HISTOLOGIE DR LA CORNÉE
cellules protoplasmatiques, dont la disparition est manifeste dans ces points-là (d).
L'emploi de lapurpurine (2) a également permis à Hanvier (3) d'observer la prolifération des noyaux dans l'inflammation delà cornée.
Voici la description du procédé qu'il a employé :
« Avant de porter la cornée de la solution d'alun dans la purpurine, j'enlève l'épithélium avec un pinceau, dans de l'eau distillée.
« La substance fondamentale ou fibrillaire n'est pas colorée ou est à peine teintée, le protoplasma des cellules est clair et incolore, les noyaux sont colorés en rouge. Avec le carmin il est impossible de bien voir les noyaux, parce que la substance fibrillaire de la cornée se colore autant et même plus dans ce dernier réactif.
« La purpurine présente donc ici un très-grand avantage ; la preuve en est dans l'observation et la description, aujourd'hui possible, de ces noyaux de la cornée. Ils sont plats, le plus grand nombre se présentent de face, mais quelques-uns sont vus de profil ou de trois quarts. Leur forme est le plus souvent assez irrégulière. Quelques-uns sont arrondis ou elliptiques, mais la plupart présentent sur leur bord une ou plusieurs échancrures profondes, qui leur donnent la forme d'un noyau bourgeonnant sur le point de se diviser. Ils ne possèdent cependant qu'un seul nucléole nettement marqué. Ces noyaux sont placés dans un espace clair, étoilé, ou de forme bizarre, qui correspond au protoplasma des cellules cornéennes, limitées par le dépôt d'argent, lorsque la cornée a été préparée par imprégnation avec cette substance.
«Pour observer la multiplication des noyaux dans l'inflammation de la cornée, voici comment je procède : je fais au centre de la cornée avec une aiguille fine une petite perforation. Il s'écoule de l'humeur aqueuse. Le lendemain je fais de nouveau pénétrer la pointe de l'aiguille pour reformer l'ouverture et prolonger l'irritation. Le troisième jour je pratique la même opération et le qu^itrième je sacrifie l'animal.
« La cornée, préparée comme il a été dit pour les cornées saines, montre au voisinage de la solution de continuité, au centre des
(1) Hoffmann, Ueber Eilerbildung in der cornea. Virchow's Archiv, t XLIl p. 204. ■ '
(2; La purpurine est une matière colorante extraite de la garance, soluble dans une solution bouillante d'alun; la solubilité se conserve à froid si l'on ajoute une certaine proportion d'alcool. Le liquide coloré obtenu ainsi possède des vertus tinctoriales d'autant plus actives que la matière colorante tend à se précipiter facilement.
(3) Des applications de la purpurine à Vhislologie, par Ranvier. Archives de physiologie, 1874, p. 761.
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figures claires dont j'ai déjà parl6 et qui ont été agrandies, des noyaux qui ont perdu leur forme plate, sont devenus globuleux et dès lors présentent une coloration plus forte. Certains de ces noyaux possèdent des bourgeons ou sont en forme de bissac ; ou bien ils se sont divisés, et alors deux ou trois noyaux sont placés à côté les uns des autres dans la même cavité. Dans le voisinage de ces noyaux ainsi modifiés, se trouvent des figures étoilées et claires, dont les noyaux sont comme à l'état normal. Dans les conditions 011 je me suis placé, celles d'une irritation très-légère, je n'ai jamais vu une cellule lymphatique à côté d'un noyau ordinaire de la cornée. »
L'on comprend qu'en présence d'expériences aussi décisives pour et contre, il soit fort difficile de se prononcer d'une façon exclusive pour l'une ou l'autre théorie. Aussi beaucoup d'auteurs, cherchant sans doute atout concilier, admettent une théorie mixte, attribuant la genèse des cellules migratrices, en partie au passage des globules blancs à travers les vaisseaux, en partie à la segmentation des cellules protoplasmatiques. C'est surtout sur le bord cornéen, qui est pourvu de vaisseaux, qu'aurait lieu le premier mode de production ; c'est surtout au centre, partie non vasculaire, qu'on constaterait le second.
La substance fondamentale de la cornée, formant la plus grande partie du tissu propre, traitée par des réactifs appropriés, prend manifestement l'aspect fibrillaire.
Au moyen d'une solution d'hypermanganate de potasse et d'alun, qui ne laisse intacts que les faisceaux fibrillaires, on peut arriver à les dissocier et à les isoler; le plus grand nombre de ces fibres affectent une direction parallèle à la surface de la cornée, mai? quelques-unes, ayant une direction oblique ou perpendiculaire, apparaissent, sur une coupe méridienne de l'œil, suivant des courbes s'étendant des parties superficielles aux parties profondes {fibres arci formes).
Quelques auteurs, appliquant au tissu cornéen la méthode de? injections, ont cru trouver des canalicules et des espaces creux répandus dans la substance fondamentale (tubes cornéens do Bowman, espaces interlamellaires de Henle). Mais ces recherches ont été vivement critiquées par d'autres histologistes , pour qui ces prétendus espaces ne sont autre chose que le résultat d'une dissociation artificielle du tissu cornéen par l'injection employée. La même critique ;s'applique au réseau lymphatique signalé par Leber. Ces questions ont donc encore besoin de nouvelles recherches.