‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humainChapitre 20 sur 60 · GUÉRIN · texte numérisé non relu

GUÉRIN

Maitre en chirurgie, oculiste pensionné, ete.

Réponse.

Insister sur les antiscorbutiques; prendre les cloportes à la dose de trois cents par jour; renvoyé d'ailleurs à M. Guérin.

N. B. Il était impossible, en effet, de mieux placer sa confiance.

Observation 420.

Caen, le 29 février 1772.

Mémoire. — Madame N'**, âgée de cinquantehuit ans, d'une bonne constitution et d'un tempérament fort et sanguin, d'une vie trés-réglée, n'a pas laissé que d'étre agitée par les: soins qu'exige le gouvernement d'une maison. consi-

dérable, à la tête de laquelle elle se trouve. Elle s'est beaucoup appliquée à la lecture et à d'autres occupations. Elle sort d'une maladie assez longue, de la nature des fiévres continues, dont la violence parut sévir plus particuliérement sur les parties de la téte; ce qui exigea l'application aux jambes de deux vésicatoires, qui ont suppuré trés-long-temps. Malgré cela, elle s'est apercue, dans sa convalescence, que ses yeux s'ffaiblissaient; qu'elle voyait de temps en temps passer des corps opaques, des nuages, des mouches, des fétus, qu'enfin elle devenait aveugle. A l'examen de ses yeux , j'ai trouvé le globe dans le meilleur état, les membranes saines, la pupille exécutant. bien ses mouvements; mais le cristallin présentait une teinte grise; j'en ai inféré qu'il se formait une cataracte, dont la maturité n'était pas assez avancée pour qu'on püt songer à l'opération. J'ai cru , en attendant, devoir lui conseiller l'usage des apéritifs et des fondants. Madame se mit à l'usage du sirop des cinq racines, d'une décoction de racine de squine nitrée, du suc de cresson, de purgations avec le mercure doux et le diagréde, de bols avec la gomme ammoniaque et le camphre, enfin, du suc de cloportes.

Descawrs, D. M.

PS Depuis le 2 ou 3 de mars, la malade a

continué très-strictement les remèdes que l'on a prescrits, jusqu'aujourd'hui 25 de mai 1772. L'oil

DE LA CATARACTE.. 35t

droit, dont elle se plaignait de voir une espèce de brouillard ou de fumée, y voit un peu plus, et n'apercoit plus de brouillard. Le gauche, relativement à la vision , est toujours dans le méme état. Les corpuscules, qui lui semblent voltiger devant cet œil, sont toujours les mêmes. Le cristallin m'en parait un peu plus transparent ; mais on apercoit dans sa parte postérieure, en le regardant obliquement, une espèce de blancheur qui me ferait assez craindre une cataracte membraneuse.

Observation 421.

Mémoire , 14 décembre 17972.—Le consultant, homme de cabinet, âgé de cinquante-huit ans, bien constitué, est peu sujet aux maladies.

Il y a cinq ans, dans une faiblesse qui précéda le retour d'un accès de fièvre, il tomba sur le pavé, d’où il fut relevé ensanglanté et blessé au cóté gauche ce la téte. Peu de temps apres , il s'apercut de brouillards répandus sur l'oeil droit, auxquels ont succédé des bluettes et mouches noires voltigeantes, qui ont fait des progrés, au point quau bout de deux ans cet œil s'est obscurei de facon à ne pouvoir distinguer que le jour et la nuit. Des gens de l'art reconnaissent une cataracte incomplète. Depuis environ un an, le consultant s'aperçoit que l'oeil gauche est menacé de pareille attaque. Il éprouve les mêmes symptômes, sur -tout depuis deux mois. Mon-

sieur ne peut plus en lire. On n'y voit encore rien. Depuis que l'oeil gauche est en cet état, il parait que le droit, qui a été le premier attaqué, s'est un peu amélioré.

AV. B. Le 31 mai suivant, le méme malade écrivit que son œil gauche se couvrait d'une cataracte qui commencait à étre visible.

Observation 422.

A la fin de 1802, je fis, à trois mois d'intervalle , l'opération de la cataracte, par extraction, aux deux yeux de M. C"'* D''*, âgé de soixante ans, d'un tempérament sanguin. Chaque œil se rétablit aisément et promptement. Je reçus la

lettre suivante :

Nantes, le 13 mai 1803.

Monsieur, je suis parti de Paris le » du courant; j'étais dans la diligence; cette voiture va une partie de la nuit. Le second jour, nous quittàmes Chartres à minuit. Quelle fut ma surprise, lorsque le jour fut venu , de voir tous les objets se représenter à mes yeux sous la couleur rose; ce qui a lieu les matins et les soirs. Dans la journée, j'y vois comme à mon départ. Chaque jour, la teinte rose devenait moins foncée, et ce n'est que depuis hier qu'elle a presque tout-à-fait disparu. |

! Réponse.

Ces sortes de phénomènes ne durent que peu

de Jours : il n’y a rien à faire.

Observation 422.

Extrait d'une Consultation pour M***, commussaire des guerres à Mézières, dont l'œil est représenté pl. 16, fig. 2, pour la pupille seulement.

Le 19 mars 1775.

Le brouillard que Monsieur aperçoit sur les objets qu'il fixe avec l'œil gauche, dépend de taches déja sensibles dans le cristallin, ou à sa capsule, mais comme ces taches paraissent isolées, circonscrites, et ne se confondent point ensemble, il y a apparence qu'elles sont le produit de quelques points d'inflammation dans là membrane qui renferme ce corps. En effet, Monsieur a été attaqué, il y a environ trois mois, d'une ophtalmie assez considérable, à la suite de laquelle le brouillard qui lui offusque la vue de cet œil s'est manifesté; mais, quel qu'en soit le siége , il s'agit d'un commencement de cataracte, suite d'une ophtalmie qui a été, en partie, interne.

Observation 424.

Extrait d'une lettre de M***, chirurgien-oculiste.

Du.20 mai 1748.

La cataracte de l'œil gauche de M. B'"" peut

‘être opérée. Ce que l'on pourrait craindre dans

ces sortes de cataractes à noyau, toujours tres-

lentes à se former, c'est que les premiéres couches III. 23

du cristallin ne se trouvassent unies à la partie antérieure de la capsule, lors de l'opération, si on attendait encore quelques années pour l'exécuter. Quand on déplacerait ce corps, il quitterait, à la vérité, sa capsule, mais il laisserait antérieurement la représentation de la maladie. C'est ce qui m'est arrivé dans une cataracte de cette espèce qui avait environ douze ou quinze ans, et mon opération aurait été infructueuse, si je n'eusse pris le parti de faire la section de toute la portion de cette capsule qui avait le plus de rapport à la pupille. Mais cette méthode ne peut se praüquer que lorsqu'on rencontre une pupille belle et large; celle de l'oeil de M. B'** est, au contraire, d'un diamètre assez petit.

Lettre du méme , en date du 17 juin suivant.

L'opération de la cataracte à l'œil gauche de M. B‘** a été accompagnée des événements suivants : le cristallin a quitté sa place, en laissant néanmoins le centre de ses premières pellicules unies à la partie antérieure de la capsule. Depuis ce centre jusque vers la petite circonférence de l'iris, ou marge pupillaire, la même partie de la capsule restait irréguliérement blanche comme avant lopération, excepté quelques petits endroits un peu éclaircis par la première manœuvre; dans l'instant, au lieu de me servir de mon instrument pour faire glisser ces portions de pellicules sur la capsule et rendre par-là à cette partie

sa transparence , je me déterminai à me servir de sa pointe, pour entrer dans la chambre de l'humeur aqueuse, et me débarrasser , tant de cette membrane que des parties opaques qu'elle fixait ; mais au premier mouvement de mon instrument de devant en arriére, et de haut en bas, ce centre de la cataracte à fourni une liqueur de couleur gris-blanc, qui m'a óté non-seulement la vue de mon instrument, mais encore celle de toute la pupille. J'ai laissé passer quelques instants sans rien entreprendre. Bientót la pupille s'est découverte, et j'ai enfin terminé mon opération par déprimer une partie du bord du cristallin, qui était restée au plus haut point de la pupille, qui faisait à peine le dixiéme du tout, et qui paraissait retenue par une espéce de viscosité propre à ces parties. Pendant cette opération, qui a duré plus que le temps ordinaire, le malade n'a point souffert, et il ne s'est passé aucun mouvement de la pupille qui puisse faire soupconner; de la part de l'instrument, la plus légere irritation.

Réponse.

10 avril 1749.

L'œil de M. B"*, qui a été opéré de la cataracte, par M"**, nous a présenté à l'examen : r° la pupille fort noire, un peu ovale, immobile; 2° en faisant tourner l'oeil vers la terre, on apercoit, à la partie inférieure de la chambre postérieure,

de l'humeur aqueuse, un léger nuage terminé par une ligne circonscrite et oblique; 3° le fond de l'œil parait entièrement insensible aux impressions de la lumière directe, et il ne reste que quelques petites portions latérales dela rétine qui sont encore sensibles; 4° cet oeil, qui a été tourmenté pendant long-temps de douleurs, d'inflammation et de larmoiement, est enfin aussi beau et aussi net que le droit, et entiérement rétabli, à l'exception de quelques ressentiments d'une douleur d'un caractére particulier, et qui se fait principalement sentir lorsque le temps veut changer.

1? De ce que la prunelle est noire, il en résulte que la cataracte a été non -seulement bien abattue, mais que le corps vitré a été ménagé dans lopération, et qu'il conserve sa. transparence naturelle. 2° De ce qu'elle est un peu ovale, on peut conclure que dans les différentes manœuvres que l'opérateur a été obligé de faire pour détacher la capsule du cristallin, à cause de la cohésion des couches extérieures de ce corps avec cette capsule, il y a eu quelques-unes des fibres de l'iris qui ont été blessées; mais cet accident est si peu considérable, qu'il ne saurait apporter d'obstacle à la vision. 3° Il n'en est pas de méme de l'immobilité de la prunelle : elle est un signe pathognomonique de l'insensibilité des parties destinées à recevoir les impressions de la lumiere. 4?.Le léger nuage qu'on aperçoit au bas

de la prunelle, lorsqu'on fait tourner l'œil en bas, et qui est terminé par une ligne circonscrite , n'est autre chose qu'une portion de la capsule du cristallin, qui s'est roulée sur elle-méme, comme il arrive ordinairement à cette membrane, lorsqu'elle est détachée et libre; mais le nuage est si transparent et couvre une si petite partie de la prunelle, qu'il ne saurait sopposer au passage des rayons de lumiére. D'ailleurs il est une suite nécessaire de la méthode que l'opérateur a été obligé de suivre pour détacher le cristallin. 5e Le fond de l'eil est insensible à l'impression des rayons de lumiére, puisque le malade n'apercoit aucun des objets placés directement devant lui, pas méme la lumiere d'une bougie. Il reste cependant quelques fibres latérales de la rétine qui sont encore sensibles, puisqu'il entrevoit les corps blancs situés vers l'angle externe de l'œil opéré. Il suit de-là que la rétine a été altérée par les suites de l'opération ou foulée pendant son exécution. En effet, pour abattre la cataracte, il faut nécessairement plonger dans l'oeil un instrument pointu, tel que l'est celui dont se servent les opérateurs italiens, ou pointu et tranchant tout-àla-fois, comme celui dont se servent les Francais. Mais il arrive souvent qu'on pique quelques-uns des filets des nerfs qui se distribuent à la conjonctive, et qui sont des ramifications de la branche ophtalmique, ou qu'on blesse quelqu'un des nerfs ciliaires. Dans l'une et l'autre circonstance,

il survient des inflammations accompagnées de larmoiement et de douleurs qui se font sentir dans toutes les parties extérieures du globe, qui occupent même quelquefois les sourcils, le front, la tempe du même côté, ou qui s'étendent jusqu'au périoste orbitaire et aux membranes du cerveau, et causent des maux de téte insupportables, des insomnies, des délires, des douleurs vives et lancinantes au fond de l'oeil, des nausées, et plusieurs autres accidents dont la suite ordinaire est la perte totale ou une grande diminution de la vue.

J'ai dit que la rétine peut avoir été déchirée et foulée dans le temps de l'opération. Quand on a détaché la cataracte, la pratique ordinaire demande qu'on l'enfonce au bas de l'humeur vitrée. Elle passe alors entre la rétine et la choroide, et il peut arriver que la rétine soit déchirée et entrainée avec le cristallin. La suite de cet accident, que l'opérateur le plus adroit ne saurait toujours éviter, est la perte de la vue. 6» Dans le cas de menace d'abcés, on doit se borner à prévenir la suppuration des parties internes de l'œil, accident le plus à craindre dans cette maladie , et à dissiper l'inflammation, le larmoiement et les douleurs : l'art va rarement au-delà; il est insuffisant dans le cas du déchirement de la rétine.

Or, comme M. B'"'* est nécessairement dans l'un ou l'autre de ces deux cas, et qu'il est enfin parvenu à être délivré des accidents dont son œil

DE LA CATARACTE. 359 a été tourmenté pendant si long-temps, il s'ensuit qu'il n'a rien à espérer des secours de la médecine, qu'il n'y a aucune nouvelle opération à faire, et qu'il doit abandonner son œil à la nature, toujours plus puissante que l'art. Tout ce qu'il peut faire, pour l'aider, est de se servir avec

beaucoup de circonspection de l'esprit-de-vin en évaporation.

Observation 425.

Mémoire, 5 janvier 1775. — Madame de la T°”, d'une trés- bonne constitution, âgée de soixante ans, eut, il y a sept à huit ans, une faiblesse assez considérable dans la vue, qui ne dura que six mois et qui se passa sans faire de remedes.

A la fin de novembre 1773, elle éprouva une faiblesse plus considérable : sa vue était si trouble, qu'elle distinguait à peine les objets, méme de trés-prés, et n'apercevait pas du tout ceux un peu éloignés ; ils lui paraissaient Jaunes. Elle croyait quelquefois voir des mouches; elle sentait dans les yeux de la roideur et beaucoup de tension : la lumière la fatiguait. Cette faiblesse diminua un peu trois semaines après, mais sa vue n'est plus aussi bonne : elle croit voir un brouillard devant ses yeux; elle voit comme s'il y avait de la fumée dans les appartements qu'elle habite. Elle ne distingue que les objets placés près d'elle : ceux qui sont éloignés lui paraissent jaunes, et elle

les aperçoit confusément; il semble même que sa vue s'affaiblit de jour en jour. En novembre de l'année dernière, temps où il faisait trés- froid, sa vue a été affectée à-peu-près de la méme maniére qu'au mois de novembre précédents un peu moins fort cependant, et elle commence à s'éclaircir. Rien ne parait changé dans ses yeux, Si ce n'est que la prunelle n'est pas tout-à-fait aussi nette qu'autrefois.

Il faut observer que Madaie a toujours eu l'œil gauche trés-faible, qu'elle est sujette epis sa jeunesse à une migraine violente, qui n'a cessé de la faire souffrir que pendant ses grossesses, et qui aujourd'hui augmente le trouble de sa vue quand elle en ressent les atteintes. Le grand froid fait presque le méme effet; mais elle supporte sans beaucoup de peine la lumière artificielle et celle du jour.

Madame de la T*** à considérablement m pendant toute l'année 1773;

Réponse.

La faiblesse de vue que Madame éprouva à la fin de novembre 1773 ne peut être attribuée qu'aux pleurs abondants. qu'elle a versés dans le courant de cette année. Les larmes trop fréquentes occasionnent dans la vue des brouillards, à cause de l'espéce d'infiltration qu'éprouvent les membranes, et sur-tout la cornée, par la macé-

DiDOLA CATARACTE: 361

ration continuelle qu'elle subit de la part de la sérosité lacrymale, dans laquelle elle est trop long-temps baignée.

Si l'on fait macérer dans de l'eau des yeux de boeuf ou de mouton récemment tirés de leurs orbites, la cornée perd au bout de quelques heures une partie de sa diaphanéité, à raison des parties aqueuses qui s'introduisent par voie d'infiltration dans sa substance. Les pleurs trop fréquents produisent plus lentement, à la vérité, mais aussi sürement le méme effet; ce qui fait voir les objets comme on les apercoit à travers un carreau de vitre qui serait un peu sale. |

Extrait d'une Lettre en date du 18 juillet suivant :

Madame de la T*** vient d'avoir une seconde fluxion sur l’œil droit, semblable à celle qu'elle avait eue quelque temps avant sur l'oeil gauche... Son ceil a rougi à la suite d'un violent mal de tête, et elle est actuellement dans une situation bien triste. Elle y voit à peine à se conduire. On lui a appliqué un vésicatoire au cou et des cauteres aux jambes : elle n’en est pas encore soulagée.

Réponse.

Sangsues auprès des yeux... Séton à la nuque. Il est à craindre qu'il ne se forme des glaucômes. Le régime ne saurait être trop exact.

Deuxième Mémoire.

14 mars 1776.

La cataracte de l'oeil droit de madame de la T** était blanche, l'autre était un peu grise. La pupille n'avait conservé aucun mouvement de contraction et de dilatation; mais ses yeux étaient sensibles à la lumière, et elle distinguait confusément un corps opaque qu'on placait entre elle et une bougie. Il avait été décidé, par MM. Demours, Janin et autres, que l'opération ne devait point avoir lieu; elle a cependant été opérée par abaissement. L'oculiste à qui elle s'est confiée n'opérait point par extraction. La cataracte de l'oeil gauche a été abattue entierement : elle reparait cependant, et couvre une partie de la pupille quand Madame se baisse. Celle de l'oeil droit, qui s'était formée la dernière (il y a environ un an), avait si peu de consistance, que l'aiguille l'a divisée en plusieurs endroits sans l'abattre. L'oeil gauche est beau et très-clair. Cependant madame de la T"* ne voit absolument rien; elle n'est pas méme plus sensible à la lumière qu'avant l'opération. |

M***, oculiste italien, assure qu'elle verra par la suite : il croit qu'il y a un commencement de goutte sereine. Il a prescrit des remèdes. On demande si madame de la T"** peut espérer de recouvrer la vue, si on doit opérer l'oeil droit par extraction? Cet œil était autrefois notablement

meilleur que le gauche, dont la pupille est beau-

coup moins dilatée depuis l'opération, qui a été faite il y a un mois.

Si madame de la T'**, brûlant du desir de voir, s'est laissée séduire par les promesses qu'on lui a faites de lui rendre la vue, il n'y a rien là que de naturel, et peu de personnes en pareil cas résisteraient à la tentation. Elle est donc plus à plaindre qu'à blàmer.

Il n'en est pas de méme de celui à qui elle s'est confiée. Puisqu'il se donne pour un homme de l'art, il doit savoir distinguer les cataractes qui sont susceptibles de l'opération d'avec celles auxquelles il n'est pas permis de toucher.

S'il avait questionné la malade, il aurait su que madame de la T*** avait fait, il y a environ trois ans, une perte qui lui avait causé le plus grand chagrin, et qu'elle n'avait trouvé d'autre soulagement à sa douleur que de se livrer à des pleurs continuels; que ce sont ces pleurs qui sont la cause première des brouillards dont sa vue a d'abord été affectée et des fluxions qui sont survenues ensuite sur les yeux, et qui ont insensiblement affaibli l'organe immédiat de la vue et altéré les milieux transparents. Il est résulté de-là des cataractes glaucomatiques, et par conséquent incurables, car elles sont toujours accompagnées de paralysie dans la rétine. Il n'était donc pas

prudent d'en tenter l'opération, parce qu'il y avait certitude qu'elle serait inutile, et il ne serait pas sage d'employer aucun des remèdes que l’on propose pour tácher de remédier à la paralysie, parce qu'elle est confirmée et aussi incurable que l'étaient les cataractes elles-mémes. |

Je vois une fois ou deux chaque année une dame âgée aujourd'hui de prés de quatre- vingts ans, d'une forte constitution, à laquelle je donnai des soins avec mon pére, il y a plus de vingt ans; elle avait alors des barres blanches dans les deux cristallins à-peu-prés comme celles que l'on voit (pl. 3o, fig. 3): elles sont encore presqu'au méme point, et leur augmentation pendant ce long intervalle a été à peine sensible. Cette dame a conservé la faculté de lire; seulement elle est obligée d'approcher le livre. |

Observation 427.

Une jeune personne de dix-huit ans se blessa l'œil droit avec une aiguille dont la pointe traversa la cornée et piqua le cristallin. Je la vis peu d'heures aprés l'accident, et trouvai l'oeil à-peu-prés dans le méme état que celui qui est représenté pl. 5», fig. 3.

Au bout de quelques jours la pupille parut trouble; il se forma une cataracte. Je prescrivis une saignée du pied, une application de sang-

sues près de l'œil, des fumigations aromatiques. Le trentiéme jour, le cristallin commença à fondre. Il disparut en quatre mois, et la pupille étant redevenue noire, la jeune personne recouvra la vue de cet œil. Elle en lit avec un verre convexé.

Observation 428.

J'ai opéré, il y a dix-sept ans, de la cataracte à l'oeil droit M. B"*, juge à Amiens, ägé alors de soixante - deux ans, de constitution pléthorique et de haute taille. La capsule avait une tache centrale que je dessinai ( pl. 22, fig. 2) avant que le cristallin füt devenu opaque. Après l'incision de la cornée, je lancai plusieurs fois dans la pupille autour de la tache la pointe du kystitóme de Lafaye, selon la méthode que jai adoptée pour ces cas particuliers, heureusement trés-rares : la pointe de la lame n'excédait la gaine que d'un quart de ligne. Le cristallin sorti, le point blanc central resta dans la pupille; mais avec de petites pinces je le saisis; et comme il ne tenait que par trés-peu de points, à cause des incisions faites par la pointe du kystitôme, il fut extrait dès le premier essai.

La planche 3, figure 39, représente (pour la pupille seulement) l'oeil de M. B"**, un mois apres l'opération.

Au bout de quatre mois, un nuage parut dans la pupille, et la vue s'éclipsa pour quelques se-

maines, après lesquelles le nuage commença à s'éclaircir : il disparut peu-à-peu, et la pupille redevint nette , mais en conservant quelques traces des taches représentées par la figure, qui n’ont pas empêché M. B'"* de jouir d'une bonne vue.

Observation 429.

M. P*"*, âgé de vingt-cinq ans, d'un tempérament lymphatique, fut opéré, à l'Isle-de-France, de la cataracte à l'oeil gauche par extraction : à la suite de cette opération, le globe, après les: douleurs les plus vives, prit à-peu-prés la forme de celui que l'on voit pl. 6o, fig. 3. Il vint à Paris. Dans une consultation qui eut lieu entre M. Alibert et moi, nous jugeámes que l'on pourrait extraire une cataracte qu'il avait à l'oeil droit. Au moment de déterminer le jour de l'opération, le malade éprouva un refroidissement subit aprés une marche forcée. Le lendemain l'oeil était rouge et douloureux, la pupille avait triplé de largeur, et tout espoir était évanoui : la rétine était complétement paralysée.

Observation 430.

Lorsque l'amaurose n'est pas complète et quil se forme une cataracte, on peut espérer qu'après l'extraction du cristallin et par l'exercice de l'oeil, cet organe reprendra assez de force pour s'acquitter plus ou moins parfaitement de ses fonctions. Je saisis quelquefois les occasions qui se présen-

tent de faire ces opérations, qui offrent l'apparence d'un succés équivoque, pour avoir des preuves nouvelles que souvent l'amaurose est due à une désorganisation du corps vitré, ou qu'au moins elle est accompagnée par ce symptóme. - Madame T***, fermiére à Ogne, près Nanteuille- Haudouin, âgée alors de cinquante ans, d'un tempérament lymphatico-sanguin, vint à Paris, en 1794, pour consulter mon pere. Nous trouvàmes une amaurose imparfaite à son cil droit, et le résultat du traitement fut un rétablissement trés- incomplet de la vue de cet oeil. Deux ans aprés, il se forma une cataracte; nous l'engageámes à prendre plusieurs avis, qui tous se réunirent pour ne point faire l'opération, la pupille de cet oeil ayant conservé de la dilatation et l'autre étant trés-sain. Le cristallin de ce dernier se troubla au commencement de 1815. La cataracte était à moitié formée, lorsqu'elle vint me demander, en juillet de la méme année, de tenter quelque chose pour l'oeil droit, dont la cataracte, compliquée d'amaurose imparfaite , datait de vingt-un ans. Je l'opérai le 6 août. L'incision de la cornée faite, le cristallin descendit derriére l'iris. Le corps vitré avait perdu de sa consistance; il en sortit un flot. Une légère pression, faite avec l'extrémité du doigt medius de la main gauche, sur la paupiére inférieure et la partie correspondante du globe, fit paraître le cristallin derriere la pupille. J'introduisis jusqu'à sa face postérieure la

pointe de l'aiguille (pl. 14, fig. 5), et, par un mouvement de l'extrémité du manche vers la partie postérieure de la téte de la malade, je fis sortir de la pupille la pointe, qui entraina avec eile le corps opaque, à-peu-prés comme on óte un noyau de l'intérieur d'une cerise avec la pointe d'une épinle : il sortit encore un peu du corps vitré. Pour. éviter une nouvelle perte, je ne laissai point la malade faire l'essai de sa vue, qui, dix jours après, se trouva trés-faible ; mais, au bout d'un an, elle avait tellement gagné par l'exercice, qu'au moment où j'écris, Madame T""* n'a aucun desir de . recouvrer l'usage de l'autre œil, dont la cataracte est entièrement formée. Cependant sa vue n'a pas tout-à-fait la force que semblerait annoncer l'état de son ceil.

Observation 431.

On n'obtient pas toujours un résultat aussi favorable dans ces cas douteux.

J'ai opéré, le 23 mars 1797, M. de C"**, âgé de soixante - huit ans, de faible constitution, qui avait l'oeil gauche fondu. Le droit conservait un peu de sensibilité à l'impression de la lumiére. La pupille avait le tiers environ de son mouvement de resserrement et de dilatation. Cette amaurose imparfaite et la cataracte dataient à-peu-près d'un an. Le corps vitré n'était point désorganisé, et l'extraction du cristallin opaque fut faite aisément. A la levée de l'appareil, l'oeil se trouva sans

DELA CATARACTE. 369 vue; il était trés-sain en apparence : la pupille prit méme assez de mouvement six mois aprés.

Cependant le malade ne distingua rien ; l'amaü-

rose était complète : tous les remèdes furent inutiles.

Observation 432.

M. L'"*, âgé alors de cinquante ans, de petite taille, d'un tempérament sanguin, robuste et bien constitué, eut, en 1909, une amaurose à l'œil droit; on lui fit passer un séton à la nuque : il prit vingt fois l'émétique dans l'espace d'une année, et on ne négligea aucun des autres moyens consacrés à combattre cette affection. On obtint quelques résultats favorables; la vue revint assez pour que M. L*** püt lire en approchant le livre trés-prés. En 1812, il se forma une cataracte, et malgré le peu de probabilité de succés qu'elle présentait, je consentis à en faire l'extraction. L'opération fut faite en avril 1813 : le corps vitré était sain; la pupille parut moins mobile aprés l'opération qu'elle ne l'était avant. Cependant le malade vit assez de cet œil pour se conduire seul. Il y avait un commencement de cataracte au gauche: à mesure que cette cataracte augmentait, la vue de l'œil opéré s'améliorait, et enfin il était en état d'en lire, d'une maniére à la vérité imparfaite, lorsque je lui fis l'extraction de la cataracte au gauche, le 15 mai 1816, en présence

de M. de Montaigu, mon collègue, médecin de 711. ! 24

l'Hótel-Dieu, ami et médecin de M. L"*. Depuis le rétablissement de la vue dans ce dernier œil, le droit a pris plus d'action. Je n'avais point traité M. L*"*, en 1909, de son amaurose, et je n'ai pas su précisément jusqu'à quel point la rétine fut alors affectée.

Observation 433.

Le » mai 1814, j'ai opéré Madame B*** de la cataracte aux deux yeux par extraction; elle était âgée de cinquante-deux ans, grande, forte et bien constituée. Je lu1 avais donné des soins trois ans avant pour une ophtalmie interne à l'oeil gauche, pendant la durée de laquelle les symptómes furent équivoques, à cause de la forme irrégulière que la pupille affecta, au point de faire croire d'abord à une amaurose imparfaite. Le traitement en fut assez heureux; et, lorsque les cataractes se formérent, l'oeil droit fut le premier malade. Cependant madame B'".n'a pu lire aisément du gauche qu'au printemps de 1816.

Observation 434.

Extrait du Journal de mon Père, le 25 juin 1766.

Mademoiselle. D'**, de Beauvais, d'une taille médiocre, assez-grasse, d'un tempérament sanguin, âgée de cinquante-huit ans, a perdu depuis long-temps la vue de l'oeil droit par une paralysie. Elle a été-opérée d’une cataracte au gauche,

en 1739, par le dernier Saint-Yves. Huit ans aprés, cet œil fut attaqué de paralysie, et guéri par le méme... Rechüte il y a un an... Aujourd'hui elle est presque entiérement aveugle par deux gouttes sereines.

Madame B'"'*, épiciére à Molliens, prés Grandvilliers , d'une constitution faible et nerveuse, fut opérée heureusement de la cataracte par extraction, à l'âge de trente ans. Peu aprés, la vue de cet oeil se perdit par une amaurose; au bout de quatre ans, cette maladie se forma à l'oeil gauche. Elle vint à Paris. Je lui fis subir un traitement dont le résultat fut le rétablissement de la vue de ce dernier œil. Elle en vit pendant deux ans, aprés lesquels il se forma une cataracte, qu'on reconnaissait à la seule inspection pour étre évidemment molle. Elle était protubérante, et poussait dans la chambre antérieure la partie moyenne de l'iris : la pupille avait peu de mobilité. Je craignis que la rétine ne se füt affectée de nouveau; mais il. parut, par le résultat, que la protubérance seule de la face antérieure du cristallin était cause de la diminution de la mobilité de l'iris; car la vue fut parfaitement rétablie, lorsqu'en juin 1806 j eus extrait là lentille opaque dont la surface extérieure était liquéfiée, ce qui formait une cataracte en partie laiteuse; J'eus besoin de beaucoup

372 SECTION:VIII, CHAPITRE II, d'attention pour éviter de toucher l'iris, en' Tito quant lincision de la cornée. | |

On voit, dans cette observation rare, une opération béukéues de cataracte, suivie bientôt d’une amaurose; cette dernière Bisladie formée à l'autre ceil; guérie, et suivie d'une cataracte molle.

Observation 436.

Je vais comprendre sous le méme numéro quelques observations d'une date assez récente, et qui donneront une idée de certaines circonstances qui me déterminent, lorsque je les rencontre, à exécuter l'abaissement plutót que l'extraction : heureusement elles se trouvent rarement. J'invite ceux qui n ‘opèrent que par extraction à ne point changer, pour un cas qui sort de la regle commune, cette méthode qui est préférable à l’autre, et Je réussis souvent, par l'extraction comme par l'abaissement, lorsque je rencontre des taches sur la cornée, s phlegmasies chroniques des glandes des paupières, ou une obstruction du conduit nasal. |

M. Crou, médecin de l'Hótel-Dieu de Sens, m'a adressé, mr l'été de 1816, M. Au***, tisserand à la GEO: verd Madame Bo; Mademoiselle de Bour** |

M. Au*"*, Agé de soixante ans, d'un tempérament, sanguin, était resté aveugle depuis six ans, parce qu'il avait mal interprété ce qui luivavait été dit, qu'il fallait ne pas voir pour être opéré.

D'E TA CATARACTE. ^'^ 373 Il. avait entendu qu'il était indispensable de ne pouvoir plus même apercevoir la lumière: On lui avait annoncé! que, par l'effet de ce long délai, ses: cataractes avaient contracté des adhérences; notamment la plus ancienne, qui datait de huit ans ou environ , et on ui conseillait l'abaissement à cause de la petitesse des pupilles. Je ne trouvai aucune adhérence en faisant l'extraction de ces catafactes ; qui fut heureuse et suivie du prompt rétablissement. de la vue des deux yeux.

Madame:Bo"**, âgée de soixante-dix-sept ans, d'un. tempérament lymphatique, avait, depuis deux ans ; une violente: céphalalgie, qui ne lui laissait que peu de repos. Lorsqu'elle augmentait, la malade ne pouvait dormir qu'assise sur son lit. Cette phlegmasie habituelle des membranes du cerveau, qui. existait antérieurement au mois de. février: 1814, avait été beaucoup augmentée à cette époque par-un:saisissement violent.

M; Vial ,-ancien-chirürgien de l'Arsenal, avait connü le tempérament de la malade à une époque ou elle habitait-Pàris; son opinion fut que l'opération par est présenterait moins de chances: de succès pour le rétablissement de la vue de Madame Bo""*, que l'opération par abaissement , attendu le mauvais état de sa santé, enüérement dérangée par une fièvre bilieuse dont elle fut attaquée à son arrivée à Paris, et pendant le cours de laquelle i1 venait de lui donner des

soins. Je ine rangeai à cet avis, et j'abàttis le cristallin de l'œil gauche, le seul qu'il: s'agissait d'opérer. Cette opération, exécutée: en quinze secondes, en présence de M. Vial, n'excita. pas là plus légère douleur; la pupille resta noire: Aussitôt aprés, Madame Bo*** distingua les plus petits objets, et n'eut pas d'inflammation à l'oeil pendant les huit premiers jours; mais la céphalalgie augmenta vivement, et le paroxisme d'augmentation dura: trois semaines avec insomnie : une légère phlegmasie se déclara à l'oeil opéré pendant la seconde et la troisième semaine, et n'eut aucune suite. La vue est:tellement rétablie, que Madame Bo*** né songe point à se faire opérer l'autre oeil. Pro nn:

Mademoiselle de Bour?**, âgée de soixánte-un ans, d'une constitution affaiblie par les maladies, avait, depuis l'enfance, à la suite de la petite-vérole, une tache sur la cornée de l'oeil droit; cet ceil était sujet à des ophtalmies légéres qui revenaient périodiquement à des intervalles éloignés, et se manifestaient d'une maniére plus marquée, et presque de deux en deux mois, depuis un an, époque de la formation de deux cataractes.

Elle est retournée à Sens le vingtiéme jour de l'opération que je lui fis, par extraction, à l'oeil gauche et par abaissement au droit: là vue est bonne aux deux yeux, cependant plus forte au gauche qu'au droit, par l'effet de la tache qui,

pour la situation , l'épaisseur, et l'étendue, ressemble beaucoup à celle de la figure 5, planche 24. | Au mois de juillet 1816, j'ai opéré, par extraction, à l'eil gauche, et, par abaissement, au droit, Madame M***, âgée de quatre-vingt- deux ans, de constitution faible et nerveuse, dont le pouls était intermittent , peut-étre par un commencement d'ossification des vaisseaux. Elle avait eu, einquante ans avant, une tumeur lacrymale qui s'était ouverte aprés les plus violentes douleurs, et on n'avait obtenu qu'un rétablissement imparfait. Le conduit nasal était obstrué , et l'oeil toujours mouillé de larmes ; motif qui me détermina à préférer l'opération par abaissement de ce côté. Tout se passà bien d'abord. L'oeil gauche, opéré par extraction, était en bon état le dixième jour; mais une phlegmasie interne, qui s était établie dans le droit, dés le troisième jour de l'opération, augmenta d'intensité, et s'étendit au gauche, accompagnée d'une céphalalgie qui ótait le sommeil à la malade. La pupille de l'oeil gauche s'est fermée, en grande partie; celle de l'œil droit l'a été entiérement, et malgré les remédes, que son grand Âge a permis dino los la malade est restée dans un état voisin de la cécité. Lorsque j'opére, par extraction, un œil affecté de larmoiement, dont la cause est une obstruction du conduit nasal, je recommande au malade de rester assis dans son lit, pendant les

premieres vingt-quatre heures, pour faciliter la sortie des larmes. J'ai tenu note d'une trentaine de cas de ce genre, das lesquels le résultat a été heureux. J'ai eu aussi des non-succès. En général je redoute cette c^plication.

oL s 437.

M. P"'*, de Honfleur, âgé de soixante-dix ans, d'un tempérament lymphatico-nerveux, vint me trouver au Hávre, où j'avais été appelé en avril 1815. Je devais en partir le lendemain; il desira étre opéré par abaissement. L'opération fut simple et heureuse. Malgré mon conseil il retourna par mer à Honfleur, quarante-huit heures apres l'opération. La vue était déja bonne. Une commotion qu'il éprouva dans le bâtiment la lui fit perdre subitement : il se trouva aveugle en débarquant. M. Flahault, chirurgien en chef de l'Hótel-Dieu de Honfleur, et parent du malade, m'écrivit que les cataractes étaient remontées, et obstruaient complétement les pupilles. Nous laissáàmes passer le reste de l'année, parce que M. P"** fut malade à son retour, et j'allai à Honfleur l'opérer. Je fis ces deux opérations en présence de M. Flahault. Le cristallin, à chaque œil, suivit le bistouri. À peine l'incision était-elle terminée, que la lentille opaque tomba sur la joue. La vue de M. P*** est trés-bonne des deux | yeux. "E |

DE LA CATARACTE. :, 6997 Observation 438.

Son Altesse royale Monsieur me fit l'honneur | de me recommander, en aoüt 1815, M. le maréchal-de-camp P***, âgé de soixante-huit ans, de forte constitution , aveugle depuis deux ans, époque à laquelle il avait été opéré, sans succès, de l'oeil gauche. L'extraction du cristallin avait été suivie d'accidents inflammatoires, qui, en sétendant à l'œil droit, et jusqu'à ses membranes intérieures, avaient donné naissance à quelques adhérences entre le bord libre de liris et la capsule.du cristallin, notamment à la partie inférieure de la pupille, comme on le voit dans la figure 2, planche 19, dessinée par moi avant l'opération, que je fis au mois de juin 1816. L'incision de la cornée exécutée, je fis passer, entre la capsule et le. bord de liris, à la parte inférieure de la pupille, la pointe de mon kystitóme ( pl. 14, fig. 7 et 9) en la dirigeant moins vers l'iris que vers la capsule, qui fut ouverte par ce mouvement. Le cristallin opaque sortit aisément , et laissa la pupille fort noire. Elle n'a conservé aucune irrégularité. Je me suis trouvé heureux, quelques jours aprés, de pouvoir, au lever du Roi, rendre compte à Sa Majesté du

rétablissement de la vue d'un de ses plus fideles serviteurs.

Observation 439.

J'ai opéré, en 1800, le sieur C***, de Thorigny, agé de vingt ans, d’un tempérament lymphatique, et de haute taille, aveugle de naissance. Les pupilles étaient trés-mobiles avant l'opération, et cependant les rétines se trouvérent paralysées. Aprés la sortie des cataractes, qui étaient laiteuses, et dont la matiére s'écoula promptement, il ne distingua rien; ce ne fut qu'au bout de plusieurs mois qu'il commenca à pouvoir se conduire seul. J'ai trouvé plusieurs cas analogues chez des aveugles de naissance. On doit étre trésréservé dans le pronostic de ces sortes de cataractes, méme lorsque les apparences sont favorables.

Observation A440.

Il y a vingt ans, je fis l'opération de là cataracte à l'oeil gauche d'une fille de dix-sept ans, d'une constitution trés-débile des son enfance. Elle était aveugle depuis l’âge de quatre mois. L'oil droit était atrophié. Je ne lui présentai aucun objet aprés la sortie du cristallin : l'oeil fut couvert sur-le-champ. On la tint dans une chambre trés-obscure. Le vingtième jour, je lui levai l'appareil. dans le cabinet de M. Charles, physicien , en présence de M. Portal. Elle reconnut que M. Charles était plus grand qu'un jeune éléve de M. Portal, quoiqu'on eüt fait placer ce dernier beaucoup plus prés d'elle. Elle

réconnut aussi, sans le secours du toucher, qu'un livre était plus gros qu'un autre; M. Portal la fit approcher d’une glace située sur une cheminée; ayant été arrêtée par le chambranle, elle devina que c'était son image que la glace réfléchissait, parce qu'elle savait qu'il y avait aussi une glace sur la cheminée de sa mère; elle prit plaisir à examiner sa figure, exercice qui fatigua son œil, et le fit pleurer. Les expériences furent suspendues : le sur-lendemain, elles furent reprises, dans le méme cabinet, en présence de M. Portal, et de MM. Charles, fréres. Elle ne put distinguer, sans le secours du toucher, un cube d'avec une sphére; une paire de ciseaux d'avec un couteau ; une clef d'avec un étui. Aussitót qu'elle eut reconnu ces objets, à l'aide du tact, elle les nomma sans hésiter et à plusieurs reprises, quoiqu'on eüt soin d'intervertir l'ordre dans lequel on les lui présentait. Elle s'écria qu'elle se voyait dans une glace: c'était un écran à pied qu'on dérangea de maniére qu'il lui renvoyát l'image d'une femme âgée. Elle eut de la peine à comprendre comment l'image qu'elle appercevait n'était plus la sienne. L'oeil ne fut pas en état de continuer les expériences, qui devaient étre reprises trois jours aprés; mais elle fut si empressée de jouir de sa vue, que, dés le sur-lendemain , elle connaissait à- peu- prés tous les corps qu'on aurait pu lui présenter.

Cette jeune personne, avant le rétablissement de sa vue, exécutait des ouvrages que l'on regar-

dait comme des chefs-d'oeuvre de couture : lorsqu'elle vit, il lui fallut faire un apprentissage ; méme les paupières fermées, elle ne pouvait plus coudre que très-mal.

Observation 441.

M. G***, de Chartres, bien constitué, eut, à l’âge de huit ans, la cornée de l'oeil gauche ouverte par un éclat de bois qui blessa le cristallin. Ce corps devint opaque dans le mois suivant, et la pupille resta allongée du cóté de la blessure. Il y eut adhérence de l'iris vers ce point, à la face concave de la cornée. Cinq ans aprés, je fus appelé à Chartres; j'y retournai au bout de huit mois.

Ce qui suit est l'extrait d'une lettre que j'écrivis. à mon pere, lors de mon second voyage. |

« Je vous ai parlé au mois d'août dernier, dans une de mes lettres, d'un jeune garcon de treize ans, qui agita tellement son ceil, que, la cornée à peine entamée par la pointe du bistouri, l'humeur aqueuse s'écoula; l'état de déplacement dans lequel était liris, me détermina à ne pas continuer avec le méme instrument la section de la cornée que,je me proposais de faire à sa partie latérale externe : j'introduisis, dans la chambre antérieure, la pointe d'une des branches d'une paire de ciseaux courbes sur le cóté, qui ouvrit la capsule du cristallin, dans un mouvement brusque du globe. La Miche e était solide, car il ne parut qu'une trés-petite quantité de mucus

DE LA CATARACTE. 381 blanchátre : l'enfant se refusa alors à toute ten- .tative ultérieure. De vive voix, je vous ai fait connaitre depuis, que, pendant les trois semaines suivantes, le cristallin avait fondu de prés de moitié, que j'espérais qu'il fondrait entierement, et que le malade commençait à cette époque à entrevoir les objets. Cette année, j'ai trouvé la cataracte totalement disparue, la pupille noire, et le malade voyant bien avec un verre convexe. On n'a rien fait pour obtenir ce résultat, qui a été le fruit des seuls efforts de la nature. M. Philippe, oncle, chirurgien en chef de l'Hótel-Dieu, qui m'a tenu la paupiére supérieure, est étonné de la promptitude avec laquelle le cristallin a été absorbé. Je vous envoie le dessin que j'ai fait de l'œil, dans létat où il est actuellement... »

Dblauche 49, figure 2).

Observation 4/42.

M. l'abbé C'**, âgé de soixante-neuf ans, d'un tempérament sanguin , prétre habitué, depuis vingt-cinq ans, de la paroisse Saint-Roch, avait eu des ophtalmies internes, dues à un principe goutteux, qui étaient revenues périodiquement pendant plusieurs années. De petites adhérences s'étaient formées aux deux yeux entre le bord libre de l'iris et la capsule du cristallin (pl. 37, fig. 1), qui était devenue opaque dans les points correspondants à ces adhérences. Ces points étaient peu étendus : j'annoncai que les cristallins perdraient leur transparence; ce qui arriva

deux ans aprés. L'opération étant devenue indispensable; pour en assurer le succès, Je fis instiller dans chaque œil, deux fois par semaine, pendant plus d'un an, quelques gouttes d'un mélange d'eau et d'extrait de belladone. Les pupilles se dilataient chaque fois, sur-tout pour un jour ou deux, et le résultat de ces efforts répétés fut une telle diminution des petites adhérences, qu'elles furent détruites, au moment de lopération, par le seul passage des lentilles à travers les pupilles. La vue de M. C""" a été parfaitement rétablie; cependant on voyait quelques petits points dans les pupilles, qui avaient conservé un peu d'opacité , à-peu-prés comme fig. 2, pl. 16. Les pupilles, sur-tout celle de l'oeil gauche, n'étaient point entièrement rondes.

Observation 442.

Ce n'est pas l'ancienneté de l'opacité du cristallin qui fait contracter des adhérences à ce corps, ou plutót à sa capsule : la plus légère phlegmasie interne est bien plus capable de produire cet effet, qui se rencontre beaucoup plus rarement qu'on ne le croit.

M. L'‘**, âgé de soixante-dix-sept ans, doué d'un tempérament spasmodique et sanguin, avait recu, à l’âge de sept ans, un coup sur l'œil droit; il s’y était formé une cataracte : on avait desiré la faire abattre, lorsqu'il eut atteint l’âge de vingt ans; mais elle fut alors jugée adhérente, et on

décida qu'il ne fallait point y toucher. Une blessure, causée par un éclat de bois, lui fit perdre le gauche, il y a quinze ans. Deux heures aprés la blessure, je trouvai le cristallin et le corps vitré engagés entre les paupières, de manière à ne laisser aucun espoir de conserver méme la forme du globe. Je n'y touchai point; et, selon ma méthode, je fis couvrir l'oeil d'un cataplasme de mie de pain et de lait, qu'on renouvela six fois par jour. M. L''* fut saigné du pied, et mis à une diète modérée. Six semaines aprés, je fis l'extraction du cristallin de l'oeil droit, qui était opaque depuis soixante-dix ans : je n'ai pas trouvé la plus faible adhérence. La vue a été rétablie au point que M. L"'* vaquait assiduement, et comme avant son accident, aux affaires de son gendre, architecte trés-employé.

"Observation 444.

J'ai été appelé à Bruxelles, au mois de mai 1806. Jy ai opéré de la cataracte aux deux yeux, en présence de M. Lambert, chirurgien en chef de l'Hótel-Dieu, M. Morel, quincaillier, âgé de quatre-vingt-douze ans, de forte constitution. Il avait le cristallin de l'oeil gauche opaque depuis quatre-vingt-quatre ans, par l'effet d'un coup de balle qu'il avait recu à Toulouse, lieu de sa naissance. Cette cataracte n'était point adhérente; mais elle avait pris la consistance de la corne : il vit trés-bien de l'oeil droit, et trés-peu du gauche, dont la pupille resta un peu terne. Elle

avait eu de la peine à se dilater, pour laisser passer ce corps solide, dont le volume paraissait d'autant plus considérable, que les cornées du malade étaient naturellement trés- petites.

Observation Ah 5.

M. T**", chirurgien résident de la maison royale de Saint-Denis, ágé de soixante-neuf ans, d'un tempérament nerveux et sanguin, avait une cataracte complète à l'oeil droit. Le cristallin du gauche commençait à s'obscurcir. Je trouvai, le 20 décembre 1816 , l’opacité doublée depuis quinze jours, époque de ma derniére visite à cette maison. Il me demanda de lui faire l'opéraüon aux deux yeux, quoique la moitié extérieure de la lentille füt encore transparente, et la vue de cet œil passable, lorsque la faiblesse de la lumiére permettait à la pupille de se dilater. Quelques amis, trés-éclairés, avaient beaucoup insisté aupres de M. T" pour que l'opération füt faite par abaissement : j'avertis que je ne pourrais employer la dépression que du cóté droit; mais qu'il fallait extraire le cristallin de l'œil gauche, puisque le malade se refusait positivement à attendre son entière opacité. Je commençai par faire cette extraction. La pupille parut noiré; mais, ayant remarqué que la lentille, dont le centre seul était opaque, n'avait pas son volume naturel, je portai la curette sous la cornée, et jótai un fragment assez considérable de la couche extérieure du cristallin, à travers lequel

M. T*** avait bien vu les plus petits objets, mais il les vit plus distinctement apres. Il se décida , sur-le-champ, à me demander, pour l'oeil droit, l'emploi de la méme méthode, vers laquelle il savait que je penchais. L'opération fut aussi heureuse, et il serait difficile de trouver quelqu'un opéré de la cataracte qui vit plus distinctement des deux yeux que mon estimable collègue.

Observation 4406.

M. l'abbé Q*'*, âgé de soixante-dix ans, trésreplet et d'une constitution lymphatique, avait deux cataractes complètes depuis un an. Je lui fis l'extraction de celle de l'oeil droit, il y a dix-huit ans, en présence de M. Lebreton, chirurgien-accoucheur, qui m'apprit le lendemain que notre opéré, entrainé par son zele ardent pour les fonctions de son ministère, s'était livré, dans les vingtquatre heures de l'opération, à des applications de l'esprit qui avaient beaucoup fatigué l'oeil opéré. La cicatrice, non encore consolidée, se rouvrit et donna passage à l'iris, qui, le dixième jour aprés l'opération, formait une tumeur double pour la grosseur de celle représentée par la pl. 32, fig. 3. Je ne fis rien, selon mon usage. Elle grossit d'un tiers environ pendant les huit jours suivants, parce que la rougeur de la conjonctive augmenta; - puis elle diminua peu-à-peü : il n'y en avait plus de traces au bout de six semaines. La pupille

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