GLAUCOME
d'àcreté. La malade, depuis la disparition de ses règles, arrivée au terme ordinaire, n'a cessé d'éprouver des chaleurs au visage, qui se couvre subitement d’un rouge cramoisi. Depuis plusieurs mois, elle se plaint encore d'un bruit d'oreilles fort incommode.
J'ai cru devoir faire précéder ces observations, pour donner au conseil une idée de l'état des liquides chez la malade, et de la tendance de son sang à se porter à la tête : je vais exposer ce qui
a un rapport plus immédiat à ses yeux, objet de ce Mémoire. ; |
Il y a environ dix ans que Madame perdit l'usage de l'un d'eux, dont la vue avait. successivement diminué de jour en jour : il en a été de méme de l'autre, dont elle a cessé de voir depuis un an, dans le temps d'une abondante suppuration, tant par la plaie qui résultait des incisions qui avaient été faites sur l'anthrax, que par le cautére pratiqué à la méme jambe. |
La perte de la vue de l'un et de l'autre œil a été précédée de plusieurs fluxions inflammatoires avec les plus vives douleurs dans le fond des orbites. Lors méme que la malade souffrait moins, elle ne pouvait, sans l'interposition d'un gardevue, supporter la lumiére des bougies, autour desquelles elle apercevait comme un arc-en-ciel. Les prunelles étaient trés - dilatées et souvent de figure fort irrégulière. Quelque temps enfin avant d'avoir perdu entierement l'usage du dernier œil,
202 SECTION VII, CHAPITRE Vi,
il lui arrivait ordinairement de porter la main à une assez grande distance des objets qu'elle voulait toucher. Aprés la perte entiére de l'un et de l'autre œil, et sur-tout du dernier, elle à continué d'y souffrir les plus vives douleurs, qui lui semblaient étre toutes intérieures. Ces douleurs sont devenues supportables : ce ne sont plus que quelques cuissons peu vives pour l'ordinaire, mais assez habituelles ; d'autres fois c'est un sentiment de graviers qui lui semblent rouler entre le globe de l'oeil et les paupières. Elle n'apercoit aucunement la lumiére du jour ni celle d'une bougie de l’œil anciennement affecté, et, de l'autre, elle n'apercoit qu'une clarté trés-obscure, et seulement quand la lumiére lui est présentée fort obliquement du cóté de l'angle externe.
La prunelle du premier, dans lequel elle ne souffre que rarement de légères douleurs, est excessivement dilatée, et ne laisse apercevoir dans: son intérieur que du noir; celle de l'autre, qu: continue d’être douloureux, est moitié moins large et présente une couleur d'un gris trouble, et non cette couleur perlée qui s'observe le plus souvent dans les vraies cataractes : l'une et l'autre conservent le méme degré de dilatation, soit au grand jour, soit à l'obscurité. Je pense quil serait inutile d'entrer dans le détail des remédes que l'on a toujours employés pour tempérer l'acrimonie des liqueurs, et pour empécher une trop grande affluence de sang vers la tête, qui a causé
GLAUCÔME. 263
deux ou trois étourdissements capables d'alarmer. Il suffira sans doute d'observer que l'on a saigné autant que les accidents ont paru l'exiger; que l'on a fait le plus grand usage possible des délayants, des antiscorbutiques tempérés, du lait, du petit-lait, des pédiluves, des bains entiers, des eaux minérales de Saint- Alban, auxquelles on reconnait, entre autres propriétés, celle de corriger dans le sang un vice dartreux plus efficacement que tous les autres remédes; et qu'enfin lon a fait un assez grand usage des pilules de cigué, fondé sur quelques observations connues et sur quelque analogie que l'on a cru entrevoir entre le vice dominant des liqueurs de la malade et celui qui donne naissance aux affections contre lesquelles on emploie plus particuliérement ce remede.
Il semble à la malade que le globe de l’œil, le dernier affecté, le plus douloureux, et sur lequel elle fonde encore quelque espérance, est d'un volume beaucoup plus considérable que dans l'état naturel, et qu'il roule plus difficilement dans son orbite, quoique cette augmentation de volume ne paraisse pas à l'extérieur. |
Réponse.
Il y a dans le sang un vice dartreux joint à un levain scorbutique qui paraît prédominant, et, particulièrement, une tendance des humeurs vers les parties supérieures. Si, dans un cas aussi grave et nonobstant tous les remèdes qu'on a mis en
usage, nous osions proposer quelque chose, ce serait l'application des sangsues aux tempes et au siége.
Nous ajouterions à cela un long usage du lait dans lequel on aurait fait infuser, à froid, pendant la nuit, une poignée de cresson, et, dés qu'on le pourra, une douzaine de feuilles de cochléaria et une demi-once de racine de raifort sauvage; Madame en prendrait, tous les matins, trois tdsses chauffées au bain-marie. Si les moyens que l'on tentera étaient insuffisants pour rappeler la vue à l'oeil dont Madame entrevoit de côté la lumière du jour, ils pourront peut-être au moins appaiser la douleur et les autres accidents dont elle se plaint. |
Observation 382.
Mémoire, le 27 septembre 1778. — La dame dont on va détailler les infirmités est àgée de cinquante ans; il y en a quatre qu'elle n'est plus réglée, et on observera que, six mois avant cette cessation absolue, elle a éprouvé dans le bas-ventre, du cóté droit et vers la région iliaque, une douleur trés-vive, qui s'est terminée par un écoulement purulent par les parties naturelles, et qui, aprés plusieurs retours, expose encore quelquefois la malade à de nouvelles douleurs et. de nouvelles évacuations de matiéres glaireuses et purulentes, mais en moindre quantité : cet accident a été regardé comme un abcés à l'ovaire droit. La malade a consulté pour cette maladie,
GLAUCOME. 265 pour laquelle on lui a fait prendre des apéritifs de différentes espèces et des eaux ferrugineuses, qui ont paru lui faire du bien. Les eaux de Spa sont celles qu'on a plus particulièrement employées.
Heureusement constituée, cette dame, à l'âge de dix-sept ans, a eu ses régles; elle les a eues toujours abondantes, et elles ont tres- souvent dégénéré en pertes. La suite de ces accidents l'a souvent obligée d'avoir recours aux saignées; ce qui, joint à ses pertes, semblerait devoir la mettre, dans ce moment, plutôt dansla classe des personnes pituiteuses que dans celle des sanguines. Néanmoins on observe qu'elle s'est toujours trouvée soulagée par les saignées. D'ailleurs la vie sédentaire et peu active que ses infirmités l'ont obligée de mener, et leur genre méme, annoncent son tempérament actuel.
Mariée il y a vingt-huit ans, sa première couche fut assez heureuse; mais elle n'a pas nourri, et s'est rendue trop tôt à la société dans une saison trés-froide; ce qui l'a exposée à tous les accidents de ce que l'on nomme vulgairement lait épanché : c'est l'époque de la destruction de sa santé. En effet, elle a toujours été depuis dans les douleurs et les remèdes; cependant elle a eu d'autres grossesses et des couches assez heureuses; mais le quatrième accouchement a été trés-laborieux, ce qui a occasionné la mort de l'enfant. Cette méme couche a été suivie d'hydropisie de matrice, et la
266 SECTION VII, CHAPITRE VI, dernière, arrivée il y a dix-neuf ans, et qui a été heureuse, fut suivie de maux de téte et d'un mal d'yeux des plus violents, qui ont cédé aux différents remédes, particuliérement aux saignées. Cependant tous ces remédes n'empéchaient point les douleurs vagues occasionnées par la faute de régime commise au premier accouchement. Une douleur de rhumatisme se faisait sentir alternativement dans différentes parties du corps, aux reins, aux genoux, aux bras, à l'estomac, et à la tête, où elle a paru plus particuliérement se fixer il y a à-peu-prés deux ans.
Depuis sa derniére couche, et six à sept ans avant l'époque de l'écoulement des matiéres purulentes, cette Dame était exposée périodiquement à des enflures considérables de tout le bas-ventre, qui se dissipaient et se montraient alternativement toutes les six ou sept semaines. Ces enflures ont presque totalement disparu depuis que l'écoulement purulent s'est manifesté.
Les douleurs rhumatismales que cette Dame a éprouvées sont au-dessus de toute expression, particulièrement dans les orbites et les sinus frontaux ; elles ont occasionné diverses inflammations de la conjonctive, avec un flux considérable d'humeur séreuse par le nez et par les veux.
Il y a environ dix-huit mois, qu'à la suite de violents maux de téte et d'une inflammation de la conjonctive, cette Dame a perdu la vue de l'oeil droit, sans aucune altération sensible dans l'oeil,
GLAUCÓME. 267
qu'une immobilité de la pupille et la continuation de l'inflammation de la conjonctive, dont l'état est devenu variqueux. Ne doit-on pas attribuer cette goutte sereine à la présence de l'humeur rhumatismale qui fait compression sur les nerfs optiques?
Il y a quinze mois qu'apres des douleurs rhumatismales dans la tête, qui lui avaient occasionné la perte de l'oeil droit, il est survenu, dans le grand angle, à la sclérotique, une petite tumeur saillante de couleur bleue et grosse comme un petit grain de raisin, qui annoncait un staphylóme; mais cette tumeur, depuis l'existence d'une nouvelle inflammation, parait diminuée des trois quarts.
Cette Dame, aprés la perte de l'oeil droit, éprouvait des douleurs moins fortes dans la téte, et semblait jouir d'une santé passable, lorsque toutà-coup, apres une douleur tres-vive dans le bras droit, où elle a un cautére, elle se plaignit d'une douleur des plus aiguës dans l'estomac, qui, ayant cessé dans cette partie, se porta, dans les premiers jours de mai dernier, sur le cerveau, et occasionna de nouvelles douleurs de téte inexprimables, particulierement dans l'orbite gauche. Les deux conjonctives se sont enflaminées de nouveau, et la faculté de voir s'est perdue dans ce second œil, sans altération des humeurs. On observe seulement, comme dans le droit, une immobilité de la prunelle; inflammation des con-
jonctives subsiste toujours des deux côtés, et les douleurs de tête sont on ne peut pas plus vives. Les yeux et le nez rendent chaque jour une grande quantité de sérosités; comme les paupières et tous les environs du nez sont gonflés sans inflammation, il parait que cet effet est dû à une lymphe épanchée. wd
On croit reconnaitre positivement une amaurose pituiteuse, occasionnée par la présence de l'humeur du rhumatisme qui abreuve le cerveau et les nerfs optiques, et cause la privation de la vue.
On demande quels sont les remédes propres à détourner cette humeur? S'il y a lieu d'espérer qu'en parvenant à la détruire ou à la déplacer de la téte, la malade pourra voir de nouveau et être délivrée de son ancien rhumatisme, seule cause de tous ses accidents? Enfin, quels sont les remédes convenables à son état présent? |
Jusqu'ici on a fait usage, lors de l'invasion du mal de téte et de l'inflammation des yeux, des saignées , des purgatifs, et de différents apéritifs. On a établi un cautére, qui subsiste toujours, et qui n'a pas cessé de beaucoup suppurer. On a employé les vésicatoires; mais la malade s'en est ennuyée , et on croit que l'écoulement n'en a pas été assez long-temps entretenu. |
Ne serait-il pas avantageux de faire usage des purgatifs, des sudorifiques, et de l'application des sangsues autour des yeux? Ne conviendrait-il pas
d'avoir recours aux fondants mercuriaux et aux
sayonneux ?
Peritrirs, D. AM.
Observation 383.
Consultation pour Madame F'** de Bordeaux.
Paris, le 23 juin 1817.
Quelques années avant la cessation du flux menstruel, Madame a éprouvé un dérangement dans sa santé. !
Elle fut d'abord tourmentée pendant un an par des hémorrhoides qui firent craindre une fistule. Cette crainte se réalisa dans le cours de. l'année suivante.
Madame a été bien guérie de cette maladie, qui fut traitée selon les régles de l'art; mais, au moment où cette espèce d'émonctoire, que la nature s'était procuré, approcha de sa terminaison, il y eut métastase sur les yeux, et Madame éprouva une ophtalmie, qui ne se dissipa qu'un mois aprés. Ce fut alors qu'on retira le séton de la fistule. Madame , âgée à cette époque de cinquante ans, conserva encore ses régles pendant quatre ans. Depuis qu'elles ont cessé de couler, elle a éprouvé, presque sans aucune interruption, des pesanteurs à la téte, des étourdissements, des vapeurs, et souvent des palpitations de coeur, sur-tout en se baissant.
Il y a environ un an que la malade eut une
enflure sous la mâchoire inférieure du côté gauche, occasionnée par une petite fistule qui s'était établie à la racine d'une dent, malgré l'extraction de laquelle le gonflement subsiste encore.
Vers la fin de décembre dernier, la malade, sortant un jour de brouillard, sentit des frissons aux jambes et aux cuisses; elle rentra, s'approcha du feu, dont l'action parut lui faire monter le sang vers les joues, et aussitót les paupiéres rougirent. L'application. d'une pommade ophtalmique sembla augmenter linflammation : les lotions produisirent le méme effet; une saignée faite au bras, un vomitif, n'empéchérent point les deux yeux d'éprouver un gonflement extraordinaire. Un vésicatoire derriére l'oreille droite attira lirritation sur l’œil de ce côté; il se ferma avec des douleurs affreuses. Les boissons actives parurent nuisibles; le petit-lait et l'orgeat :calmérent, et permirent d'ouvrir un peu l'oeil qu'on n'avait pas pu examiner depuis un mois. Un vésicatoire fut établi à la nuque, et, dans l'espace de quatre mois, la malade a eu, jusqu'à ce moment, cent soixante sangsues environ au dos et aux cuisses; elle a été saignée. plusieurs fois au pied, et purgée. Elle a observé le régime le plus exact. i6 Malgré l'emploi de tant de moyens, l'état de la malade est loin d’être satisfaisant. Elle. éprouve de fortes vapeurs. qui portent au front une rou-
geur visible et lui gonflent l'oeil malade, dont le
GLAUCÔME. 271 nerf optique est paralysé, et dont la paupière supérieure , trés-rouge et luisante, permet à peine qu'on puisse l'entr'ouvrir. Elle ressent très-fréquemment des douleurs à la joue du côté de cet œil, qui passent, par instants, sur l'oeil gauche, aux tempes , et sur-tout au front; ce qui la met dans un état d'anéantissement difficile à décrire. Lorsqu'elle reste quinze ou vingt jours sans mettre de sangsues au dos, elle est dans un état accablant de souffrances et de vapeurs. Le jour de l'application des sangsues, elle est plus malade; l'oeil est plus fermé et plus enflé : le lendemain elle est mieux.
Les soussignés, aprés avoir lu et relu les Mémoires qui contiennent l'énumération des accidents éprouvés par madame F'"", ont reconnu l'existence d'un glaucóme. Ils croient que la pupille doit être dilatée d'une manière irréguliere, et qu'elle deviendra plus ou moins trouble.
Il est important de mettre l'oeil gauche à l'abri dela méme maladie. Les moyens qui rempliront ce but dissiperont aussi les douleurs du droit, qui, cependant, reparaitront, mais au moins avec des intervalles. Voici ceux que conseillent les soussignés. M. le médecin ordinaire de la malade voudra bien en diriger l'emploi, avec les modifications et dans l'ordre qui paraitront indiqués tant par leurs premiers effets que par l'état dans lequel se trouvera la malade à l'arrivée de la présente consultation.
272 SECTION VII, CHAPITRE Vi,
En réfléchissant à la maladie que Madame a éprouvée à la marge de l'anus, toute application des sangsues sur cette partie semble interdite ; mais, si on songe que nulle menace du retour de cette maladie n'a existé depuis sa guérison , que les yeux se sont affectés peu avant cette époque, que c'est une puissante indication pour rappeler l'irritation et le sang vers ces parties, et que l'œil gauche doit étre conservé à quelque prix que ce soit, on se déterminera en faveur d'un moyen qui n'aura probablement aucun inconvénient. Si cet espoir si fondé était trompé, et que les sangsues déterminassent un peu de phlogose dans ces parties, autrefois le siége de tant. d'irritation, on en serait averti à temps; on suspendräit l'emploi de cet utile moyen, et on pourrait, sans risquer de se tromper, regarder cette passagére irritation comme ayant existé aux dépens et en diminution de celle de l'oeil perdu, qui menace de s'étendre au gauche; le périoste de l'orbite droite, celui qui revét l'arcade sourciliére, la portion qui, en se réfléchissant, forme le ligament des paupières, et toutes les membranes du globe étant dans un état de phlegmasie chronique, et les différentes parties correspondantes participant déja du cóté
auche à cet état.
11 faut donc débuter par faire, à la marge de l'anus, la première application des sangsues à laquelle on croira devoir recourir: |
La suivante aura lieu au haut de l’épaule droite,
GLAUCÔME. 275 auprès des vertèbres du cou, au-dessous du séton : on n’appliquera les sangsues qu'après avoir posé une ventouse sèche. Le verre de la ventouse aura été chauffé par le moyen d'esprit-de-vin rectifié, et si la peau ne monte pas à une certaine élévétio dès la première application de la ventouse, on en réappliquera sur-le-champ une seconde; les sangsues seront mises aussitôt sur la partie gonflée et rougie de la peau. On pourra provoquer l'écoulement du sang en faisant chauffer une troisième fois le verre de la ventouse et l'appliquant de nouveau.
Un voyage aux eaux de Baréges nous parait indiqué. Il ne faudrait point faire de douches sur le front, sur les yeux, ni sur aucune autre partie de la tête, mais il serait bon d'en faire sur la colonne vertébrale.
A moins d'un motif déterminant pour supprimer le séton, on le conserverait jusqu'apres le voyage de Barèges, si Madame le fait; et, dans le cas contraire, elle le garderait encore pendant un. mois. En le supprimant, on établira au bras gauche un cautére, qu 'il ne faudra point ôter.
Rien ne combattrait aussi puissamment la maladie qu'une application régulière de quatre sangsues chaque mois, qui seraient mises à la marge de l'anus, et on n'en appliquerait plus ailleurs si on remarquait qu'elles n'eussent aucun inconvénient local relatif à la maladie qui a existé. Ce-
pendant on pourrait de temps à autre remplacer ZH. 18
cette application par celle que l'on ferait à l'épaule avec usage de la ventouse, ou par l'application d'une ventouse scarifiée.
Quels que soient les accidents qui pourraient survenir à Madame, il faudrait étre sobre de remèdes actifs, comme vomitifs et purgatifs, et, en général, éviter tout ce qui pourrait irriter le tube intestinal. Si on croit avoir besoin de toniques, on s’en tiendra à deux cuillerées de vin de quinquina, que Madame prendrait un quart d'heure avant son diner.
Elle continuera à observer un régime exact, et fera tous les jours, en voiture ou à pied, une promenade réglée et fixée à-peu-près à la méme heure. PORTAL, DEMOURS.
Observation 384.
M. N*'*, âgé de soixante-cinq ans, d'un tempérament bilieux, se sentit du froid aux pieds et à la téte, en jouant le soir au trictrac dans un jardin, et eut une ophtalmie à l'œil droit, dés le lendemain, qui dégénéra en glaucóme, avec irrégularité et immobilité de la prunelle. Celle de l'oeil gauche n'avait quun mouvement fort obscur, et la vue en est restée si faible, qu'à peine le malade voyait à se conduire.
Observation 385.
Une servante de Fontenai-sous - Louvres fut frappée avec une bouteille par un homme ivre
GLAUCÓME. 255
sur différentes parties du corps le 11 novembre 1815. Les yeux ne furent point atteints, et cependant les pupilles se sont dilatées, les conjonctives sont devenues rouges, et lorsqu'on me l'amena, en mars 1816, je trouvai que deux glaucómes s'étaient uetus jodlgts les secours les mieux indiqués.
Le 18 octobre 1759, un ecclésiastique perdit | l'œil gauche par un glaucôme, suite d'une chüte de cheval; il éprouvait de temps en temps des douleurs par élancements à l'œil droit, devant lequel il voyait voltiger des points noirs, sur-tout aprés avoir lu. Cet oeil s'est perdu un an aprés par la méme maladie.
Observation 386.
Extrait d'une Consultation en date du 10 septembre 1770.
M. du R""*, de Laon, a l'oeil droit presque entierement perdu par un commencement de glaucóme. Depuis quatre mois que nous n'avions examiné cet œil, nous croyons y avoir aperçu un petit changement en mieux; la prunelle nous a paru moins dilatée, et le cristallin moins opaque. Monsieur en voit, mais à travers un brouillard. L'œil gauche, attaqué de paralysie, est resté au point ou il était; la pupille a peu de mouvement; mais il n'y a point encore de trouble dans les milieux transparents.
Extrait d'une autre Consultation pour le méme malade , venu à Paris quatre ans aprés :
3o août 1770.
Nous avions examiné les yeux de M. du R***, au mois de mai 1776. Ils nous parurent menacés d'une perte prochaine : le droit était attaqué d'un glaucóme, et le gauche de paralysie. Le régime qui lui fut prescrit retarda ]a perte de la vue, au point qu'environ quatre mois aprés, elle nous parut un peu moins menacée. Enfin , quatre ans aprés, nous avons été surpris que le peu de vue qu'il avait en 1776 se füt soutenu au même état, et sans le secours d'aucun remède. En examinant les yeux avec attention, nous avons cru apercevoir un mouvement, obscur à ]a vérité, de dilatation et de constriction dans la pupille de l'oeil gauche dont les milieux ne sont pas aussi altérés que ceux de l'oeil droit où il y a une cataracte compliquée de goutte sereine. M. du R"** entrevoit les objets, et peut compter ses doigts, à un jour favorable; il n'a donc presque rien perdu depuis quatre ans. Me CHAPITRE VIT.
Des Nevroses des muscles de l’æil.
Observation 387.
Extrait du Journal de mon Pere, du 23 avril 1779-
Mademoiselle D*** est sujette dépuis long-temps
à des crispations des nerfs et à des contractions spasmodiques dans les muscles droits des yeux. et sur-tout dans le muscle orbiculaire des paupieres, de sorte que, quand ces contractions la prennent, ses yeux se ferment et restent dans cet état plusieurs heures , et quelquefois plusieurs jours. Lorsque le spasme attaque les muscles droits, elle louche tantôt d'un oeil, tantôt des deux, ce qui lui jette alors de la confusion dans la vue, qui est totalement interceptée lorsque le muscle orbicülaire est affecté de spasme. Elle dit sentir quelque chose qu'elle ne saurait exprimer, qui lui annonce ce dernier accident, qui n'est accompagné d'aucune douleur, parait, et disparait, lorsqu'elle y pense le moins , et est assez fréquent. Elle est âgée de vingt-deux à vingt-trois ans, fort grasse , bien réglée , et mange. beaucoup. Je l'ai fait saigner deux fois du pied et une fois de la jugulaire. Elle a des maux de tête très-violents, et presque habituels. Dés la seconde saignée du pied , ses yeux se sont fermés, et se sont ouverts apres la saignée de la jugulaire. Ils avaient été fermés pendant trois jours. Je lui ai fait prendre en bols, deux jours de suite, un mélange de cinabre naturel et de musc , incorporé avec suffisante quantité de sirop de Diacode, et les jours suivants elle a pris deux de ces bols, l'un à six, et l'autre à dix heures du soir. Elle prend aussi depuis la premiére saignée, une pinte de petit-
lait. Je lui ai fait faire usage de léther sur un morceau de sucre.
JV. B. Mademoiselle D''* obtint une diminution dans la fréquence , la durée et l'intensité de ses accès ; mais un mois après , ils se reproduisirent ; elle conserva un peu de l'amélioration qu'elle avait. obtenue. |
Observation 388.
Brienne, le 5 septembre 1791.
Mémoire. — Un clignotement convulsif des paupières de l'oeil gauche, qui se répete frequemment dans la journée, un relâchement ou abaissement de la paupière supérieure du méme oil, enfin une faiblesse de vue plus marquée dans l'œil gauche que dans lol droit, forment l'assemblage des symptómes dont se plaint M. le comte de Br"**. j
Il y a environ trois ans que le relâchement de la paupière existe. Ensuite le clignotement spasmodique s’y est joint, et depuis environ six mois, on s'est apercu que la vision se faisait moins bien, et plus faiblement dans l'œil gauche que dans le droit. M. le comte est àgé de soixante-un ans, de bonne constitution , d'une santé parfaite , cependant sujet à un rhumatisme vague, dont 1l éprouve chaque année quelque ressentiment: il se sert habituellement de lunettes. Il ne peut s'en passer sans fatiguer ses yeux , et lorsque cette
fatigue existe , les clignotements:deviennent plus fréquents , plus vifs , et changent en grimaces les rides ou plis du contour de l'œil malade. On croit que l'âge, la contention des yeux, et l'usage des lunettes, avant d'en avoir eu besoin, ont concouru, avec un vice rhumatismal, à produire cette indisposition. M. le comte n'a, jusqu'à-présent, employé de remèdes que l'eau de Cologne, plusieurs fois par jour,sur la paupiere reláchée , les eaux de Bourbonne, qu'il a prises en boisson et en douches sur l'oeil malade, et des bains domestiques pendant dix jours, mais sans aucun changement ni amélioration d'état. Il porte au bras du sainbois depuis six ans. ** Médecin.
N. B. M. le comte de Br“** vint à Paris, et y commenca un traitement qui d'abord n'améliora que d'une maniere peu sensible sa position , et qui fut suspendu. Lorsqu'il éprouvait un peu de douleur de goutte à un pied, les mouvements convulsifs de l'oeil gauche diminuaient d'intensité et de fréquence.
Observation 389.
Toulouse, le 28 février 1783.
Mémoire. — Madame de L'**, âgée de soixante ans, d'un tempérament sec , maigre, et trés-irritable , jouissait cependant d'une assez bonne santé jusqu'à l'epoque d'une chüte. En octobre dernier , se promenant dans un grand chemin ,
et s'étant approchée sur le bord d'un fossé, elle tomba du haut en bas, et sa tête, selon toute apparence, reçut une forte commotion , puisque cette chüte causa la perte du sentiment et du mouvement. La malade fut transportée chez elle, et quand le pouls, qui resta long-temps dans un état de langueur, fut rétabli, on fit plusieurs saignées, au bras, au pied , à la jugulaire ; les sangsues furent aussi appliquées. Maleré ces prompts secours , la malade a été pendant près d’un mois dans un délire obscur, se plaignant toujours de vives douleurs de tête, portant machinalément sa main sur la paupière supérieure de l'oeil gauche, qui était tombée dans un état de relâchement. En trois mois, la malade a repris sa santé par l'emploi des adoucissants, et sur-tout du lait d'ánesse; mais, depuis la chûte, les organes de la vue ont paru si lésés, qu'elle voit les objets doubles du haut en bas. L’œil droit voit l'objet dans sa propre position, l'œil gauche, dont la paupière était relâchée, voit le méme objet plus bas. On observe que lorsqu'on couvre un des deux yeux, quel qu'il soit , l'oeil libre voit les objets dans leur propre position, et la différence dans la position apparente des objets ne se fait sentir que lorsque les deux yeux agissent ensemble. Les yeux et les autres parties du corps n'ont point recu de contusion : il n'y a donc qu'une forte commotion au cerveau qui ait pu donner lieu à tous ces symptómes. On demande dans quel état sont la
rétine et le nerf optique? Quelle est la cause de ce dérangement dans la vue? quelles indications il faut remplir, et quels remedes il faut employer pour cela ?
Réponse.
La chüte de Madame lui a occasionné une paralysie imparfaite du muscle releveur de la paupiere supérieure, et du muscle releveur du globe de l'oeil gauche. Le centre de la cornée doit se trouver un peu plus bas qu'à l'œil droit... La rétine et le nerf optique sont dans leur état naturel. Traitement dirigé contre la paralysie. Madame peut espérer une guérison complete.
JV. B. Un de mes confrères à la Société de Médecine de Paris, éprouva au mois de juillet 1816 un accident à-peu-prés semblable, quatre mois après une chüte violente; il avait été renversé par un cheval, et transporté chez lui sans pouls et sans connaissance : il était à-peu-pres rétabli, et sortait depuis un mois, lorsque le muscle droit externe d'un de ses yeux fut légèrement affecté, en sorte qu'il voyait un peu double en regardant de ce cóté. Avec des moyens simples et du temps, ce muscle a repris toute son action.
Observation 390.
Noyon, 14 mai 1764.
Mémoire.— M. le curé de **, incommodé depuis environ quinze jours de Desghigite; lassitudes
universelles , et maux de tête, s'était contenté de garder la chambre, et d'observer un régime exact; mais le 25 mars son mal de tête devint plus violent. Il était accompagné d'une pesanteur considérable, et d'un désordre dans la vue. Les deux yeux ouverts , le malade ne voyait plus que confusément, et les objets lui paraissaient doubles. L'oil.gauche était le seul incommodé ; il était fortement tourné du cóté du nez, et ne pouvait se diriger vers le petit angle, en sorte que la direction des deux axes optiques n'était paralléle que quand le malade regardait du cóté droit. Le pouls était trés-plein, lourd et un peu dur, sans fièvre. Je lui fis faire une saignée du bras;il fit usage d'une boisson délayante, et prit le soir un lavement. Le sang était d'un rouge-noir, mais sans aucun caractére d'inflammation , fournissant environ un quart de sérosité fort jaune. La plénitude de l'estomac, et l'abondance de la bile qui commenca à se manifester sur la langue dés le 25, me déterminérent à donner, le 26, trois grains de tartre stibié, deux gros de sel de Glauber, et une once et demie de sirop de limon dans une demi -bouteille d'eau. Le malade n’a vomi qu'une fois, et l'évacuation par bas ne commenca que le soir à quatre heures : les matiéres exhalaient une odeur acide, et trés-forte. Je fis prendre le soir un lavement purgatif qui fit trés- bien : à l'instant méme le malade se pleignit d'un engourdissement à la cuisse droite. Je fis mettre dans la
tisane , composée avec les racines de chicorée sauvage, de scorsonaire, de chiendent et de réglisse, un grain de tartre stibié, un gros de sel de Glauber, et douze grains de sel ammoniac. Le pouls a toujours été fort tranquille et plein : le lendemain,l'embarras de la cuisse était plus considérable , l'état de l'oeil. toujours le méme, si ce n'est que la paupière supérieure, plus lourde, se levait avec peine. Je fis faire une seconde saignée, mais la couleur du sang, ressemblant à de la gelée de groseille, et sans résistance sous le doigt, m'a décidé à ne plus employer la lancette ; d'ailleurs la saignée, loin de diminuer l'engourdissement et la stupeur de la cuisse, sembla l'augmenter et létendre, car dés le soir méme, le malade se plaignit d'un pareil accident au poignet droit. Je tournai donc toutes mes vues du cóté des évacuants, et, le 28, j'ordonnai un apozéme purgatif animé de quatre grains de tartre stibié, qui produisit une évacuation bilieuse trés-abondante. Pendant l'opération, l'engourdissement était presque totalement dissipé ; mais il se fit ressentir le soir, moins fort à la vérité: on a continué les apozémes ou tisanes purgatives pendant huit jours de suite, ayant soin de les rendre plus actives de deux jours l'un. La quantité de bile que le malade a rendue est inconcevable. Je crus, aprés ces évacuations abondantes, pouvoir employer une tisane sudorifique, capable de ranimer le mouvement des parties engourdies et
du muscle abducteur, qui me parut absolument paralysé. Pour seconder l'effet. de cette tisane, je fis appliquer un vésicatoire à la tempe. Toute la matinée, le malade s'en est trés- bien trouvé; mais vers midi, un orage violent , accompagné de tonnerre, a causé une révolution : il s'est senti “comme étourdi et beaucoup plus pesant; cet effet de l'orage ne s'est dissipé que vers les cinq heures du soir, temps auquel le ciel est devenu plus serein. La tisane sudorifique et nervine ne produisit d'autre effet que d'échauffer beaucoup le malade; la langue devint tres- chargée, et l'haleine d'une fétidité insoutenable: il fallüt revenir aux purgatifs, que l'on a continués tres-long-temps, tantót sous une forme, tantót sous une autre. On a substitué aux boissons échauffantes des tisanes rafraichissantes. L'engourdissement de la cuisse et du bras se sont ai petit à petit,
mais l'état de l'oeil est toujours resté à- peu-pres le même; la vision est toujours double; seulement je me suis apercu que la rétraction vers le. grand angle était moins violente, et que le muscle abducteur commencait à jouer un peu. Dans le dessein d'augmenter ce mieux, je lui ai fait faire usage d'un liniment composé avec l'eau des carmes, l'eau-de-vie de lavande, le sel ammoniac ; la teinture de succin, et l'huile de thérébentine: on y a substitué dans la suite des fumigations avec le succin , le mastic , et le sucre-candi, parce que la vue commençait à devenir un peu trouble. Il
a fait ensuite usage d’une tisane faite avec sassafras, un gros; sel de nitre, un gros; sel d'Epsom, deux gros; sur deux pintes d'eau. Cette boisson, loin de rétablir la vue, l'a rendue plus trouble et plus confuse: elle ne passait qu'avec beaucoup de peine, et seulement le soir, et par les selles. Ce mauvais effet nous a décidé à l’abandonner ; on y a substitué une eau minérale de ce pays, trés -légére, dont il fait usage depuis peu de jours.
Il reste encore un peu d'engourdissement à la cuisse, sur-tout quand le malade veut commencer à marcher ; le mouvement du muscle abducteur, quoique plus étendu, n'est pas encore assez libre pour que la direction des deux yeux soit dans le parallélisme nécessaire à la perfection dela vision; la vue est méme un peu plus trouble quelle n'était ci-devant, sur-tout depuis l'usage de la tisane avec le sassafras, le nitre et le sel d'Épsom. TDepups la cessation de cette tisane, elle commence à séclaircir quoique faiblement.
L'engourdissement de la cuisse , et le désordre de la vue, sont les deux objets pour lesquels le malade desire avoir votre avis ; il vous prie de lui indiquer les remédes les plus efficaces pour les dissiper.
Je crois devoir vous faire observer que le malade, fort bilieux , s'est toujours trouvé plus mal des boissons échauffantes : aprés leur usage, méme de vingt-quatre heures , la bile s'exalte , la langue devient chargée, et l'on est obligé d'avoir recours
aux purgatifs minoratifs ; l'engourdissement de la cuisse et du poignet droit ne s'est dissipé quà l'aide de ces moyens. J'ai remarqué aussi que les boissons, un peu chargées des sucs de plantes apéritives et diurétiques, ne passaient par les urines qu'avec difficulté.
Le malade étant sous vos yeux, pourra vous instruire de son tempérament et de sa manière de vivre; l'inspection vous fera connaitre l'état
actuel des yeux. Drs ESssARTS, Médecin de la Faculté de Paris.
N. B. M. Bouvart et mon père conseillèrent l'eau de Balaruc artificielle, avec deux gros de sel de Seignette , pendant plusieurs jours, comme purgative. Ils virent Je malade, et lui trouvérent le teint trés-rouge. Ils lui firent appliquer un large vésicatoire entre les deux épaules, et lui prescrivirent un apozéme fait avec le raifort sauvage, la graine de moutarde, le sel volatil de vipère, et les feuilles de mélisse. La guérison ne fut complète que plus d'un an après.
Observation 391.
Exposition de l'état des yeux et de la santé de S. A. S. et Em. Monseigneur le cardinal de R°°T.
20 juin 17959.
Les forces reviennent ainsi que le goût pour l'exercice ; l'appétit est bon, et n'est satisfait
qu'avec des aliments sains. Les bouillons de sucs d'herbes, ceux de cloportes, et les purgatifs doux ont été employés, ainsi que les bains. La santé ne donne plus d'inquiétude, mais la défectuosité dans la vue subsiste toujours. Le point essentiel est de décider quelle peut étre la cause qui fait que le prince voit les objets doubles, quand il a les yeux ouverts , et d'une manière si prononcée, que pour marcher en sûreté, il est obligé de porter un bandeau qui lui ferme un œil. Il voit bien de chacun des deux yeux isolés; il n'éprouve aucune douleur ; mais différentes expériences lui ont prouvé que ce dérangement dans la vue n'est dû qu'au relâchement du muscle droit inférieur de l'oeil droit ; effet qui a pu être produit sympathiquement par les coliques vives et douloureuses qu'il a éprouvées le jeudi-saint: c'est immédiatement après, qu'il s'est aperçu du dérangement de sa vue. Le prince a observé qu'il voit juste les objets verticalement placés, ou ceux trés-prés et bas. Or, si le dérangement de la vue venait d'une humeur qui affectät le cristallin , la rétine ou le nerf optique, ou quelque autre partie de l'organe, l'œil malade verrait toujours double ; mais au contraire chaque œil exerce exactement ses fonctions quand il est isolé ; mais quand tous les deux sont en action , la vue est double. Donc l'inconvénient n'est produit que par l'inégalité de l'effet des deux organes; ce qui se trouve parfaitement démontré par l'expérience qu'a faite le
prince de soulever un peu, par la pression du petit doigt, le globe de l'oeil gauche, ou de baisser, par le méme moyen, le globe de l'œil.droit. Par la premiére opération , l'exécution de la vue devient parfaite, parce que l'objet inférieur semble s'élever jusqu'à l'objet supérieur, et dans la seconde, parce que l'objet supérieur semble descendre jusqu'à l'objet inférieur. 1l est donc démontré que le seul déplacement du globe cause ce dérangement de la vue, puisque hausser ou baisser le globe de l'oeil remet tout dans l'ordre; par conséquent tous remédes intérieurs ne paraissent pas indiqués, la santé étant rétablie. Il semblerait que les vésicatoires que le prince porte à la nuque depuis plus d'un mois, et qui ne rendent presque rien, quoique excités continuellement, devraient être supprimés. Le prince a la lymphe épaisse. |
S. À.S. a bien reconnu la nature de $a maladie: elle dépend en effet de la paralysie du muscle abaisseur de l'œil droit ; c'est ce qui lui fait voir les objets doubles, parce que toutes les fois que les deux axes optiques ne se réunissent pas sur un méme point de l'objet fixé, on en voit deux. Il est aisé de s'en convaincre par une expérience facile et à portée de tout le monde. Avec les meilleurs yeux, une personne verra double si, en fixant un objet, par exemple, un clocher, elle comprime avec le bout d'un doigt l'un ou l'autre
des deux yeux, de manière à déranger la direction de l'axe optique de l'oeil comprimé, parce qu'alors l'image du clocher paraitra aux extrémités des deux axes optiques, et sera, par conséquent, vue double. | |
Nous sommes d'avis que S. Em. soit saignée du pied... Emétique.. Eaux de Balaruc.. Sel de vipére dans le vin de quinquina. Conserver le vésicatoire.
Observation 39a.
Je recus la lettre, dont suit l'extrait, de M. T***, bon observateur, datée de C'"*, le 18 septembre
Il y a environ cinq semaines, il me survint un mal de téte, ou une migraine trés-violente : la langue se chargea dans la nuit. Le sur-lendemain, étant plus mal, je pris un émétique qui me fit beaucoup vomir; la bile prit son cours par en bas; le cours de ventre bilieux dura trois jours. Irritation gastrique... Calmants... Vomissements... Deux purgations en cinq jours... Vomissements cessés. En l'absence de mon épouse, une mauvaise habitude me trouva sans force pour lui résister... Le mal de téte me reprit aussitót; la langue se chargea , et les vomissements recommencèrent. Je me purgeai trois jours aprés, et Je le fus trop. Le lendemain, me trouvant mieux , nouvelle faute, et le sur-lendemain au matin , troisieme faute... Je sentis peu d'heures aprés
ma vue se changer : je vis les objets doubles du côté droit , comme à travers un nuage, ou comme quand on se voit dans l'eau. Si je regarde en face, ce qui est à ma gauche se trouve devant moi, obscurci par le voile, et bouche mon passage. Si je ferme l'ol droit, je vois assez bien de l'œil gauche, quoique moins bien que dans l’état naturel: si, au contraire, je ferme l'oeil gauche, ma vue, quoique très-affaiblie de cet œil droit, est naturelle, et il n'y a point de voile; mais il me semble qu’en marchant je tombe insensiblement du côté gauche. Depuis cette altération de ma vue, le mal de tête a entièrement cessé ; je-conserve seulement un léger engourdissement ou engorgement dans toute la partie que la douleur occupait. Cette partie était tout le cóté droit, principalement le dessus de l'oeil, et l'os maxillaire. Il y a trois ans, je fus attaqué de la méme maniére; mais j'apercevais assez bien mon chemin, quoique voyant double, et ayant le méme voile. Cela se dissipa avec le temps et l'abstinence : 1l y à huit ans, je fus pendant quelques jours dans le méme état; je me ressouviens seulement que ce fut à la suite d'un violent mal de téte: deux ans avant, étant à Paris, et faisant des fautes... je m'apercus un matin que j'avais la bouche tournée du cóté droit. Cet effet fut détruit éntiérement aprés trois mois : je pris quatorze demi - bains froids, ordonnés par le médecin en chef de la Charité , et ensuite une bouteille de sirop de
Cuisinier, me soupconnant moi-méme un virus vénérien non développé. Dés le temps que j'étais à Paris, et depuis, à chaque faute de la nature de celles dont je viens de parler, lorsqu'elles étaient un peu fréquentes, Je ressentais à l'instant méme des mouvements convulsifs dans les muscles des yeux et des tempes. J'ai consulté M. Mirault, oculiste à Ahgers, qui m'a ordonné des bains et la tisane de Vinache; j'en prends depuis huit jours. Ma vue s'est encore affaiblie; je peux voir de prés, mais je n'ai pu écrire ceci qu'à deux fois. Depuis ce dernier accident, je louche de l'oeil affecté.
Réponse.
J'ai conseillé le quinquina, l'exercice du cheval, et de la sagesse.
Jai été consulté par M. B***, armateur, qui, dans l'acte même, d'ailleurs très-légitime , sentit un petit ‘ac, selon son expression , dans l'orbite gauche, loucha sur-le-champ , et vit double: l'oeil se tournait du cóté du nez. Cet effet fut-il dà à la rupture de l'un des petits vaisseaux soit sanguins soit lymphatiques, ou de l'un des filets de nerfs qui se distribuent au muscle droit externe? ou fut-1l le résultat de la rupture subite de quelques fibres de ce muscle? M. B'"* a été peu-à-peu délivré de cette affection dans l'espace de six móis, et sans avoir employé beaucoup de remèdes. Les douches sur le front avec l'eau de Balaruc tiède parurent produire un bon effet.
DUANE 393.
M. D***, chirurgien à Nanteau, eut, au commencement de juin 1754, le muscle droit externe d'un œil frappé d'une paralysie imparfaite, pour laquelle mon père lui prescrivit un traitement. Le malade écrivit le r4 juillet :
Le muscle ne revient pas dans son état naturel; je sens encore une douleur dans toute la circonférence de l'orbite; les rayons sont toujours divisés, et l'objet me parait double. Je prends maintenant le petit-lait, et seulement un potage à midi.
Je revenais le soir de la promenade dans les bois, la veille du jour où cet accident m'est arrivé; j'ai ressenti un froid qui m'a frappé à la partie inférieure de l'occipital, et qui m'a enveloppé toute la nuque. La cause de cette paralysie subite ne serait-elle pas une translation d'humeur qui se serait fixée sur le muscle abducteur, ce qui aura, dans le moment, produit une métastase, et non une fausse apoplexie? La partie où jai réssenti cette impression de froid est toujours sensible de temps en temps, ainsi que le tour de l'orbite; et quelques douleurs sourdes se manifestent, de temps à autre, à la partie inférieure du front, du côté de l'oeil malade. Je crois que le nerf optique a un peu de part dans cette infirmité. Lorsque je ferme l'oeil opposé, je vois les objets plus petits, et quand je veux marcher et
me conduire avec ce seul ceil malade, je marche de travers : il me semble que mes jambes et mon corps se portent toujours du côté de ce méme œil. Ma santé est bonne d'ailleurs, etc. | D''*, Chirurgien.
Il y avait paralysie de la paupière supérieure qui couvrait l'œil. Le malade s'était saigné luimême cinq fois, tant du bras que du pied, et n'éprouvait aucun changement. Mon père lui répondit qu'il l'engageait à se faire appliquer un vésicatoire à la nuque et à l'entretenir, à prendre. l'émétique, à faire usage de l'eau de Balaruc, à renoncer à la diète sévére qu'il s'était imposée, et à vivre à- peu- prés comme à son ordinaire; que ce serait long, mais que cela reviendrait. 1l écrivit, en date du 24 aoüt suivant, qu'il n'était pas mieux. Mon père lui conseilla l'usage d'une tisane sudorifique et purgative.
Souvent le strabisme a lieu sans que la vue éprouve aucune diminution; mais souvent aussi il y a quelque chose de dérangé dans la vision : le malade s'en apercoit en fermant les yeux alternativement. 1l arrive fréquemment qu'il voit de l'oeil affecté les objets plus petits, comme M. D***; d'autres fois, 1l les voit plus éloignés; quelquesuns les voient décolorés: la teinte des couleurs est souvent moitié moins prononcée; quelquefois elle est plus vive. Un malade, auquel je donnais des soins, en juillet 1816, avec M. Salmade, médecin,
voyait un linge blanc d'un blanc de neige; sil lisait de l'oeil frappé de strabisme, le papier lui paraissait d'un blanc éblouissant. On sera peu surpris de ces lésions de la vision, si on réfléchit que les nerfs ciliaires se trouvent sous la méme influence que les filets qui se distribuent au muscle tombé dans le relâchement avec lesquels ils communiquent.
Observation 394. |
Mémoire, le 23 octobre 1764. — Mademoiselle B'**, âgée de sept ans et demi, n'avait jamais eu aucune incommodité aux yeux, méme après la petite vérole. Il y a environ deux ans qu'en la levant on s'apercut qu'elle louchait. Le dérangement dura peu; il se fit ressentir de nouveau au bout d'un mois, et, depuis ce temps, elle a eu la méme incommodité tous les mois, ensuite tous les huit jours; enfin l'accés (si je puis me servir de cette expression, et je crois y être autorisé par la marche que l'indisposition a suivie) revient àprésent de deux jours l'un, et suit exactement le type d’une fièvre tierce. Pendant l'accés, la jeune malade a l'ouie dure, et, depuis que les paroxismes sont aussi répétés et si voisins les uns des autres, elle perd sa gaité, devient mélancolique et taciturne. Lors de l'accés, les deux globes sont dans un mouvement convulsif presque perpétuel, tendant l'un et l'autre du cóté du grand angle. La malade ne voit point double, mais ne peut fixer
aucun objet, ce qui lui rend la vue confuse : le mouvement de la paupière est régulier. Du reste elle n'a aucune incommodité. Elle a été saignée, purgée, et a pris plusieurs fois des bouillons alté: rants; elle a eu un cautère; le tout inutilement; méme , depuis le cautére, les acces sont devenus plus fréquents, et on l'a laissé sécher, tant pour cette raison, que parce que la suppuration, purement lymphatique, maigrissait et exténuait la malade.
Réponse.
Nous sommes de l'avis de l'auteur du Mémoire, par rapport au caractère de la maladie qui y est décrite, et pour laquelle nous sommes consultés. C'est l'humeur d'une fiévre intermittente, qui, en se portant d'abord tous les mois, ensuite tous les huit jours, et enfin tous les deux jours sur les membranes de la base du cerveau, du cóté des couches des nerfs optiques, occasionne de la com. pression, non-seulement dans ces nerfs, mais encore dans quelques rameaux de ceux de la sixième et de la septième paire, et vraisemblablement même dans la carotide. De la compression de la sixième paire qui se distribue au muscle abducteur de l'oeil, il doit résulter une sorte de paralysie ou de faiblesse dans ce muscle; et son antagoniste, l'abducteur, doit tirer l'œil vers le grand angle. De la compression d'une des portions de la septième paire (l'auditive), il. doit ré-
sulter un peu de dureté dans l'ouie; enfin celle de la carotide peut rallentir le mouvement du sang dans le cerveau, occasionner une sorte d'affaissement dans ce viscère, et donner lieu à l'espèce de mélancolie à laquelle la malade est sujette pendant la durée de l'accés, et qui cesse, ainsi que le strabisme, la dureté de l'ouie, et la confusion de la vue, lorsqu'il est passé.
Cette maladie pourrait avoir des suites fácheuses, si, faute d'y apporter remède, l'humeur qui cause tous ces désordres venait enfin à s'amasser sous les membranes du cerveau, et si, par sa situation, elle comprimait constamment quelquesuns des nerfs de la moélle allongée. La vue serait d'abord altérée, et l'ouie s'en ressentirait vraisemblablement aussi. |
Il convient de traiter cette maladie comme on traiterait une fiévre intermittente. Si l'état de maigreur ou le cautére a, dit-on, réduit la petite malade, permet de la saigner, on lui tirera une palette de sang; ensuite on la fera vomir, en lui donnant huit ou dix grains d'ipécacuanha, et tout cela dans l'intervalle d'un accès à l'autre. Celuici passé, on purgera avec dix, douze ou quinze grains de jalap en poudre, selon les forces. On répétera cette purgation deux ou trois fois, et toujours entre deux accés, avant d'en venir au quinquina, qu'on donnera en substance quatre fois par jour, à la dose de douze grains chaque fois, délayé dans quelques cuillerées d'eau : on le
continuera deux ou trois jours à cette dose; et, si les accès, malgré l'usage du quinquina, revenaient comme auparavant, on augmentera jusqu'à quinze ou dix-huit grains par prise; ensuite on éloignera les doses selon les regles connues de l'art, en faisant observer à la malade le régime convenable en pareil cas.
Observation 395.
Consultation pour une dame de 44 ans.
Le 20 mars 1754.
On peut juger de la maladie, pour laquelle nous sommes consultés, par le Mémoire qui nous a été communiqué; il y a tout lieu de croire qu’elle dépend uniquement d'une faiblesse du muscle releveur de la paupière supérieure, plutót que d'un tiraillement convulsif du muscle orbiculaire, qui produit quelquefois le méme accident, ou d'un gonflement œdémateux de la paupière. En effet, l'abaissement de la paupière n'est pas continuel lorsqu'il dépend de la convulsion du muscle orbiculaire, et s'il y avait du gonflement, on n'aurait pas manqué d'en faire mention dans le Mémoire. D'ailleurs le froid étant la cause de cette maladie, il ne reste aucun sujet de doute sur sa nature, et tout ce que nous pourrions desirer serait de connaitre le degré d'abaissement de la paupiére, et de savoir si l'œil parait moins ouvert d'un quart, d'un tiers, de la moitié, ou
200 SECTION VII, CHAPITRE VII, plus, parce qu’en général, selon le mal le reméde.
Par exemple, si la paupiére ne tombe que d'une demi-ligne ou d'une ligne dans la journée, cet accident est trop peu considérable pour demander des remèdes internes, et Madame se contentera de la frotter avec de l'eau-de-vie; ce petit remède doit suffire pour rétablir entièrement le ressort du muscle releveur, et il faut le mettre en usage quatre ou cinq fois par Jour, et le continuer méme jusqu'à la belle saison, qui contribuera, plus que tout, au rétablissement de la partie affectée.
Mais si la chüte de la paupière est telle que l'oeil en soit fermé de la moitié ou plus, et, qu'en couvrant l’autre, la malade ne puisse voir de celui dont la paupiére est baissée, sans la relever avec le doigt; alors ce n'est plus un simple relàchement du muscle releveur, et il y aurait lieu de soupconner un commencement de paralysie. On examinera donc si la chüte de la paupière est telle que la malade ne puisse voir sans la relever elle-méme avec le doigt, alors elle demanderait plus d'attention; ou si, en faisant un effort pour ouvrir les yeux, la paupière baissée se relève d'elleméme un peu; car si cela était, le cas ne serait guère plus grave que celui dont j'ai parlé plus haut, et ne demanderait encore aucun remède interne, auxquels il ne faut jamais recourir sans nécessité ; mais seulement un topique un peu plus
NÉVROSES DES MUSCLES DE L'OEIL. 299 fort que l'eau- de-vie, tel, par exemple , que le baume de Fioravanti, dont Madame se frotterait la paupière supérieure trois ou quatre fois par jour.
Si on soupconne quelque chose de plus qu'un simple relàchement, on aura recours aux moyens suivants : !
.. Madame est-elle d'une constitution forte et sanguine? on la saignera une fois du bras; mais si elle est délicate et faible, on s'en abstiendra. Elle prendra, pendant deux jours, deux ou trois lavements, et environ deux pintes de tisane dans les vingt-quatre heures, pour se disposer à prendre le troisiéme jour un émétique, et ensuite quelques remédes généraux contre la paralysie.
Observation 3906.
Saint-Malo, le 4 mai 1782.
Mémoire. — La malade est àgée de quarantetrois ans; son tempérament est pituiteux. Elle a été mariée à vingt-trois ans; elle a eu treize enfants : son dernier a neuf mois. Tous ses accouchements ont été heureux et sans aucuns dérangements dans leur suite. Dans le dernier, seulement, la suppression subite de la transpiration produisit une sorte d'engourdissement général, des douleurs vagues, quelquefois aigués, un malaise universel, et quelques accès de fièvre anomale. Ces accidents n'influérent point sur la ma-
trice; les lochies coulérent à l'ordinaire, et le calme se rétablit aprés quelque temps.
D'aprés cette instruction préliminaire, et avant d'exposer le cas pour lequel on consulte, je crois qu'il est prudent d'observer 1° que, depuis l’âge de dix-neuf ans, Madame a été sujette dans tous les temps à une excrétion trés-abondante d'une pituite visqueuse, blanche et écumeuse : il y a environ deux ans que cette excrétion a considérablement diminué; 2° à l'époque des premiers soins que j'ai donnés à Madame, il y a sept ou huit ans, elle avait quelques croütes sur la téte et un engorgement lymphatique dans toutes les glandes du cou. A cela se joignit une petite fièvre lente, sans caractére marqué, qui avait beaucoup affaibli et maigri la malade. Les remédes, employés avec le plus heureux résultat, furent successivement les apéritifs simples, les bains, de légers laxatifs, le quinquina, et les pilules de Belloste. Ce dernier remède, dans lequel Madame prit une grande confiance, a souvent été mis en usage depuis cette époque, soit comme altérant, soit comme purgatif. L'humeur à la téte et l'engorgement glanduleux ont disparu depuis longtemps pour ne plus reparaitre.
Je passe actuellement à l'état de la maladie, qui, sans aucune lésion dans les fonctions naturelles et animales, a donné beaucoup d'inquiétude à Madame, et sur lequel elle n'est pas encore tranquille.
Il y a environ cinq mois qu'elle sentit pour la première fois une pesanteur sur les paupières, avec impuissance de les ouvrir sans le secours des doigts. Appelé pour la voir quelques jours après, je trouvai les paupières battues, légèrement tuméfiées, couvertes d’une humeur qui avait un peu l'aspect dartreux, et qui présentait une sorte d'aspérité sensible au toucher. Cette exsudation s'est dissipée d'elle- méme assez promptement, et n'était vraisemblablement que l'impression de l'humeur ácre filtrée par les glandes ciliaires; sérosité en effet qui, au réveil du matin, tenait la paupiére supérieure collée avec l'inférieure. D'ailleurs, je n'observai aucune altération sensible dans tout le globe de l'oeil : la vue n'était pas diminuée. La premiére idée qui se présenta, et à laquelle je me fixai, fut celle d'un relàchement dans le releveur de la paupière. Je n’y attachai pas une grande importance, et je prescrivis seulement l'usage d'un collyre composé avec les eaux de fenouil, de rose et de plantin, aiguisées avec de l'eau vulnéraire et quelques gouttes d'extrait de saturne. Ce collyre n'apporta aucun changement à l'état de la maladie. Tous les soirs, régulierement vers les cinq à six heures, les paupières se relâchaient pour couvrir plus ou moins exactement les yeux (pl. 17, fig. 5). Dans ces derniers jours, Madame s'étant couchée à l'instant du retour de cet accident, i| cessa aprés deux ou trois heures. Je substituai à ce premier
collyre une simple infusion de racine de guimauve. Je fis appliquer deux emplâtres vésicatoires derriere les oreilles, qui ont suppuré sept à huit jours sans apporter aucun soulagement, Madame a pris, depuis, douze ou quinze bains tiédes; le ventre a été tenu lâche avec des apozèmes chicoracés aiguisés avec un sel neutre : elle a pris des pilules de Belloste; elle a été purgée. Les choses sont toujours à-peu-pres dans le méme état, et cette légere amélioration ne rassure pas.
On demande quelle est la nature de cette maladie, singulière dans ses périodes? Quoiqu'elle ne paraisse pas intéresser les parties essentielles à la vue, l'organe est-il menacé? Enfin quels sont les remèdes à employer?
Réponse.
En réfléchissant sur l'exposé de la maladie, nous voyons que, depuis environ cinq mois, il a succédé, à différents accidents, un relâchement périodique des paupières supérieures tel, que la malade a quelquefois de la peine à les relever sans le secours des doigts. Nous observons aussi que, vers le coucher du soleil, les paupières deviennent plus pesantes que dans le reste de la journée, et qu'il est arrivé à la malade que, s'étant couchée immédiatement après cet accès de relàchement, il a cessé au bout de deux ou trois heures. D'abord nous écartons toute idée de danger pour la vue; nous ne croyons pas même qu'il
y ait relâchement dans les muscles releveurs des paupières supérieures, parce qu'un pareil état, qui tendrait à la paralysie, n'aurait. pas les alternatives de plus ou de moins que présente cette maladie, et n'aurait pas disparu entièrement, comme cela est arrivé chez Madame, lorsqu'elle s'est couchée dés que le paroxisme a paru.
Si l'on fait attention que les paupières ont été tuméfiées , que les glandes ciliaires ont été engorgées, qu'elles ont rendu assez de chassie pour agglutiner les paupières pendant la nuit, et qu'il y a eu sur ces parties des aspérités qui indiquaient la présence du levain dartreux, on en conclura, avec beaucoup de vraisemblance, qu'il y est resté une petite portion de ce levain, beaucoup de relichement dans toutes les membranes qui entrent dans leur composition, et que, dés que l'insensible transpiration vient à diminuer, comme il arrive toujours vers les cinq ou six heures du soir, cette humeur s'y porte en plus grande quantité, parce que les paupiéres n'ont jamais repris leur ressort naturel, et qu'elles ont été méme relà- . chées; d’où vient leur pesanteur et la difficulté que la malade éprouve à les relever. S'il est arrivé que le relâchement a disparu lorsqu'elle s'est couchée de bonne heure, c'est que dans le lit la transpiration est plus abondante.
Il s'agit donc de rétablir le ton de ces parties et d'augmenter l'insensible transpiration... Infusion de bois de sassafras... Décoction de racine
de squine aux repas... Faire recevoir aux yeux fermés, tous les jours vers quatre ou cinq heures du soir, là vapeur de quelques gouttes d'eau-devie étendues dans le creux des mains... Se coucher avant que le soleil quitte l'horizon, apres avoir bu quelques tasses de thé bien chaud... Sachets sur les yeux, pendant la nuit, remplis de café moulu et de semences d'anis en poudre... Continuer les pilules de Belloste.
Observation 397.
Mémoire. — Un homme, ágé de soixante-quinze à soixante-seize ans, d'une bonne constitution, est attaqué depuis long-temps d'un rhumatisme goutteux, qui a parcouru successivement toutes les parties du corps, et parait s'étre jeté sur un de ses yeux, ou plutót sur la paupiére, puisqu'elle a perdu son ressort, et qu'elle tombe sur l’œil qui n'est point endommagé, mais seulement affaibli.
On a jugé que c'était l'humeur goutteuse qui s'était jetée dans cette partie; on lui a appliqué un vésicatoire au bras, et, depuis, un autre à la tempe : on a ordonné de bassiner la paupière avec de l'eau de Cologne. Ces deux vésicatoires ont rendu beaucoup et ont dégagé l'oeil, qui était gonflé. L'eau de Cologne a, à ce qu'il parait, forüfié la paupière, puisque le malade l'ouvre presque entièrement; mais l'oeil est trés- faible; il en voit peu, et la prunelle, en se dérangeant de la ligne droite, se tourne vers le petit angle.
NÉVROSES DES MUSCLES DE L'OEIL 305 Réponse.
J'ai conseillé des pédiluves avec addition de farine de moutarde, la suppression du vésicatoire de la tempe, et la conservation de celui du bras.
Observation 398.
Consultation pour M. P'**, venu à Paris le
19 septembre 1777.
La difficulté presque continuelle que Monsieur éprouve à ouvrir les yeux et à les tenir ouverts, dépend d'une paralysie imparfaite du muscle releveur de l'une et de l'autre paupiére supérieure; tous les remédes qu'il exécute depuis six mois n'ayant point amélioré son état, il faut en employer d'autres qui soient assez actifs pour détruire l'obstruction des petits filefs des nerfs qui se distribuent aux muscles releveurs des paupières, et rappeler la liberté des mouvements dans ces parties. Pour cet effet, nous sommes d'avis que Monsieur observe ce qui suit :
Émétique... Purgation avec eau de Balaruc et sel de Seignette... Potions avec sel volatil de vipere... Vésicatoire entre les deux épaules... Exposer les yeux fermés à la vapeur du baume de Fioravanti étendu dans les mains... Fumigations avec une décoction de fleurs de sureau, de mélilot, et de camomille. |