‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humainChapitre 4 sur 60 · II. A · texte numérisé non relu

II. A

5o "SECTION VII, CHAPITRE I,

bras, du pied; des bouillons apéritifs dans lesquels entraient l'eufraise et les cloportes; des purgations, des bains domestiques, des eaux minérales rafraichissantes, l'application des vésicatoires, et enfin un cautère, qui fut retiré au bout d'un an. La malade a, depuis, senti du soulagement quant aux maux de téte, mais nullement quant à la vue. La prunelle se dilate et se resserre à l'ordinaire : l'œil gauche est plus affecté que le droit, et l'a toujours été. L'affaiblissement de la vue est aujourd'hui au point que la malade ne peut disünguer une personne qui est dans le méme appartement qu'elle; tout ce qu'elle voit est comme à travers un DR et, pour peu qu'elle fixe sa vue, elle la sent AR et une douleur se fait sentir jusqu'au fond de l'oeil et à la hauteur des sourcils. Aux approches et pendant la durée de ses règles, sa vue est plus brouillée; les règles cessant, la douleur des yeux augmente. Les saignées, au rapport de la malade, ne soulagent point l'affection de ses yeux. Les remédes dont elle se trouve le mieux, sont les purgations, les eaux minérales, l'exercice, la récréation. Elle a observé que le vin pur et les liqueurs augmentent le trouble de sa vue.

Réponse.

Les violents maux de tête auxquels la malade a été sujette depuis sa plus tendre Jeunesse sont évidemment la cause de la faiblesse excessive de

AMAUROSE. 5t

ses yeux: c'est l'effet ordinaire des douleurs de téte opiniàtres, de celles sur-tout qui se font sentir sur les sourcils et dans le fond des orbites, d'influer sur la vue et de causer divers accidents plus ou moins fácheux, souvent méme des cataractes et des gouttes sereines imparfaites; mais quelle est la cause de ces violents maux de téte? c'est sur quoi l'auteur du Mémoire ne s'explique point. Il y a quelque apparence que la modicité des régles y entre pour quelque chose, ainsi qu'un peu d'agacement des nerfs, l'un et l'autre causés par des embarras dans les premiéres voies. C'est ce que l'on peut conclure des observations que la malade a faites elle-méme sur l'effet des remedes qu'on lui a administrés, et, en suivant ces indications, il parait qu'il faut commencer par nettoyer les voies de la digestion, insister ensuite sur les délayants entremélés de purgatifs, et fortifier en méme temps les yeux.

Pour satisfaire à la premiére indication, aprés s'étre préparée pendant deux ou trois jours par un ample usage de tisane, par quelques lavements, ét un peu de régime, la malade prendra la boisson suivante, en six verres, d'heure en heure.

Prenez quatre grains de tartre émétique et deux gros de sel végétal; faites-les dissoudre dans une pinte d'eau commune. La malade boira, entre chaque verre, un gobelet de bouillon léger et sans

sel. Si elle a commencé à sept heures du matin,

ju

elle prendra le dernier verre à midi, un bouillon ordinaire à une heure, et dinera sobrement vers les trois heures; elle ne prendra qu'un potage le soir, et, deux heures aprés, trente grains de thériaque, la plus vieille qu'on pourra trouver. Le lendemain, elle se mettra à l'usage du petit-lait clarifié, à la dose d'une chopine tous les matins, et, tous les soirs en se mettant à table, elle prendra huit des pilules suivantes :

R. Mass. pilul. sine quibus, pilular. aurearum, et pilular. Ruffi, aa semi-unciam; extract. hellebori nigri, et colocyntid. aa drachmas tres; tartar. vitriol., semi-unciam; spirit. vitriol., scrupulum unum; misce et cum oleo foenicul. f. massa.

On divisera cette masse en petites pilules d'un grain.

La malade observera l'effet de ces pilules, dont elle augmentera ou diminuera la dose selon leur maniére d'agir; elle les suspendra méme de temps en temps pendant un ou deux jours; pour ne pas s'y accoutumer;si elles ne tenaient pas le ventre assez libre à la dose de huit grains, elle en prendra dix ou douze, sur-tout aux approches des regles qu'elle tâchera d'exciter encore, en mettant pendant deux ou trois jours, avant leur apparition, les pieds dans l'eau.

N. B. Vingt ans aprés, mon pere reçut le Mémoire suivant: | Vire, le 29 avril 1780.

Monsieur, il y a à-peu-pres vingt.ans que vous

fütes consulté pour une demoiselle âgée alors de trente-deux ans, d'un tempérament médiocrement sanguin, d'une assez bonne constitution , mais qui, dés sa plus tendre jeunesse, a été sujette à de violents maux de téte qui ont été suivis d'un grand affaiblissement de la vue avec douleurs au fond de l'oeil, qui sétendaient jusques sur les paupiéres et les sourcils. |

Cette demoiselle a. été réglée à l’âge ordinaire; ses régles ont coulé assez réguliérement, sans avoir été abondantes ; elles ont cessé naturellement il y a environ deux ans. Depuis ce temps, sa vue a encore beaucoup diminué; elle ressent aussi les mémes douleurs dans le fond de l'or-. bite et sur les sinus sourcilliers; mais, de plus, elle croit voir comme un petit cercle ou rond voltiger devant ses yeux, et sur-tout devant le droit, qui était jusqu'alors bien moins faible que le gauche. La faiblesse des yeux est aujourd'hui si grande, que cette demoiselle a beaucoup de peine à se conduire et à distinguer les objets les plus voisins d'elle et les plus visibles.

Voici, Monsieur, les remarques que j'ai faites en examinant attentivement les yeux de la malade :

1° Les humeurs conservent leur transparence, et, par-là, il est évident que rien n'indique la formation de cataractes.

29 La pupille conserve son mouvement, se resserre au grand jour, et ne reste dilatée que

dans l'obscurité. De-là je conclus quil n'y a ni paralysie, ni reláchement dans le nerf optique, parce qu'alors la pupille demeurerait immobile ou n'aurait qu'un niouvement trés-faible.

Ces deux points établis, je crois, Monsieur, que le mal ne provient que de la trop grande sensibilité de la rétine, et que cette sensibilité vient elle-méme d'une phlogose habituelle de cette partie sur laquelle se rassemble les rayons visuels.

Cette opinion se trouve confirmée par limpression trop vive et souvent douloureuse que la grande lumière fait sur les yeux de la malade, ce qui n'arriverait certainement pas si le nerf optique et la rétine elle-méme étaient ou paralytiques ou reláchés.

Jajoute encore que les maux de téte, sur-tout à la hauteur des sourcils, dont la malade a été si long-temps incommodée, et qui subsistent toujours, à un moindre degré, sont une preuve que le sang circule avec peine dans ces parties, ce qui suffit pour y produire une légère phlogose ou engorgement capable de causer tous les accidents. |

Mais d'ou peut dépendre cette phlogose habituelle? Je crois qu'elle vient de plusieurs causes à-la-fois : 1° de la constitution naturellement ou accidentellement faible des fibres de la rétine ; car la lumière y faisant une impression trop vive les irrite; 2" de la constitution vicieuse du

sang qui sy arréte, les fronce, et en augmente la sensibilité.

Telles sont, Monsieur, les idées que j'ai cru devoir vous soumettre. ll me parait encore nécessaire d'ajouter que Mademoiselle jouit d'une assez bonne santé, que les maux de téte sont moins violents , que les digestions se font passablement bien ; le sommeil est bon , les forces sont naturelles. Mademoiselle, toujours un peu resserrée, s'est assez bien trouvée des petites pilules que vous lui avez prescrites; elles lui tenaient le ventre libre.

Mademoiselle doit joindre à ce Mémoire la consultation que vous lui avez envoyée, afin de vous référer au Mémoire à consulter, qui vous fut adressé alors, au cas que vous l'ayiez conservé.

LEMAIGNEN.

Supplément au Mémoire de M. Lemaignen.

La demoiselle dont il s'agit, s'étant fait relire le Mémoire en l'absence de M. Lemaignen , a cru devoir faire ajouter, par une autre main, les observations suivantes :

1° Sa vue avait toujours été bonne jusquà l'âge de vingt-cinq ans; mais, s'étant malheureusement trop appliquée aux ouvrages, à la lecture, et méme au travail de l'esprit, elle ne doute pas que cette application indiscrete n'ait beaucoup contribué à son mal.

2° Ce fut à l'époque du grand hiver de 1776, qu'elle sentit les premières atteintes de l’indisposition actuelle de son œil droit. Elle était aupres de son feu. Il lui sembla voir comme un fil voltiger devant cet œil; le lendemain, c'était àpeu-prés comme une gaze à fleurs; depuis ce temps , il y a toujours une espéce de nuage ou brouillard. Le grand jour, le feu, et l'application, lui sont contraires: c'est alors qu'elle sent des douleurs, telles qu'une vue forcée et fatiguée les fait éprouver;et qu'elle croit voirencore les cercles ou ronds dont il est mention dans le Mémoire. :

3° Elle a fait exactement, pendant deux ans, les remèdes que M. Demours lui avait ordonnés en 1760, et s'en était bien trouvée. Sa vue, quoique toujours un peu faible, s'était maintenue passablement jusqu'aux grands froids de 1776. Elle croit devoir aussi faire observer qu'avant cette époque elle n'avait pas laissé de faire encore quelques exces de travail et d'application.

Réponse.

Deuxième Consultation pour Mademoiselle***,

17 mai 1780.

. Nous avons relu avec attention, 1° un Mémoire qui nous fut adressé, il y a vingt ans; 2? la réponse que nous fimes; 3° un second Mémoire, signé Lemaignen, et le supplément à ce dernier

écrit, rédigé sous la dictée de la malade. Tout considéré, nous croyons, avec M. Lemaignen, qu’il faut écarter toute idée d'opacité dans les inlieux transparents, et, par conséquent, tout soupcon de cataracte, de méme que toute suspicion de paralysie dans l'organe immédiat de la vue. Ces deux causes écartées, il ne reste guère qu'une. disposition inflammatoire dans le fond de l'oeil, ou une affection spasmodique , une sorte d'éréthisme dans les filets nerveux de la rétine, qu'on puisse regarder comme cause des cercles , des ombres et des nuages que la malade voit voltiger sans cesse devant ses yeux, et de la difficulté qu'elle a de soutenir la présence du grand jour, du feu, et des lumières.

Ces deux états se ressemblent si fort, qu'il est facile de les confondre, parce que les symptómes en sont à-peu-prés les mémes. La seule différence est que, dans l'état de phlogose, la présence d'une lumiére un peu vive excite une douleur si forte et si insupportable, que la vue en est éblouie et que le malade est obligé de fermer les yeux, au lieu que dans le cas d'une affection spasmodique, le méme degré de lumiére occasionne plus de trouble dans la vue que de douleur dans l'organe. |

Nous insistons un peu sur cette différence parce que les résultats ne seraient pas les mémes.

Dans le cas d'une disposition inflammatoire, la

saignée paraitrait indispensable. Or nous remarquons que la malade a eu la vue fort bonne jusquà l’âge de vingt-cinq ans; qu'alors les maux de téte qu'elle avait eus dés son enfance, et qui n'avaient pas disparu à l'époque des règles, arrivées à treize ans, étant devenus plus forts, elle fut saignée plusieurs fois; que les douleurs n'en, devinrent que plus intenses et plus étendues, et que la vue commença à s'affaiblir ; qu'environ quatre ou cinq ans aprés, les maux de téte s'étant renouvelés, on eut de nouveau recours aux saignées du bras et du pied, aux bouillons altérants, aux purgatifs , aux eaux minérales, aux bains, aux vésicatoires, au cautére; que ces remédes appaisèrent les maux de tête, mais ne changérent rien à l'état de la vue, qui resta toujours faible et incapable daucune application suivie. Nous concluons de ces différentes remarques que la faiblesse de la vue dépend d'une affection spasmodique, parce qu'une disposition inflammatoire aurait eu depuis vingt-six ou vingtsept ans des suites plus funestes. Nous crümes devoir attribuer ces accidents à la petite quantité des règles, et nous dirigeàmes nos indications, il y a vingt ans, à soutenir cette évacuation et à tenir le ventre libre ; méthode dont Mademoiselle convient s'étre bien trouvée. L'époque des régles étant passée, nous croyons pouvoir lui annoncer que les maux de téte vont dimi-

nuer insensiblement, et se dissiperont enfin ; que l’âge méme affaiblira peu-à-peu l'éréthisme des filets nerveux de la rétine. ll est donc question de pourvoir à la süreté de la vue qui parait menacée, et sur-tout à celle de l'œil droit, qui a toujours été le meilleur des deux; car la cause cessant, l'effet pourrait bien ne pas cesser de méme et, dans ce cas, la vue resterait faible. Quoiqu'on ne puisse se flatter de la rétablir comme elle était à l'àge de vingt-cinq ou trente ans, on peut au moins la soutenir et la fortifier. Nous conseillons à la malade l'usage de l'infusion de caille-lait (gallium luteum) dont elle prendra tous les matins cinq ou six tasses avec suffisante quantité de sucre, à la dose au moins d'une chopine, à laquelle elle ajoutera une cuillerée d'eaude-fleurs-d'orange; ce qu'elle continuera tous les jours.

Elle reprendra l'usage des sachets de mousseline qu'elle mettait sur ses paupières le soir en se couchant.

Dans la journée, elle fera recevoir à ses yeux la vapeur du baume de Fioravanti. Ce reméde paraitra d'abord contre-indiqué pour un cas d'éréthisme dans les filets nerveux de la rétine; mais les mouvements convulsifs les plus décidés sont toujours suivis d'un abattement ou d'une prostration des forces; affaissement d'autant plus long que le spasme des parties affectées a été plus grand et a duré plus long-temps. Or, dans le cas

dont il s'agit, le spasme de l'organe immédiat de la vue dure depuis environ vingt-sept ans. Il ne serait donc pas étonnant qu'il y eut cette sorte d'inertie, qui succéde aux contractions forcées et contre nature, inertie à laquelle une liqueur aussi active et aussi pénétrante que le baume de Fioravanti, peut apporter quelque changement notable. Au reste nous proposons d'en faire l'essai pendant quinze jours ou trois semaines, sauf à en suspendre l'usage si les accidents paraissaient augmenter. La malade se purgera de temps en temps avec les pilules prescrites dans notre Consultation du mois d'avril 1760.

Observation 323.

Extrait du Journal de mon Père.

Paris , le 17 janvier 1763.

Régime pour madame de Pontchapelle , femme d'un maitre à la chambre des comptes de Rouen, qui est arrivée ici, le 28 novembre de l'année dernière, avec une goutte sereine, à l'oeil gauche, telle qu'elle ne voyait pas la flamme d'une bougie à six pouces de son oil. Cette goutte sereine était venue à la suite d'un rhume. La pupille était trésdilatée et trés- noire. L'oeil droit était déja presque perdu depuis environ six ans, et elle en voyait à peine pour se conduire. Je l'ai traitée par l'émétique et l'eau de Balaruc; et l'oeil gauche est revenu non-seulement au point de pouvoir reconnaitre les personnes, mais méme au point de pou-

AMAUROSE. 61 voir lire, à cela prés que l'encre lui parait un peu plus pàle de cet oeil que du droit, qui a été pendant quelque temps le meilleur, mais qui aujourd'hui est le plus faible, quoiqu'il ait lui-méme gagné par le traitement fait au premier. Les vésicatoires ont été appliqués entre les deux épaules.

Pendant le voyage que cette dame va faire pour se rendre dans ses terres, elle discontinuera tout reméde, à l'exception du baume de Fioravanti, dont nous lui conseillons de se servir au moins trois fois par jour, c'est-à-dire le matin avant son départ, et deux fois dans la soirée. A son arrivée , elle se mettra à l'usage de l’infusion suivante :

Prenez vingt-quatre grains de sassafras en copeaux ; versez dessus deux tasses d'eau bouillante; laissez infuser pendant cinq à six minutes. La malade prendra ces deux tasses avec suffisante quantité de sucre, tous les matins à Jeun , ce qu'elle continuera jusques au 3o du mois de mars prochain. Elle se frottera soir et matin le tour des yeux, le devant et le derriére des oreilles, avec quelques gouttes d'eau-de- vie. |

Le 31 du mois de mars, la malade sera purgée avec une demi-bouteille d'eau de Balaruc et une once de sel de seignette, et le lendemain , elle se mettra à l'usage des bouillons ci-après :

Prenez un quarteron de rouelle de veau ; faites cuire pendant une heure et demie dans une chopine d'eau: un quart-d'heure avant de. retirer

du feu on y jetera cresson, cerfeuil, et chicorée sauvage, de chaque une demi- poignée.

Ensuite on prendra vingt cloportes des champs; on les lavera bien dans de l'eau; on les écrasera dans un mortier; et on en délayera le jus avec quelques cuillerées du bouillon ci-dessus. On passera par un linge, en exprimant fortement, et on mélera ce qui aura passé avec le reste du bouillon, que la malade prendra tous les matins à jeun pendant environ six semaines. En les finissant, elle sera purgée, comme ci-devant, avec ce qui lui sera resté de sa bouteille d'eau de Balaruc et une once de sel de seignette.

Madame nous donnera alors de ses nouvelles, et nous rendra un compte exact de l'état de sa vue et de celui de sa santé.

Pendant l'usage des bouillons, et celui de l'infusion de sassafras , elle ne cessera pas le baume de Fioravanti, et observera d'éviter le froid et sur-tout l'humidité des pieds et de la téte; de ne point habiter un rez-de-chaussée à la campagne ; sabstiendra de maigre , de lait, beurre et fromage, de viandes noires, salées et fumées, de salade, de cidre et de poiré.

Lettre de M. DE PONTCHAPELLE.

La Ferté-Macé, près Argentan, 17 mai 1763.

Madame de Pontchapelle a suivi jusqu'à ce jour, Monsieur , l'usage des remédes que vous lui avez

prescrits; elle a pris pendant six semaines du sassafras en infusion , ensuite elle s'est purgée avec une demi-bouteille d'eau de Balaruc et un paquet de sel : à cette purgation a succédé l'usage des bouillons rafraichissants ; elle va les cesser dans deux jours, et se purgera avec le restant de sa bouteille d'eau de Balaruc et un paquet de sel, comme vous l'avez prescrit.

Depuis son retour de Paris, sa santé a été assez bonne, elle a seulement ressenti pendant quelque temps , par intervalles, des fluxions aux dents et aux joues , mais elles se sont dissipées ; il y a plus de six semaines qu'elles n'en ressent plus; les yeux n'en ont point été affectés; elle jouit présentement d'une bonne santé; son œil attaqué est en fort bon état; elle en voit aussi bien qu'avant son accident; l'autre n'est pas si bon; mais il s'est fortifié par l'effet de vos remedes, et est meilleur qu'il n'était auparavant.

Voilà, Monsieur, son état actuel, qui me donne lieu d'espérer une parfaite guérison; mais, comme on doit toujours appréhender le retour d'un accident aussi terrible que celui dont vos bons soins l'ont retirée, si vous jugez que pour l'éviter elle ait encore besoin de quelques remèdes, je vous supplie de vouloir bien les lui prescrire ; elle s'y conformera exactement. Je n'oublierai jamais, Monsieur, le service essentiel que vous nous avez rendu. Madame vous prie d'agréer les assurances de la plus sincére reconnaissance.

Agréez aussi, Monsieur, celles du respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, votre, etc.

| DE PoNTCHAPELLE,

Maître des Comptes, à Rouen.

Observation 324.

Toulouse, le 7 avril 1777.

Mémoire. — Dans l'automne et l'hiver suivant de l'année 1775, il régnait à Toulouse une ma-. ladie épidémique catarrhale sous le nom de grippe. Elle était généralement répandue; peu de personnes en furent exemptes : elle fut bénigne pour les uns, dangereuse pour les autres : elle causa des apoplexies, des pleurésies, des péripneu- | monies, des angines, des douleurs rhumatismales, des dépôts, des rhumes de poitrine opiniátres , des toux convulsives, et bien d'autres maux en proportion des organes dans lesquels se déposait la matière morbifique. On observa beaucoup de transitions de la maladie d'un siége à un autre ; souvent elle affectait plusieurs organes à-la-fois, principalement la membrane pituitaire, les parties qui communiquent avec elle, l'arriére-bouche, la plévre, le poumon et toutes les parties musculaires, et, suivant le degré de violence, elle causait pius ou moins de TES , laquelle, en général, n'était point véhémente.

Telle était la constitution. régnante , lorsque

AMAUROSE. 65 madame "'*, aujourd'hui âgée de dix-huit ans, fut, comme tant d’autres, atteinte d’une toux légère, avec une trés-vive douleur à la tête occupant tout le front , mais principalement la partie supérieure et interne de l'orbite gauche, avec fiévre modérée. Cette douleur, augmentant tous les jours , avait néanmoins des moments de relàche; mais plusieurs fois dans la journée, notamment vers le soir, elle reprenait àvec une nouvelle force. Autant qu'on peut se le rappeler, à l'entrée dela nuit du septiéme jour, la fiévre étant assez forte , la douleur reprit avec une telle vio- lence, que la jeune malade ne pouvaat plus la supporter, avait des angoisses et de fréquentes défaillances. Dans la nuit, la douleur disparut tout-à-coup; la fiévre cessa; la malade, guérie, dormit quelques heures d'un trés- profond sommeil; mais quelle fut sa surprise , lorsqu'à son réveil elle s'apercut qu'elle ne voyait plus d'un œil. Elle ne s'en affligea pas d'abord, croyant que cette privation serait passagere.

Dès le premier moment de la douleur, on mit en usage les bains des jambes, qui furent renouvelés plusieurs fois par jour pendant le cours de la maladie. On répétait souvent les applications toniques, méme spiritueuses, sur le front, qui, dans des cas semblables, avaient produit de trés-bons effets. On usa beaucoup de lavements , du petit-lait, d'autres boissons acidulées et tempérantes; mais la malade et ses parents se refu-

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