II
resta un peu allongée ( pl. 36, fig. 5), mais la vue n'en fut pas moins bonne.
Observation 447.
Madame D"**, âgée de cinquante-cinq ans, d'un tempérament bilieux, était aveugle depuis six ans, pendant lesquels elle avait essayé, sans aucun relàche, tous les moyens qu'on lui avait indiqués pour fondre, disait-on, au moins une de ses deux cataractes, et ce fut sur-tout l'oeil gauche auquel elle fit éprouver le plus assidument l'impression de divers moyens irritants, notamment pendant 1814, 1815 et les premiers six mois de 1816.
Je lui fis l'extraction de ses deux cataractes en aoüt suivant : M. le docteur Brisset voulut bien lui donner quelques soins à la suite de ces deux opérations. La vue fut d'abord trés- bonne des deux yeux; le gauche resta cependant un peu rouge pendant un mois, aprés lequel cette phlegmasie, devenue chronique, s'étendit au tissu de l'iris; la pupille devint irréguliére, mais sur-tout plus étroite, et un nuage augmenta lentement dans la cornée, au point de cacher la. pupille et de priver madame D"** de la vue de cet œil. Nous n'avons rien fait pour combattre cette maladie, qui s’est dissipée peu-à-peu, et madame D***, au bout de six mois, en. voyait trés-bien.
DE LA CATARACTE. 387 Observation 448.
Le nommé H""*, portier, avait été opéré sans succès, de la cataracte à l'oeil gauche, qui s'atrophia; il me dit qu'après la sortie du cristallin opaque, on avait été obligé d'introduire la curette à six ou sept reprises pour enlever des matieres qui obstruaient la pupille. Je l'opérai de l'œil gauche, et, craignant la méme terminaison, je ne passai qu'une seule fois la curette sous la cornée pour óter seulement un fragment assez apparent de la couche extérieure du cristallin. Il vit: cependant la pupille n'était pas d'un noir bien franc, et il était facile de voir qu'il y avait encore un peu de mucus. L'extréme agitation de l'oeil me décida entiérement à confier quelque chose à la puissante action du systéme absorbant. Le septiéme jour, un peu de mucus génait la vision : cette géne fut plus marquée un mois aprés. Ensuite l'œil s'éclaircit, et, sans jouir d'une vue excellente, le malade vaquait à ses affaires. Six mois aprés, on voyait dans la pupille ce qui était resté de mucus situé sous un pli transparent de la capsule. Cette matiére s'élevait au haut de la pupille lorsque l'oeil s'élevait, et lorsque cet organe était sans mouvement, on voyait ce nuage blanchátre descendre lentement pour remonter au moindre mouvement du globe vers un point élevé. Le malade voyait monter et descendre ce qu'il appelait son ombrage; quand
l'oeil était immobile, il le voyait descendre; ce qui prouve, contre de graves opinions, que les filaments qui paraissent voltiger devant les yeux d'un grand nombre de personnes, descendent effectivement, comme ils semblent le faire lorsque les yeux sont fixes et sans mouvement pour quelques instants.
Observation 449.
J'ai été chargé, par la Société de Médecine de Paris, de faire un rapport sur l'observation suivante, qui lui avait été adressée au mois de décembre 1816 : le Mémoire et le rapport ont été insérés dans le Journal de la Société, rédigé par mon savant et laborieux collègue M. Sédillot , tom. LIX, n° 245, pag. 792.
« Observation sur un cristallin qui a passé par la pupille dans la chambre antérieure de l'œil.
droit, à la suite de céphalalgies violentes et chroniques, par J. F. FRÉBAULT, chirurgien en chef de l'hôpital de Nevers, docteur en médecine de la Faculté de Paris , professeur particulier d'anatomie.
« Dans le courant du mois d'avril dernier, Madame***, âgée de trente-cinq ans, bien constituée, m'exposa que depuis environ cinq ans elle éprouvait des maux de téte périodiques, suivis de rougeurs et de sensibilité à l’œil droit. Plusieurs médicaments indiqués par divers chirurgiens ayant
été employés sans succès, cette dame avait jugé à-propos d'aller à Paris pour y consulter M. Demours, qui l'assura qu'elle avait une cataracte commencante, lui conseilla de pratiquer un exutoire au bras, et prescrivit en outre d'autres moyens qui, continués avec persévérance, procurérent du soulagement. Cependant vers le commencement de novembre 1815, la céphalalgie se manifesta avec une nouvelle violence, et fut accompagnée cette fois d'une douleur si aigué dans l’intérieur de l'oeil droit, qu'il semblait à la malade qu'un corps étranger traversait la totalité de l'organe. Cette douleur ne fut pas de longue durée; mais il lui succéda une gêne singulière dans les mouvements du globe; ce qui fit présumer à Madame qu'un corps étranger avait pénétré dans l'œil et qu'il y séjournait. Les douleurs avaient d'ailleurs presque entiérement disparu depuis cet événement extraordinaire. Plusieurs hommes de l'art: ayant été consultés, les avis furent partagés sur la véritable cause de cette affection.
«Je m'informai exactement si la malade n'avait pas recu quelque coup ou blessure à l'oeil, si elle n'avait point éprouvé quelque affection cutanée ou autre maladie grave. J'appris seulement quà l'apparition des douleurs, Madame avait été atteinte d’une fièvre aiguë d'un caractère dangereux. Ayant ensuite procédé à l'examen de l'œil affecté, je reconnus facilement qu'un corps blanchâtre, dont une petite partie était encore enga-
gée dans la pupille, se trouvait placé dans la chambre antérieure. Sa forme, sa couleur et son volume, me firent juger que c'était le cristallin qui avait franchi l'ouverture de la pupille auES
figure 2). Un officier de santé, qui accompagnait la malade, et M. Thomas, jeune médecin, mon ami, partagérent mon opinion. Nous convinmes tous trois que le moyen le plus sür et le plus prompt de guérison était l'extraction du cristallin, devenu corps étranger. Je prévins la malade que cette opération, peu douloureuse , était indispensable, et que les résultats n'en baba dE étre que favorables, soit pour calmer les douleurs, soit pour fire cesser la cécité; l'organe était d'ailleurs parfaitement. sain. Madame consentit à cette opération, qui fut cependant encore différée par son état de grossesse avancée et par quelques accidents MON imatoires survenus à l'œil malade. Des moyens convenables ayant été employés a avec succés, Je procédai à l'opération par une incision à la cornée. Cette section était à peine terminée, que l&cristallin sortit avec facilité, et tomba sur la joue de la malade. Ce corps était blanchátre, assez consistant, d'une grosseur ordinaire. Cette derniére circonstance est d'autant plus remarquable, qu'ayant été isolé de son chaton et plongé pendant plus de six mois dans l'humeur aqueuse, 1l aurait dû naturellement s'y dissoudre.
« Du reste l'inflammation de l'oeil n'eut aucune
conséquence fächeuse, et les résultats de l'opération furent aussi heureux que je lavais présumé. »