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CONTUSION

Jusqu'ici, dans les traités classiques, on s'est contenté de dire que des troubles fonctionnels considérables pouvant aller jusqu'à la cécité absolue suivent la contusion du globe oculaire et la commotion de la rétine qui en est la conséquence. Mais les théories émises pour expliquer cette perturbation delà vision sont insuffisantes et ne sont guère sorties du domaine des hypothèses.

Le docteur Berlin (1), ayant eu l'occasion d'observer dans un espace de temps relativement court huit cas types de contusion du globe oculaire, entreprit à ce propos des expériences sur les animaux, et publia sur ce sujet un mémoire important dont voici les principaux passages :

Quand le globe de l'œil a été contusionné, sans qu'il y ait eu déchirure ou déformation des membranes enveloppantes, on constate immédiatement après l'accident :

Une diminution peu considérable de la vision centrale et excentrique ; une injection épisclérale . très-vive et une résistance trèsgrande du sphincter iridien à l'action de l'atropine.

Au bout d'une heure environ, on voit apparaître dans un point déterminé des membranes profondes une opacité nuageuse, d'un gris mat, qui permet encore de voir par places la lueur rougeâtre du fond de l'œil. Peu à peu cette teinte devient plus uniforme, et finit par prendre le ton blanc éclatant qu'on observe dans l'emboUe de l'artère centrale de la rétine. L'étendue de cette opacité peut atteindre dix à douze fois le diamètre de la papille ; les vaisseaux rétiniens ayant conservé leur calibre passent devant elle. Enfin on trouve parfois dans le voisinage de petits foyers hémorrhagiques.

En examinant avec soin, on peut s'assurer que ces opacités siègent dans les couches profondes de la rétine, sous-jacentes aux vaisseaux, et qu'il n'y a en ces points ni changement de niveau, ni décollement.

Dans quatre cas, l'opacité était située autour de la papille et de la macula. Dans deux autres, c'étaient les portions périphériques qui étaient atteintes. Deux fois enfin la rétine présentait simul-

(1) y.ur sogennanien commolio relinœ. - KUnische Monalsblœtler fiir Augenheilinmde, février et mars 1873,

LESIONS TRAUMATIQUES. 273

fanément la teinte opaque en deux points différents, l'un dans la partie antéjieure du globe oculaire, l'autre dans la partie postérieure.

Au bout de vingt-quatre à trente-six heures, la coloration change, l'étendue de la tâche blanche diminue, elle devient de plus en plus transparente, laisse apercevoir le fond rouge de rœil, et, au bout de deux jours environ, on n'en trouve plus trace. Les troubles fonctionnels ne sont pas en rapport avec les lésions observées à l'ophthalmoscope ; ils sont à peu près les mêmes que les altérations intéressant la région de la macula ou les parties excentriques. Au bout de vingt-quatre heures, on constate une amélioration notable de la vision, tandis que les opacités rétiniennes sont alors à leur maximum ; par contre, le fond de l'œil est déjà revenu à l'état normal, qu'il reste encore une diminution sensible de la vision.

Les instillations d'atropine nécessaires pour l'exploration du fond de l'œil ont empêché de tenir compte de l'état de l'accommodation.

Expériences. — Si l'on contusionne au moyen d'une tige élastique le globe oculaire d'un lapin, voici ce que l'on observe : l'exploration à l'ophthalmoscope, faite aussi rapidement que possible, montre les vaisseaux rétiniens complètement exsangues ou filiformes ; au bout de quelques instants, ils se remplissent de nouveau, mais sans subir de dilatation consécutive.

Immédiatement après le choc, la pupille devient très-étroite, elle réagit très-lentement à l'action de la lumière, et ne se laisse dilater par l'atropine que d'une façon incomplète.

Lorsque la contusion porte directement sur la cornée et que le globe de l'œil est frappé d'avant en arrière, on voit apparaître, au bout de deux heures environ, des taches grisâtres, situées audessous du nerf optique; d'abord isolées, elles deviennent peu à peu confluentes et forment une plaque ayant deux ou trois fois l'étendue de la papille.

La teinte grise devient de plus en plus blanchâtre pour atteindre une nuance d'un blanc éclatant. L'aspect du fond de l'œil est alors tout à fait comparable à celui qu'on observe après la section du nerf optique : d'après l'auteur, cette altération doit être rattachée à une infiltration séreuse de la rétine.

Lorsque la contusion porte sur la sclérotique, l'on observe les mêmes lésions rétiniennes, mais en deux points différents : au niveau de la partie directement intéressée, et dans celle qui lui est diamétralement opposée.

Abadie. Mal. des yeux. \%

Lésions anatomiques. — En examinant au bout do vingt-quatre heures, c'est-à-dire quand les lésions visibles à l'ûphthalmoscope ont atteint leur plus haut degré, l'œil du lapin qui a été soumis à l'expérience et sacrifié, on constate les altérations suivantes :

An niveau des plaques blanchâtres de la rétine, on aperçoit de petits plis dont la largeur atteint tout au plus le double de l'épaisseur de la rétine, et dont la hauteur est à peu près égale à l'épaisseur de cette même membrane. En ces points la rétine est notablement tuméfiée ; dans un cas elle présentait une déchirure, diagnostiquée pendant la vie au moyen de l'ophthalmoscope.

Le point le plus important à noter, et qui permet le mieux d'interpréter l'image ophthalmoscopique, c'est la présence constante d'une hémorrhagie considérable entre la choroïde et la sclérotique. — Cette hémorrhagie siège à la fois dans la région (directement intéressée et dans celle qui lui est directement opposée. Dans les cas où la contusion a porté sur la cornée, on trouA e, outre l'hômorrhagie sous-choroïdienne au pôle postérieur de l'œil, une certaine quantité de sang répandu en avant entre le muscle ciliaire et la sclérotique.

La coïncidence entre l'hémorrhagie sous-choroïdienne et les opacités de la rétine au même niveau permet de supposer que les troubles survenus dans la transparence de cette membrane sont dus à une infiltration séreuse dont les matériaux sont fournis par le sang épanché. Berlin n'hésite pas à rattacher toutes ces lésions à une rvptnre incomplète de la choroïde pouvant aller jusqu' à h rupture complète. ■

Il est assez remarquable que, bien que la contusion du globe oculaire soit assez fréquente, la description ophthalmoscopique de cette maladie manque à peu près complètement. Peutrôtre faut-il chercher la cause de cette contradiction apparente dans la durée éphémère du phénomène, et dans la difficulté de l'exploration à l'ophthalmoscope. En parcourant la littérature ophthalmologique, on peut s'assurer pourtant, que ces lésions n'ont pas toujours été méconnues ; dans un cas rapporté par Knapp notamment le tissu rétinien paraissait gonflé et uniformément opaque.

Pour le docteur Berlin le trouble fonctionnel serait dû à un astigmatisme irréguUer, passager. Il a constaté en effet, dans ses expériences sur les animaux, la présence d'hémorrhagies dans le voisinage immédiat du cristallin. Ces hémorrhagies, dont nous trouvons souvent chez l'homme des traces manifestes sous forme d'hyphœma, agiraient sur le cristallin en détendant en certains points la zonule de Zinn (1).

La gravité du prunoslic est en rapport avec la violence de la rontusion, mais s'il n'y a eu ni déchirure de la choroïde, ni rup- (uro de la sclérotique, la vision, momentanément compromise, ne larde pas à se rétablir. Le repos absolu de l'organe, les instillalions datropine, les déplétions sanguines à la tempe, tels sont les moyens qui hâteront la guérison.

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