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HYPERTROPHIE, TUMEURS

Les cas d'hypertrophie de la glande lacrymale ^ fort peu nombreux, ont été observés le plus souvent chez de jeûnes sujets, quelquefois même aussitôt après la naissance .

Cette affection est survenue spontanément, ou à la suite de poussées inflammatoires répétées. La glande hypertrophiée se présente sous la forme d'une tumeur circonscrite, noduleuse, élastique, qui peut, à la longue, en se développant, déplacer l'œil et gêner ses mouvements. Le diagnostic est toujours fort incertain ; pourtant l'absence complète de rougeur, d'adhérences à la peau, de douleurs> un développement extrêmement lent sont autant de symptômes qui permettront de distinguer la simple hypertrophie des tumeurs de mauvaise nature.

A ce propos, l'observation suivante, fort instructive, de 0, Becker {i), mérite d'être rapportée tout au long :

Un homme de trente-trois ans, né de parents bien portants, ayant trois sœurs en bonne santé, arrive à l'âge de vingt ans sans éprouver de maladie. A partir de ce moment ses yeux deviennent malades, s'enflamment, toutes choses que le patient attribue à Sa profession de meunier et à l'irritation continuelle produite par la poussière. A l'âge de vingt-deux ans, cet état s'aggrava à tel point qu'il entra à l'hôpital d'Âugsbourg ; une seconde récidive l'obligea fi aller réclamer les soins du docteur Rothmund à Munich, Enfin le l*"^ février il fut reçu à la clinique d'Heidelberg.

Etat actuel : Les deux yeux projetés hors de l'orbite convergent en bas. L'œil droit paraît plus proéminent que le gauche, l'exophthalmie de ce dernier est d'environ 15 millimètres. La motilité des globes est conservée, sauf en dehors et en haut, où elle est un peu limitée. La conjonctive, roug« dans toute son étendue, sécrète d'une façon anormale. Cornées saines, quelques vaisseaux seulemônt se montrent le long du bord inférieur de celle de droite.

Pupilles étroites, réagissant peu à l'action de la lumiêfe. A l'oplithalmoscope l'on constate une forte hypérémie de la rétine et du nerf optique, sans altération de tissu. Le malade voyait de ses deux yeux: mais la photophobie, le larmoiement et la position anormale des axes empêchaient de détermi-^ ïier l'acuité visuelle à distance. Tension intra-oculaire moyenne.

Une tumeur do la grosseur d'un œuf de pigeon, située à la partie supéro-

(1) Archiv fur Ophlhalmologiet t. XVIII, 2« partie, ci flevtie des sciences médicales t. Il, p. /.11.

externe de l'orbite des deux côtés, semblait être la cause de cette double exophtbalmie. Cette tumeur n'était ni pulsatile ni douloureuse à la pression. Sa surface paraissait unie.

Quand on élevait avec les doigts la paupière supérieure, cette manœuvre n'avait aucune influence sur la position de la tumeur, ce qui indiquait qu'elle était située derrière le fascia tarso-orbitaire. Les mouvements du globe ne la laissaient pas tout à fait immobile, mais on pouvait pourtant s'assurer par le toucher qu'elle était indépendante du bulbe oculaire. Les ganglions lymphatiques préauriculaires n'étaient pas tuméfiés.

Le 6 août, vu la parfaite symétrie des deux tumeurs et leur siège particulier, Otto Becker porta le diagnostic d'hypertrophie de la glande lacrymale.

L'opération, acceptée par le malade, fut faite des deux côtés et n'offrit rien de particulier dans son exécution ni dans ses suites. Au bout de cinq semaines la guérison était complète.

L'examen microscopique, fait par Arnold, ne confirma pas le diagnostic d'hypertrophie de la glande lacrymale. Des coupes de la tumeur offraient, sous le microscope, tous les caractères du tissu lymphoïde. On y trouvait à la fois de véritables follicules, et entre ceux-ci un réseau réticulé dans les mailles duquel étaient accumulées des quantités considérables de cellules lymphatiques. Ce tissu pathologique présentant tous les caractères histologiques des ganglions lymphatiques, ces tumeurs devaient être rangées dans la catégorie des lympho-adénomes.

Bien qu'on ne connaisse pas dans cette r.égion de ganglions lymphatiques visibles à l'œil nu, il est possible qu'il y en ait de très-petits ayant échappé jusqu'ici à l'attention des anatomistes. Peut-être aussi dans le cas actuel en existait-il anormalement, comme cela s'observe quelquefois ailleurs dans l'économie. L'apparition simultanée de la maladie des deux côtés, qui est la règle dans l'hypertrophie des ganglions lymphatiques, plaide en faveur de cette hypothèse.

Malgré les prétendus succès obtenus par les médications résolutives, V extirpation de la glande hypertrophiée est le seul moyeu qui puisse sûrement procurer la guérison.

Cette opération est d'une exécution facile. Dans le procédé de Halpin, la paupière supérieure est attirée en bas, jusqu'à ce que le sourcil descende au-dessous du rebord orbitaire. Gela fait, une incision parallèle au sourcil et presque cachée dans son épaisseur est pratiquée au niveau de la fossette lacrymale, dont on sent facilement la dépression avec l'extrémité du doigt. Les parties molles sont divisées jusqu'au périoste, qui là se confond avec l'aponévrose orbito-oculaire. L'on sectionne ensuite aussi nettement que possible cette aponévrose au ras de l'arcade orbitaire.

Si la glande est hypertrophiée, elle se présente aussitôt dans la plaie; si elle reste cachée sous la fossette lacrymale, il faut la saisir avec des pinces et l'attirer au dehors. Quelques coups de ciseaux suffisent pour achever de l'énucléer. L'on ne perdra pas de vue, pendant ces manœuvres, que le releveur de la paupière supérieure se trouve dans le voisinage, et les précautions nécessaires seront prises pour ne pas léser son tendon. Sans cela un ptosis souvent fort difficile à guérir serait la conséquence de cet accident.

Quand la tumeur a un volume considérable, Velpeau a conseillé de diviser la commissure externe, de prolonger l'incision dans la région temporale autant qu'il est nécessaire, puis de disséquer le lambeau supérieur jusqu'à ce que la glande soit mise à nu.

On trouve dans Mackenzie quelques observations de tumeurs de la glande lacrymale, désignées sous le nom de chloroma^ à cause de leur coloration verdâtre, qui n'étaient vraisemblablement autre chose que des sarcomes. Ces tumeurs ont été signalées principalement chez les jeunes sujets. Elles sont analogues à celles que l'on rencontre parfois dans l'intérieur de la cavité crânienne, et qui constituent une des variétés des fongus de la dure-mère.

La plupart des auteurs affirment que le cancer n'envahit jamais d'emblée la glande lacrymale; pourtant Knapp (1) a rapporté un cas intéressant d'hypertrophie de la glande avec dégénérescence carcinomateuse.

KYSTES, DACRYOPS.

Les kystes de la glande lacrymale reconnaissent généralement pour cause l'oblitération d'un des conduits excréteurs, suivie de la rétention des larmes accumulées au-dessus de l'obstacle. Ils forment une petite tumeur du volume d'une noisette à une petite noix, occupant la région supéro-externe de l'orbite. En soulevant la paupière, il est souvent facile, grâce à la transparence de leur contenu, de reconnaître qu'il s'agit d'un kyste situé au-dessous de la conjonctive : l'exploration par le toucher donne la sensation d'une fluctuation manifeste ou d'une rénitence élastique quand les parois sont distendues. Si l'oblitération du conduit excréteur est incomplète, la compression vide en partie la tumeur. Son volume augmente au contraire lorsqu'on stimule artificiellement la sécrétion lacrymale par une irritation quelconque de la conjonctive. Schmidt, Benedict, Dupuytren ont rapporté des observations de (1) Klinische Monatsbiatler fiir Avgenheilkmde, 1865, p. 378.

kystes hydatiques de la glande lacrymale. Leur développement peut atteindre des proportions considérables et entraîner des désordres sérieux.

Le traitement le plus rationnel consiste à pratiquer une ouverture du côté de la conjonctive, de façon à pei-mettre aux larmes de s'écouler librement à la surface de Toeil. Une simple ponction est quelquefois insuffisante, les petites ouvertures ayant une grande tendance à s'oblitérer rapidement. Il est préférable d'exciser une portion de la paroi, et d'avoir ainsi une large ouverture béante.

De Greefe a conseillé de passer une aiguille courbe armée d'un fil très-fort à travers le kyste, de nouer ce fd et de couper peu à peu, en serrant progressivement le nœud, la portion de paroi comprise entre l'ouverture d'entrée et de sortie du fil. De "Wecker a rapporté récemment un cas de guérison obtenu par l'extirpation.

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