‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 30 sur 93 · HISTOLOGIE DE LA CORNÉE · texte numérisé non relu

HISTOLOGIE DE LA CORNÉE

Ces cellules se trouvent dans toute l'épaisseur de la cornée, elles se meuvent dans le champ du microscope en suivant des courbes plus ou moins sinueuses. Leur nombre augmente considérablement quand, sous l'influence d'un traumatisme ou d'une cautérisation provoquée, il se forme une infiltration purulente de la cornée.

A côté de ces cellules animées de mouvements amiboïdes, et sur lesquelles nous reviendrons tout à l'heure, on trouve le réseau des corpuscules signalés depuis longtemps par Toynbee et Yirchow, qu'on désigne aujourd'hui, par opposition avec les précédents, sous le nom de corpuscules immobiles de la cornée (Recklinghausen), corpuscules (Cohnheim).

Deux opinions sont encore en présence relativement à la nature de ces derniers éléments. Les uns (le plus petit nombre) considèrent ce réseau de corpuscules, s'anastomosant entre eux par leurs prolongements, comme un réseau creux canaliculé, dans lequel circule le liquide plasmatique (réseau plasmatique);les autres au contraire admettent que ces corpuscules cornéens ne sont autre chose que des ce\\\ï\&?, protoplasmatiques^ c'est-à-dire des cellules sans enveloppe propre, formées par une substance finement granuleuse concentrée autour d'un noyau et contenue dans les cavités du tissu cornéen qui leur servent pour ainsi dire de moule.

Une expérience intéressante semble confirmer cette manière de voir : si l'on fait passer un courant d'induction à travers la portion du tissu cornéen placée sous le champ du microscope, on voit le protoplasma de la cellule se contracter, et devenir par conséquent plus petit dans toutes ses dimensions que la cavité qu'il remplissait. On rend ainsi très-apparents les fins catialicules occupés à l'état normal par les prolongements et les ramifications des cellules protoplasmatiques.

Il existe donc, dispersés dans la substance fondamentale de la cornée, deux ordres de cellules distinctes : les unes ayant des mouvements amiboïdes, cheminant dans l'épaisseur du tissu, probablement en déplaçant les cellules protoplasmatiques ; les autres, que nous venons de décrire, composées d'un noyau entouré d'une substance amorphe, finement granuleuse, ayant plusieurs prolongements, sans enveloppe propre.

Un des points les plus importants et les plus délicats de l'histologie normale et pathologique de la cornée consiste à déterminer quels sont les rapports réciproques de ces deux ordres de cellules et les dépendances qui existent entre elles.

"La propriété remarquable que possèdent les premières d'avoir des mouvements amiboïdes n'a pas tardé à mettre en évidence

leur analogie coraplèie aveçles globules blunos du sang fit les globules du pus, (Ménients anatomiques aujourd'hui démontrés ideii' tiques. Aussi, depuis que Gohnheim (1) a prouvé que les globules blancs du sang pouvaient traverser directement les parois des vaisseaux, plusieurs histologistes admettent que les cellules migratrices de la cornée proviennent en partie du sang. Gohnheim va plus loin : il cherche à démontrer qu'elles proviennent pxcluswemmt du sang.

Voici les expériences fournies à l'appui de cette hypothèse. Quand, par suite d'une irritation artificielle, on produit une kératite suppurative, l'infiltration purulente est due à une accumulation considérable des cellules en question ; or, si l'on observe les cellules protoplasmatiques du tissu cornéen infiltré, on trouve qu'elles ont conservé leur aspect physiologique normal, qu'elles ne présentent aucune phase de segmentation, ni de prolifération, et que par suite elles n'ont pas pu donner naissance aux cellules migratrices. En outre comme preuves directes que ces dernières sont fournies par le sang, Gohnheim affirme que l'infiltration purulente commence toujours sur les bords de la cornée, seule portion pourvue' de vaisseaux, et que l'on peut trouver les cellules du pus de la cornée infiltrées de matières colorantes (bleu d'aniline) injectées sur um point éloigné du système vasculaire.

Voici encore une autre expérience bien importante et bien remarquable, rapportée par cet histologiste (2), pour démontrer que' les corpuscules fixes ne participent pas à l'infiltration purulente. Si l'on remplace, dans la mesure du possible, le sang d'une grenouille par une solution (75 pour dOO) de chlorure de sodium, on) peut cautériser impunément la cornée sans voir survenir ni opacités, ni purulence.

A cette opinion, d'autres auteurs, opposant une dénégation absolue, prétendent aussi démontrer par des expériences que les cellules migratrices se développent exclusivement aux dépens des cellules protoplasmatiques ; à leur tour ils invoquent l'expériençe suivante. Si l'on cautérise une cornée de grenouille ou d'un mammifère après l'avoir au préalable détachée du globe oculaire, avou'; par conséquent, détruit les rapports qu'elle affecte avec les vaisseaux, on voit apparaître quand même dans les parties irritées artificiellement un grand nombre de cellules possédant des mouvement amiboïde?, et qui n'ont évidemment surgi qu'aux dépens des^

m Ueber Ënmndmg and Eiterung. Virchoto's Arch. t. XL, p. ^■

(2) Ueber das VerhaUen der fixen Hindegewebskorperchen bei der Eulzmdmg.

Page 1