PTS
Extrait des registres de la classe , séance du 1*" juillet 1800.
Un membre, au nom d'une commission (1), lit le rapport dont suit l'extrait. |
M. Demours, membre de l'ancienne Faculté de médecine de Paris, a lu à la Classe, dans une de ses derniéres séances, une observation sur une pupille artificielle qu'il a faite dans un cas de cécité absolue causée par l'obscurcissement de la cornée, et lui a présenté le sujet de cette observation ; depuis trois ans qu'elle lui a été pratiquée , il jouit de l'avantage inappréciable , non-seulement de bien voir à se conduire, mais de discerner parfaitement les objets qu nf a intérét de connaître, et de lire, avec facilité, au moyen de verres à cataracte. M. Sauvages avait perdu la vue par une ophtalmie sur les deux yeux, qui avait donné lieu à des ulcérations de la cornée, à l'effusion de l'humeur aqueuse, à une
(x) La commission composée de MM. Cuvier et Sabatier.
LU
DE LA PUPILLE ARTIFICIELLE. 433 adhérence presque complète de l'iris à la cornée, et à une telle opacité de cette membrane, que le passage dela lumière en était totalement intercepté. Il restait cependant un petit intervalle à la partie supérieure et externe de la cornée de l'œil gauche, qui permettait de voir la partie correspondante de l'iris. M. Demours a pensé qu'en faisant une ouverture en cet endroit, il serait possible de rendre un peu de vue au malade. En conséquence il a plongé un bistouri à cataracte, puis des ciseaux extrémement déliés, dont une branche a été portée derriére l'iris, et l'autre audevant de cette membrane qui n'était qu'appliquée à la cornée, et il en a emporté un lambeau de la grandeur et à-peu-prés de la forme d'une graine d'oseille. La vue a été rétablie à l'instant; la pupille artificielle, qui venait. d'étre faite, s'est conservée jusqu'à-présent avec les mémes dimensions. ^ :
On avait ouvert l'iris dans des cas où la pupille était entiérement fermée. Cheselden et Janin ont fait cette opération sur plusieurs sujets; mais la cornée était saine et sans adhérence avec l'iris, et ils ont percé cette membrane à sa partie moyenne vis-à-vis le cristallin, que Janin a toujours trouvé cataracté, et dont il a fait en méme temps l'extraction, Ici, au contraire, l'oeil était presque entièrement couvert par une tache fort épaisse. Il n'avait conservé de transparence que vers un des bords de la cornée, et il y avait adhérence presque
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totale de la face postérieure de cette membrane à la face antérieure de l'iris. On pouvait craindre d'ailleurs qu'une prunelle artificielle, faite dans un lieu aussi éloigné de celui auquel répond la prunelle naturelle, ne fût pas d'une grande utilité au malade. Ces difficultés n'ont pas arrété M. Demours ; la dernière sur-tout lui a paru ne mériter aucune attention, parce qu'il a vu plusieurs fois l'iris se détacher, dans une partie de sa circonférence, pour donner issue au cristallin dans l'opération de la cataracte, lorsque la pupille, fort resserrée , s'opposait à la sortie de ce corps; et cette nouvelle pupille subsister et servir fort bien à la vision. La Classe a été à portée de juger, par. elle-méme , du succés de cette opération. |
Nous jugeons, en conséquence, qu'elle doit accueillir, conserver, et publier l'observation que M. Demours lui a présentée, comme renfermant une découverte importante, et qui recule, en ce point, les limites de l'art de guérir.
Fait au Palais des Sciences et Arts; le 1°° juil-
let 1800.
Signé CUVIER, SABATIER.
- La Classe approuve le dd et en adopte les pon M,
Certifié conforme à l'original.
| A Paris, le 3 juillet 1800.
Signé, Der AMBAE , secrétaire.
Extrait du rapport fait à la Société de Médecine de Paris, par M. Roussizre-CHaAMsERu, membre de l'ancienne Faculté de Médecine de Paris, et mnédecin-oculiste, sur l'observation de M. Dr. Mouns , relative à une pupille artificielle.
L'observation lue à la séance de la Société de Médecine, par M. Demours, a été écoutée avec beaucoup d'intérét. M. Sauvages, malade chez lequel il est parvenu à établir une nouvelle pupille dans l'œil gauche, à la partie supérieure et latérale externe de l'iris, prés le disque de la cornée, a été examiné à loisir par différents membres à portée de s'assurer du peu de ressources que cet œil comportait et du désordre irremédiable de l'oeil droit. En parcourant, dans l'œil opéré, le contour de la cornée devenue généralement opaque, il n'a été possible de recorinaître que vers le haut, et du côté de la tempe, un espace. qui eüt conservé quelque transparence, et qui püt permettre d'apercevoir une portion saine d'iris assez isolée au-delà de tout ce qui avait été détruit ou confondu dans les parties précédemment abcédées....
Je conclus que l'opération imaginée par M. Demours est nouvelle, en ce qu'elle consiste à procurer une pupille artificielle dans un état de maladie trés-compliqué, et dans un point de l'iris très-voisin de la sclérotique, ou l'on n'avait jamais songé à l'obtenir.
Signé RoussiLLE-CHAMSERU.
436 SECTION VIII, CHAPITRE IV, Observation 459.
Madame M***, âgée de soixante - dix ans, de constitution faible, avait été opérée de la cataracte par extraction aux deux yeux. Il s'était écoulé un an depuis l'opération; l'oeil droit était atrophié ; la pupille du gauche, presque oblitérée , était irrégulière, et obstruée par un mucus blanchátre. Je la fis saigner du pied, et, une heure aprés, je plongeai une lance de Dayi&l dans la cornée, au-dessous de la cicatrice de l'incision qui avait été faite à cette membrane. On voit , pl. 43, fig. 2, une ligne ponctuée qui indique l'ouverture résultant dé mon incision : j'avancai, en pénétrant! dans l'iris, une demi-ligne audessous de l’ancienne büpillé. Dans l'instant il parut une goutte de sang, au milieu de laquelle une petite bulle d'air présentait un point tresnoir, parce qu'elle était située en face de la nouvelle pupille. La malade vit tres - distinctement pendant six secondes, apres lesquelles la bulle disparut, et la goutte de sang continua à cacher la pupille artificielle: J'introduisis une curette déliée dans la chambre antérieure; le sang s'écoula, et je vis la nouvelle pupille. Elle avait àpeu-près la forme de celle que l'on voit pl. 44; fig. 3. Je fis faire le soir une seconde saignée du pied. Les douleurs furent légeres. Le lendemain l'œil était peu rouge; la pupilla était diminuée de diamètre : on voyait un peu de sang en dis-
solution au bas de la chambre antérieure. La vue était assez bonne; mais le quatrième jour, l'ouverture faite à l'iris était fermée, et la malade ne voyait plus. Deux mois après, j'opérai de nouveau cet œil, en me servant du méme procédé : je portai, de plus, la pointe d'une des lames déliées d'une paire de ciseaux dans la pupille artificielle, que j'agrandis par en haut au moyen de deux coups de cet instrument, en la confondant avec le peu qui restait de l'ancienne. Une saignée du pied, faite le soir, n'empécha pas l'œil d'être beaucoup plus enflammé que la première fois, et la pupille nouvelle ne se ferma point ; mais resta irrégulière et trouble. La malade ne vit que peu, c'est-à-dire à peine pour se conduire.
Observation 460.
M. d'A*", âgé de trente-neuf ans, bilieux et sanguin, avait deux cataractes. Celle de l'oeil gauche fut extraite à Bordeaux en 1790, celle du droit, à Périgueux, un an apres. Le résultat ne répondit point à l'habileté des deux opérateurs. Mon pére fut consulté. Il y avait deux ans que la derniere opération avait été faite à l'œil gauche. L'iris était adhérente à la cicatrice; la pupille, allongée, conservait assez de largeur; mais elle était obstruée par les débris opaques de la capsule du cristallin. Le malade apercevait, de cet œil, les gros objets à une lumière faible, lorsque la pu-
438 SECTION VIII, CHAPITRE IV,pille, en se dilatant, admettait quelques rayons lumineux. EL
L'état de l'oeil droit était semblable; seulement la pupille, un peu plus allongée, était aussi un peu plus rétrécie, et l'opacité de la membrane était plus blanche. Cet œil ne jouissait pas méme de la faculté de distinguer les couleurs. Ces deux yeux étaient, à-peu-prés , dans l'état de ceux que l'on voit pl. 46, fig. 3, et pl. 47, fig. r.
Un praticien trés-exercé de la capitale fit une incision à la cornée de l’œil gauche avec la lance de Daviel, puis divisa la membrane opaque avec la pointe d'un bistouri dont la lame était trèsétroite. Il introduisit ensuite dans cette ouverture lextrémité d'une petite pince (pl. 15, fig. 1), pour essayer de tirer la partie de la membrane opaque située du cóté du grand angle; et, trouvant beaucoup de résistance, il n'osa pas insister dans la crainte d'occasionner la désorganisation de l'oeil. Un des consultants essaya à son tour, tenta aussi de retirer l’autre moitié, située du cóté du petit angle, et fut arrété par là crainte de nuire. Le malade fut saigné trois fois. Après son rétablissement, il vit à se conduire. Cependant les adhérences de l'iris à la cornée étaient augmentées de celle qui avait eu lieu entre ces deux membranes à la suite de la nouvelle opération, ce qui avait encore rétréci la chambre antérieure; mais il y avait, dans la capsule opaque,
au milieu de la pupille, une fente noire verticale. Quinze jours aprés, l'œil droit fut opéré; liris fut seulement détachée de la cornée, et, par le méme mouvement du bistouri, un peu divisée. M. d'A""* vit, sur-le-champ, l'heure à une montre. Le dixseptième jour, cette pupille artificielle se ferma; Peu de temps aprés, cet oeil füt opéré de nouveau. On fit, à l'iris, une incision perpendiculaire à une distance égale de son bord externe et de son bord interne : le malade fut encore saigné trois fois aprés cette opération. ] vit un peu pendant quatre mois. On apercevait une pupille oblongue verticalement. Elle se ferma de nouveau d'une maniére graduelle; celle de l'œil gauche subsista plus long - temps; mais la vue en était aussi à- peu - pres nulle. Il y avait onze mOIS que cette derniere: pupille avait été ouverte, et elle s'oblitérait peu-à-peu , lorsqu'on la prolongea à Bordeaux par une légére opération, qui rie produisit qu'une amélioration passagère , quoique parfaitement exécutée. >
Le malade resta aveugle pendant dix-huit mois. je fus alors appelé auprès de Périgueux, pour tenter une pupille artificielle, malgré le peu d'apparence de succès. La chambre antérieure de l'oeil droit était effacée; on apercevait encore uri peu d'humeur aqueuse derriére la partie supérieure de la cornée restée assez transparente; plus de la moitié inférieure de cette membrane était : opaque; un vaisseau sanguim venait de la partie
440 SECTION VIII, CHAPITRE Iv, inférieure et externe du globe et se ramifait dans ce leucoma. L'iris, détruite à sa partie inférieure, et confondue avec la face postérieure de la cornée, était adhérente à cette face, et ne s'en éloignait un peu que vers le milieu de la portion restée transparente. Les yeux étaient légérement douloureux au toucher. Jincisai la cornée à sa partie supérieure; cette incision fut douloureuse. Je portai la pointe du bistouri vers la partie inférieure de la portion visible de l'iris; la pointe pénétra d'une ligne ou environ. Cette petite incision ayant été entiérement cachée par une goutte de sang trés-pur, je ne pus agir qu'au hasard en cherchant à l'agrandir avec une paire de ciseaux à lames très - déliées, et sans avoir de plan bien fixe. | La pl. 44, fig. 3, représente l'oeil dans l'état où il était un mois aprés l'opération. Le vaisseau qui se distribuait dans le leucoma était triplé de volume. On voyait dans la nouvelle pupille quelques points d'opacité qui n'étaient pas assez étendus pour être la seule cause du peu de vue dont jouissait M. d'A***. Il était évident que les parties intérieures du globe, et notamment la rétine, fatiguées par toutes les opérations et les traitements auxquels on avait eu recours, étaient, en partie, désorganisées. Cependant, il était en état de se conduire seul. Ce bénéfice se perdit peu-àpeu : je fus appelé neuf mois aprés pour faire la méme opération à l’œil gauche.
DE LA PUPILLE ARTIFICIELLE. Alt £, |
Je trouvai la pupille artificielle du droit presque entiérement effacée; une phlegmasie latente, mais à-peu-prés continuelle, avait diminué la transparence de la partie supérieure de la cornée. L'oil gauche avait la cornée un peu protubérante, et entièrement opaque dans les deux tiers inférieurs de son étendue. Cet œil présentait si peu d'espoir de succès, que peut-être il eût été mieux de ne rien tenter; mais le malade demanda un nouvel essai. La ligne blanche, obliquement perpendiculaire (pl. 44, fig. 2), indique la cicatrice d’une des opérations que cet œil avait subies.
Je fis à la cornée, avec un bistouri à lame étroite, une petite incision désignée par la ligne blanche courbe. C'était le seul point où un peu d'humeur aqueuse tenait l'iris éloignée de la cornée : ces deux membranes étaient appliquées l'une contre l’autre vers les points où j'aurais préféré pouvoir pénétrer. La portion d'iris restée saine était extrémement tirée vers la partie opaque de la cornée, à laquelle elle était adhérente. Je ne pus rien faire de plus que plonger trois fois le bistouri dans la partie inférieure de cette portion d'iris. Par la rétraction de ses fibres, il. se forma subitement la pupille obliquement transversale que l'on voit dans la figure; elle parut d'abord blanche par la présence de quelques débris opaques de la membrane hyaloide ou de la capsule du cristallin, qui adhéraient à la face postérieure de l'iris : je les saisis avec une pince, et
j'en fis aisément l'extraction, qui excita cependant une vive douleur. Malgré la présence. d'un peu de sang, on vit bien la nouvelle pupille, et le malade aperçut ses doigts du côté du grand angle, d'une maniére très-nette. Pendant l'opéra tion, l'œil avait toujours été dans un état convulsif. Il sortit, à six reprises différentes, du corps vitré, et les derniéres pertes de cette humeur rendirent la pupille plus noire. Il n'y eut point de douleurs à la suite de l'opération : il y en avait eu de très-fortes aprés l'opération de l'œil droit. Tout faisait espérer que M. d'A" jouirait enfin du fruit de tant de persévérance; mais, apres quelques mois, la nouvelle pupille se rétrécit, et la vue, d'abord assez bonne, diminua tellement, que le malade se trouva avoir peu gagné.
Observation 461.
Mademoiselle A***, âgée de trente-huit ans, d'une constitution débile et irritable, avait deux cataractes. L'extraction de celle de l'oeil gauche ne présenta rien de particulier. Lorsque lincision de la cornée du droit fut pratiquée, un mouvement convulsif des muscles du globe occasionna une déchirure assez étendue à la partie inférieure de l'iris, dans laquelle on vit le bord inférieur du cristallin; je pressai légèrement la partie supérieure du globe, et le corps opaque sortit contenu dans sa capsule qui était intacte, et avait conservé sa transparence. La pupille na:
turelle s'oblitéra; mademoiselle A** vit par la nouvelle pupille; mais. non pas aussi bien que de l'autre œil. On voit, pl. 42, fig. 3, l'état de l'œil droit un mois après l'opération. /^oyez ci-dessus, page 429 du présent volume , l'observation analogue de Mademoiselle de Chambellan.
Observation 462.
Je fis l'extraction de deux cataractes, au commencement de février 1813, à M. G***, âgé de soixante-un ans, doué d'un tempérament bilieux. Ces deux opérations furent heureuses, et les six premiers jours s'écoulérent sans accident; le septiéme, un gonflement goutteux se manifesta à l'articulation du pied droit : déja il y avait eu de la douleur depuis deux ou trois jours; le malade était sujet à la goutte. Le huitième, une métastase subite sur les yeux donna naissance à une ophtalmie qui passa promptement au degré du chémosis, malgré l'emploi des sangsues et de tous les moyens antiphlogistiques. Un épanchement de matiére puriforme eut lieu dans la chambre antérieure de chaque œil; les bords des cicatrices devinrent troubles; et les cornées formaient une protubérance vers leur bord inférieur. De puissants sinapismes ayant rappelé lirritation goutteuse aux deux pieds, les accidents diminuérent rapidement; mais les débris des capsules devinrent blancs ; les pupilles restèrent allongées par l'adhérence de leur bord inférieur avec la partie
devenue opaque de l'une et de l'autre cornée: Les pl. 46, fig. 3; et 47, fig. 1, représentent les yeux de M. G***. L'oeil droit ne conservait plus de traces de phlegmasie, lorsque, le 4 mars, je plongeai dans la cornée de cet oeil, vers son bord externe, un bistouri (pl. 14, fig. 4) dont la pointe me servit à détacher de la face concave de cette membrane la partie inférieure du bord libre de l'iris, manœuvre simple, et qui m'a réussi un assez grand nombre de fois. J'espérais que l'iris, extrémement tendue vers ce point, se retirerait assez pour que la pupille, agrandie à sa partie supérieure, püt admettre une certaine quantité de rayons de lumière au - dessus de la capsule, dont l'opacité pouvait diminuer, plus ou moins, avec le temps. La ligne blanche verticale désigne le lieu de incision. Aussitôt jintroduisis entre les paupières quelques gouttes de solution aqueuse d'extrait de belladone; moyen que j'emploie toutes les fois qu'il est nécessaire de combattre un rétrécissement de la pupille. Cette ouverture fut doublée, en effet, de diamètre ; mais l'opacité se trouva si étendue, que le malade ne gagna que très-peu , et cet œil, susceptible d'une nouvelle opération, est resté, jusqu'au moment où j'écris, dans un état tel, que M. G*** n'en voit pas assez pour pouvoir se conduire.
Vingt-cinq jours après, je plongeai le même bistouri à la partie supérieure de la cornée de l'œil gauche, au point désigné par la ligne blanche
DE LA PUPILLE ARTIFICIELLE. 44) transversale. Sa pointé pénétra d’une ligne ou environ dans le milieu de l'opacité que présentait la pupille, devenue ovale.
J'écartai, en tätonnant un peu, avec l'aiguille de Scarpa, les bords divisés de la membrane opaque, en les poussant derrière l'iris, tant vers le bord supérieur de la pupille que vers son bord inférieur. Cette dernière manœuvre était beaucoup plus facile que la première, par laquelle je ne pus déplacer que trés- peu l'obstacle; mais la pupille devint noire à sa partie MPs et M. G"''* vit bien; il lit aisément avec le secours d'un verre convexe, quoique la cornée ait conservé un peu d'opacité à sa partie inférieure. L'opération avait été fort douloureuse. Il survint subitement un gonflement œdémateux qui dura huit heures, et me fit craindre la perte de l'oeil. La paupière supérieure était tuméfiée; la conjonctive paraissait entre les paupières.
M. G*** s'était refusé à la saignée à toutes les époques. Je fis appliquer sur le pied gauche, en ma présence, douze sangsues très-grosses, et j'allais en faire augmenter le nombre, lorsque je m'apercus qu'elles excitaient à la peau un gonflement si considérable et qui devint si douloureux, que je provoquai leur chüte.
Il se fit, dans la nuit, un dépót lymphatique sous les piqüres;la peau s'ouvrit, et fut détruite dans une étendue de plus de deux pouces en carré. Le gonflement de l'œil avait disparu au
446 SECTION VIII, CHAPITRE iv,
moment méme de l'application des sangsues. J'ai attribué, sans hésiter, la guérison de M. G* à cette métastase artificielle et à la suppuration qui
eut lieu sur le pied pendant pres de deux mois. Observation 462. |
Le sieur P*'*, âgé de cinquante-deux ans, d'une constitution très-faible, avait été opéré sans succès de la cataracte à l'oeil droit : les humeurs de l'eil étaient confondues par suite de l'extraction du cristallin. . 1h
Il vint me consulter pour une cataracte à l'oeil gauche compliquée de rétrécissement de la pupille et d'adhérence du bord de l'iris à la capsule du cristallin. On voit cet oeil pl. 45, fig. 1. La ligne ponctuée verticale indique le sens dans lequel, après avoir fait l'iñcision de la cornée, je divisai, d’un coup de bistouri, la partie inférieure de l'iris: Le cristallin sortit difficilement, mais heureusement, par cette ouverture. Avant de me déterminer à inciser l'iris, j'avais essayé de détruire les adhérences qui existaient entre le bord de cette membrane et la capsule du cristallin. Ces essais avaient excité beaucoup de douleurs, dela méme nature, selon le rapport du malade, que celles qui, deux ans auparavant, avaient précédé et accompagné la formation de ces adhérences pendant le cours d'une ophtalmie interne, survenue par l'impression d'un froid des plus vifs sur cet œil. Dès que le cristallin fut
DE LA PUPILLE ARTIFICIELLE. 447 sorti, la pupille parut trouble, mais principalement dans quelques points correspondants à de petites opacités de la partie antérieure de la capsule : on en distinguait quelques autres moins blanches. Ces dernières étaient dues à quelques légers débris de la couche extérieure du cristallin, que je n'osai point extraire, à l’aide de la curette, dans la crainte d'entrainer la destruction du globe. Le malade apercut quelques objets.
L'emploi des saignées et du régime le plus antiphlogistique ne put empécher une ophtalmie trés-forte, qui fut suivie de l’occlusion de la pupille. :
Le malade, découragé, resta aveugle pendant onze mois, apres lesquels il se détermina à tenter le. hasard. d'une nouvelle opération.
L'iris de l'oeil gauche était extrémement tirée vers la cicatrice de l'incision que j'avais faite à la cornée. |
Je plongeai le bistouri à la partie supérieure et un peu externe de la cornée, au point désigné par la ligne blanche, courte et inclinée (pl. 45, fig. 2.). La pointe pénétra dans l'iris à sa partie inférieure. interne, et l'instrument fut à peine retiré, qu'un mouvement violent et convulsif des muscles du globe fit sortir un flot de corps vitré qui agrandit l'incision de l'iris. La rétraction des fibres de cette membrane et la sortie de deux autres petits flots de corps vitré la mirent
dans l'état où on la voit dans la figure, et le malade vit bien sa main. |
Au bout de quarante - huit paese l'œil était peu rouge, mais la pupille était à-peu-près fermée. Cependant le douzième jour il voyait le mouvement de ses doigts.
Le vingtiéme jour, je plongeai de nouveau le bistouri dans la cicatrice, aw méme point supérieur et un peu externe de la cornée, et de-là immédiatemerit dans liris à sa partie moyenne et externe. Cette derniére ineision excita de la douleur. 11 n'y en avait point eu lors de l'opération précédente. Il ne sortit . pas. cette fois de corps vitré; mais le sang que donna l'iris me cacha l'effet de l'incision faite à cette membrane ; et je crus devoir confier le reste aux efforts de la nature. J'introduisis dans l'oeil quelques gouttes de solution aqueuse d'extrait de belladone, moyen auquel j'ai dà beaucoup de succés, depuis, dans les cas semblables, et dont l'effet est évidemment de diminuer la tendance de la nouvelle pupille à se resserrer.
Aprés le rétablissement, il resta dans ce point une ouverture à l'iris. On la voit dans la figure. Les quatre cinquièmes inférieurs de cette pupille artificielle sont obstrués par la capsule opaque. La partie supérieure, quoique libre, présentait un peu de nuage situé profondément, et la vue, d'ailleurs génée par l'extrémité inférieure de la
DE LA PUPILLE ARTIFICIELLE. A49 cicatrice placée au-dessus, à la partie supérieure et un peu externe de la cornée, n'a jamais été dans un état trés-satisfaisant. Le sieur P*** n'a joui que de la faculté de se conduire seul, et les années ont apporté peu de changement à sa situation.
Observation 464.
M. T''*, âgé de soixante-sept ans, d'un tempé- : rament sanguin et irritable, avait été opéré sans succes de la cataracte aux deux yeux par extraction. L'oil gauche ne présentait aucun espoir. Le centre de la cornée de l'oeil droit avait été rompu par un abcès trois mois apres l'opération, et-était couvert par une cicatrice, comme on le voit dans la planche 45, figure 3, qui représente cet œil. La partie centrale de l'iris était tirée également de toutes parts vers cette cicatrice, à laquelle elle était adhérente. La face antérieure de cette membrane était PRAGUE à la face concave de la cornée, et il n’y avait un peu d'humeur aqueuse que vers la partie supérieure de la chambre antérieure presque entierement oblitérée.
Je fis, à la partie supérieure de la cornée, une incision indiquée par la ligne blanche demi-circulaire. J'incisai en même temps liris avec la pointe du bistouri. Il en résulta la fente noire que lon ,aperçoit au- dessus du leucoma, et, quoique placée peu favorablement, cette pupille permit au malade de distinguer les objets qu'on