‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humainChapitre 26 sur 60 · II · texte numérisé non relu

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tent de voir, mais d'une manière imparfaite.

M. de M"**, lieutenant-général des armées du roi, en voit des deux yeux, et celles du gauche se sont converties récemment en un brouillard, qu'on apercoit aisément à travers la pupille, et qui menace le cristallin d'une opacité complète. Je pourrais citer plusieurs exemples semblables ; cependant ces cas sont rares en général.

Afin qu'il ne püt me rester aucun doute sur le siége de ces taches volantes , J'ai ouvert la cornée dans des circonstances semblables, pour donner issue à l'humeur aqueuse, comme on l'avait proposé (1), et, dés le lendemain de cette légere opération, les malades ont aperçu les mêmes filaments, les mêmes phénomènes, sans qu'il y en ait eu un seul de moins. Un de ceux qui se sont soumis à cette expérience, est un homme qui a beaucoup de connaissances , et qui aurait remarqué le plus léger changement, s'il en füt survenu (2). :

Des raisons précédentes, et de ces expériences, je me suis cru autorisé à conclure que le siége de ces corpuscules est dans l'humeur de Morga-

(1) Adam et Le Hoc , a7 præcavendæ cataractæ oculi paracentesis, 1730. M. Le Roi , hist. de l'Acad. année 1760, pag. 35.

(2) M. labbé B***, sujet de cette observation, qui était alors et qui est encore aujourd'hui professeur à l'Athénée des arts de Paris, voyait encore les mêmes filaments en 1817, plus de vingt ans aprés, sans aucune espéce de changement.

gni, dont quelques petites portions, sans perdre de leur transparence, acquièrent une densité, une pesanteur et une réfringence plus considérables. Cette humeur, qui a recu le nom du célébre anatomiste qui l'a observée avec le plus d'exactitude, environne le cristallin, et parait étre destinée à nourrir ce corps, qui est libre dans sa capsule. Elle est parfaitement transparente , et, quoiqu'elle soit en trés-petite quantité, les portions qui acquiérent une certaine densité étant d'une ténuité extréme, peuvent se mouvoir librement dans une aussi petite quantité de fluide. Quelques anatomistes ont révoqué en doute l'existence de cette humeur : on peut la démontrer aisément, en plongeant la pointe d'une lancette dans le cristallin d'un oeil de mouton, aprés avoir enlevé la cornée, écarté l'iris, et essuyé à plusieurs reprises la capsule du cristallin avec un linge fin. ll sort sur le champ une goutte d'une humeur limpide, que l'on ne trouve pas toujours d'une maniére également marquée. Il y a apparence qu'elle perd de sa fluidité aprés la mort, et qu'elle diminue de quantité à mesure que l'on avance en áge. D'ailleurs, en pratiquant la section de la cornée dans l'opération de la cataracte, lorsque le diamétre de la pupille m'a permis de plonger, en passant,la pointe du bistouri dans cette ouverture pour ouvrir la capsule du cristallin, j'ai vu, nombre de fois, une certaine quantité de liqueur blanchátre jaillir de la petite plaie am,

faite à la capsule; et ce n'était autre chose que l'humeur de Morgagni devenue opaque. Je connais une personne incommodée de ces taches volantes , et bien capable de les observer avec exactitude, qui voit, entre autres apparences, au trés-grand jour, dans un ciel bien pur, une ligne gommeuse , suivant son expression, qui parait lumineuse , ne change que trés-lentement de position aux différents mouvements de l'œil, et qui ne peut étre due qu’à une ondulation infiniment légère de la couche extérieure du cristallin, dont la densité n'est guère plus considérable que celle de l'humeur de Morgagni.

Quant au pronostic, il n'est pas fâcheux : on doit cependant prendre garde de les. confondre avec les taches qui sont fixes par rapport à l'axe de la vision , et qui, causées le plus souvent par des engorgements du nerf optique ou de la rétine, sont ordinairement des signes précurseurs de paralysie de l'une ou de l'autre de ces parties, sur-tout lorsqu'elles sont récentes et qu'elles augmentent. Elles demandent de l'attention. Celles dont nous nous occupons sont, par rapport à la cataracte, ce que sont les graviers par rapport à la pierre; mais, quoique pour une personne dans la vessie de laquelle il se forme une pierre, 1l y en ait une multitude. prodigieuse qui sont: sujettes à des graviers , ces taches volantes m'ont paru avoir avec la cataracte un rapport encore bien plus éloigné. Autant qu'il est possible de

FILAMENTS VOLTIGEANTS. 421 juger, par approximation , sur sept cents personnes qui:en sont affectées, il y en a à peine deux chez lesquelles elles indiquent une disposition à la cataracte. Au reste on rencontre dans la pratique ces cas en plus grande proporüon , parce que tous ceux dont le cristallin commence à s'obscurcir demandent des conseils, tandis que parmi ceux qui sont incommodés de ces sortes de taches, s’il s'en trouve quelques-uns qui en soient fort inquiétés, il y en a un nombre prodigieux qui n'y font pas méme attention, et qui n'en parlent pas aux gens de l'art. Elles sont 1nfiniment communes, et ne m'ont pas paru être, comme on l'a cru, causées ni entretenues par l'application des yeux.

Le meilleur remede est de tranquilliser l'imagination de ceux qui en sont alarmés, et de leur apprendre que ces sortes de fantômes, qui augmentent quelquefois trés-lentement pendant les cinq ou. six premières années, subsistent, pendant tout le reste de la vie, sans aucune espèce d'incommodité ; qu'elles ne. demandent aucun reméde ni méme aucune espéce de précautions , lorsqu'elles.ne sont point accompagnées d'autres accidents ; et que l'imagination une fois tranquillisée, on les oublie au point de ne les plus voir qu'en les cherchant, à moins qu'on ne se trouve en plein air, où elles paraissent toujours d'une manière bien sensible, mais sans aucune gène. Je connais un graud nombre de personnes qui

b 422 . SECTION VIII, CHAPITRE III,

en voient depuis trente, quarante ans, et plus, sans que leur nombre ou leur figure ait éprouvé le plus léger changement.

JV. B. Je peux ajouter que, depuis la publication de mon Mémoire , la multitude de personnes qui m'ont consulté pour ces taches volantes, n'a fait que me confirmer dans mon opinion, et j'ai eu, plus de mille fois, à gémir de voir que, les confondànt avec des taches fixes et d'une autre naturé, on assujétissait les personnes dont l'imagination en était alarmée, à des remédes inutiles, souvent cruels, presque toujours nuisibles. Je fus consulté, il n'y a pas long-temps, par une dame qui était dans la ferme persuasion que ces fantómes voltigeants, qu'elle apercevait depuis peu, devaient la conduire à la perte de la vue. Je irouvai chez elle vingt personnes, que je lui demandai la permission d'interroger : sur les vingt, sept en voyaient depuis un grand nombre d'années sans en avoir jamais parlé: une jeune personne äjouta qu'elle s'amusait beaucoup à les voir descendre dans le ciel. Je ne saurais trop répéter qu'ils n'inquiétent jamais autant que lorsqu'ils se trouvent joints à d'autres symptómes, C'est une réunion semblable qui avait tourmenté bien inutilement un homme de l'art très-instruit, qui n'a recouvré le bonheur et la tranquillité que depuis quelques mois. Un Mémoire, dont suit l'extrait, contenait le détail de ses vives inquiétudes.

Mémoire, 13 août 1817. — Le consultant, âgé de trente- quatre ans, d'une faible constitution, chirurgien , tourmenté d'une goutte héréditaire, sujet à des attaques d'hypochondrie lorsqu'il se livre à l'étude, n'a pu, de tout temps, lire et écrire au grand jour qu'avec difficulté, à cause d'une sensibilité particuliére des organes de la vision.

Il y a trois ans, un an aprés son mariage, il éprouva, à la suite d'un travail assidu, des douleurs d'abord sourdes, puis pulsatives et lancinantes, à l'œil droit; quelque temps après, 1l apercut trois petits globes presque noirs, se tenant par des filaments de méme couleur, et paraissant voltiger en suivant les mouvements de l'oeil.

Un an après cette attaque, il ressentit à l'oeil gauche des douleurs semblables, et il vit de plus un réseau d'une teinte sombre. |

Depuis ce moment, la sensibilité de ses yeux est augmentée, et se change en douleurs toutes les fois qu'il veut se lévbeH] à l'étude, méme pendant un quart d'heure; ce qui l'a forcé depuis six mois à la suspendre totalement à différentes reprises, et à ne lire qu’à peine une demi-heure par jour.

Les yeux sont, en Sppasences dans un état de parfaite santé; on n'y voit aucun défaut à l'extérieur, aucune opacité à l'intérieur ; les pupilles

se contractent et se dilatent parfaitement bien, soit que les deux yeux soient ouverts, soit quil y en ait un fermé. La vue est assez bonne. La face interne des paupiéres, cette partie de la conjonctive qui revét les cartilages tarses, est d'un rouge assez vif, parsemé de quelques petits troncs de vaisseaux capillaires, ainsi que la portion de cette membrane qui recouvre la sclérotique.

Le malade voit voltiger presque continuellement, mais d'une maniére plus ou moins apparente, devant les deux yeux, des toiles d'araignées, des ombres, des réseaux, et quelquefois des points et des cercles obscurs.

Lorsque la douleur est augmentée par un peu de. lecture, elle dure depuis cinq jusqu à huit jours, et se renouvelle pendant cet intervalle par la seule impression d'une lumiere vive. Du reste, sa santé est bonne, à lexception d'une légere céphalalgie qu'il éprouve le matin, et qui est de peu de durée. Les douleurs des yeux. s'établissent quelquefois sans aucune cause apparente, mais diminuent toujours, et finissent par disparaitre lorsque le temps est sombre et que le malade évite tout ce qui peut ébranler le système, nerveux. VM

rz Chirurgien à Saint-Florentin, département de l'Yonne.

Réponse.

Monsieur, vos filaments, vos taches volantes,

d FILAMENTS VOLTIGEANTS. 425

ne méritent aucune attention; J'espére que vous en serez convaincu aprés avoir pris lecture du Mémoire ci-joint. Je vous conseille de ne faire aucun traitement relatif au reste des symptómes, qui sont cependant faits pour vous tourmenter d'une maniére plus réelle. Vous avez les membranes des yeux délicates depuis tres-long-temps; vivez avec cette imperfection, et lisez peu. L'augmentation que vous avez éprouvée de cette sourde phlegmasie, probablement goutteuse, me parait de nature à ne pas se prolonger indéfiniment : je crois pouvoir vous promettre que vous éprouverez de l'amélioration. Faites usage de verres d'une teinte médiocrement verte, lorsque vous vous exposerez à un jour trés-vif ou à la réverbération de la neige.

Extrait d'une Lettre de M***, Chirurgien à Saint - Florentin.

Le 2 septembre 1817.

Monsieur, ce que j'apercois voltiger devant mes yeux se trouve littéralement décrit dans votre Mémoire sur les taches mobiles, globules, et toiles d'araignées. |

N. B. Suivent des remerciments qui prouvent que l'imagination alarmée du malade a été tranquillisée par ma courte réponse.

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