. 217
Je voulais lui faire faire une saignée de la jugulaire; mais il la craint beaucoup; il parait qu'il se déterminerait plutót pour des sangsues. Cet œil se trouve attaqué de la méme maladie que le droit, ne distinguant presque pas les objets : il pourra avoir le méme sort. J'ai dit que je t'écrirais pour que tu consultes sur cette maladie M. Demours, ce que le malade a accepté. Prie M. Demours de faire la consultation.
Il est bon de remarquer que sa nourrice fut attaquée d'un vice vénérien pendant qu'elle l'allaitait; que, dans son enfance, il a eu beaucoup de maux d'yeux; que, méme à cette époque de sa vie, on lui a fait passer les remèdes; et que, par la crainte qu'il a toujours eue d'avoir quelques restes de ce vice, il a souvent depuis fait usage du mercure. Aujourd'hui il a distingué assez bien sa montre. GRANDJEAN.
Réponse.
L'accident survenu, il y a un mois, à l'oeil gauche de M. de C***, est une paralysie de la rétine. La cause en est visiblement une transpiration répercutée par le vent froid et humide auquel il fut exposé en passant d'Honfleur au Hávre, et nous avons actuellement sous les yeux plus d'un exemple de semblables maladies dépendantes de la méme cause et survenues dans le méme temps. La paralysie de la rétine est curable lorsqu'elle est simple, c'est-à-dire lorsqu'elle n'est accompa-
gnée ni d'inflammation à l'œil, ni d'élancements dans le fond de l'orbite. Le pronostic en est plus douteux, lorsque ces symptómes accompagnent l'obscurcissement de la vue et se manifestent en méme temps. Comme ils dépendent d'une humeur qui s'est portée sur l'oeil gauche, les indications que présente une pareille maladie sont de déplacer cette humeur, et de l'évacuer par tous les moyens praticables.
La saignée est sans contredit un des moyens les plus efficaces, et c'est celui auquel on aurait dà recourir d'abord. Il n'est pas de remède plus sûr dans tous les cas d'inflammation , et nous sommes étonnés que M. de C*** ait témoigné de la répugnance pour la saignée de la jugulaire , et sur-tout que cette répugnance ait prévalu sur le besoin d'un moyen si bien indiqué. Cet accident est effrayant, puisque la cécité peut en être la suite. Or, chez une personne raisonnable, la crainte de perdre la vue devrait l'emporter sur celle de la saignée. Actüellement il se pourrait bien qu'il füt trop tard, et si nous la conseillons, ce n'est que dans le cas où les douleurs de l'œil subsisteraient toujours, ainsi que l'inflammation des membranes, et où il y aurait encore des élancements dans le fond de l'orbite, de la pesanteur à la région du sourcil, et de l'embarras à la racine du nez.
Il n'en est pas de méme des sangsues; on peut . encore y avoir recours utilement , et vraisembla-
blement elles auront déja été appliquées. Si elles ne l'avaient pas été, nous conseillons d'en poser vingt-quatre aux deux tempes, douze de chaque cóté, et de les laisser saigner pendant quatre ou cinq heures. Il faudra méme y revenir une seconde fois, et quarante-huit heures aprés, si les premiéres n'ont pas dissipé les accidents les plus urgents. Elles sont encore utiles appliquées au | fondement pour les personnes qui sont sujettes aux hémorrhoides internes ou externes.
Ces saignées, soit générales, soit particulieres ou locales, sont d'une nécessité indispensable dans les cas de paralysie de la rétine, accompagnée d'inflammation , de douleur, d'élancements, de pesanteur vers la partie antérieure de la téte, et d'embarras entre les sinus frontaux; on doit les faire avant de recourir à l'émétique, que l'on donnera à une dose suffisante pour exciter quelques secousses.
Ensuite on. donnera tous les jours une pinte de petit-lait aiguisé d'un tiers de grain d'émétique.
On continuera les fumigations résoluuves et toniques, et on entretiendra le vésicatoire qu'on a déja appliqué.
Nous ne croyons pas que le virus qui lui a été communiqué dés le berceau ait aucune part à cet accident, dont le vent froid et humide est la cause évidente. Ce qu'il y a de fácheux pour lui, c'est que l'année dernière il perdit l'œil droit àpeu-pres de la méme maladie, qui méme depuis
220 SECTION VII, CHAPITRE VI, a pris le caractère d’un glaucôme; mais peut-être aussi ne fut-il pas secouru à temps et à-propos.
Observation 3 FA
Mémoire, 18 décembre 1776. — Une religieuse eut, il y a deux ans et demi, une fièvre putride dans le commencement de laquelle il parut de la malignité; elle est depuis un an sujette à un accident à l'oeil gauche, qui commence par une mouche qui se place à l'extrémité de l'axe optique, et qui lui fait perdre la lumière. Il survient aprés cela une douleur trés-vive à la partie antérieure de l'oeil ; elle s'étend ensuite à tout le côté gauche de la téte. Ce symptóme se manifestait ordinairement sur les cinq heures du soir, et ne se dissipait que dans la nuit pendant le sommeil , et le lendemain il n'y paraissait plus. Dans le principe, on a employé l'émétique, les vésicatoires, qui ont produit peu d'effet. Depuis quelque temps les accidents deviennent plus fréquents, et se réitérent méme quelquefois dans la journée , à la vérité avec moins de violence et de durée; mais la vue demeure toujours éteinte à chaque accident. Il ne parait rien à l'extérieur, si ce n'est que l'oeil est un peu terne et fatigué, sans aucune apparence de taie, méme dans le fort de l'accés. Cette personne, depuis le dernier accident arrivé ces jours passés, a toujours eu la vue trouble, et hier les douleurs ont augmenté : il y a actuellement fluxion avec enflure. On demande
GLAUCÔME. 291:
quel remède on pourrait lui faire? Elle a toujours été d'un bon tempérament et est fort saine; elle a cependant été sujette à des hémorrhoides tresfortes ; quelquefois elles ont flué, mais bien rarement. ll y a dix ans qu'elle n'en a eu aucun ressentiment, sans que cependant elle ait fait des remèdes pour les dissiper. Le temps critique était alors passé; elle a cinquante-huit ans.
Réponse.
Les fréquentes éclipses de vue de l'oeil gauche auxquelles Madame est sujette de temps à autre, et qui sont ordinairement suivies de douleurs qui s'étendent sur toute la partie latérale gauche de la tête, sont autant de pas que la maladie fait vers la goutte sereine dont Madame est menacée. Une humeur qui se porte irréguliérement vers les parties supérieures est la cause à laquelle il faut attribuer ces éclipses de vue. Elles arrivent lorsque cette humeur tombe sur les couches des nerfs optiques; les accidents s'étendent sur les parties voisines de l'oeil, méme à l'extérieur, puisqu'on a remarqué en dernier lieu un peu de fluxion et d'enflure à la partie malade. On ne saurait trop se hâter d'arreter le cours de cette maladie, soit pour rétablir la vue de l'oeil gauche, soit pour garantir celle du droit. Pour cet effet, nous sommes d'avis que Madame soit saignée du bras; on lui tirera environ trois palettes de sang en quatre heures, c'est-à-dire une palette de
deux en deux heures. Le lendemain de cette saignée, on reviendra à l'émétique. Elle prendra les eaux de Balaruc, et on lui appliquera un vésicatoire entre les épaules.
Seconde Consultation pour la méme malade.
Le 24 janvier 1777.
Dans le premier Mémoire qui nous a été communiqué au sujet de la maladie aux yeux de Mad.""*, il s'agissait d'une menace de goutte sereine, qu'il paraissait possible de détourner. Dans le second, nous voyons un glaucóme bien caractérisé et déja formé, puisque la vue de cet œil est totalement éteinte. On ne peut attribuer ce changement qu'à l'inflammation qui survint vers la fin du mois dernier, et à tout ce qui s'en est suivi depuis. Malheureusement le glaucóme est incurable, parce que dans cette maladie il y a complication de paralysie dans le nerf optique et d'opacité dans les milieux transparents de l'oeil; et, quoiqu'on ne fasse aucune mention de la pupille, nous sommes persuadés qu'elle doit étre dilatée, et que si on l'examine à un jour favorable, on y apercevra quelque chose de louche qui augmentera avec le temps, et qu'elle finira par étre blanche, comme elle l'est dans les yeux cataractés. La pupille elle-méme, de ronde qu'elle est, finit ordinairement dans ces maladies par devenir irrégulière ( pl. 20, fig. 3). L’œil gauche
€LAUCÓM E. 223
nous parait perdu sans ressource , et toute l'attention doit se tourner vers le droit, qui est vivement menacé du méme sort , puisque la malade y sént déja à-peu-prés les mêmes douleurs qu'elle a éprouvées à l'autre.
Pour tâcher de le garantir de cet accident, nous sommes d'avis qu'on passe un séton à la nuque, et qu'on pratique le méme jour un cautére au | bras gauche, qu'on donne plusieurs lavements émollents avant et aprés ces deux opérations, qu'on fasse mettre les pieds dans l'eau pendant une heure et demie le soir, et qu'en méme temps Madame se mette sur une chaise- percée dans le bassin de laquelle il y aura de l'eau chaude; ce qui sera répété, matin et soir, le lendemain et les jours suivants, selon l'effet.
Si ces bains de pieds et ces bains de vapeurs n'appaisaient pas les douleurs qui se font sentir au fond de l'orbite, on en viendrait aux saignées locales, qu'on pratiquerait en appliquant une vingtaine de sangsues, tant aux deux tempes qu'aux paupières inférieures, moitié à l'oeil droit et moitié au gauche.
Si les accidents résistaient à cette premiere application des sangsues, on y reviendrait deux ou trois jours apres, et on insistera sur ce moyen jusqu'à ce qu'on soit parvenu à dissiper les douleurs. On tentera méme de rappeler les hémorrhoides, en mettant des sangsues au siége à plusieurs reprises, et en donnant tous les jours quel-
ques grains d'une préparation quelconque d'aloés. La suppression des hémorrhoides nous parait la cause premiére des accidents survenus aux yeux. Il faut avoir l'attention, apres la chüte des sangsues, de laisser couler le sang le plus long-temps quil sera possible, et de l'exciter méme en étuvant les parties avec de l'eau chaude, ou en les exposant à un bain de vapeur.
Cette maladie vient indubitablement du sang qui se porte à la téte, et dont il faut diminuer la quantité; mais il n'est pas indifférent de le faire de toutes les maniéres connues : les saignées locales et celles des vaisseaux hémorrhoidaux nous paraissent préférables à toutes les autres. Le séton et le cautére contribueront aussi beaucoup à diminuer la pléthore, sur-tout si Madame aide l'action de ces remèdes par un régime un peu austère. Ce régime consiste encore moins dans le choix des aliments que dans la quantité, dont elle doit retrancher tout ce qu'elle pourra, en préférant cependant les légumes verts et les racines aux aliments tirés des animaux, et le pain. bis et rassis au pain blanc et tendre. 1l faut aussi qu'elle fasse le plus d'exercice qu'il lui sera possible. Une application trop suivie au travail lui serait trés-. nuisible. Elle doit par conséquent renoncer à toute espece de broderie, tapisserie, couture, écriture ou lecture : elle ne sortira point avant le lever ni aprés le coucher du soleil, parce qu'il est essentiel, quand on est dans une pareille situa-
tion , d'éviter tout ce qui peut supprimer ou diminuer l'insensible transpiration, il ne l'est pas moins d'éviter le froid aux pieds et le trop de chaleur à la téte, qu'il faut couvrir légèrement. Comme 1l parait que cette maladie a donné lieu à une grande diversité d'opinions, et que c'est la raison pour laquelle on nous fait beaucoup de questions, auxquelles on desirerait que nous répondissions trés-longuement, et en motivant les raisons qui nous détermineraient pour tel ou tel avis, nous observerons que de pareilles discussions, ne pouvant contribuer au soulagement de la malade, seraient absolument inutiles et étrangères à l'objet dont nous devons être entièrement occupés. Nous n'avons pas d’ailleurs la présomption de nous établir juges de ces contestations.
Observation 279.
Loches, le 10 octobre 1774.
Mémoire. — Y y a environ quatre ans que madame la marquise de R"**, âgée de soixante-quatorze ans, devint sujette à des coliques intestinales vives et fréquentes : elle en éprouva des attaques pendant deux ans; c'est à cette époque qu'on doit fixer à-peu-près le commencement de la maladie pour laquelle on consulte. Les coliques disparurent dans l'instant où le mal de tête, qui affecte habituellement la malade, commenca à se faire sentir. L'oeil gauche devint douloureux avec
chaleur vive et élancements; elle ne vit plus les III. 15
objets de cet œil que comme à travers un nuage épais. Le frére André, oculiste de Tours, fut consulté, et crut apercevoir dans le cristallin une cataracte naissante. La saignée, les délayants, les incisifs légers, les doux purgatifs, les bains, furent employés. Aprés leur usage, dans une seconde visite que fit le méme oculiste, le cristallin parut clair et net; il trouva l'œil dans son état . naturel, et le mouvement de la paupiére comme si l'organe eût été.sain: la vue, malgré cela, était toujours aussi trouble. L’œil droit n'éprouvait aucune atteinte. On croit devoir attribuer la maladie à l'humeur rhumatisante erratique, déplacée des intestins, son siége ordinaire, et déposée sur la tête, principalement sur l'œil malade. On tenta les remèdes convenables, et, en dernier lieu, l'application du sain-bois sur le bras, dont on a été obligé de cesser l'usage à raison des accidents qu'il occasionnait. Tous ces remèdes ont été employés sans effet. Depuis environ trois mois, l'œil droit est douloureux; la vue devient insensiblement trouble, comme celle de l'autre oeil, et la malade ne voit plus qu'avec peine les objets, qu'élle approche méme de trés-prés, ce qui lui fait craindre de devenir totalement aveugle.
| Réponse.
Il n'est pas douteux que les maux de tête auxquels madame la marquise est devenue sujette depuis environ deux ans ne dépendent d'une
GLAUCÔME. 227
humeur de rhumatisme qui s'est déplacée, et qui, des intestins où elle se portait habituellement, a reflué par voie de métastase vers les parties supérieures, puisque les coliques vives et fréquentes, auxquelles Madame a été long-temps sujette, ont cessé aussitót que le mal de téte a commencé à se faire sentir. C'est donc à la présence de cette humeur, qui affecte principalement le péricráne, le périoste orbitaire et les nerfs optiques, quil faut attribuer les accidents survenus d'abord à l'œil gauche, et qui, depuis quelque temps, menacent le droit.
Le moyen le plus sür pour dissiper ces accidents, qui pourraient conduire à la perte de l'œil droit, comme ils ont déja causé celle du gauche, serait sans doute de déplacer cette humeur, en la rappelant sur les intestins, ce qui vraisemblablement aurait été plus facile au commencement de la maladie qu'il ne le sera au bout d'environ deux ans. Il convient cependant de le tenter. Nous sommes d'avis qu'on donne un lavement d'eau froide, et si le premier ne rappelait pas les ressentiments de coliques, qu'on en donne un second et un troisième; si ces lavements ne réussissaient pas, nous conseillerions d'y joindre les bains de pieds dans l'eau froide, continués pendant huit ou dix jours, répétés méme soir et matin, d'abord durant un quart-d'heure, et en prolongeant à chaque fois de cinq minutes jusqu'à ce que leur durée soit d'une heure.
Comme les délayants, les incisifs, les purgatifs, les bains, et tous les moyens auxquels on a ordinairement recours pour le traitement de cette maladie, ont été insuffisants pour la guérir, et n'en ont pas même arrêté les progrès; c'est le cas de tenter des moyens extraordinaires, qui ne sauraient avoir d'autre inconvénient que de renouveler les douleurs de coliques. Or elles seraient certainement moins à craindre que les douleurs qui se font sentir aux yeux; et, en rappelant sur les intestins l'humeur qui les occasionne, on ne pourrait que gagner pour la vue.
Telle est la méthode qui nous parait la s convenable, non-seulement pour arréter les progrès de la maladie, mais méme pour dissiper les douleurs des yeux et rappeler la vue à l'œil droit, dont la méthode ordinaire n'empéchera pas la perte.
Lettre du frère Anpré Drwxr à mon Père.
Marmoutiers , prés Tours, le 19 octobre 1774.
Monsieur, une dame de considération de nos cantons, âgée de Soixante-quatorze ans, d'un trésbon tempérament, sujette à des douleurs de rhumatisme dans différentes parties du corps, particulièrement à la tête, où elles se sont toujours fait sentir plus que par-tout ailleurs, s'est apercue, ilya environ un an, de mouches ou atómes voltigeants devant les objets qu'elle voulait fixer, et en méme temps d'un brouillard sur ces mémes objets. Cet
6GLAUCÓME. 01S 229 état l'effraya; elle vint à Tours me consulter. J'examinai attentivement l'oil, et j'apercus un léger brouillard sur le cristallin, et beaucoup de lenteur dans les mouvements de dilatation et de constriction de la pupille. Cet examen me fit croire quil y avait un embarras dans les nerfs de l'organe immédiat; ce qui me détermina à lui conseiller une saignée du pied et une purgation, ensuite les bains domestiques, et, à la sortie de chaque bain, un bouillon fait avec le veau, les grenouilles, la chicorée, la laitue, etc., et douze à quinze cloportes dans chaque bouillon avec un gros de sel neutre. On appliqua aussi un vésicatoire à la nuque. Ces remédes ne furent suivis que pendant quelques jours , parce que les bouillons chargaient l'estomac, et les bains incommodaient la malade; enfin elle quitta tous remédes, et se contenta de frotter le contour des paupières avec le baume de Fioravanti et d'en faire recevoir la vapeur à ses yeux. La téte étant toujours embarrassée, on se décida à une saignée de la jugulaire, qui fut manquée deux fois. On me fit avertir, et j'envoyai douze sangsues, qui furent appliquées et firent couler beaucoup de sang. 1l y eut un peu de calme dans les douleurs et de diminution dans le brouillard, et aujourd'hui on me mande que l'œil droit, sur lequel il n'y avait encore rien eu, a commencé à s'obscurcir : elle voit un léger brouillard sur les objets. Ce méme
œil a plus de peine à soutenir la lumière directe
230 SECTION VII, CHAPITRE VI, ou réfléchie. Son mal de tête est à-peu-prés le méme; mais dés qu'elle s'applique, elle sent une faiblesse et comme un vide dans la tête avec un serrement dans les tempes; ce qui l'oblige à se mettre sur une chaise longue dans l'obscurité, et à y rester une heure et plus, pour ne point voir de jour et ne point entendre de bruit, afin d'étre en état d'agir, de parler, et de recevoir du monde. :
Je vous ferai remarquer, Monsieur, que j'avais conseillé d'appliquer le sain-bois au bras, il y a environ deux mois. Ce sain-bois a fait un ravage étonnant; 1l a occasionné une inflammation à tout le bras; ce qui a effrayé la malade à un point qu'elle ne veut plus entendre parler de sain-bois, de cautére, ni d'aucun autre exutoire. Obligez-
moi de REA votre avis.
Fr. ANDRÉ BINET.
Réponse.
Mon trés-cher frère, madame la marquise de R*** est attaqué d'un glaucóme à l'œil gauche, et si le cristallin de cet oeil n'est pas encore cataracté, il ne tardera pas à le devenir; vous apercütes déja du brouillard au cristallin et de la dilatation à la pupille, lorsque vous examinátes cet oeil il y a quelques mois. De ces symptómes, vous savez que l'un indique une altération dans les milieux transparents, et l'autre un embarras dans l'organe immédiat de la vue. Or cette complication
GLAUCÓME. : 291 annonce toujours un glaucóme, maladie quelquefois indolente, et plus ordinairement accompagnée de douleurs plus ou moins aigués. Ici les douleurs ont été trés-fortes, et se sont fait sentir, non-seulement à l'oeil gauche, mais encore à toute la tête. Elles dépendent d'une humeur qui, pendant deux ans, s'est portée sur les intestins, où elle causait des coliques tres-fréquentes et fort vives, et qui, depuis un pareil. temps, a abandonné ces organes et s'est portée à la téte par voie de métastase.
L'indication la plus naturelle, celle qui se pré sente la première, est de déplacer cette humeur et de l'attirer sur les parties qu'elle a abandonnées.
Je ne sais si on. vous a communiqué la consultation que j'ai déja donnée à ce sujet; jen doute, puisque dans le Mémoire que vous m'avez adressé directement, vous ne me dites rien qui y ait aucun rapport. J'entrerai donc dans quelques détails; je vous exposerai les raisons qui m'ont déterminé à abandonner, dans le cas dont il s'agit, la route ordinaire. Le glaucóme est une maladie
incurable par les méthodes usitées. Les délayants, .
les incisifs, les purgations, les bains, etc., échouent contre cette maladie. Je ne sais, mon cher frere, si vous en avez jamais vu guérir par cette voie. Pour moi, j'avoue de bonne foi n'en avoir jamais guéri, ni vu guérir aucun par la méthode ordinaire. Le fait méme dont il s'agit en fournit une
232 SECTION VII, CHAPITRE VI, preuve, puisque vous avez employé cette méthode sans succès pour l'oeil gauche, et que c'est pendant l'usage de ces remèdes que l'œil droit a commencé à s'obscurcir : il l'est aujourd'hui au point d'en faire regarder l'extinction totale comme imminente. La méthode commune loin d'étre curative, n'est pas méme prophylactique. Il faut donc en tenter une autre, et nous conduire à l'aide du báton de l'expérience, quand le flambeau de la théorie cesse de nous éclairer. Or la première nous apprend qu'une humeur qui abandonne une partie pour se porter sur une autre, où elle cause des accidents plus fácheux que ceux qu'elle occasionnait à la premiére, doit étre rappelée sur celle-ci, s'il est possible, pour faire cesser les accidents. C'est ainsi qu'on a vu une goutte sereine, ou une autre maladie causée par une humeur de gale rentrée, guérir en faisant coucher le malade avec un galeux, pour lui rendre la gale dont on l'avait imprudemment guéri. C'est ainsi que tous les jours on guérit des maladies trés-graves causées par une humeur de goutte déplacée, en attirant, par les moyens usités, cette humeur sur la partie qu'elle avait abandonnée. Dans le cas présent, il s'agit d'une humeur. de rhumatisme (c'est du moins l'idée qui se présente la premiére), qui, pendant deux ans consécutifs, a occasionné des douleurs intestinales trés- vives et trés-fréquentes, et qui, depuis un pareil temps, a entiérement abandonné les intestins pour se.
GLAUCÓME. . 92323
porter à la téte. Elle y a causé des douleurs trésaiguës qui se sont étendues jusqu'à l'oeil gauche, dont les fonctions ont été altérées au point que cet œil est entièrement privé de la vue. Le péricrâne, le périoste orbitaire de ce côté, tous les muscles, et le nerf optique de l'oeil qui a été le premier attaqué, sont affectés de cette humeur rhumatisante. Depuis quelques mois, et malgré les saignées, les délayants, les incisifs, les bains, et les exutoires employés conformément à la pratique recue , cette humeur s'étend sur l'oeil droit, qu'elle menace d'une extinction totale. |
C'est ici le cas de tenter une autre méthode, celle, par exemple, de l'attirer sur les intestins où elle s'était d'abord logée, et qu'elle a abandonnés pour se porter à la téte. Les lavements d'eau froide, les pieds dans de l'eau sortant du puits, me paraissent des moyens propres à remplir cette indication. |
Si quid nóris rectius istis Candidus imperti ; si non , his utere mecum.
Observation 373.
Mémoire. — Les régles de la malade ont cessé sans accident il y a environ douze ans; il y a cinq ans qu'elles ont reparu ; cet accident n'a duré que quelques minutes, et n'a pas eu de suite. Ce n'est que depuis quelque temps que les hémorrhoides se sont manifestées, et elles fluent assez régulièrement depuis que l'état des yeux a exigé l'application des sangsues. La malade se plaignait, pen-
dant la nuit, de douleurs et d'une sorte d'écartement dans la téte. On n'y fit qu'une légére attention, et on attribua le tout aux nerfs. Bientôt la malade sentit sa vue s'affaiblir; elle éprouva des éblouissements à un œil; on négligea encore les remèdes, et ce ne fut qu'à la dernière extrémité qu'on les employa. Il survint un mal de tête violent qui dura toute la nuit; le lendemain au réveil, l'oeil était éteint, et la prunelle considérarablement dilatée. On eut recours à l'émétique, qui fut administré fréquemment et qui produisit un bon effet, méme au point que la malade distingua trés-bien les traits de ceux qui l’environnaient; et quoiqu'elle fût depuis long-temps dans l'usage de se servir de lunettes, elle put s'en passer pendant quelques jours; mais ce phénomene fut de courte durée. On réitéra l'émétique, dont l'emploi trop fréquent effraya la famille de la malade. Le médecin qui lui donnait des soins ayant fait un voyage, elle fut obligée de se mettre en d'autres — mains. On se servit alors d'une eau dont l'effet fut de produire sur-le-champ de grandes douleurs, et d'augmenter beaucoup l'inflammation habituelle. Dans ces circonstances, on fit venir un médecin-oculiste. Il ne dissimula pas qu'il regardait l'oeil. comme perdu, et il demanda méme à la malade si elle voyait bien de l'autre. Cette question l'affecta vivement; mais le pronostic n'en était pas moins fondé. L'invasion des douleurs à l'autre œil ne tarda. pas à s'opérer; les éblouis- : sements, les brouillards succéderent, et dans une
GLAUCÔME. 235
nuit, aprés un violent mal de téte, le malheur fut consommé, et la prunelle présenta la méme dilatation que l'on remarque à celle du premier œil. Il y avait aussi inflammation. On recommanda l'usage de l'émétique, qui fit du bien. La malade entrevoyait quelques objets, non pas en face, mais de côté. Ce bénéfice du remède diminua successivement, et la cécité fut compléte. Dans ce triste état, l'ensemble de la santé fut ébranlé. Les irritations nerveuses, les tremblements, les palpitations , la maigreur, le défaut d'appétit et de sommeil, causérent les craintes les plus vives: on ne donna plus d'émétique que de loin en loin et avec les plus grandes précautions; mais ces accidents devinrent si habituels, qu'on fut obligé de se borner aux bains de pieds et aux lavements, pour combattre l'inflammation qui était périodique et plus ou moins forte à proportion des douleurs de tete, ou le foyer du mal parait résider. À chaque attaque, on faisait usage de potions calmantes qui procuraient du soulagement et du repos. Les nerfs étaient encore trés-mobiles la veille du départ de la malade, et elle craignait de s'exposer au voyage, dont cependant elle a bien soutenu les fatigues; et depuis qu'elle est arrivée à Paris, l'état de sa santé est aussi bon que possible, à quelques douleurs de téte prés. On a établi un cautére et un séton; le premier il y a trois ans, et le second il y a dix mois; on les entretient l'un et l'autre. On avait employé aussi les vésicatoires à différentes
236 SECTION VII, CHAPITRE VI, reprises; mais on les a supprimés à cause de l'irritabilité des nerfs: on croit devoir ajouter que dans lintervalle de la perte des deux yeux, la malade éprouvait une diminution sensible dans l'odorat et le goût. Il existe depuis la cécité compléte un phénomène singulier, et qui a lieu réguliérement, C'est que sans rien distinguer, et en plein jour, comme dans les tenébres, il se présente pendant vingt-quatre heures, aux yeux de la malade, un brouillard blanc, auquel le lendemain succède un brouillard noir, et cette alternaüve n'a jamais manqué. de IV. B. J'ai vu cette malade : ses glaucómes étaient complets et incurables.
Observation 374.
Saint-Sébastien, le 2 septembre 1770.
Mémoire. — M***, âgé de vingt ans, d'une complexion assez robuste, étant, il y a dix mois, à suivre ses études à l'université de Valladolid, éprouva un petit embarras au milieu de l'oeil droit, tantót d'un cóté et tantót de l'autre; cela auginenta et se termina en forme d'un rideau, et le tout sans aucune douleur. Actuellement il voit une espèce de brouillard, et le matin à son réveil, il lui semble voir des objets confus et d'une teinte rouge ; pendant le reste de la journée, ce rouge se change en jaune, en vert. De temps à autre, il se présente devant lui des étincelles de
GLAUCÔME. 237 feu , et puis après il ressent au globe de l'oeil affligé quatre ou cinq élancements douloureux, mais passagers, en sorte qu'il n'en voit presque rien.
En l’examinant, on observe que la pupille a perdu à-peu-prés tout son ressort, et par conséquent se trouve dilatée et ne se contracte presque pas. Le cristallin a perdu sa transparence et est devenu trouble : le malade n'a fait aucun remède, et attend avec impatience le sentiment de M. Demours pour se faire traiter. Il n'a eu aucune maladie à laquelle on puisse attribuer celle dont il est fait mention. Son œil gauche se trouve dans son état naturel, quoiqu'il lui semble qu'il n'ait pas la vue aussi parfaite qu'il l'avait auparavant: cependant on ne peut apercevoir aucun changement dans toutes les parties qui composent cet ceil.
Il semble, suivant le récit du pére du malade, que son fils a eu depuis son enfance la vue faible. A l’âge de trois ou quatre ans, il eut la petite vérole et peu-après la rougeole; on remarqua alors que la prunelle de l'oeil droit était plus dilatée que celle du gauche. Cet enfant était déja myope, disposition héréditaire dans sa famille. Cest à l'âge d'environ dix-neuf ans que les accidents à l'oil droit se sont manifestés à Valladolid, ville exposée à des brouillards fort épais et presque continuels, et dont le climat trés-froid est bien différent de celui de Saint-Sébastien, où l'air
est doux et tempéré. Son séjour à Valladolid n'a été que de sept à huit mois. 1l est d'un tempérament sanguin et bilieux, plutót sec que replet.
Réponse.
Le jeune homme pour lequel on consulte est attaqué d'un glaucóme, c'est-à-dire d'une maladie compliquée de Para is de la rétine et d'opacité dans le cristallin. L'embarras qu'il ressentit d'abord au milieu de l'oeil droit et qui changeait de place , qui , en s'étendant, forma une espéce de rideau auquel succéda un brouillard; enfin une confusion dans la vue qui l'empéche de disunguer les objets, sont à la vérité des signes communs à la paralysie de l'organe ixtusdti de la vue et à l'opacité du cristallin; mais les couleurs rouge, jaune et verte, les étincelles qui semblent passer devant l'oeil affecté, et les élancements douloureux que le malade y ressent, annoncent le mauvais état de la rétine : ce qui est encore confirmé par la perte du ressort et la dilatation de la prunelle. Quant au cristallin, il n'est pas douteux qu'il ne soit aussi altéré dans son organisation, puisque les personnes de l'art qui l'ont examiné ont remarqué qu'il avait perdu sa transparence naturelle, et qu'il était devenu trouble. Il résulte de cette complication un glaucóme , comme nous l'avons déja dit, maladie trésgrave et très-difficile à guérir, lors méme qu'elle
GLAUCÓME. 239 commence, et qui est incurable lorsqu'elle a parcouru ses premiers temps, et qu'elle est parvenue à celui que les médecins appellent l'état.
Deux saignées du pied à vingt-quatre heures d'intervalle; une de la jugulaire; douze sangsues à la tempe droite; un séton à la nuque, et point de travail.
État de la vue de Madame M*** de Clermont en Auvergne.
Le 2 septembre 1761.
L'œil droit est attaqué de cataracte et d'atrophie, le gauche de spasme dans la rétine; elle entrevoit encore un peu de ce dernier : il lui semble qu'elle regarde à travers un vase de verre plein d'eau dans laquelle seraient confondues quantité de parcelles colorées de vert, de bleu, de violet, de jaune, de blanc, de rouge, etc. Ces parcelles de temps en temps se brouillent, passent et repassent les unes devant les autres, semblent ensuite se déposer au fond du vase, où elles restent quelque temps, se confondent de nouveau, pour passer à plusieurs reprises devant l'oeil; ce qui arrive très-fréquemment, et n'empéche pas la malade de distinguer les objets à travers toutes ces particules brillantes, luisantes ou colorées, et de se conduire trés-librement. Cet œil a son volume naturel, et la prunelle en est fort noire et presque immobile.
2/40 SECTION VII, CHAPITRE VI, Réponse.
Le lait d'ánesse; les demi-bains; et exposer l'oeil, matin et soir, à la vapeur du café à l’eau ou de l'eau chaude.
JV. B. Le nerf optique de l'oeil droit était pro. bablement déja un peu diminué de volume. Il y a lieu de croire que les milieux transparents du gauche ne tardérent pas à étre désorganisés.
Avignon, le 14 mai 1756.
Mémoire. — Madame la marquise de B***, âgée d'environ soixante-dix ans, d'un tempérament bilieux et sanguin, exempte de tout vice dans le sang, avait joui d'une santé paríaite pendant le cours de sa vie, à l'exception d'une douleur de migraine habituelle dont elle éprouvait des attaques fréquentes. Le siége de la migraine avait été constamment la moitié droite de la téte; chaque attaque, méme la plus longue, n'allait jamais audelà de vingt-quatre heures, et ne laissait aucune: impression sur l’œil de ce côté, qui s'est conservé jusqu'à-présent parfaitement sain. |
Il y a trois ou quatre ans que madame éprouva une attaque de migraine du cóté gauche, qui commenca par la sensation incommode que produirait une paille sur le globe de l'oeil. Cette sensation augmentant par degrés, la douleur de mi-
GLAUCÓME. 2/1
graine se décida sur tout ce côté de la tête, et elle fut terminée du soir au lendemain ; mais elle fut suivie d'une légère ophtalmie, qui céda en peu de jours à une saignée. Madame prit ensuite un minoratif, et fut mise, pour un temps convenable, à l'usage d'un bouillon altérant avec quelques écrevisses. ! | Environ un an aprés cette premiere attaque de migraine du cóté gauche, Madame en éprouva une seconde, qui fut en tout conforme à la premiére, à l'exception que le sentiment de la paille sur le globe de l'oeil n'eut pas lieu. L'ophtalmie qui survint fut un peu plus considérable que celle qui avait suivi la première; Madame commença à apercevoir un changement dans la fonction de cet œil gauche, sans que cependant sa vue füt diminuée. Elle continua à lire et à distinguer tous les objets, dans le plus grand détail, avec la méme facilité que de l'oeil sain ; mais à une clarté vive, telle que la lumiére d'une lampe ou d'une bougie, elle en voyait le lumignon comme un fagot allumé, autour duquel était un cercle de feu rayonnant. Le seul vice extérieur qui se manifesta à cet organe fut un commencement de dilatation contre nature dans la prunelle, qui, privée de son ressort, ne pouvait plus, par sa constriction, modifier les rayons de lumière. Cet état a persisté sans aucune variation, jusqu'à une troisième attaque de migraine survenue, il y a environ quinze jours, à la suite d'un catarrhe qui durait , 1I. 16
depuis plus de trois semaines, et qui cessa toutà-coup au moment de cette espèce de métastase. La migraine et l'ophtalmie qui la suivit furent à-peu-près comme les deux précédentes; mais les suites en ont été plus fácheuses et plus marquées. La dilatation de la prunelle, commencée depuis la seconde attaque, est devenue excessive : le bord de cette ouverture se trouve retiré presque jusqu'aux attaches de l'iris. Un peu d’épaississement dans l'humeur vitrée répand entre l'organe et l'objet une espèce de brouillard plus ou moins épais qui varie comme l'inflammation dont l'eil est encore affecté; car, quoique la rougeur de la conjonctive soit presque entièrement dissipée, Madame ressent cependant encore, de temps en temps au fond de l'oeil, comme un reste de tiraillement et de pesanteur qui est plus que suffisant pour entretenir une certaine confusion dans les humeurs, auxquelles on apercoit un peu de louche dans le fond du globe, mais sans opacité décidée. La pupille, élargie, parait noire au premier examen.
La variation et les vicissitudes qui se répètent sensiblement à cet égard, plusieurs fois dans la méme journée, ont été au point qu'un de ces jours derniers, Madame distingua pendant quelques heures tous les objets avec détail. Elle ne veut pas omettre dans ce Mémoire que, lorsqu'elle a été saignée au bras gauche pour une incommodité quelconque, elle en a toujours res-
| GLAUCÓME. 243
senti une impression fâcheuse sur l'oeil de ce côté, aujourd'hui malade. Le médecin consulté doit étre instruit que depuis la seconde attaque de migraine jusqu à- présent, il n'a été employé aucun moyen pour le rétablissement de la prunelle affectée, attendu que Madame a laissé totalement ignorer son état aux personnes préposées à la
conduite de sa santé.
GasrALDz, Médecin.
Réponse.
La maladie dont Madame de B*** est attaquée, et qui est décrite dans le Mémoire qui nous a été envoyé, est un glaucóme commençant. La dilatation excessive de la pupille (pl. 27, fig. 1) qu'on a remarquée à l'oeil gauche est telle, que le cercle de l'iris est presque entiérement effacé; lexistence de cette maladie est encore prouvée par le brouillard que l'on voit dans les humeurs de l'œil et par d'autres symptômes, comme des douleurs profondes, quelquefois sourdes, d'autres. fois trés- vives, qui se font sentir à l'oeil, et qui sont accompagnées d'étincelles de feu et de cercles, ou d'éclairs lumineux. Madame éprouve de plus la sensation passagère de couleurs vives et variées, qui se succèdent rapidement les unes aux autres, telles que le rouge, le vert, le jaune, etc. La suite ordinaire de ces symptómes est la perte totale de la vue, et l'opacité du cristallin, à la-
244 SECTION VII, CHAPITRE Vi,
quelle se joint souvent dans la suite la fonte du corps vitré.
Cette maladie est incurable, et 1l serait inutile de rien tenter pour prévenir la cécité de cet oeil, qui vraisemblablement n'est pas fort éloignée. Tout ce que nous avons à conseiller en pareil cas se réduit aux moyens de garantir l'autre de la méme maladie, dont il pourrait bien étre menacé, quoiqu'il soit actuellement en trés-bon état, et quil ait jusqu'ici résisté aux impressions de l'humeur qui, depuis si long-temps, a donné lieu aux migraines auxquelles Madame a été sujette.
Le plus sûr de ces moyens est le cautére, qu'on fera à la nuque. Du reste, si à la suite d'une nouvelle attaque de migraine il survenait quelque inflammation à l'eil droit, il faudrait, sur-lechamp, faire une saignée au pied, et recourir aux délayants et aux purgations. |
JV. B. Mon père le plus souvent, dans les cas semblables, ordonnait le séton à la nuque; moyen que j'ai adopté, et dont l'efficacité prévient souvent la perte de l’œil sain, qui s'affecte le plus ordinairement aprés l'extinction totale du premier attaqué. Ce moyen est inutile, et il n'est plus temps d'y recourir, si on attend pour l'employer que le malade ait aperçu du second oeil de l'arc-en-ciel autour de la lumiére ou du brouillard le matin à son réveil, méme à plusieurs jours d'intervalle et sans que l'état de la pupille
GLAUCOMF. 245
paraisse changé, la vue d'ailleurs restant bonne dans les intervalles.
Troyes, le 20 janvier 1767.
Mémoire. — Madame de B*"*, religieuse, âgée de cinquante-deux ans, a toujours joui d'un tempérament assez bon dans sa jeunesse, n'étant point sujette aux maladies, et ayant toujours observé, sans aucune altération de sa santé, les règles de l'état qu'elle avait embrassé. Elle était sujette de temps en temps et assez fréquemment à des boutons dartreux, qui se manifestaient à la peau en différentes parties du corps, et annoncaient une humeur àcre et visqueuse.
Dans le courant de l'année 1766, elle a essuyé les différents accidents qui accompagnent le temps critique, et elle a perdu totalement ses règles dans le cours de l'été de cette année. Aprés cette époque, les boutons dartreux paraissaient de temps en temps à la peau, et elle eut, à la fin de l'année 1766, une fièvre putride qui a duré prés de quatre-vingts jours, et, à la suite, une convalescence qui a été trés-longue.
En décembre dernier, elle a été attaquée d'une. autre maladie qui est l'objet de cette consultation; une fiévre violente l'a prise avec une douleur de téte insupportable et une autre trés-aigué dans tout le bras gauche, sans qu'il parût rien à l'ex-
246 SECTION Vil, CHAPITRE VI,
térieur. On la saigna quatre à cinq fois du bras; la douleur de tête a toujours continué; mais celle du bras a cessé tout-à-coup, et la malade est devenue aveugle par une paralysie des nerfs optiques. Les yeux ont été douloureux; ils ont pleuré, et 1l en est sorti une eau claire et âcre : il paraissait un léger engorgement sanguin autour de la cornée et méme sur la conjonctive.
On a fait deux saignées du pied, une de la gorge et une à la temporale. Comme la fièvre, qui était la maladie essentielle, continuait avec beaucoup de chaleur, on a ajouté l'émétique dans les boissons; on a purgé à plusieurs reprises, et les vésicatoires ont été appliqués à la nuque. Ils n'ont produit aucun effet, à raison de la chaleur fébrile; mais peu-à-peu cette fiévre, qui tenait de la nature des fiévres humorales et putrides, est parvenue à son déclin, de sorte qu'aujourd'hui la malade n'en a plus. Les symptômes affligeants de cécité lui restent. Les yeux ne sont plus rouges : en les examinant, on voit que la pupille est prodigieusement dilatée et n'a aucune acüon; les humeurs de l'oil paraissent un peu confuses; la malade ne voit ni la clarté d'une bougie ni celle du soleil: mais par-fois, en tournant le dos au jour, elle entrevoit, de l'oeil droit, des meubles, les couleurs d'une robe; de sorte que, dans certaine position, il paraitrait que l'oeil droit n'est pas tout-à-fait perdu.
On peut regarder cet accident comme un trans.
&LAUCÔME. 247
port de l'humeur qui, au commencement de la maladie, s'était jetée sur le bras gauche, et depuis sur les nerfs optiques. On demande à M. Demours ce qu'il pense de cet état. On croit qu'un séton à la nuque ne peut que soulager, si la suppuration peut rappeler l'humeur à l'extérieur. Est-il encore possible que cette humeur, qui s'est portée tout récemment sur les nerfs optiques, puisse en étre retirée par différents traitements?
JawwarD, M. M.
Réponse.
M. Jannard peut tenter quelques moyens généraux, méme le séton; mais il s'agit de deux glaucómes : la maladie est sans ressource.
Observation 3798.
Mémoire. — M*'*, âgé de quarante ans, d'un tempérament sanguin et un peu tourné à la mélancolie, mais vigoureux et bien constitué, né d'un pére myope et ayant les yeux naturellement convexes, a eu, pendant son enfance, de fréquentes fluxions sur cet organe. A l’âge de huit ou dix ans, il s'apercut que sa vue, tres - bonne d'ailleurs, commencait à se raccourcir. Vers sa quatorzieme année, il recut un coup de poing sur l'œil. gauche, dont il perdit sur-le-champ la vue, qui lui revint cinq ou six heures apres; mais au bout de quelques jours, il apercut de-
vant cet œil un nuage en forme de toile; les objets lui parurent doubles, et dans l'espace d'environ deux mois, il en perdit entiérement l'usage, sans autre accident. Depuis ce malheur, il voyait trés-bien de l'oeil droit; mais la vue y devint insensiblement plus courte, et il la sentait extrémement fatiguée lorsqu'il sappliquait un certain temps à la lecture; il lui semblait méme quelquefois voir comme une mouche voler devant lui. A l’âge de vingt-six à vingt-sept ans, il éprouva une vive agitation morale aprés avoir passé quelque temps à lire plus que de coutume; peu de jours apres, il lui parut par intervalles dans les rues, et surtout le soir à la chandelle, une obscurité sous la forme d'un rond noir qui lui cachait les objets
placés du cóté du grand angle, pendant qu'il . voyait distinctement les autres. Cependant ce qui était blanc lui paraissait jaune au grand jour; mais ce dérangement ne l'empéchait pas de lire. Pour remédier à cet accident, on le saigna au bras et on lui fit quelques autres remèdes. Immé: diatement aprés la saignée, ce nuage cessa d'étre noir; il devint permanent et couvrit tout l'oeil, de maniére que Monsieur ne put plus lire. A table, les assiettes placées sur sa gauche lui semblaient se remuer; quelques jours aprés, le nuage séclaircit encore davantage : Monsieur vit plus distinctement et de plus loin; il pouvait lire; mais les objets lui paraissaient plus petits qu'ils n'étaient; ce qui ne dura que cinq ou six jours, et
GLAUCÓME. 249 il fut bientót réduit à l'impossibilité de lire, ne voyant méme que confusément les grosses lettres, et ne pouvant distinguer les autres objets, à moins qu'ils ne fussent d'une certaine grosseur. Tous ces accidents, que nous venons de détailler, arrivérent sans que Monsieur ressentit aucune douleur de téte, ni aucun des maux qui précédent ou qui accompagnent les maladies de l'intérieur de l'oeil, et sans qu'il puisse être soupçonné dy avoir donné lieu par aucun excés de débauche. Quant à l'état de cet œil, il ne paraissait nulle altération dans ses humeurs. La pupille était prés du double de ce qu'elle pouvait étre dans l'état naturel; on la voyait cependant se resserrer et se dilater, suivant qu'on en approchait ou qu'on en éloignait une bougie allumée, ou lorsque lui ayant fait fermer les paupiéres, on les lui faisait ouvrir promptement ; mais ses mouvements étaient tréslents. Les plus habiles médecins de Montpellier, que Monsieur alla consulter, décidérent que c'était une goutte sereine imparfaite, et ordonnerent l'usage de plusieurs remèdes propres à adoucir et à diviser le sang, et de quelques topiques; mais Monsieur n'en retira aucun avantage ; ce qui le détermina à tenter de se faire abattre la cataracte qui paraissait à l'œil gauche, quoiqu'on ne lui eüt donné que de légéres espérances de la réussite. L'opération fut bien faite, mais n'eut aucun succès, et les humeurs se trouvèrent confondues. Il a passé environ douze ans depuis le temps dont
nous venons de parler, et ce qui lui est resté de vue à l'œil droit suffit à peine pour distinguer les couleurs les plus frappantes. 11 lui est de plus survenu à cet œil, depuis environ sept à huit ans, une tache de couleur cendrée, traversée d'une ligne noire qui occupe la moitié inférieure de la prunelle. Lorsqu'on fait tourner l'eil de Monsieur, comme pour lui faire regarder entre ses pieds, cette tache parait descendre plus bas que le cercle de la prunelle, et par conséquent descend dans l'humeur vitrée.
De l'exposition qui vient d'étre faite, il semble qu'on peut conclure qu'il y à un caractère d'épaississement dans le sang du malade, qui, joint à la faiblesse des petits vaisseaux, a donné lieu au dérangement de sa vue. Cela parait encore confirmé par l'endurcissement qui lui est survenu depuis quelques années de deux glandes au cou et d'une autre sous l'aisselle, qui ont résisté aux plus puissants résolutifs.
Réponse.
Cette maladie est sans ressource : il y a dissolution de l'humeur vitrée de l’œil droit, dans laquelle se plonge partiellement la lentille désorganisée lorsque le muscle abaisseur agit.
Observation 579.
Tours, le 2» octobre 1779.
Mémoire. — Mademoiselle Pr'** est âgée d'en-
viron quarante-trois ans, d'une complexion maigre et délicate, d'un tempérament lymphatique, ayant toujours eu ses règles aux époques ordinaires, pendant trois ou quatre jours seulement.
Il y a trois mois qu'elle fut prise d'une fiévre continue et en méme temps d'une ophtalmie simple, spécialement à l'oeil gauche. Son chirurgien la saigna deux fois au bras, et lui appliqua les vésicatoires derrière les oreilles. Ces moyens ne lui procurérent point de soulagement : quelques jours aprés, on mit un vésicatoire entre les épaules, qui excita une suppuration abondante. Au bout de.dix ou douze jours, on ordonna la saignée du pied, qui, loin de soulager, développa un mal de téte affreux. On en fit une seconde: à peine fut-elle faite que la malade tomba dans un état de faiblesse qui fut suivi d'une espèce d'anéantissement général. Le mal de téte, loin de diminuer, ne devint que plus violent; les yeux parurent alors comme éteints, conservant encore un peu dinflammation. On fit porter un plat rempli d'une décoction émolliente sous le visage de la malade pour que les yeux en recussent la vapeur. On n'employa ce moyen que cinq fois; il causait toujours des faiblesses qui allaient presque jusqu'à faire perdre connaissance à la malade, qui ressentait ensuite aux yeux les douleurs les plus aigués. Le mauvais succés de ce traitement détermina à appeler d'autres secours, et voici l'état où fut trouvée la malade par celui qui l'a suivie depuis ce moment jusqu à-présent.
La fiévre était continue avec un redoublement dans les vingt-quatre heures; la suppuration du vésicatoire établi entre les épaules était trés-abondante ; l'oeil gauche avait un glaucóme parfait, et la cornée en était terne comme l'est celle d'un œil mort; l'oeil droit menacait de tomber dans le méme état. Le premier soin fut de réparer un peu. les forces de la malade, et de faire sur les yeux l'application d'un collyre légèrement tonique et fortifiant. Au bout de quelques jours, elle fut purgée avec deux onces de manne. Le lendemain, la fiévre diminua; le sommeil fut moins agité; les douleurs de téte et des yeux devinrent moins vives. Six jours aprés, nouvelle purgation avec un léger minoratif, qui produisit le meilleur effet. À cette époque la fièvre cessa presque totalement; les douleurs de téte et des yeux diminuerent de jour en jour; l'oeil droit reprit de la vivacité, et la malade vit les objets assez distinctement. On fit un cautére à la jambe, afin de supprimer le vésicatoire du dos : la malade ne pouvait plus le supporter à cause des souffrances qu'il lui causait. Aprés une convalescence de trois semaines, pendant laquelle on aurait encore purgé la malade, sans la résistance des parents, elle fut attaquée d'un vomissement violent pendant douze heures, qui continua trois ou quatre jours, avec une fiévre assez aigué et dévoiement.
La diéte, les boissons adoucissantes, les lavements , furent employés. Le sixiéme jour, la malade fut en état de prendre l'ipécacuanha , et
GLAUCÔME. 253
quelques jours après un minoratif. Cette seconde attaque la jeta dans un tel état de faiblesse générale, qu’elle ne vit plus que trés-peu de l'oeil droit. Comme les humeurs de l'oeil étaient dans l'état naturel, la faiblesse del'organe, và celle du corps; ne devait pas alors étonner. La malade fut mise à l'usage des ophtalmiques fortifiants, tels que les spiritueux, les esprits volatils et aromatiques : les poudres céphaliques et légerement sternutatoires ont été employées en méme temps. L’œil a repris un peu de force ; mais depuis quatre jours que les règles ont paru, apres un mois de retard, la malade se plaint d'un affaiblissement dans sa vue qui l’inquiète beaucoup, malgré que l'on ne doive l'atribuer qu'à cette cause. Actuellement elle ne ressent aucune douleur ni à la téte ni aux yeux. Dans l'obscurité de la nuit elle voit une espece de clarté. Son appétit est bon; le sommeil est naturel : la suppuration du cautére est soigneusement entretenue. La pupille de l'oeil droit est trésdilatée.
Réponse.
Employer des toniques; éviter les débilitants à l'intérieur et à l'extérieur; le vin de quinquina à la dose d'une once avant le diner.
Observation 380.
Toulon, le 22 janvier 1777.
Mémoire. — Une demoiselle, âgée d'environ
cinquante -trois ans, d'un tempérament fort vif, et ayant été trés- sanguine, chargée depuis longtemps du soin d'une maison et s'en affectant beaucoup, fort sujette aux vapeurs et à des accés de migraide, ayant écrit et calculé pendant tout l'hiver dernier, se plaignait d'une douleur au bras depuis prés d'un an, et en avait aussi ressenti au mois d'avril dans plusieurs parties du corps; il s'y joignit une violente migraine. Elle se coucha, selon sa coutume, ayant la téte fort basse. Dans cette position, elle sentit le sang se porter trois fois à la téte avec une chaleur insupportable; elle dormit ensuite. Le lendemain, à son réveil, les douleurs qu'elle avait au corps étaient dissipées; mais elle souffrait beaucoup de la tête et ne voyait rien de l'oeil droit. On y trouva une légére inflammation et la prunelle fort dilatée. On travailla à combattre cet accident, et pendant. les remèdes, c’est-à-dire environ quatre jours après, la méme maladie gagna l'oeil gauche. Les saignées furent répétées, de sorte qu'on en fit au bras, au pied, et à la jugulaire. On lui appliqua un vésicatoire à la nuque, des sangsues aux angles des yeux, et elle fut purgée. Pendant quelque temps, on lui fit prendre tous les matins un lavement, et, aprés, un pédiluve.
Les choses restérent dans cet état pendant trois semaines, et la malade commença à voir de l'oeil gauche, qui avait été le dernier malade, et quinze jours aprés elle vit de l'oeil droit, et par consé-
GLAUCÓME. 255
quent des deux, mais confusément. Depuis, sa vue fut en augmentant, au point qu’elle se rétablit presque entiérement, bien que la prunelle restat dilatée.
Cet état dura environ deux mois, au bout desquels la malade, ayant passé de temps en temps des nuits entières sans dormir, sa vue recommenca à s'affaiblir; son insomnie augmentant, occasionna une irritation considérable; ses yeux s'enflammérent de nouveau, et sa vue s'affaiblit de plus en plus, principalement à la suite de clartés qui commencèrent alors à lui apparaitre, qui l'incommodérent fréquemment, et qui ne la quittaient jamais sans diminution notable de sa vue.
Ces nouveaux accidents ayant fait craindre à la malade une cécité trés- prochaine, lui irritérent les nerfs à un tel point qu'elle passait souvent des semaines entiéres, et méme des . quinzaines, sans dormir. On lui fit prendre alors des bains; on lui appliqua de nouveau des sangsues, ainsi que des vésicatoires; on lui ordonna un régime humectant et rafraichissant ; mais ses spasmes ayant continué et méme augmenté, la vue a toujours continué à baisser, de facon que depuis le mois d'octobre dernier elle ne voit plus rien, bien que ses yeux paraissent dans le méme état où ils étaient dans le principe de la maladie, c'est-à-dire ayant la prunelle fort dilatée, et de temps à autre un léger degré d'inflammation.
Il y a à-présent environ quatre mois qu'on ne lui fait aucun remède suivi, à cause de l’état où ses spasmes la mettent : ils vont toujours en augmentant, et font craindre que sa téte ne se désorganise tout-à-fait. Cependant elle mange à son ordinaire, et son corps ne dépérit point : elle dort depuis environ deux mois pendant trois ou quatre heures, chaque nuit, au lieu que pendant long-temps elle n'avait dormi que fort peu.
. Réponse.
La maladie pour laquelle nous sommes consultés présente tous les caractéres d'un glaucóme. Les clartés dont Mademoiselle a eu si souvent lieu de se plaindre, ainsi que les inflammations qui se sont manifestées d'abord à l’œil droit et peu-à-peu au gauche, paraissent démontrer l'existence de cette maladie; une nouvelle preuve résulte de la dilatation des pupilles, et sur-tout des violentes douleurs de téte qui ont succédé à celles que Mademoiselle ressentait auparavant en différentes parties du corps. Ces dernières ayant cessé tout-à-coup, l'humeur qui les causait s'est portée par voie de métastase à la tête, et de-là sur les couches des nerfs optiques. Il faudra qu'on examine de nouveau les deux yeux en leur faisant recevoir le jour un peu obliquement, et qu'on observe l'état des milieux transparents. Peut-étre y apercevra-t-on déja quelque chose de louche qui serait la confirmation du glaucóme; et si cela
était, nous serions d'avis qu'on renonçât à tous remèdes, parce que le glaucóme est incurable. Si, au contraire, les milieux transparents paraissent dans leur état naturel, on peut tenter encore quelques remèdes pour tàcher de rappeler la vue. Si les douleurs de téte subsistent, on reviendra aux sangsues appliquées aux tempes, et aux ventouses scarifiées aux deux épaules. Si ces saignées locales ne dissipaient pas le mal de téte et l'inflammation aux yeux, nous serions d'avis qu'on appliquàt quatre ou cinq sangsues au siége. Cette maladie , dépendant d'une inflammation de la rétine accompagnée d'une tension spasmodique des filets nerveux de cette membrane, ne cédera ni aux bains, ni aux pédiluves, ni aux humectants seuls, et n'exige point des saignées ordinaires, qui, dans létat actuel des choses et à raison de l'affaissement qu'elles occasionnent aux vaisseaux, pourraient causer une atonie funeste aux fibres de l'organe immédiat de la vue et en empécher le rétablissement.
Aprés ces saignées locales faites dans l'espace d'une semaine, ce qu'il y aurait de mieux à faire serait de revenir aux vésicatoires. ll faudrait en appliquer un à la partie postérieure du cou et un au bas d'une des cuisses, et on les entretiendrait peudant six semaines et méme plus long-temps, si la vue paraissait gagner un peu. Mademoiselle fera usage du petit-lait avec addition de suc de cerfeuil. Deux fois par jour, elle avalera un petit