‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 38 sur 93 · CORPS ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS

Les corps étrangers qui s'implantent dans le tissu cornéen sont de diverse nature ; ceux qu'on observe le plus fréquemment sont des paillettes de fer, d'acier, des éclats de pierre, de bois, de verre, - plus rarement des fragments d'insectes, d'écorces, des grains de poudre.

Ces substances, implantées dans la cornée, déterminent le plus souvent une irritation fort vive. L'œil s'injecte, devient larmoyant, sensible à la lumière ; la douleur très-pénible si le corps étrangei , faisant saillie à la surface, se trouve en contact avec les paupière^, qui frottent dessus.

Il n'est pas toujours facile de découvrir le siège d'implantation, surtout s'il est situé en face de la pupille, aussi doit-on avuir la précaution d'examiner l'œil à l'éclairage oblique en s'aidani d'une loupe.

Les parcelles de métal ou dp. charbon se présentent le plus communément sous forme d'un petit point noirâtre, mais quand elles sont implantées déjà depuis un certain temps elles sont entourées d'une auréole grisâtre ou jaunâtre, indice de l'inflammation suppurative qui précède leur élimination spontanée.

L'effet produit sur l'œil par la présence des corps étrangers varie selon leur nature; en général les substances métalliques, inorganiques, sont beaucoup mieux tolérées, et entraînent des accidents moins graves que les matières organiques susceptibles de s'altérer.

L'extraction des corps étrangers sera faite aussitôt que possi])lo. On place le malade dans l'angle d'une fenêtre, la tête appuyée contre le mur, afin qu'il ne puisse la rejeter en arrière. Le chirurgien saisit alors de la main droite une aiguille à discission, tandis qu'il écarte les paupières avec le pouce et l'index de la main gauche, tout en pressant assez fortement sur le globe oculaire pour le maintenir immobile. Avec la pointe de l'instrument il cherche alors à déplacer et à soulever le corps étranger; cette manœuvre réussit vite, quand celui-ci n'est pas implanté trop profondément, mais quand il est enfoncé dans l'épaiseur de la cornée on éprouve parfois quelques difficultés, et il ne faut pas craindre en pareil

LÉSIONS TR4UMATIQUES, BRULURES.

ras d'agir avec une certaine vigueur. Les parcelles métalliques qui a journent un certain temps dans le tissu cornéen s'oxydent ; une fois enlevées, elles laissent à leur place une petite tache de rouille, ([ii'il est quelquefois assez difficile de nettoyer avec la pointe de l'aiguille. Les grains de poudre, les fragments de charbon, de [lierre, etc., s'enlèvent de la même façon.

Dans les cas où le corps étranger est engagé à uneprofondeur telle qu'on puisse craindre de le faire tomber dans la chambre antérieure on cherchant à l'extraire, Desmarres a imaginé le procédé suivant, ([Liilui a réussi plusieurs fois: il enfonce, en traversant obliquement la cornée, une aiguille à paracentèse dans la chambre anti rieure, de manière à arriver derrière le corps étranger, à le maintenir et même à le repousser d'arrière en avant pendant qu'avec l'autre main, armée d'un couteau de Beer bien tranchant cl très-effilé, il le dégage en pratiquant une incision convenable sur la cornée. Quand les manœuvres sont aussi compliquées, ou que le malade est indocile, on le fait coucher; les paupières sont (cartées avec les élévateurs, et l'œil maintenu immobile avec la Ipince à fixation. Chez les enfants il est nécessaire de recourir à l 'emploi du chloroforme. L'extraction une fois terminée, on instille le l'atropine, et l'on applique le bandeau compressif.

BRULURES.

Les brûlures de la cornée sont produites par des acides minéraux, tels que l'acide sulfurique, azotique, etc.; par des bases caustiques, telles que la chaux, la potasse, etc., ou bien par des corps portés à jne température élevée, comme des parcelles de métal incandescent, l'eau bouillante, un métal en fusion, la poudre enflammée. ; Les accidents les plus fréquents sont ceux qui sont occasionnés par la chaux vive.

L'action de cette substaivce sur la cornée et la conjonctive est des dIus pernicieuses , et les altérations qu'elle entraîne sont toujours olus graves qu'on n'eût été tenté de le croire au premier abord. Dès ion contactavec la chaux, la cornée se recouvre d'un voile nuageux i)lanchâtre. Cette eschare est-elle superficielle, les couches profondes ont-elles encore transparentes, on peut conserver quelque espoir; nais si l'opacité est diffuse, d'un blanc jaunâtre, si la cornée a lerdu sa sensibilité, si elle paraît dure, sans élasticité au toucher, m peut être certain qu'elle se nécrosera dans toute son étendue. i\i bout de trois à quatre jours, apparaîirnnt des points plus Abadie. Mal. des yeux. IG

foncés, jaunâtres, de véritahlos abcès, puis le tissu cornéen s'éliminera peu à peu, et fera place à une énorme perforation.

Alors môme que la lésion de la cornée serait peu étendue, si la conjonctive a été détruite sur une vaste surface, le pronostic reste très-grave. Bientôt en effet cette muqueuse, complètement sphacélée, se détache par lambeaux, et la sclérotique ainsi que les muscles de l'œil sont mis à nu comme si on les avait disséqués avec le scalpel : puis, au bout d'un certain temps, des bourgeons charnus se développent en abondance, et comblent peu à peu la perte de substance, cicatrisation défectueuse, aboutissant constamment à un symblépharon complet. Quand la brûlure a été plus profonde, la sclérotique elle-même peut être intéressée. Il est assez difficile les premiers jours, à cause du gonflement et de l'œdème, d'être fixé sur ce point. Plus tard la portion de tissu fibreux détruite par le caustique apparaît sous forme d'une plaque jaune sale; mais ce n'est qu'au bout de douze à quinze jours que l'eschare s'élimine spontanément, en faisant place à une perforation plus ou moins étendue, rapidement suivie de la perte irrémédiable de l'organe.

Ces mêmes complications graves peuvent survenir quelle que soil la nature du caustique : aussi Desmarres insiste-t-il avec raison sur la réserve qu'on doit apporter en pareil cas dans le pronostic; il cite plusieurs observations de malades qui, pendant les quinze premiers jours, paraissaient hors de danger, lorsque tout à coup des perforations inattendues entraînèrent la fonte de l'œil.

Le traitement est malheureusement trop souvent impuissant. Si l'on a occasion de voir le malade ausitôt après l'accident, on aura la précaution de nettoyer avec le plus grand soin les culs-de-sac do la conjonctive, et de les débarrasser des parcelles de chaux qui pourraient encore y séjourner. Les agents chimiques recommandés dans le but de neutraliser l'action caustique de la chaux sont rarement efficaces. Les acides dilués, comme l'acide acétique, n'ont pas donné grands résultats, et leur emploi ne peut être continué sans danger, vu l'irritation qu'ils provoquent. Gosselin a conseillé les solutions sucrées, sous forme de collyre, dans le but d'obtenir un saccharate de chaux soluble.

Dans ses nombreuses expériences sur les animaux, Gouvea a remarqué que si les couches superficielles de la cornée sonf seules imprégnées parla chaux, et cela dans une étendue restreinte, l'ablation de ces lamelles avec l'instrument tranchant préserve les couches profondes qui conservent leur transparence. Cette abrasion doit être faite aussitôt que possible, afin d'empêcher les particules de chaux de pénétrer plus profondément dans le tissu cornéen.

PARACENTÈSE. 243

Ce moyen pourrait être essayé dans quelques cas spéciaux chez l'homme, et peut-être donnerait-il des succès. Quand les brûlures sont produites par des acides , on pourra essayer de les neutraliser avec des solutions alcalines, telles que le carbonate de potasse, etc., employées en lotions.

Les jours qui suivront l'accident, alors que l'irritation est des plus vives, que la conjonctive est hypérémiée et œdématiée, il faut renoncer aux collyres irritants, et prescrire des lotions adoucispantes avec du lait ; on aura soin également de rompre avec précaution les adhérences qui pourraient se former pendant la cicatrisation et qui aboutiraient à la production d'un symblépharon icomplet.

TUMEURS

Les tumeurs qui envahissent là cornée ont rarement leur point ie départ dans le tissu propre de cette membrane ; elles ne l'envalissent que consécutivement, après avoir pris leur origine soU lu niveau du limbe conjonctival, soit dans l'intérieur de la cavité )culaire. Ces tumeurs ne diffère donc pas de celles de la conjoncive qui ont été passées en revue dans les chapitres précédents, Wi de celles qui se développent dans le globe oculaire, et qui seront décrites plus tard à propos des maladies de l'iris et de la choroïde .

Nous nous contenterons de rappeler que leur nature est trèsvariable : les unes, comme les kystes dermoïdes, sont bénignes ; les autres, comme les sarcomes, mélanomes, mélano-carcinomes,' cancroïdes, sont malignes, sujettes à récidive, et nécessitent, sinon "énucléation complète du globe oculaire, tout au moins l'ablation lu segment antérieur.

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