‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humainChapitre 5 sur 60 · TIT · texte numérisé non relu

TIT

serent à la saignée que le médecin proposa dès le commencement, comme le seul vrai remède:

il insista ensuite, tàchant de les convaincre de la nécessité d'un secours duquel dépendait la guérison de cette maladie. Enfin le quatriéme ou cinquième jour , il demanda une consultation qui lui fut refusée, tant le préjugé contre la saignée avait .d'empire dans cette maison. Ce fut alors qu'il déclara ouvertement à la mere de la malade que bientôt il surviendrait quelque accident fâcheux, que tout menacait d'un mouvement du sang vers la téte, que le moyen de détruire ou «le déplacer le spasme de cette maladie était la saignée, que peut-être méme il était déja trop tard ; et, voyant qu'il la pressait inutilement, il lui annonca qu'il avait fait au-delà de son devoir, et n'était point garant des accidents, quil regardait dès-lors comme inévitables.

Après la cessation de la douleur, le médecin, interpellé sur l'état de l'oeil, répondit à la mère, qu'on l'avait voulu, et que la vue était perdue sans ressource. Il le pensait ainsi , d'aprés la violence de la cause qui avait procuré l'affection du nerf optique. Ce fut alors que la malade, de l'avis de sa famille, consentit à la saignée, et réclama les soins du médecin. On en fit une au bras, et bientót aprés une au pied, moins dans l'espoir de rendre la vue, que pour rétablir les regles qui avaient manqué dans le cours de la maladie. Ce fut dans la méme intention que, pendant dix,

douze, ou quinze jours, on lui fit prendre seulement des demi-bains, par ménagement pour sa poitrine, qui, dans l'enfance, avait donné des inquiétudes. On appliqua aussi derriére la téte un petit vésicatoire qui procura une évacuation abondante pendant plusieurs jours ; on conseilla l'exercice du corps; notamment la danse , l'équitation, le grand air de la campagne; tout fut mis en usage sans succès pour la vue; mais la malade a depuis joui de la meilleure santé.

Telle est l'histoire de ce qui a précédé, accompagné et suivi la goutte sereine dont la malade est affligée, qui a été causée par un spasme violent, et non par une chüte d'humeur sur cette partie; ce qui permet encore quelque espoir de guérison. Son état actuel n'est qu'une privation de la vue, sans la plus petite élévation au- globe de l'oeil ; le brillant, le volume et les mouvements en sont les mémes; on n'apercoit pas la plus légére différence entre cet œil et l’autre, preuve certaine que le nerf optique est seul affecté , que les nerfs des paupières, des muscles du globe, et ceux qui se distribuent à ses différentes membranes, n'ont pas recu la plus légère atteinte. On observe que la poitrine de la consultante exige toute sorte de ménagement. L'oeil sain est aussi fort qu'il ait jamais été, et la malade s'en sert avec précaution, mais sans éprouver la moindre fatigue.

Ducasse, Docteur en Médecine.

LT

Réponse.

La maladie parait portée à un degré qui laisse , , . . à peu d'espérance. On peut tenter un vomitif , et conduire la malade à Balaruc , lorsque la saison le permettra; en attendant, on emploiera des moyens généraux.

Observation 325.

Ath, xo décembre 1804.

Mémoire. — Mademoiselle M. D"'*, âgée de vingt ans, d'un tempérament lymphatique, d'une constitution assez robuste , menant une vie sédentaire , n'essuya jamais aucune maladie grave. Dans son enfance elle eut toutes celles ordinaires à cet áge, mais sans qu'elles lui aient laissé la moindre incommodité.

Avant l’âge de sept ans, elle eut quelques légères affections rhumatismales , et de fréquentes fluxions qui, s'étant portées vers les máchoires , produisirent la carie de plusieurs dents. Depuis. son enfance jusqu'à l’âge de seize ans, elle était sujette aux saignements de nez qui, depuis quatre ans, sont devenus très-rares; mais ils furent remplacés par des boutons qui paraissaient à la peau, et principalement à la figure, tantôt plus , tantôt moins. À quinze ans , le flux menstruel s'établit, mais il y eut un intervalle de dix-huit mois en-

AMAUROSE. 69 viron , pendant lequel il ne parut point; depuis, quoiqu'elle ait fait divers remèdes , cette évacuation n'a jamais eu une marche régulière ; il. arrivait tous les mois, toutes les six semaines, tous les deux mois, que les règles paraissaient , et, sans être très abondantes, elles coulaient sept à huit jours. Depuis prés d'un an, elle a fait usage, à diverses reprises, des emménagogues martiaux, conjointement avec l'extrait de quinquina, ou des pilules bénites de Fuller. Ces remédes ont toujours produit quelque effet , en rendant cet écoulement plus abondant, plus facile et plus régulier. Depuis deux à trois mois, il a lieu réguliérement. Vers l’âge de seize ans, une douleur rhumatismale qui occupait le derrière de l'épaule gauche et le bras du méme cóté, et qui avait résisté à plusieurs moyens que l'on tenta, céda enfin à un vésicatoire appliqué sur l'épaule malade. De légéres migraines, qui la tourmentaient depuis plusieurs années, ont été remplacées, il y a un an , par de grands battements aux tempes , qu'elle ressent sur-tout lorsqu'elle s'est beaucoup exercée.

Sur la fin d'octobre 1804, mademoiselle D'** fut attaquée d'une fluxion sur la joue gauche, qui, céda au bout de cinq à six jours au régime et aux moyens propres à relàcher cette partie, et à en entretenir la chaleur. Ce fut lorsque cette incommodité venait de disparaitre , que mademoiselle D*** s'exposa deux ou trois jours de suite , et pendant plusieurs heures en plein air, au

froid et à l'humidité, les pieds sur de la terre humide, la tête découverte, et très-légèrement vêtue , même après avoir dansé. Le troisième jour, elle s’aperçut que sa vue était beaucoup affaiblie. Je fus consulté pour cet accident. La conjonctive était un peu enflammée. Je regardai ceteffet comme provenant d’un déplacement de la fluxion qui s'était portée sur les yeux. Je lui prescrivis un collyre relâchant. Au bout de trois ou quatre jours, ayant examiné les yeux de la malade avec plus d'attention, je vis que le jugement que j'avais porté était faux; la rougeur des yeux était disparue , et la méme difficulté de voir subsistait. Les tuniques et les humeurs des yeux n'étaient nullement changées ; la pupille était plus dilatée que de coutume, et ne se contractait que difficilement. La malade disünguait assez bien les gros objets , voyait suffisamment pour se conduire, mais ne pouvait ni coudre, ni lire, et ce n'était qu'avec grande peine, et après avoir fixé long-temps, qu'elle pouvait distinguer cà-etlà quelques mots dans de très-gros caractères : elle voyait de temps en temps voltiger des flocons dans l'air. Un an auparavant, elle a eu un éblouissement passager, qui céda à des lotions d'eau froide.

Je regardai cet accident comme une disposition à la goutte sereine, ou plutót une goutte sereine imparfaite; et, d'aprés ce qui l'avait précédé , Je conseillai un vésicatoire à la nuque, que la malade fit appliquer au bras, où il produisit une

inflammation érysipélateuse trés- violente. A force de sollicitations , elle consentit à le laisser mettre à la nuque, environ vingt jours après l'invasion de la maladie. On laissa sécher celui du bras; mais l'application du dernier ayant été mal faite, on n'avait encore pu en obtenir aucune suppuration dix jours aprés, et les parties voisines étaient attaquées d'inflammation érysipélateuse. Vers le milieu de novembre, le vésicatoire ayant été pansé plus méthodiquement , il. survint en peu de jours une bonne suppuration. J'avais commencé dans le méme moment à lui faire prendre de temps à autre un sel neutre. Les regles étant survenues, je dus en suspendre l'usage: je lui fis aussi baigner les yeux dans un peu d'oxicrat, d'autres fois dans un mélange d'eau et d'eau-devie; elle exposait ses yeux à la vapeur de l'eaude-vie de lavande, et je lui conseillai en méme temps l'usage du tabac en poudre. J'ai employé tous ces moyens comme propres à réveiller l'action nerveuse de ces organes , tandis que le vésicatoire agissait comme exutoire et excitant toutà-la-fois. |

D'après les recherches que j'ai faites sur la cause de cette maladie, je crois pouvoir l'attribuer à l'atonie de la substance du nerf optique, et non à aucune compression; car aucune des causes qui donnent ordinairement lieu à la goutte sereine ou amaurose n'a précédé, comme par exemple, des affections de l'ame, un grand travail d'es-

prit, des veilles prolongées, la lecture de petits caracteres à la lumiére , une évacuation trésabondante de sang, etc. Je crois aussi que, parmi les causes qui ont pu produire cet accident, je ne dois pas compter une métastase qui survient quelquefois à la suite d'une maladie aigué; la répercussion d'une humeur ácre à la suite d'une maladie de la peau, un engorgement de sang dans les vaisseaux de la tête, etc. ; car, outre que le sujet n'est pas sanguin , aucune des causes propres à produire cet engorgement n'a agi précédemment, comme un violent exercice, un coup, une chüte sur la tête, des vers, une suppression des regles, ou d'autres évacuations sanguines, etc. N'ai-je pas tout lieu de croire que ce qui a produit cette faiblesse de la vue est un engorgement séreux qui empéche le nerf optique de faire librement ses fonctions ? Je fonde mon opinion, 1 sur le tempérament du sujet, qui est pituiteux ; et chez lequel le système lymphatique prédomine , ce qui a toujours été la cause éloignée de ses maladies; »"sur ce que les emménagogues toniques ont toujours produit un bon effet; 3° sur ce qui est arrivé quelques jours avant l'accident. La malade, qui fait le sujet de cette observation, aprés s'étre. tenue trés-chaudement dans une chambre pendant cinq à six jours pour une fluxion , s'expose tout-à-coup, et vêtue trés-légérement , à l'air froid et humide. Qui doutera qu'il ne soit arrivé un dérangement dans les fonctions de la peau,

et que l’humeur de la transpiration ne se soit transportée sur un organe quelconque ?

Cette maladie étant récente, et pouvant être considérée comme un engorgement séreux, le sujet étant jeune et assez robuste, n'a-t-on pas lieu d'espérer une guérison radicale?

Je laisse au médecin consulté à me tracer la marche que je dois suivre dans ce cas.

P. S. La malade , depuis son accident , n'a senti aucun soulagement: il est cependant des moments où elle parait voir mieux, et peut lire deux ou trois mots de suite; mais aussitót la vue se trouble et revient dans l'état ordinaire... etc,..

Mercier, Médecin.

N. B. Mademoiselle D'** m'a été amenée à Paris, par M. D*'*, son oncle, maire de la ville de Mons, et j'ai été assez heureux pour la ath entièrement. J'ai su de ses nouvelles jusqu'à la fin de 1816. Je lui ai évité le séton. L'auteur du Mémoire avait trés -bien commencé le traitement, et en a dirigé la terminaison. L'eau de Balaruc, larnica, un vésicatoire, ont suffi pour opérer la guérison.

Observation 320.

N. B. M. Lacombe, mon collégue, ami du malade , m apporta les pièces dont suivent les extraits :

74 SECTION VII, CHAPITRE I, Chálons-sur-Saóne , le 18 aoüt 1805.

Monsieur, ayant déja la vue trés - faible , infirmité occasionnée par l'explosion de la poudre, lorsque j'étais encore au collége, j'ai eu le malheur de perdre l'oeil gauche le 15 octobre dernier, d'une manière brusque et inattendue. C'est le meilleur qui a été frappé, et le mauvais “est aujourd'hui seul à faire le service, encore faut-il le secours d'une lunette propre aux myopes. J'ai tardé à vous envoyer le précis ci-joint , et la consultation de M. Petit, parce que j étais dans l'intention d'aller à Paris, et je devais profiter de l'occasion d'un de mes neveux qui y est allé pour maladie des yeux ; il s'est adressé à vous, Monsieur; vous lavez guéri d'une maladie semblable à la mienne.

J'entrevois encore quelque chose de mon ceil gauche , lorsque le jour est actif et fort; mais hors de là je ne vois rien. Je crois que jusqu'ici l'on s’est trompé: il ne fallait peut-être que des calmants où l'on n'a porté que des irritants. Le nerf optique que l'on regarde comme paralysé, n'est peut-étre que dans un état de contraction. Au surplus, M. Petit, aprés avoir bien examiné mon œil, a décrit sa position, etc.

S'**, Juge-de- Paix.

N. B. J'ai conseillé dans ma réponse quelques moyens généraux, et j'ai dit à la personne chargée

de la retirer, qu’on pouvait supprimer le vin de vipères, mais que ma confiance étant très-grande dans les lumières de M. Petit, qui avait eu sur moi le trés- grand avantage d'examiner les yeux du malade , je pensais qu'il ne fallait point s'écarter, d'ailleurs, de sa consultation; dont suit le texte. |

Lyon, le 29 mai 1805.

M. S'"*, âgé de 47 ou 48 ans, d'une santé d'ailleurs trés- bonne , essuie une pluie froide pendant une route de plusieurs lieues: un violent catarrhe en est la suite : cet accident se dissipe presque subitement, et se trouve suivi de la perte absolue de l'oeil gauche. Des remèdes fort sagement administrés aménent, aprés un mois, un changement favorable : quelques objets sont distingués, mais agités, mobiles et se confondant souvent en brouillards : les couleurs se décomposent, le verd seul est vu avec quelque netteté. Depuis cinq mois, malgré la persévérance dans l'emploi des moyens indiqués, l'état de l'oeil est resté le méme; et aujourd'hui , en l'examinant attentivement , il s'offre encore avec toutes les apparences de la plus parfaite intégrité : la cornée est transparente , la pupille mobile, le cristallin et le corps vitré sains; enfin tout porte à croire que la cause; qui a privé cet oeil de la faculté de voir, n'a pas agi sur les parties constitutives du globe, mais sur le nerf optique méme, et à une profondeur plus ou moins grande. Cette circonstance, et la

pente qu'un tel état peut avoir à dégénérer en goutte sereine, doivent sans doute inspirer d'autant plus d'inquiétude pour la guérison radicale, que depuis cinq mois il n'est survenu aucun changement favorable; la cause que je reconnais à cette affection est rhumatismale: son impression sur le nerf optique a été analogue à celle qu'elle aurait pu produire sur le nerf sciatique ou sur tout autre nerf principal; or il n'est pas impossible qu'une cause de cette nature soit attaquée avec beaucoup d'avantage; et les exemples de succès analogues doivent engager M. S*** à consacrer encore quelque temps à l'emploi de nouveaux moyens; si l'expérience lui en démontre l'inutilité , alors il considérera sa situation comme une infirmité au-dessus des ressources de l'art. Ainsi j'ai conseillé :

1? De prendre matin et soir trois onces de vin de vipéres. La première dose à jeun, la seconde en se couchant;

2° Après quinze jours, ce remède sera remplacé par le suivant :

Prenez rápure de gayac, deux gros; une pincée d'anis. Faites bouillir dans deux verres et demi d'eau et réduire à deux petites tasses; passez; sucrez et ajoutez sur chaque dose six gouttes d'eau de Luce. Ce médicament sera pris aux mémes doses que le vin de vipéres ;

3? En faisant usage de l'un ou de l'autre de ces remedes , M. S'** poo dans la journée , deux ou trois tasses d'une infusion de saponaire et

de bardane. On reviendra une seconde fois au vin de vipéres et à la décoction de gayac;

4e Tous les deux ou trois jours , le malade prendra, le matin à jeun, un lavement avec de l'eau chaude dans un verre et demi de laquelle on étendra une once de vin stibié trouble;

5» Les jours intermédiaires , il plongera ses jambes, pendant vingt minutes, dans un bain tiède animé avec des cendres ou du sel.

Une ou deux fois le jour, on exposera l'oeil à la vapeur du vinaigre chaud, dans lequel on aura délayé un peu de la plus forte moutarde. Cette fumigation ne doit pas durer plus de cinq minutes.

Ces deux remédes seront employés pendant les deux mois consacrés aux moyens que jai prescrits plus haut. Si alors l'état du malade est le méme , je lui conseille de se rendre aux eaux de Bourbon-l'Archambauld , pour prendre les bains et douches sur la nuque, la téte et le contour de l'œil, sous la direction du médecin de ces eaux. À ce moyen je proposerai de joindre alors l'usage des pilules faites avec l'extrait de cigué et l'extrait de saponaire unis au sulfate de soude, dans les proportions que M. le médecin jugera alors convenables. !

Si un mois de ce dernier traitement ne fait subir à l'eil aucun changement utile, il faudra renoncer à tout espoir de guérison, et faire méme des voeux pour que la perte de la vue devenant complète dans cet œil, le malade cesse d'en éprou-

78 SECTION VII, CHAPITRE I, ver les impressions fatigantes qui nuisent aujourd'hui à l'exercice de l'autre oeil. |

Daqugo

Docteur en Médecine , ancien Chirurgien en chef de l'hópital de Lyon, professeur d'opérations et de Chirurgie clinique.

Précis du traitement que j'ai suivi jusqu'au moment où je me suis rendu à Lyon pour consulter.

Le jour de l'accident, 15 octobre 1804, il a été aussi prompt que la pensée. Le lendemain , émétique; le soir, vésicatoire sur la nuque, derriere les oreilles; sangsues à la tempe gauche, cóté de l'œil frappé; bains de pieds avec moutarde pendant un mois ; fumigation de succin; friction de baume de Fioravanti; suppression du vésicatoire, auquel on substitua un séton, qui devint insupportable : on le remplaca par un vésicatoire au bras gauche, qui a été porté pendant quatre mois , puis totalement supprimé. Purgation avec des sels tous les quinze jours ; au retour du printemps, commotions électriques autour de l'œil perdu; on a employé les douches d'eaux thermales pendant vingt jours.

On observe qu'on avait fait usage de plusieurs collyres plus ou moins actifs. Aprés avoir tenté tous ces remèdes inutilement, voyage à Lyon pour prendre la consultation de M. Petit. Au retour,

après avoir commencé pendant environ une douzaine de jours la boisson de vin de vipères, il a fallu l'abandonner, ce reméde occasionnant des hémorrhagies à chaque instant.

Tel est le précis succint des remèdes faits jusqu'à-présent, et qu'on a cessés totalement depuis plus d'un mois...

Observation 327.

Pau, le 3 aoüt 1805.

Mémoire. — M. L*"*, négociant, âgé d'environ cinquante-cinq ans, d'une constitution saine et robuste , réglé dans ses mœurs, s'apercut, en avril dernier, que son œil droit s’affaiblissait, qu'il perdait insensiblement la faculté de voir. Interrogé sur les causes qui pouvaient donner lieu à cette amaurose commencante, il ne put accuser que la disparition presque subite d'un crachotement devenu habituel depuis quatre ans. Soupconnant que l'affection de l'oeil était dépendante de l'état de l'estomac, son chirurgien lüi administra des vomitifs et des purgatifs, précédés par l'usage des délayants ; mais ces remèdes n'améliorérent point ‘état du malade. L'application des vésicatoires derriere les oreilles , l'administration des bains domestiques, les sucs des plantes fondantes et les sternutatoires, les douches. sur la nuque, les bains et les boissons d'eaux minérales soufrées, n'ont pas produit des effets plus heureux. Le

mal a toujours été en empirant : dans ce moment le malade ne voit presque plus de l'œil droit , et les paupiéres des deux yeux sont engorgées et douloureuses ; quelques vaisseaux rouges se font méme remarquer sur les deux globes.

Quant à la faculté de voir, elle est à-peu-près demeurée parfaite, jusquà ce moment, dans l'oeil gauche. On fait observer qu'on n'a eu d'autre motif que le crachotement précité pour soupconner que l'état de l'estomac pouvait contribuer à cette amaurose; car d'ailleurs le malade a toujours eu et conserve encore un appétit franc et régulier : son sommeil est bon, et il fait bien toutes ses fonctions. Nous remarquons cependant que le sang parait circuler avec lenteur dans le systéme de la veine-porte , et que le malade est, de temps à autre, constipé.

Le malade a toujours eu les passions calmes; il est de haute stature, et trés-vigoureux, et ne parait pas, à beaucoup pres, avoir cinquante -cinq ans. L'ceil affecté conserve un peu de sensibilité à l'impression de la lumiere; la dilatation de la pupille est presque insensible, et son disque conserve toute sa régularité : on ne peut accuser, dans l'état du malade, aucune métastase herpétique, rhumatismale ni goutteuse ; il ne parait point avoir éprouvé de chagrin, et rien n'annonce qu'il y ait pléthore générale ou partielle dans la tête. Il y a cependant une singularité que nous ne croyons pas devoir passer sous silence; c'est que

le malade n'a mouché que trés-peu de la narine droite jusqu'au moment où l'œil droit est devenu malade; mais, à cette époque, la secrétion muqueuse qui se portait sur la narine gauche, s'est jetée sur la droite, et la première est devenue absolument seche. |

On prie MM. Pinel et Demours de vouloir bien se réunir pour donner leur avis sur le traitement que doit suivre le malade, afin d'arréter les effets de son mal, qui va toujours croissant. Le conseil soussigné se réserve de leur donner connaissance tous les deux mois, et plus souvent, s'il est nécessaire , de l'effet des remédes. En attendant l'arrivée de la consultation demandée , le conseil va mettre le malade à l'usage des fondants , et se décidera peut-étre à lui appliquer les sangsues à l'anus.

Xavier Maranric, D. M.

Bnounav , Maître en Chirurgie.

Nous convinmes, M. Pinel et moi, des moyens à employer. Je rédigeai la réponse; la minute, à mon grand regret, ne s'est pas retrouvée dans mes papiers; mais jai su que le malade avait obtenu un résultat heureux du traitement prescrit.

Observation 328.

Avignon, le 28 décembre 1758.

Mémoire. — Au commencement de novembre II. 6

dernier, un homme de quarante-six ans fut violemment enrhumé du cerveau avec un grand mal de tête sur le front. Pour guérir ce rhume, qui l'incommodait beaucoup, il s'avisa un soir, avant souper, d'aspirer par le nez une liqueur spiritueuse trés-forte , de la composition d'un chimiste, qu'on disait bonne pour guérir les maux de téte. En effet, aprés en avoir aspiré plusieurs gouttes par le nez à différentes reprises, le mal de tête et le rhume cessèrent tout-à- coup; il soupa ensuite sans aucun mal, dormit bien pendant la nuit, se leva tranquillement, et vaqua dans son cabinet à ses affaires journalieres jusqu'à l'heure du diner. En se mettant à table , il s'apercut d'un nuage considérable sur l'oeil droit ; après diner, pour mieux le reconnaitre, il passa au grand jour; il vit alors qu'il avait dans la partie supérieure de cet œil une ombre assez grande, qui jetait comme une petite pluie à la partie inférieure, et que ce point était aussi obscurci par un cordon formant un demi-cercle ; ce qui faisait en totalité comme la moitié d'une lunette qui semblait se rencontrer entre cet œil et le corps qu'il regardait. Le malade, effrayé, eut recours à son médecin, qui, ayant examiné l'eil, ne lui trouva aucun vice apparent, et lui ordonna, pendant trente jours, les bouillons apéritifs, avec des purgatifs par intervalle. Il lui conseilla de faire recevoir à cet œil la vapeur du baume de Fioravanti, L'usage de ces remèdes sem-

blait au commencement diminuer ce nuage; mais, comme le malade fut obligé d’aller un jour à la campagne, il trouva le lendemain cet épaississement augmenté : quelques jours après, ce mal diminua. Il a observé que tant qu'il gardait la maison , son mal diminuait, et que toutes les fois qu'il sortait, le mal augmentait, ce qui est arrivé cinq à six fois pendant le temps de l'usage des bouillons apéritifs. Enfin, ayant pris la résolution de garder la chambre , usant journellement sur l'oeil de petites douches avec l'eau de Balaruc, qui lui furent conseillées par un de ses amis, et mettant sur son œil du son très-chaud enveloppé dans un linge , son mal diminua beaucoup, et ce nuage en forme de lunette était trés-peu considérable, et ne l'empéchait pas méme de lire de l'oeil. malade seul. Il desira augmenter l'effet des douches, en se faisant raser la téte, pour que l'eau püt pénétrer plus aisément. Étant un matin aupres de son feu, le barbier commençant à le laver pour le raser, le malade vit sortir de son: oeil comme un fil noirátre qui formait plusieurs contours et qui obscurcissait beaucoup sa vue. En effet, à peine fut-il rasé, qu'il la perdit de cet oeil, ne voyant au grand jour qu'une toile jaunátre : cet état l'affhgea beaucoup; mais, dés le lendemain, il ressentit une diminution dans cette cécité, et commenca à apercevoir un peu les objets. Cette diminution a continué chaque jour presque in-

sensiblement pendant l'espace de huit jours, jus-

qu'à la date de ce Mémoire, de facon qu'il commence à apercevoir plus librement les objets et à découvrir méme les traits des personnes qui sont avec lui..Un si grand changement de bien en mal, et à présent de mal en bien, a fait dire à son médecin que ce malade n'avait qu'une fluxion dans la téte, qui avait gorgé les vaisseaux lymphatiques de l'oeil droit et occasionné ces nuages; qu'il espérait que, par l'usage des eaux de Balaruc, et en tenant cette partie chaude, on verrait dissiper dans la suite la maladie, qui pendant tout le temps n’a causé aucune douleur à cet ceil, si ce n'est que, depuis peu de jours, le malade en a ressenti quelques légères dans la tête, tantôt d'un cóté, tantót de l'autre, ce qui prouverait encore plus l'existence de la fluxion. 1l est à remarquer que l'œil gauche n'a souffert aucune atteinte ni diminution de vue, et que le consultant est d'un tempérament robuste.

Réponse.

Saignées du pied , l'émétique, l'usage de l'eau de Balaruc en boisson ,. un vésicatoire derrière l'oreille droite. — ;

Le malade écrivit,le 26 février 1759 : Les remèdes ordonnés par M. Demours m'ont procuré un trés-bon effet; l'ombre que javais sur l'oeil droit est considérablement diminuée : de dix parties, à peine en reste-t-1l une, qui pourrait bien disparaitre par l'effet du dernier purgatif avec.

l'eau de Balaruc : tout le reste de l'ordonnance a été exécuté à la lettre. |

Mon père répondit, le 7 mars 1759, quil suffirait que le malade prit à jeun tous les matins deux tasses d'infusion de sassafras, et insista sur la nécessité d'éviter le vent, le serein, et d'observer un régime exact. La guérison a été complete.

Observation 329.

Paris, le 1** septembre 1816.

Mémoire. — Le consultant fut retiré de nourrice dans un état si fâcheux, que jusqu'à l’âge de vingt- deux ans ses aliments ne furent que du pain , du beurre et du lait. Sa santé prit ensuite le dessus. Il est âgé de soixante-six ans. Il était à Paris pour affaires sur la fin de novembre 1814, lorsqu'il se sentit frappé de paralysie dans tout le cóté droit. On lui fit prendre quatre bouteilles d'eau de Vichy , et on l'envoya aux eaux de Bourbonne en septembre et octobre 1815, et, une seconde fois, en juin et juillet 1816. Sa vue baisse; il craint une rechüte.

Réponse.

Le conseil soussigné , aprés avoir examiné avec attention les yeux du malade, et le Mémoire qu'il a rédigé lui-même sur sa situation, a reconnu que l'effet des eaux de Bourbonne a été avantageux. Le malade, depuis trois semaines qu'il est arrivé

à Paris, marche mieux de jour en jour : les pupilles ne jouissent pas d'un mouvement bien libre de constriction et de dilatation ; mais il peut lire et écrire, méme de l'oeil droit ; seulement, de ce dernier œil, la moitié droite des lignes est. légérement voilée, et les caractères, à travers ce nuage, paraissent un peu plus petits. Dans les commencements, le malade ne voyait de cet oeil que la première syllabe du mot qu'il lisait, et la partie droite était à-peu-près entièrement cachée. En 1813, le malade avait éprouvé une hémorragie nasale, qui a continué jusqu'au printemps de 1814. ll ne perdait que quelques gouttes de sang tous les deux jours environ. La santé avait été bonne antérieurement à cette époque et méme en 1814, jusqu'au moment de son attaque au mois de novembre.

Les soussignés conseillent l'application alternative des vésicatoires à la nuque, derrière les oreilles, entre les épaules. Le malade fera usage d'une infusion d'arnica, donton augmentera la dose depuis 12 grains jusqu'à un gros pour un demisetier d'eau bouillante. A cette époque, il prendra le matin, avant le premier verre de cette infusion, une pilule d'un grain d'extrait d'arnica; on augmentera par gradation jusqu'à six grains, et méme plus. On placera l'usage de quelques plantes antiscorbutiques toniques, comme le cresson, le cochlearia , etc. en sucs et en aliments. Le malade. prendra le matin, à six heures, à jeun,

une forte tasse de café à l'eau , sucrée, une heure avant son infusion d'arnica.

Délibéré à Paris, le 4 septembre 1816.

Pixez , Drwouns.

Observation 330.

Mémoire, ce 4 mai 1794. — Un petit garçon, âgé de trois ans, né d'un père pulmonique, a été nourri, jusqu'à vingt- deux mois par sa mère, naturellement bien portante, mais éprouvant les peines attachées à la maladie et à la mort de son mari. Cet enfant, pendant l'allaitement, a paru bien portant, seulement constipé et d'un teint jaune. Lorsqu'il fut sevré, il lui vint des boutons par tout le corps avec grande démangeaison , beaucoup de gales à la téte, qui suppuraient peu : il avait de plus une petite fiévre et un grand mal de téte. |

Les yeux ont été fortement attaqués, et sont devenus rouges, au point d'étre six semaines sans pouvoir les ouvrir. On a alors appliqué un vésicatoire derrière l'oreille, et il n'est resté dans un œil que quelques petites taches, qui n'ont pas empéché l'enfant d'en voir ensuite tres-bien. Ces boutons et gales ont été accompagnés d'un fort dévoiement bilieux avec coliques, maux de coeur, vomissements. Le dévoiement a duré longtemps, méme après les boutons, et s'est dissipé

peu-à-peu depuis environ trois mois. Les maux de cœur et la pesanteur de tête ont toujours continué.

Au commencement d'avril dernier, il eut beaucoup de .clous, principalement à la figure, quelques-uns aux bras et aux jambes. Aprés quinze jours de suppuration, ils se sont passés sans que les yeux fussent affectés, mais les maux de cœur et le mal de téte étaient toujours considérables. |

Le 28 du méme mois, cet enfant voyait encore tres-bien, et le lendemain matin, on s'apercut quil ne voyait plus du tout, sans avoir remarqué en lui aucun autre changement.

On observe que tant qu'il a été au sein, il n'a pris pour nourriture que le lait de la mére, que depuis qu'il est sevré, il n'a mangé que des soupes, et a toujours fait sa boisson d'eau d'orge coupée avec du lait. |

Il n’a point été malade de la pousse des dents, et il les a trés-mauvaises.

On demande conseil sur les moyens les plus propres à lui rendre la vue, qui est entiérement éteinte.

Réponse.

L'enfant qui fait le sujet du Mémoire est attaqué d'une goutte sereine parfaite, causée par le transport d'une humeur de gourme au cerveau, où elle s'est déposée sur les couches des nerfs

optiques. Cette humeur de gourme a couvert presque toute l'habitude du corps, sous la forme de boutons accompagnés d'une grande démangeaison; mais il y en a eu aussi beaucoup à la téte sous la forme de gales, et cette partie en étant le plus ordinairement le siége, nous croyons que c’est vers elle qu'il faudrait principalement rappeler cette humeur, et, pour cet effet, nous sommes d'avis qu'on lui rase la tête, et qu'on y applique des feuilles de poirée ou bette, enduites de beurre frais, qu’on renouvellera soir et matin. En méme temps on tàchera de faire prendre tous les matins à l'enfant environ huit onces de petit-lait auquel on ajoutera une once de sirop violat, qu'il faudra continuer, nonobstant méme le dévoiement, sil existait encore, jusqu'à ce que la couleur de la peau soit dans son état naturel. Si le beurre et la poirée avaient de la peine à rappeler l'humeur sur le cuir chevelu , il faudrait l'y attirer par le moyen d'un léger épispastique ; qu'on n'appliquerait qu'autant qu'il faudrait pour enlever cà-et-là l'épiderme; et, la suppuration une fois établie, il serait vraisemblablement utile de lui placer quelques poux sur la téte, pour attirer de plus en plus, et consommer une partie de l'humeur de gourme, dont le transport au cerveau est visiblement la cause de la perte de la vue.

Il faudra entretenir la suppuration de la téte tant que la nature déterminera les humeurs vers

cette partie. C'est le moyen le plus sûr d'obtenir une parfaite dépuration du sang, et de rappeler la vue, sur-tout si on a l'attention de faire recevoir aux yeux trois fois par jour la vapeur du baume de Fioravanti. Pour cet effet, il faut que la mère ou la bonne verse dans l'une de ses mains quatre ou cinq gouttes de cette liqueur spiritueuse, et que les ayant étendues, en passant l'autre par-dessus, elle couvre de ses deux mains. les yeux de l'enfant sans les toucher, mais de manière pourtant qu'ils soient exposés aux vapeurs actives et pénétrantes que la chaleur de la main. fera exhaler.

On aura soin de purger tous les huit jours avec sept ou huit grains de jalap en poudre, qu'on donnera dans un peu de panade sucrée le matin. à jeun, et on reculera le déjeüner le plus qu'il sera possible.

On lui retranchera le lait, cet enfant n'en ayant que trop pris, et on le mettra à la tisane de squine pour toute boisson.

Observation. 331.

Mémoire, le 18 mars 1777. — Une jeune fille, âgée de prés de douze ans, tomba malade le 25 novembre 1776. Elle fut traitée et purgée. Rechüte le 25 décembre avec une douleur dans tous les membres et un vomissement, pour lequel on lui donna des lavements de décoction de feuilles de guimauve : elle en garda jusqu'à

trois, et fut vingt-huit jours sans aller à la selle, quoiqu'elle ne füt nourrie que de bouillon de veau, de pommes cuites, et de pruneaux dont elle buvait l'eau : on lui donnait tous les jours des oranges. Comme elle était trés-altérée et buvait continuellement, on lui mettait dans de l'eau un citron coupé en deux. Elle a été frottée pour ses douleurs avec du savon et de l'eau-devie, puis avec de l'eau de la reine de Hongrie, ce qui les a dissipées; mais, depuis le 20 janvier, elle a totalement perdu la vue, sans avoir ni taches ni rougeur sur les yeux, ni aucun autre vice apparent. Cela lui est venu à la suite d'un violent mal de téte.

On propose un vésicatoire derrière le cou.

Réponse.

Les remèdes spiritueux dont on s’est servi pour frotter les parties douloureuses, et qui étaient si bien indiqués, paraissent ici avoir répercuté les humeurs qui s'étaient portées à l'extérieur, et ces humeurs, repoussées au-dedans, se sont déposées à la base du cerveau et ont obstrué les nerfs optiques, d'ou résulte la perte de la vue.

Les accidents qui ont précédé l'époque de la cécité, il y a environ deux mois, rendent ce casci plus grave que ne le sont la plupart de ces maladies. En effet, prés de deux mois avant la goutte sereine dont elle est attaquée, la malade

92 SECTION VII, CHAPITRE fI,

a été prodigieusement échauffée et extraordinairement constipée.

Les vésicatoires que l'on propose rallumeraient à-présent le feu mal éteint de ce jeune corps, et si l'on a quelque chose à en attendre, ce ne sera qu'après qu'on l'aura bien détrempé. Il ne peut donc étre question de vésicatoires et de purgations de quelque temps. Il faut commencer par l'usage du petit-lait clarifié, et par les bains de pieds, auxquels on fera succéder des demi-bains.

Observation 332.

Paris, le 15 novembre 1816.

Mémoire. — M. de B"'*, âgé de soixante - trois ans, eut la petite-vérole à l’âge de six ans : il eut l'œil droit un peu affecté, et il en loucha à l’âge de dix ans et depuis, parce qu'à cette époque, pendant une fièvre adynamique, son lit fut placé à un jour défavorable. Le malade navigua presque sans discontinuité depuis l’âge de douze ans jusqu'à celui de trente- huit. Après trois ans de séjour en Amérique, en revenant de Saint-Domingue, il eut une espéce de furoncle au menton, qui abcéda à son arrivée en France, et qui rendit prodigieusement pendant six semaines. En 1802, le malade s'apercut qu'il avait l'oeil droit plus faible que le gauche. Il eut quelques étourdissements à deux ou trois reprises. On lui fit mettre

AMAUROSE. 93 les sangsues, un vésicatoire, et prendre l'émé. tique. Son père depuis l’âge de cinquante ans a vécu jusqu'à soixante-dix-huit aveugle par l'effet de deux glaucómes. Il y a deux ans, le malade consulta. On annonca quil s'agissait de cataractes, qu'il fallait attendre leur maturité. En février dernier, on craignit une goutte sereine : on parla de sangsues, d'émétique, et d'un séton. On trouva ensuite que la rétine était affaiblie, et qu'il fallait un vésicatoire derrière le cou, et enfin le moxa, s'il était nécessaire; ce que le malade ne fit pas, parce qu'il avait gardé un vésicatoire au cou pendant deux mois assez récemment, et qu'il n'en avait éprouvé aucun effet.

Au mois de juin, des douches d'eau artificielle de Baréges ont été suivies de vingt-quatre bains de méme nature, à la suite desquels le consultant éprouva une disposition à l'engourdissement, au point de s'endormir plusieurs fois dans la journée. Six sangsues derriere les oreilles , quelques pédiluves, ont bien fait. Une courbature accompagnée de fiévre, dans les premiers jours de ce mois, a été soulagée par trois grains d'émétique et une purgation. La vue baisse de jour en jour.

Réponse.

Les soussignés, après avoir examiné les yeux

de M. le commandeur de B'"*, ont reconnu que les pupilles avaient perdu de leur forme ronde,

LA

que leur mouvement de constriction et de dilatation était presque nul.

Ils conseillent l'usage d'un petit verre à liqueur de vin blanc, dans lequel on mettra deux gros de sel ammoniac par pinte. Le malade prendra ce petit verre de vin un peu avant son diner. Sommités de germandrée en tisane pour prendre le matin à jeun, en deux ou trois verres pendant trois semaines; mettre quinze jours d'intervalle, et y revenir. On pourra substituer à la germandrée la mélisse et autres plantes analogues.

Le malade se fera faire tous les matins des frictions avec une brosse sur les épaules, le dos et la poitrine.

Délibéré à Paris, le 29 novembre 1816.'

Pixez, DEemours.

Observation 333.

Mémoire à consulter pour un jeune homme de Norwège.

Bordeaux , le 28 septembre 1769.

M'"*, âgé de quatorze ans, est né de parents sains; il a éprouvé dans son enfance quelques maux aux yeux qui n'attaquaient que les paupiéres. Il fut inoculé à l’âge de six ans, en 1760. L'éruption se fit en petite quantité. Deux ans après, la vue du consultant commenca à s'affai-

blir insensiblement, au point qu'en 1767, il lui restait à peine la faculté de distinguer les couleurs, sans que néanmoins ses yeux parussent altérés en aucune manière.

Depuis, il s'est joint à ce triste état de nouveaux accidents; il a essuyé plusieurs attaques d'épilepsie, qui se sont annoncées d'abord pendant le sommeil, et sans que le malade en füt réveillé, ni qu'il en conservát aucune connaissance à son lever; mais ensuite il a éprouvé des attaques pendant le jour, à la suite de quelques frayeurs. Il en a méme essuyé quelquefois à son réveil, qui ont été suivies d'un grand abattement, d'un état de stupeur dans toute la machine, qui cependant n'était accompagné d'aucun autre accident, et finissait méme assez promptement.

Nous n'avons aucune connaissance de l'espéce de remédes qu'on a mis en usage; nous savons seulement que les médecins du pays du malade jugeaient ces deux maladies comme dépendantes en quelque sorte de la méme cause; ils attribuaient la perte presque absolue de la vue à la faiblesse des nerfs optiques, et les mouvements épileptiques au relàáchement des fibrilles nerveuses du cerveau. Ces médecins ont sans doute prescrit des remédes en conséquence. En Danemarck, on a infructueusement tenté beaucoup de moyens. Le malade a fait le voyage d'Angleterre pour aller se mettre entre les mains de M. Taylor, qui l'a fait saigner à la temporale, et lui a fait prendre long-

temps des pilules et un élixir dont il a fait un secret. On lui a passé un séton à la nuque, établi un cautére au bras. Le séton a tari et est bien cicatrisé ; le cautére donne, mais sans aucun soulagement.

Voici ce qu'ont observé les médecins et chirurgiens qui ont vu le malade ici, où il est depuis trois semaines. i |]

Sa carnation est naturelle; il parait étre d'un tempérament pituiteux, sanguin, assez robuste. Le pouls n'a ni trop de fréquence , ni trop de lenteur; il est d'une taille et d'une corpulence avantageuses pour son âge : sa tête est large par en haut; le front est applati et les tempes sont relevées : il a l'air abasourdi ; ses yeux sont beaux et clairs; la pupille est habituellement contractée , et cependant susceptible de dilatation; on l'a observée dans ces deux états.

Si le malade fixe quelquefois un objet, il distingue au point de le bien juger; mais il faut qu'il le regarde de cóté. C'est ainsi quil a reconnu plusieurs cartes en voyant jouer, etc.

Il a essuyé , depuis qu'il est ici, quatre ou cinq attaques d'épilepsie, avec écume à la bouche et convulsions dans quelques membres : en tout il nous a paru avoir éprouvé déja de l'amélioration; l'air vif et tempéré de notre ville semble lui convenir; il distingue mieux les objets; il.est plus gal. |

Il a été évacué avec un purgatif résineux à pe-

tite dose, qui a bien opéré; on lui a rasé la tête pour pouvoir la brosser plusieurs fois le jour; il fait de l'exercice, et en éprouve un bon effet; il prend deux fois par jour des bouillons adoucissants et céphaliques; il boit pour tisane une décoction légére de gayac.

P. S. Ne serait - ce pas le cas de l'aphorisme d'Hippocrate?

Epilepticis pueris mutationes, maximé cetatis , et regionum , et vitarum, liberationem faciunt.

Réponse.

Indication d'un traitement antiépileptique. Passer un nouveau séton.

Ld

Observation 334.

Issoire , le 3o juillet 1770.

Mémoire.— Le jeune homme pour lequel on consulte est âgé de vingt-cinq ans; il eut la petite vérole à l'àge de neuf ans, et depuis il a toujours paru sanguin, ayant le visage coloré, les yeux gros et un peu saillants. À quinze ou seize ans, il éprouva , pendant la nuit, une attaque d'épilepsie; il fut quelques jours malade , avec des envies de vomir, mais:sans effet; sa santé fut bonne pendant trois mois, après lesquels il essuya de méme, pendant la nuit, une seconde at-

taque de cette cruelle maladie; on ne la lui con- naissait pas encore. Ce dernier accés fut suivi d'un léger assoupissement. Quelques mois aprés, il éprouva une forte douleur de tête qui fit eraindre pour sa vie; elle dura trois jours avec la méme violence, et continua quatre à cinq jours à un degré inférieur , accompagnée de fiévre et d'assoupissement. Depuis cette époque, il a éprouvé deux fois de fortes coliques, qui duraient environ huit heures, à un degré de violence extraordinaire. Il eut dans le méme temps, pendant les coliques, des syncopes , mais rien ne caractérisait l'épilepsie. Aprés ces deux accès de colique et méme pendant les intervalles du premier au second, jusqu à l’âge de vingt-un ou vingt-deux ans, il éprouva des paroxismes qui furent. accompagnés de tout ce qui caractérise l'épilepsie. Chacun d'eux durait vingt ou vingt-cinq minutes, et laissait aprés lui un assoupissement qui diminuait insensiblement, et se faisait encore sentir, quoique légérement, dix heures aprés la crise. Ce fut aprés sept à huit attaques de cette derniére espèce, que le mal s'étant suffisamment manifesté, on essaya d'y remédier : le jeune homme était alors dans sa vingt-uniéme année. On lui fit faire usage de bouillons faits avec la racine de pivoine, les yeux d'écrevisses , etc. Il fut saigné au pied, prit des bains, et usa pendant un an d'une infusion de fleurs de tilleul, qu'il prenait

chaque soir avant de se coucher; on lui pratiqua aussi dans ce temps un cautére au bras; il le garda environ treize mois.

Les paroxismes disparurent pendant un an; sa santé était assez bonne, il prenait beaucoup d'exercice, sur-tout à cheval. Le consultant se croyant bien guéri, se maria à la fin de cette méme année; son mariage fut bientót suivi des mêmes paroxismes. Pendant sept à huit mois consécutifs, il essuya, à différentes reprises, et à un mois environ d'intervalle, sept à huit accès qui laissaient toujours le méme assoupissement. Il fit rouvrir le cautère, reprit des bains, l'infusion de tilleul, des amers, et du petit-lait.

Le mal a peu dégénéré. Le consultant n'a pas éprouvé, pendant environ vingt mois, des paroxismes semblables aux premiers ; mais il a de fréquents et violents maux de téte qui lui occasionnent des douleurs insupportables, qui lui ótent quelquefois la connaissance, le jettent dans le délire, et lui font pousser des cris affreux. Le pouis alors parait petit; on y a remarqué des mouvements convulsifs. En octobre dernier, il ressentit une si violente douleur de téte, qu'il resta pendant vingt :quatre heures dans un état critique, et à deux courtes reprises , comme s'il eüt été frappé d'apoplexie. Pendant'les douleurs, les extrémités sont froides. Pour en calmer la violence, on eut recours à la saignée du pied, qui soulagea le malade daus le commencement. On

eur

la répéta à chaque attaque; elle devint à la huitiéme fois inutile : on lui fit prendre des émulsions, qui réussirent d'abord, et qui, dans la suite, n'opérerent aucun effet. On en vint enfin aux narcotiques, et on fut obligé de mettre dans la derniére prise, pour une seule dose, une once et demie de sirop de pavots blancs, et vingt gouttes anodines. |

Vers le mois d'août dernier, on conseilla au malade d'aller aux eaux du Mont-d'Or, où il prit dix douches d'environ dix minutes; il y éprouva de légères douleurs de tête. Il avait usé, avant d'aller au Mont- d'Or, de feuilles d'hiéble séchées au four, ensuite arrosées avec une eau spiritueuse, et mises sur la tête. Ce remede excitait une abondante transpiration; le malade en était soulagé. A son retour du Mont-d'Or, il voulut en user de nouveau; mais alors cette application parut lui être nuisible.

Les remèdes, la maladie,ouune autre cause qu'on ne connaît point, ont extrêmement fatigué la vue du consultant. Il crut devoir se faire passer un séton; il y a environ huit mois qu'il l'a à la

nuque. Depuis cette dernière époque, sa vue s'est

graduellement affaiblie, et maintenant il ne voit

presque rien, si ce n'est du petit angle de chaque -

œil qu'il distingue tant soit peu la lumiere. Il sort fréquemment de ses yeux des gouttes d'eau et notamment lorsqu'il prend l'air.

ll y a environ huit mois que le consultant

AMAUROSE. IOf

porte habituellement une calotte de peau , qui le fait beaucoup transpirer à la téte. Il a fait usage, pendant trois semaines ou un mois, d'un bol de poudre de valériane; il se purgea deux fois pendant cet espace de temps; apres avoir pris l'ipécacuanha, il éprouva deux paroxismes mélés d'épilepsie. ll a passé ensuite à l'usage du jalap en poudre; voilà vingt-quatre fois qu'il en prend à quatre ou cinq jours d'intervalle: c'est le remède dont le consultant fait actuellement usage. Sa vue est toujours dans le méme état, c’est-à-dire, que ‘pendant la nuit il ne voit la lumière des bougies que par le petit angle des yeux. Depuis deux mois et demi, il se fait raser la téte deux fois par semaine, et se la fait alors frotter avec un peu de baume de Fioravanti : il en met de temps à autre dans la main, et l'approche ensuite de ses yeux. On prie M. Demours de vouloir bien donner son avis et prescrire les remèdes convenables. Les yeux du malade n'ont aucune tache; ils sont beaux, un peu troubles, un peu larmoyants, un peu plus gros et plus saillants qu'à l'ordinaire.

Réponse.

N. B. La consultation en réponse fut rédigée

par M. Bouvart.

Il n'est pas douteux que la maladie sur laquelle on consulte ne soit une épilepsie ; mais il n'est pas également certain si elle est idiopathique ou

102 SECTION VII, CHAPITRE 1, symptomatique. Si elle dépend d'un vice particulier du cerveau , elle est idiopathique; si elle est symptomatique, elle peut être occasionnée ou par quelques abus auxquels le malade se serait livré , ou par des vers qu'il pourrait avoir dans l'estomac ou dans les intestins.

Ce qui pourrait faire soupconner la premiere cause , c'est que l'épilepsie a commencé avec l'âge de puberté, et qu'à plusieurs années de là, ayant cessé au point que le malade se croyait guéri, elle a recommencé et elle est méme devenue plus violente aprés son. mariage.

: Si ces soupçons se trouvent justifiés par l'aveu du malade, on sent bien que le seul moyen de le guérir serait une sagesse trés-exacte et continuée pendant plusieurs années.

D'une autre part, les présomptions que l'on peut avoir de vers qui pincent lestomac et les intestins , sont les deux violents accès de colique : qua eus le malade, et le changement de forme qu'ont pris ces acces d'épilepsie; car le Mémoire porte qu'ils ont dégénéré , et quaujourd'hui ils consistent dans de violents et de fréquents maux de tête, qui font perdre connaissance au malade, lui occasionnent du délire, et lui font pousser des cris affreux. S'il avait été ou était encore sujet à rendre des vers, il n'y aurait plus lieu de douter que ces insectes ne fussent la cause de l'épilepsie, et il serait facile de la guérir en les expulsant.

On ne pourrait pas promettre la guérison avec tant de confiance dans le cas où la maladie serait dépendante d'une cause locale dans le cerveau. Le seul fruit qu'on pourrait espérer des remèdes proprement dits antiépileptiques, ce serait de rendre les accès et moins longs et moins fréquents.

Avant de proposer de quelle maniére on doit se conduire selon le cas supposé, il est bon d'avertir qu'on ne doit pas négliger la cécité presque complete à laquelle est réduit le malade, à raison de l'engorgement qui s'est fait dans les vaisseaux qui rampent autour des nerfs optiques par l'impulsion violente. des liqueurs déterminées vers ces parties par la répétition des acces d'épilepsie. On peut commencer le traitement par l'application des remèdes convenables à cet objet, d'àutant qu'ils ne peuvent nuire, mais, au contraire, convenir à d'autres égards, et que la perte entiere de la vue dont le malade est menacé, exige de la célérité dans l'exécution.

Nous sommes d'avis que, pour faire une révulsion prompte et efficace, le malade soit saigné deux fois du pied , à la quantité de: trois palettes chaque fois dans l'espace de vingt-quatre heures, et que, le troisième jour, on lui donne quatre grains d'émétique dans une chopine d'éau, mesure de Paris , que l'on partagera en trois verres, pour les donner d'heure en heure, à condition: cependant de supprimer le troisième, si les deux

premiers font beaucoup d'effet par en haut et par en bas. Pendant l'opération du remède, pour faciliter le vomissement, on donnera beaucoup d'eau d'orge tiéde. Cela fait, on le mettra à l'usage habituel d'une décoction de yalériane sauvage concassée, à la quantité d'un gros et demi, et bouillie pendant une demi-heure dans une chopine d'eau. On passera, et l'on y mettra infuser à froid, pendant douze heures, une demi-once de racine fraiche de raifort sauvage, rapée. On passera la liqueur une seconde fois, et on la partagera en deux doses, qui seront prises; l'une le matin, au réveil, et l'autre le soir, deux heures avant ou aprés un léger souper. Ce remède sera continué fort long-temps, ou , pour mieux dire, jusqu'à ce que la vue soit rétablie.

Quant aux vers, rien n'empéche qu'on ne combatte cette cause pendant qu'on soccupera de rétablir la vue. En conséquence le malade , sans abandonner l'usage de l'apozéme ci-dessus, prendra vers neuf heures du matin, à midi, et à six ou sept heures du soir, deux cuillerées d'une potion faite avec parties égales de suc de citron, d'huile d'amandes douces par expression à froid, et de sirop de fleurs de pécher. Chaque fois que l'on versera cette potion, on aura soin de bien secouer la bouteille. Pendant l'usage de ce remede, on examinera soigneusement les matiéres, afin de voir s'il ne s'y rencontre pas des vers. Quand on l'aura continué trois semaines, si l'on

n'en apercoit aucun, on y substituera un bol, composé de vingt-quatre grains de coraline, autant de semen contra, et huit grains d'éthiops minéral, le tout lié avec suffisante quantité de sirop d'absinthe. Le bol sera réitéré le matin et le soir, au moment de prendre la décoction de raifort et de valériane.

Lorsqu'il aura été continué trois semaines, sil ne fait pas sortir de vers, on aura recours aux pilules suivantes, vermifuge plus puissant.

Prenez d'assa-fcetida, deux gros; de myrrhe choisie, deux scrupules; et douze grains d'aloés succotrin. Faites du tout une masse bien mélangée, dont vous formerez des pilules du poids de deux grains. Le malade en prendra trois le matin et deux le soir, aux mêmes heures où il aura pris les bols ci-dessus ordonnés.

Si l'un des trois remèdes vermifuges fait rendre des vers , on s'en tiendra à celui-là, quel qu'il soit, et l'on en continuera l'usage jusqu'à ce que les accés d'épilepsie soient totalement cessés.

Pendant tout le traitement l'on aura soin de purger tous les huit jours avec un gros et demi de follicules de séné , autant de sel végétal, un gros de rhubarbe concassée, et une pincée de sommités d'absinthe et de petite centaurée ; le tout infusé à froid pendant douze heures dans un grand verre d'eau, que lon chauffera ensuite pour y fondre deux onces de manne et le passer par un linge.

Si le malade, aprés avoir fait tout ce qui vient de lui étre conseillé, ne rend point de vers, et que ses acces continuent toujours, il faudra bien traiter la maladie comme idiopathique, et recourir aux antiépileptiques proprement dits.

Ce nouveau traitement consistera à prendre le matin à jeun et le soir, deux heures avant souper, un gros de poudre de Guttete , liée avec suffisante quantité de sirop de stécas, pour en faire un bol, par-dessus lequel il boira un verre de l'apozéme suivant. |

Prenez des feuilles et bois de gui de chéne, deux gros; de racine de valériane sauvage, un gros : faites bouillir le tout bien concassé dans une chopine d'eau pendant une heure. Passez la liqueur toute chaude, partagez-la en deux doses , l'une pour le matin, et l'autre pour le soir. Vous délayerez dans chacune une demi-once de sirop de pivoine. Ces derniers remèdes, pour produire quelque effet, ne doivent pas être continués moins d'un an.

Peut-étre faudra-t-il en prolonger l'usage bien audelà. Tant que le malade les prendra, il sera purgé tous les quinze jours.

Le régime doit étre fort exact, et consister dans des soupes, des viandes tendres de boucherie ou de la volaille, des œufs frais, et quelque peu de poisson qui soit d'une chair légére et point huileuse, frit, grillé , ou cuit à l'eau. La boisson sera de bon vin. vieux, mélé avec trois quarts d'eau. Dans tous les cas que nous avons supposés. le

malade doit éviter d'habiter avec sa femme. Il doit éviter aussi les contentions d'esprit, longues ou fortes, les veilles, et tout exercice forcé. A l'égard. de la nourriture, celle que nous lui conseillons renferme l'exclusion de toute autre.

Délibéré à Paris, le 5 aoüt 1770.

Drwvouns. BouvaART,

Médecin de la faculté de Paris, de l'académie royale des sciences, et ancien professeur au Collége royal.

Observation 335.

Consultation pour M. D*** de Liége.

L'amaurose, ou goutte sereine parfaite de M. D***, fut précédée de quelques jours par une . enflure des jambes , sur lesquelles on a observé quelques taches pourprées. On a fait différents remèdes qui n'ont eu jusqu'ici aucun succès ; mais nous observerons qu’on ne doit recourir à ceux qui peuvent rappeler la vue, que lorsqu'on aura préalablement corrigé la constitution scorbutique des humeurs. Chez le malade , la circulation est d'une lenteur extraordinaire ; les pulsations de l'artère brachiale, qui , à son âge, doivent monter entre 60 et 70 par minute, ne sont chez lui, le matin, que de 39 à 41. 1l est vrai qu'après le diner elles sont plus fréquentes, mais le pouls

n'est guère plus développé, et il est si petit, si concentré, qu'on a peine à le trouver. Cet état, qui ne peut pas être naturel chez un jeune homme de vingt-un ans , décèle manifestement la lenteur de la circulation, qu'on ne peut attribuer qu'à l'épaississement des liquides.

Le conseil, regardant le vice des humeurs comme la cause primitive de tous les accidents qu'a éprouvés le malade, pense qu'on ne doit attaquer la goutte sereine que l'orsqu'on sera parvenu à leur rendre leur fluidité naturelle. Un traitement trop prématuré serait, en pareil cas, plus nuisible qu'utile.

Nous conseillons au malade de continuer les bouillons et les laxatifs dont l'usage a été commencé pendant son séjour à Paris.

Nous nous proposions de tenter les bains, comme un moyen qui pouvait contribuer à donner de la fluidité aux humeurs ; mais ce remède n'est pas toujours sans inconvénient dans les maladies de la téte, parce qu'il détermine les humeurs à se porter vers les parties supérieures , et qu'il faut en observer les effets avec une attention particuliére pour les continuer, les suspendre, ou les cesser à-propos. On pourra dans la suite augmenter la dose des antiscorbutiques, selon les indications qui résulteront des effets du régime actuel. |

On ne peut fixer le temps qu'il faudra conti- | nuer l'usage des bouillons, des sucs, du sel de

AMAUROSE. 109 Glauber et de la demi-once de manne; il ne faudra les cesser que quand la circulation et les

autres fonctions seront rentrées dans leur état naturel.

Délibéré à Paris, le 3o mai 1782.

DEMOURS, GRANDJEAN aíné,

GRANDJEAN Jeune.

Deuxième Consultation pour M. D*** de Liége.

Nous avons regardé la maladie de M. D'** comme dépendante d'un vice des humeurs. L'opinion de M. Limbourg, son médecin, est conforme à la nótre; ainsi nous n'avons rien à changer à l'éüologie que nous avons donnée de la maladie. Les nerfs optiques sont comprimés dans leur origine par une matiére visqueuse et épaisse qui circule avec peine dans les vaisseaux déliés du cerveau, et qui les obstrue, de maniére à intercepter le cours des esprits animaux dans ces nerfs. Les indications qui se présentent ne sont ni équivoques , ni difficiles à saisir, mais il n'en est pas de méme des moyens propres à les remplir, et sur cet article : Tot capita, tot sensus.

L'enflure des jambes et les taches qui s'y sont manifestées , il y a environ cinq mois, et qui ont précédé l'aveuglement , nous ont fait regarder le vice scorbutique comme la cause premiere de cette maladie. C'est dans l'intention de le corriger que

110 SECTION VII, CHAPITRE I, le conseil soussigné a proposé l'usage des délayants, associés aux antiscorbutiques , par lesquels il lui a paru absolument nécessaire de commencer, avant de passer à ceux qui auraient un rapport plus direct à l'état de la vue. Ils n'ont encore opéré aucun effet sensible. Serait-ce parce qu'ils ne vont pas directement au but qu'on se propose, ou parce qu'ils n'ont pas été continuésaussi long-temps que l'exige la constitution présente des humeurs? Nous sommes persuadés qu'on doit les continuer jusqu'à ce que le pouls soit revenu dans son état naturel. Nous observerons à cet égard que le lait , si efficace dans certaines maladies de la poitrine, n'agit que trés-lentement, mais qu'il produit enfin son effet.

Le conseil pense qu'on ne doit pas perdre de vue l’objet essentiel; c'est de détreniper les humeurs et de leur donner de la fluidité; car , lorsqu'elles auront acquis celle qu'elles doivent avoir naturellement, leur acrimonie diminuera de plus en plus, et enfin disparaitra totalement, ainsi que les accidents qui en dépendent. Si l'on y parvient, la circulation se rétablira dans toutes les parties du corps; le cerveau lui - méme participant à cette amélioration, la sécrétion et la distribution des esprits animaux s'y feront plus librement; on espère que les nerfs optiques s'en ressentiront , et que la circulation , reprenant dans ces nerfs son cours ordinaire, la vue pourra se rétablir. Cette espérance est principalement fondée

| AMAUROSE. III sur ce que les fibres circulaires de*l'iris ne sont pas paralysées, puisque les pupilles dilatées, dans l'obscurité , se rétrécissent lorsqu'on expose les yeux au grand jour , quoique la rétine soit absolument insensible à son impression. On peut en conclure que l'engorgement du cerveau ne sétend pas au-delà des couches des nerfs optiques, et que les parties de la moelle allongée, d'ou naissent les nerfs qui concourent à la formation du ganglion lenticulaire qui fournit les filets qui se distribuent à l'iris, ne sont point obstruées de même.

Nous persistons dans l’idée que nous avons adoptée d'abord , de recourir aux délayants et aux antiscorbutiques. Comme la classe des uns et des autres est fort étendue, on pourra en substituer de nouveaux à ceux dont M. D'** a déja fait usage, et y joindre des fondants légèrement purgatifs , plus convenables aujourd'hui qu'ils ne l'eussent été au commencement de la maladie, parce que les humeurs doivent étre mieux préparées qu'elles ne l'étaient alors. Nous serions méme d'avis qu'il profitàt de la saison pour prendre les eaux thermales, avant d'en venir à de nouveaux remédes. Il y a tout lieu de croire que les eaux minérales chaudes pourront corriger la glutinosité du sang, et en rendre la circulation plus libre. On jugera de l'amélioration par l'état du pouls, et on continuera les remèdes Jusqu'à ce que les pulsations montent le matin, au réveil du malade, à

112 SECTION VII, CHAPITRE 1, soixante paéhkminute, que les matières des selles ne soient plus brülantes, ni noires, et que le froid, que monsieur éprouve aux extrémités, soit moins sensible. Le cheval nous parait aussi un moyen propre à tendre au même but, sur-tout pendant l'usage des eaux thermales.

Délibéré à Paris, le 8 août 1782.

DEmours, GRANDJEAN ainé, GRANDJEAN Jeune. -

Observation 336.

Orléans, le 20 août 1784.

Mémoire.—M. H*"" a trente ans;il est grand, bien fait; rien dans sa taille n'annonce que quelque défaut de nature ait été la cause des maladies qu'il a éprouvées. Son embonpoint, au contraire, indique un tempérament qui tient à une constitution réguliére et solide. Appliqué de bonne heure aux occupations sérieuses, sa première Jeunesse s'est passée sans excès ; le soin des affaires de sa maison fit de tout temps sa principale occupation.

Le travail assidu dans son cabinet lui occasionnait de fréquents maux de tête; enfin , en 1778, époque du dérangement de sa santé, un voyage, au plus fort de la chaleur, acheva d'échauffer la masse du sang, et lui occasionna une fièvre inflammatoire qui , mal prise dans son principe , le mit en danger; pendant sa maladie, il fut saigné

jusqu'à défaillance; le siége des nerfs fut attaqué. Dès le principe, de violents transports dans les redoublements, une démence dans les temps de calme en furent les suites; sa convalescence fut longue et difficile. Il lui resta long-temps une faiblesse d'estomac qui troublait ses digestions. Il négligea sur-tout de réitérer les purgations, seules capables sans doute d'évacuer les humeurs. L'année suivante, il éprouva des fiévres avec des maux de tête violents; il parvint à dissiper les premiéres par un bon régime, remédia aux seconds par un vésicatoire à la nuque. Ses forces n'étaient pas encore recouvrées quand il se maria au mois d'août 1780. L'année suivante 1l éprouva encore des retours de fiévre avec des douleurs erratiques, qui se dissipérent en 1782. .La fièvre et les douleurs reparurent de nouveau et furent plus fortes que par le passé. La fiévre céda cependant; l'humeur, plus opiniâtre, parcourut successivement toute la partie droite en commençant par la jambe, géna long-temps les mouvements de la cuisse, remonta ensuite au bras droit, et passa dans la téte, ou elle causa des maux violents, ainsi qu'au col, dont elle géna également les mouvements. Enfin elle quitta la téte et parut se fixer sur la clavicule droite, et en augmenta le volume du double de celui de la gauche. Les fortes douleurs. quil éprouva dans cette partie se communiquèrent au bras, qui de-

vint douloureux dans toute son étendue. Cette IIT. 8

11/4 | SECTION VII, CHAPITRE I, suite de gêne, de mal-aise qu'il ressentit pendant prés de huit mois le mirent dans un état d'abattement, de maigreur, de faiblesse, qui tendait au marasme, et fit craindre pour ses jours. En 17823 il prit le parti d'aller se faire traiter à Paris. Avant de commencer son traitement, on lui demanda s'il n'avait jamais eu de maladies vénériennes. M. H** se ressouvint qu'en 1774 il avait eu un écoulement peu considérable; on n'hésita pas à croire qu'il avait eu une fausse gonorrhée; et, sans égard aux accidents qu'il avait éprouvés, on le soumit à un traitement antivénérien. Il s'en trouva soulagé. Les traitements ont fini en janvier dernier, et sa santé n'a pas chancelé ; mais, depuis un mois, sa vue s'est obscurcie; les objets lui paraissent confus, ce qui fait craindre que la premiére et véritable cause de la maladie n'ait pas été détruite. Il est à observer que ces accidents se sont toujours renouvelés dans les étés, et cette périodicité parait avoir un rapport intime avec la première maladie qui se déclara vers la fin d'aoüt en 1778.

M. Deshais Gendron est prié de donner son avis sur le présent exposé.

Réponse.

Aprés avoir examiné avec toute l'attention possible les yeux de M. H*"**, et lu le Mémoire quil nous a présenté, nous pensons qu'il est menacé d'amaurose, et qu'il faut, sans hésiter, faire tout pour en arréter les progres.

Le mercure qui lui a été administré, sur des soupcons vagues de maladie vénérieune, a semblé donner au malade l'espoir d'une guérison parfaite; mais ce remède n'a fait que mettre l'humeur en mouvement, et la déplacer sans la détruire; elle est toujours existante dans la masse du sang, et elle se porte actuellement à la tête et sur les couches des nerfs optiques. Les myopes ont ordinairement la pupille plus dilatée; chez le malade elle est, au contraire, plus resserrée, et a fort peu de mouvement. Pour remédier à cette maladie , il s'agit d'évacuer et de déplacer l'humeur qui inkl vouloir se fixer sur les parties sensibles et nerveuses des deux yeux. Nous sommes d'avis que l'on pratique de suite un séton à la nuque. Le malade le gardera au moins pendant six semaines. Tous les matins il fera usage d'une infusion théiforme de bàton d'angélique confit; on en mettra un gros sur chaque tasse.

Drzsnuais GENDRON.

Orléans, le 22 août 1784.

N. B. M. H** vint à Paris consulter mon pere, qui l'engagea à retourner à Orléans, et à suivre les avis de M. Gendron, auquel il lui conseilla d'accorder sa confiance.

Observation 337.

Troyes, le 19 juin 1784.

Mémoire.—M. J'** a cessé brusquement de voir

de l'oeil. auche sans uaucune Cause extérieure ait

occasionné cet accident. Cet œil paraissant seulement un peu plus brillant que le droit, la prunelle étant plus” contractée, le médecin consulté à attribué la maladie à un engorgement phlogistique dans l'intérieur de cet. organe; en conséquence il a prescrit des boissons délayantes et rafraichissantes, une saignée, des lavements, et des pédiluves : au bout de huit jours , à l'aide des topiques adoucissants et relàchants, et d'un minoratif, M. J** voyait de son oeil malade aussi distinctement que de l'oeil sain. Quelques jours aprés, il lui sembla qu'il se troublait de nouveau. Des personnes consultées lui conseillérent l'apphication de l'eau des carmes, et du baume de Fioravanti. Ces remèdes produisirent l'ophtalmie la plus forte. Son médecin la combattit avec les premiers remédes qu'il avait prescrits. Il ne le fit point saigner; mais il insista sur les minoratifs. Cette conduite mit l'œil dans son état naturel et M. JF est parti.

IN. B. M. J** vint à Paris consulter mon père et M. Morisot Deslandes, médecin, qui rédigerent ensemble la consultation dont suit l'extrait :

M. J*** a eu ce qu'on appelle vulgairement un coup de sang qui a porté sur les couches des nerfs optiques et a occasionné la compression du nerf optique de l'oeil gauche, d’où suivit la perte de la vue de cet œil. Une saignée , un minoratif, des boissons, des lavements, des pédi-

AMAUROSE. | 117 luves, avaient en partie rétabli la vue : cette amélioration n’a duré que pendant un petit nombre de jours, et ce qui prouve que c'est le sang qui en se portant à la tête est la cause de la maladie, c'est que la vue s'est éclipsée de nouveau, et que l'œil a. été attaqué d’une violente ophtalmie. Le malade est jeune; il est d'une constitution pléthorique, etile sang se porte chez lui à la tête.

Dans la crainte de rechütes, le conseil soussigné est d'avis qu'il soit saigné du pied, et vingtquatre heures après de la jugulaire. Au cas que la saignée de la jugulaire füt impraticable, à raison de l'embonpoint de cette partie, on y suppléerait en appliquant à la tempe, du cóté gauche, une douzaine de sangsues; le lendemain on donnera un émétique ; on passera à l'usage de l'eau de Balarue, et on appliquera un vésicatoire derriere le cou.

Observation 338.

La Neuville en Orléanais, le 16 juillet 1783.

Mémoire. — Monsieur, j'ai eu occasion de voir un domestique que vous avez guéri à Paris d’une maladie qui aurait infailliblement dégénéré en goutte sereine. L'état de ses yeux est évidemment meilleur ; mais, malgré l’abondante dérivation d'humeurs excitée par les.deux vésicatoires , le malade est toujours pléthorique ; son, pouls est dur, plein et fréquent; de constants bourdonnements d'oreilles sontaccompagnés de douleurs cé-

phalalgiques dans les jours trés- chauds ou orageux. L'effet révulsif de ces vésicatoires n'a pu empécher que depuis quinze jours le sang n'ait porté cinq ou six fois à la téte, au point de causer des accidents analogues à l'apoplexie. Chaque attaque a été suivie d'engourdissements des extrémités qui Ôtent maintenant au malade la faculté de se tenir sur ses jambes. D'ailleurs il a un appétit extraordinaire. Je l'ai visité aujourd'hui pour la première fois; il a éprouvé un coup de sang, il y a trois jours : on n'a pas eu recours à la saignée. J'ai conseillé pour demain l'application des sangsues à la marge de l'anus. En réitérant cette application pendant quelque temps tous les quinze jours , et plus souvent s'il y avait indication, ne pourrait-on pas, Monsieur, exciter à la longue les hémorrhoides, donner ainsi au sang une autre direction qui intervertirait son raptus vers la tête? C'est une question que je soumets à votre décision, qui sera ma regle. Permettez-moi de vous faire observer encore que j'ai vu jadis ce malade couvert de dartres, qu'il me parait maintenant avoir la peau écailleuse. Les bains, en détendant cet organe, pourraient peut-étre favoriser la dépuration de cette humeur. Il y a sürement un principe irritant qui produit la stricture de tous les vaisseaux et donne lieu peutêtre au mouvement du sang vers la tête. Décidez, Monsieur, sur ces deux moyens, que je ne fais que vous proposer, et soyez bien convaincu que

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